thumb|300px|Les ressources naturelles traversent l'économie et finissent en déchets et en pollution.
L'économie écologique est une branche de l'économie en interface avec l'écologie, étudiant l'interdépendance et la coévolution entre les sociétés humaines et les écosystèmes dans le temps et l'espace. L'intérêt de ces recherches est de pouvoir guider l'action des acteurs économiques (publics et privés) afin d'assurer un développement durable, c'est-à-dire conciliant progrès économique, justice sociale, et préservation de l'environnement, tout en mettant la priorité sur ce dernier point. Il faut distinguer l'économie écologique de l'économie environnementale qui vise à évaluer le coût économique des atteintes à l'environnement (en termes d'externalités) et la valeur monétaire des services écosystémiques dans le cadre de la théorie néoclassique. L'économie écologique a un caractère résolument holistique et transdisciplinaire, surmontant les barrières existantes entre les disciplines scientifiques.
Histoire Les travaux de bioéconomie de Nicholas Georgescu-Roegen sont précurseurs de l'économie écologique dans la mesure où ils furent les premiers à intégrer la finitude des ressources naturelles dans les modèles économiques. Son œuvre majeure The Entropy Law and the Economic Process (1971) a exercé une forte influence sur la disciplineGeorgescu-Roegen, N. 1971. The Entropy Law and the Economic Process. Cambridge, Mass.: Harvard University Press.. Il faut également citer (1944)Kapp, K. W. (1950) The Social Costs of Private Enterprise. New York: Shocken., Karl Polanyi (1950)Polanyi, K. (1944) The Great Transformation. New York/Toronto: Rinehart & Company Inc., et E.F. SchumacherSchumacher, E.F. 1973. Small Is Beautiful: A Study of Economics as if People Mattered. London: Blond and Briggs.. Parmi les premiers écologues à s'intéresser aux questions économiques figurent C.S. Holling, H.T. Odum et Robert Costanza, ainsi que la biologiste Gretchen Daily et le physicien Robert Ayres.
Le premier symposium d'écologie économique eut lieu en 1982 en Suèdesymposium in Sweden : y participèrent Robert Costanza, Herman Daly, Charles Hall, Ann-Mari Jansson, Bruce Hannon, H. T. Odum, et . La plupart étaient des écologues des écosystèmes ou des économistes orthodoxes. En 1987, Joan Martinez Alier publia Ecological EconomicsCostanza R. (2003). Early History of Ecological Economics and ISEE. Internet Encyclopaedia of Ecological Economics.. 1989 vît la fondation de l'International Society for Ecological Economics et la première publication de sa revue Ecological Economics éditée par Elsevier. Robert Costanza fut le premier président de cette société et rédacteur en chef de la revue.
Les articles de Inge Ropke (2004, 2005)Røpke, I. (2004) The early history of modern ecological economics. Ecological Economics 50(3-4): 293-314. Røpke, I. (2005) Trends in the development of ecological economics from the late 1980s to the early 2000s. Ecological Economics 55(2): 262-290. et Clive Spash (1999)Spash, C. L. (1999) The development of environmental thinking in economics. Environmental Values 8(4): 413-435. retracent le développement et l'histoire de l'économie écologique et expliquent sa différenciation de l'économie environnementale ainsi que les controverses entre écoles européennes et américaines. Un article de Robert Costanza, David Stern, Lining He, et Chunbo MaCostanza, R., Stern, D. I., He, L., Ma, C. (2004). Influential publications in ecological economics: a citation analysis. Ecological Economics 50(3-4): 261-292. en ligne tente de déterminer la littérature fondatrice de la discipline par une analyse des citations permettant de déterminer quels livres et articles ont eu le plus d'influence. Il en ressort que les articles les plus cités dans Ecological Economics sont The value of the world’s ecosystem services and naturacapital de Costanza et all The value of the world’s ecosystem services and naturacapital Nature 387: 253–260 et Economic growth, carrying capacity, and the environment de Arrow et allEconomic growth, carrying capacity, and the environment Science 268: 520–521.
L’évaluation des écosystèmes pour le millénaire fut l'occasion d'une consécration médiatique et institutionnelle de la discipline. Toutefois, celle-ci reste « en construction ». Il est donc difficile de définir dans les détails ce qui ressort ou pas de l'économie écologique. Cela est également voulu par les théoriciens qui prônent une théorie ouverte sur les autres visions de l'économie.
Une observation fait tout de même consensus au sein de la communauté des théoriciens de l'économie écologique. C'est celle qu'au sein des pays développés, les dernières décennies ont été marquées par le passage d'une économie d'un monde vide (Empty-World Economics) à une économie d'un monde saturé (Full-World Economics). Il est important de comprendre l'origine de ce tournant.
D'une économie d'un monde vide à une économie d'un monde saturé Il est important de comprendre l'origine de ce tournant. Selon l'ouvrage An Introduction to Ecological Economics, An Introduction to Ecological Economics, CRC Press, ed., 2014, p. 94-96 .
Principes et objectifs
L'ambition ultime de l'économie écologique est un bien-être humain durable. Cela inclut d'autres considérations telles que la protection et la restauration de la nature, évoluer vers une justice sociale et intergénérationnelle, une stabilisation de la population et une reconnaissance de la contribution du capital humain et naturel au bien-être humain, cela passera aussi par un meilleur développement des indicateurs de bien-être. Cette conception de l'économie a également la capacité, contrairement à l'approche néoclassique, de déboucher sur un état stationnaire ("steady-state"), également vu comme un objectif. In fine, le but est de parvenir à délier stabilité économique et croissance tout en restant à l'intérieur de l'échelle écologique.
Nouvelle vision de l'économie
L'économie écologique englobe différents types de capitaux (naturel, social, culturel, humain ou encore de "fabrication humaine"). Ce n'est seulement qu'en considérant ces différents capitaux que l'économie écologique pourra atteindre ses trois objectifs interconnectés que sont : un cadre durable, une distribution juste des ressources et une allocation efficace des ressources. Cette approche hiérarchique marque ainsi une évolution avec le concept de développement durable où aucune priorité n'est donnée.
Le schéma ci-dessus en rend compte : l'économie écologique est une vision où les conséquences négatives des systèmes de productions ne sont plus considérées comme des "externalités", comme si l'environnement et la population humaine y vivant n'étaient pas inclus dans le système économique. Dans les trois cercles de droite, l'économie opère au sein d'une société faite de relations sociales et cet ensemble prend place au sein de l'environnement. Depuis 2012, les auteurs de l'ouvrage Building a Sustainable and Desirable Economy in Society in Nature rendent explicite que la limite environnementale se rapporte à la limite des 2 °C.
Technologie et valeurs
Selon l'ouvrage de Evrard :
L'intégration des énergies renouvelables s'est réalisée avec des temps d'adaptation plus ou moins longs selon les pays, pour des raisons historiques qui leur sont propres (page 111). Il ne faut pas s'y méprendre, l'histoire des énergies renouvelables émerge dans le contexte de la contestation écologiste des années 1970. Elles représentent alors une alternative de politique publique face à un secteur électrique marqué par la domination de certains acteurs et certaines valeurs analogue à l'économie néoclassique (pp 96-97). Ce qui est également remis en cause, tant dans la France pro-nucléaire d'après Mai 68 ou dans l'Allemagne pro-charbon de l'après-guerre, c'est la conception du rôle de l'État et des acteurs économiques (pp. 102-103). Deux modèles s'affrontent à cette époque : le premier repose sur une logique basée sur l'offre d'énergie, sur une production centralisée de l'énergie marquée par un fort usage de ressources fossiles et où la distribution est gérée par seulement quelques acteurs. L'autre repose sur une logique basée sur la demande d'énergie, sur une production d'énergie décentralisée marquée par un usage raisonné des ressources naturelles par des énergies renouvelables gérées via un modèle participatif (pp.19-25). De ce modèle alternatif, le système a gardé la technologie, mais a rejeté le projet de société qui l'accompagnait (p. 112)..
Recommandations politiques
L'économie écologique implique une série de recommandations politiques. Celles-ci concernent autant la forme des institutions, que les instruments politiques. Il n'existe pas encore de liste exhaustive de ces recommandations, elles sont multiples et probablement amenées à se multiplier au vu du principe d'ouverture de cette théorie.
Secteur des communs
La présence d'un secteur des communs permet de prendre en charge l'utilisation des ressources et de limiter celles-ci à un niveau plus faible ou égal à sa capacité de régénérescence, respectant ainsi le principe de justice intergénérationnelle. Les bénéfices tirés de l'utilisation de ces ressources permettent d'être réinvestis dans des techniques vertes qui ont pour effet d'une part d'assouplir la pression que les gaz à effet de serre ont sur certains services naturels et d'autre part de garantir leur pérennité.
À ce sujet, il est intéressant de noter qu'Elinor Ostrom parle de "capital institutionnel" pour décrire la conception et l'adoption de nouvelles institutions destinées à résoudre des problèmes de ressources communes. Ce type d'institutions ouvrent de nouvelles perspectives en matière de relations entre le secteur privé et public, ouvrant un nouveau mode de gouvernance.
Place des investissements
Ce qui est hautement recommandé au niveau des investissements, c'est de les diriger de l'accumulation de capital de fabrication humaine vers le capital naturel afin de le préserver et de le restaurer. En toute logique, cela passe par des investissements dans des techniques ou des projets ayant pour effet d'améliorer les services des écosystèmes comme des projets de reforestation au lieu d'accumuler les scieries, de rempoissonnement au lieu d'accumuler les bateaux de pêche, de développement d'énergies renouvelables au lieu de creuser de nouveaux puits pétroliers, etc. La deuxième manière d'investir concerne l'efficacité énergétique, de tels investissements devraient donc soulager la capacité vitale de la nature à absorber les gaz à effet de serre. D'autres investissements dans l'éducation, les infrastructures publiques ou encore le développement de systèmes de droits restent importants. Ceux-ci auront lieu via des fonds privés, des fonds issus du secteur des communs ou de l'État.