vignette|redresse=1.2|Illustration des Bêtes de la mer et de la terre, tirée de l'ouvrage (). La Bête de l'Apocalypse (en grec ancien ) est une figure de l'eschatologie chrétienne qui apparait dans le chapitre 13 de l'Apocalypse de Jean, en écho à la Vision des quatre bêtes du Livre de Daniel.

L'auteur de l'Apocalypse, qui écrit sous le règne de l'empereur Domitien, décrit successivement deux bêtes affidées à Satan qui symbolisent l'oppression du pouvoir romain idolâtre et les moyens qu'il déploie à cette fin.

Cette figure fait l'objet de multiples interprétations au cours de l'histoire.

Dans le christianisme vignette|Apocalypse de Jean : 12. Le monstre marin et la bête avec la corne d'agneau. Gravure sur bois d'Albrecht Dürer, en 1497 ou 1498.

Sous Domitien (de 81 à 96), l'auteur de l'Apocalypse de Jean décrit, au chapitre 13, successivement deux bêtes : l'une est issue de la mer, à laquelle Satan, partiellement vaincu par l'archange Michel, a délégué son pouvoir ; l'autre est issue de la terre afin de seconder la première à laquelle elle est asservie et dont elle est une pâle réplique. Ce couple de bêtes fait écho au tandem marin-terrestre Leviathan-Béhémot présent dans la littérature judaïque plus ancienneDans la littérature vétérotestamentaire et intertestamentaire ; cf. par exemple , .

La bête émergée des eaux reprend de manière synthétique les quatre bêtes de la vision de Daniel qui représentent dans ce livre composé vers le milieu du les quatre empires babylonien, perse, mède et grec. Possédant sept têtes et — tout comme la quatrième bête de Daniel — dix cornes, elle représente un système politique dont le pouvoir, conféré par Satan, s'étend sur tous les hommes qui y adhèrent en recevant la « marque de la bête ». Cette marque, le « Nombre de la Bête » généralement associé au nombre 666 ou 616 suivant les textes, s'impose à ses sujets dans sa dimension idéologique mais aussi économique puisque « personne ne [peut] acheter ni vendre s'il n'a pas la marque », attestant de l'ancrage du propos dans le cadre de la domination de la Rome impériale du . L'auteur de l'Apocalypse conteste radicalement à cette bête assoiffée de pouvoir et de sang sa prétention blasphématoire au statut divin. L'auteur reprend le motif des sept têtes et dix cornes pour la bête qui porte la Grande prostituée, décrite au chapitre 17.

Cette première bête dont le trait essentiel est la violence et qui symbolise donc l'Empire romain idolâtre, est secondée par une bête venue de la terre, qualifiée de « pseudo-prophète » et chargée d'entretenir le culte de la première, symbolisant peut-être les clergés chargé des cultes impériaux.

Apocalypse de Jean : chapitre 13 Les deux bêtes décrites dans l'Apocalypse font partie d'un ensemble de visions attribuées par la tradition chrétienne à un certain Jean reclus sur l'île de Patmos, et figurent dans le chapitre 13 du texte :

La bête de la mer vignette|redresse=1.2|La bête de la mer se voit confier le sceptre par le Dragon.Tenture de l'Apocalypse, , château d'Angers.

La bête de la terre vignette|redresse=1.2|La bête de la terre appose la « marque de la bête ».Tenture de l'Apocalypse, , château d'Angers.

Apocalypse de Jean : chapitre 17

Interprétations exégétiques et eschatologiques vignette|« Le faux prophète dirige le culte de la bête », Apocalypse de Daniel Burckhardt-Wildt, Metz (années 1290) Des exégètes voient généralement dans cette Bête le symbole de tout pouvoir qui s'oppose à Dieu et à ses commandements à travers le monde, à travers les siècles.

Par exemple, les premières communautés chrétiennes connaissent des épisodes sporadiques de persécutions plus ou moins sévères par les autorités de l’Empire romain, qui tendent à s'intensifier au tournant du , et la tradition chrétienne identifie régulièrement la première Bête à l'un ou l'autre empereur romain, voire ses sept têtes à sept d'entre eux : Néron, Domitien, Trajan, Sévère, Dèce, Valérien et Dioclétien.vignette|redresse=0.8|Bête portant une tiare papale provenant de la traduction de Luther du Nouveau Testament (1522).|gauche À plusieurs reprises, Martin Luther assimile la papauté à différentes figures de l'apocalypse johanique, considérant notamment le pape comme la « Bête de l'abîme ». Dans les illustrations que Lucas Chranach fait de la version Nouveau Testament donnée par le réformateur, il représente la Bête de l'Apocalypse couronnée d'une triple tiare qui évoque sans hésitation possible le pape.

Au , dès la fin des années trente, des théologiens et philosophes chrétiens identifient la croissance du mal à la Bête de l'Apocalypse. L'Allemagne nazie et Adolf Hitler sont régulièrement cités. Après le pacte germano-soviétique d'août 1939, Jacques Maritain voit dans le nazisme et le stalinisme la révélation du « vrai visage » de la Bête. On trouve de telles analyses à partir des années 1954-55 dans différentes revues catholiques anti-modernistes, telle La Pensée Catholique, qui se cristallisant autour de la question des idéologies athées revisitent l'histoire temporelle à l'aune d'un combat eschatologique entre Dieu et Satan, dont la démocratie révolutionnaire est une marque qui prend la figure de la Bête.

Exégètes modernes concernant les dix cornes Selon la majorité des exégètes modernes, celles-ci représentent les rois depuis Alexandre jusqu’au royaume Séleucide ayant régné sur la Judée.. dans l'ordre suivant : Alexandre le Grand, Séleucos , Antiochos , Antiochos II, Séleucos II, Séleucos III, Antiochos III, Séleucos IV, Héliodore, Démétrios Sôter, fils de Séleucos IV, promis au trône mais n'ayant jamais régné, ou bien Antiochus, autre fils de Séleucos IV, assassiné enfant par son oncle Antiochus IV Épiphane (frère de Séleucos IV) qui s'était proclamé régent du petit Antiochus.

Interprétation dans l'Antéchrist d'Ernest Renan Ernest Renan, dans le chapitre consacré à l'Apocalypse de son ouvrage l'Antéchrist (lui-même, quatrième livre de l'Histoire des origines du christianisme) interprète les sept têtes couronnées du dragon rouge comme celles des sept Césars qui ont régné jusqu'au moment où est écrit l'Apocalypse : Jules César, Auguste, Tibère, Caligula, Claude, Néron, Galba . Renan relie, comme précédemment, cette bête avec celle décrite par Daniel. Toutefois, pour lui, les dix cornes représentent .

Notes et références

Voir aussi Bibliographie Pierre Lory, « Les signes de la Fin des Temps dans l’eschatologie musulmane », sur le site de l’université Paris-Sorbonne, intervention lors de la journée d’étude annuelle de la Sorbonne sur le Millénarisme, (consulté le ).

Articles connexes

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