Le conflit du Khyber Pakhtunkhwa aussi appelé insurrection islamiste ou insurrection talibane au Pakistan, oppose l'armée pakistanaise à divers mouvements islamistes armés, dont surtout le Tehrik-e-Taliban Pakistan constitué en 2007 et l'État islamique apparu en 2015. Le conflit a commencé en 2004 au Waziristan, lorsque la tension accumulée à la suite de la traque d'éléments d'Al-Qaïda par l'armée dégénère en résistance armée de la part de tribus pachtounes. Bien que surtout centré sur les régions tribales et la province de Khyber Pakhtunkhwa, le conflit a débordé sur l'ensemble du pays, de nombreux attentats ayant eu lieu dans les grandes villes.
La stratégie du gouvernement pakistanais a plusieurs fois changé entre négociations et reprises des offensives. Immédiatement après le début des combats, des accords de paix ont été signés, puis les hostilités ont repris avec l'Assaut de la Mosquée rouge en 2007. Alors que l'insurrection étend son territoire, des tentatives de trêves infructueuses ont eu lieu début 2009. Marquant un tournant dans le conflit, la vallée de Swat est reprise par l'armée en et les opérations militaires se multiplient dans les régions tribales, jusqu'à la reprise totale des territoires insurgés en 2016. Après une nette accalmie des violences, la chute de Kaboul en 2021 permet toutefois à l’insurrection de reprendre de vigueur. Les attaques transfrontalières se multiplient et l’insurrection s'étend vers le Baloutchistan.
Les actions pakistanaises sont présentées comme faisant partie de la « guerre contre le terrorisme » décrétée par l'administration Bush après les attentats du 11 septembre 2001 et liées à la guerre d'Afghanistan, le pays bénéficiant d'un soutien militaire et financier des États-Unis. Les autorités pakistanaises refusent toutefois d'attaquer certains groupes talibans basés au Pakistan et frappant en Afghanistan et sont ainsi accusées de mener une « stratégie sélective ». Jusqu'en 2019, l'administration américaine bombarde régulièrement certaines zones des régions tribales et fait souvent pression sur le gouvernement pakistanais afin qu'il élargisse ses offensives. Ce conflit aurait causé la mort de quelque , dont islamistes, des forces de sécurité et jusqu'à , dont plus de durant des attentats et jusqu'à plusieurs millions de déplacés internes.
Contexte
À la suite des attentats du 11 septembre 2001, le gouvernement pakistanais alors dirigé par le président Pervez Musharraf annonce sa volonté de lutter contre l'extrémisme et les talibans. Jusqu'ici le Pakistan avait soutenu les talibans dans leur lutte pour le pouvoir dans le cadre de la guerre civile en Afghanistan. Islamabad est pourtant depuis accusé de « jouer un double jeu », surtout en ce qui concerne les services de renseignements pakistanais (ISI) qui sont toujours accusés d'aider les talibans.
Entre 2001 et le début des combats en 2004, la tension n'a cessé de s'accumuler dans le pays entre les autorités et les islamistes radicaux.
Relations entre le Pakistan et les talibans afghans thumb|La passe de Khyber, un des principaux points de passages entre le Pakistan et l'Afghanistan.
Le Pakistan a longtemps soutenu matériellement les talibans dans leur lutte pour le pouvoir en Afghanistan, le pays ayant d'ailleurs officiellement reconnu l'Émirat islamique de l'Afghanistan dirigé par le Mollah Omar. Après , le gouvernement ne les soutient plus officiellement mais les autorités, et surtout les militaires et les services de renseignements, sont depuis accusés de toujours soutenir les talibans. L'armée est suspectée d'être infiltrée par les militants islamistes. Cependant l'armée pakistanaise se bat, dans le cadre de ce conflit, contre les talibans pakistanais, force constituée de plusieurs groupes alliés à Al-Qaïda et opposés au gouvernement pakistanais. L'armée pakistanaise refuse toutefois de cibler les talibans afghans présents sur son territoire (particulièrement le réseau Haqqani au Waziristan du Nord), et l'organe politique des talibans actifs en Afghanistan est basée en territoire pakistanais (la choura de Quetta) et est resté dirigé par le Mollah Omar jusqu'à sa mort. La présence d'Oussama ben Laden à Abbottabad, ville située près de la capitale où l'armée est très présente, est également source de suspicions. Le Pakistan dément aujourd'hui fermement tout soutien envers les talibans.
Les raisons de ce soutien sont stratégiques. Le Pakistan ne souhaite pas l'émergence d'un Afghanistan fort, qui pourrait revendiquer les territoires pakistanais à majorité pachtoune et surtout mettre le pays en étau en s'alliant avec l'Inde. Les talibans ont toutefois été perçus comme des alliés permettant de tenir l'Afghanistan dans l'aire d'influence du Pakistan. Ce dernier est aujourd'hui soucieux d'être un interlocuteur incontournable dans les futures négociations de paix entre les talibans et les autorités afghanes, et conserverait donc ses liens avec certains talibans, menant ainsi envers les insurgés islamistes une « stratégie sélective ». Le Pakistan ferait également pression sur les talibans afghans pour qu'ils coupent leur relation avec Al-Qaïda. De plus, le Pakistan est un pays fragile, où les religieux et surtout les militaires disposent d'une influence importante, et ceux-ci sont traditionnellement hostiles à la lutte contre les talibans afghans. Des opérations militaires contre eux risqueraient d'accentuer les divisions et l'instabilité du pays.
Pourtant, certains éléments montreraient un changement d'attitude ces dernières années. Par exemple, l'arrestation d'Abdul Ghani Baradar, un des plus importants commandants talibans par une opération conjointe de la CIA et de l'ISI en 2010 est perçue comme un signe encourageant. L'armée et les services de renseignement effectueraient aussi des « purges » au sein de leurs rangs dans le but de réduire les éléments infiltrés. Les prises de fonction des chefs de l'armée Raheel Sharif en 2013 et Qamar Javed Bajwa en 2016 sont également perçues comme un changement de priorité.
Recrudescence de l'insurrection islamiste Nord-Ouest, foyer de l'insurrection thumb|Les régions tribales en violet sur cette carte.
L'insurrection talibane a débuté dans les années 1990 dans les régions tribales, et n'a cessé de s'intensifier depuis, surtout depuis l'apparition du Tehrik-e-Taliban Pakistan qui s'est constitué fin 2007. Au Pakistan, les talibans recrutent souvent leurs combattants parmi les enfants et les adolescents étudiants dans les écoles coraniques, ces dernières étant tolérées par les autorités. Le nombre de personnes étudiant dans ces écoles est estimé à environ un million. Les talibans profitent également des bavures de l'armée américaine et de l'armée pakistanaise qui tuent de nombreux civils dans le Nord-Ouest du pays, d'autant plus que les talibans se mêlent souvent aux civils, comme leur famille ou leur tribu. Plus de auraient été tués en dehors des attentats, étant souvent pris entre les feux des talibans et de l'armée pakistanaise.
Récemment, la problématique des talibans pendjabis et de diverses mouvances islamistes basés dans le sud de la province du Pendjab, a été mise en avant, et fait l'objet de polémique dans le pays.
Karachi, une ville instable
Karachi, la plus grande ville du Pakistan, comprenant de vastes quartiers pauvres, serait devenu la base arrière des talibans dont ils se servent pour mener des actions violentes dans le Nord du pays et recruter de nouveaux combattants. Depuis plus de vingt ans, les violences sont quasi-quotidiennes dans la ville, où la mafia serait très présente et où les conflits ethniques sont importants. Les partis politiques du MQM et de l'ANP se renvoient souvent la responsabilité de ces attaques. Le MQM porte pour responsable des violences la minorité pachtoune, très présente à Karachi, immigrée ces 20 dernières années et l'ANP, représentant les Pachtounes, accuse ses opposants d'amalgame et de racisme alors que le parti dénonce également les rebelles islamistes. Les tensions politiques et ethniques sont ainsi très fortes, et les insurgés pakistanais, qui seraient très présents dans la ville, la déstabilisent facilement.
Les attentats-suicides restent toutefois relativement rares dans la ville. C'est pourtant à Karachi qu'a eu lieu l'attentat à la bombe le plus meurtrier de l'histoire du pays : le , un attentat visant Benazir Bhutto tue 139 de ses partisans.
Forces en présences vignette|Les Special Service Group effectuant un exercice avec l'armée russe.
L'armée pakistanaise est forte de quelque , auxquels il faut ajouter les forces paramilitaires, soit des Frontier Corps et des Frontier Constabulary, qui sont surtout déployés à l'ouest du pays, sur la frontière avec l'Afghanistan. Les , autre force paramilitaire, se tiennent quant à eux à l'est du pays, à la frontière avec l'Inde. Tous ces hommes sont sous le contrôle de l’État et donc du gouvernement fédéral. Toutefois, la hiérarchie militaire dispose d'une énorme influence concernant la politique militaire du pays. On compte aussi plus de civils dans les quatre provinces, sous contrôle des gouvernements provinciaux. Au total, on obtient environ 1,2 million de membres des forces de sécurité publiques.
Quelque de l'armée sont déployés dans le nord-ouest du pays en 2011, dans les régions tribales et la province Khyber Pakhtunkhwa, en plus des forces paramilitaires et de police. Ce déploiement est sans précédent dans l'histoire du pays alors que la politique militaire est traditionnellement tournée vers l'Inde. Malgré tout, la majorité des soldats de l'armée est toujours déployée dans l'est du pays, le long de la frontière avec l'Inde. Ces forces souffrent souvent d'une mauvaise formation à la contre-insurrection, mais les Special Service Group ont été formés à la lutte antiterroriste par des instructeurs américains et russes.
Les effectifs des différents groupes opposés au gouvernement sont difficilement évaluables. Les forces des talibans pakistanais sont estimées à plus de , surtout des hommes du Tehrik-e-Taliban Pakistan et du Lashkar-e-Islam. Pourtant le dirigeant de ce dernier groupe, Mangal Bagh, a prétendu avoir sous ses ordres en 2008 , alors que des études indépendantes évaluent plutôt ce chiffre à .
Coût économique et aides vignette|Une classe dans une école primaire pour garçons en ruine, à Mingora dans la vallée de Swat, en novembre 2009.
Le coût de ce conflit pour l'économie du Pakistan est estimé à quelque 46 milliards d’euros entre 2005 et 2011 et a augmenté le déficit du budget fédéral, qui double entre 2008 et 2011 passant à 19,9 milliards de dollars. Ce chiffre représente deux années des revenus de l’État pakistanais. Ainsi, depuis 2007, la croissance économique du pays est faible (7 % en 2006, puis 5,8 % en 2007, 2,7 % en 2008 et 2,0 % en 2009). La croissance est ainsi à peine supérieure à la croissance de la population et l'inflation reste forte (14 % en 2009).
En plus des coûts dus aux combats, il faut prendre en compte les nombreux bâtiments publics dynamités par les talibans (écoles publiques, commissariats, hôpitaux, etc.), ce qui aggrave le déficit public et met à mal le développement du pays. Le Pakistan alimente son économie notamment grâce aux aides financières accordées par les États-Unis, la Chine ainsi que par le Fonds monétaire international qui est intervenu en 2008 quand la crise mondiale a frappé le pays. Les États-Unis accordent des aides financières importantes au pays : environ 2,7 milliards de dollars d'aide par an destinés à des dépenses militaires auxquels il faut ajouter un versement de 7,5 milliards de dollars sur cinq ans d'aide destiné au développement civil du pays. Ces aides représentent donc environ 4,2 milliards par an à la fin des années 2000. La Chine investit massivement dans les infrastructures du pays, notamment énergétiques, et développe par ailleurs des technologies militaires en commun avec le pays, comme l'avion de combat JF-17 Thunder.
Chronologie du conflit