La seconde bataille de Kharkov, ainsi nommée par Wilhelm Keitel, a mis aux prises du 12 au les forces de l'Axe et l'Armée rouge dans le sud du front de l'Est pendant la Seconde Guerre mondiale. Elle combine une attaque soviétique en direction de Kharkov et une contre-attaque allemande pour éliminer la tête de pont d'Izioum, sur le Donets, qui servait aux Soviétiques d'espace pour préparer leurs offensives. Après une contre-attaque hivernale qui avait repoussé les troupes allemandes loin de Moscou, mais aussi épuisé les réserves de l'Armée rouge, l'offensive de Kharkov fut pour celle-ci une nouvelle tentative pour reprendre l'initiative stratégique, même si elle ne réussit pas à garantir l'élément de surprise.
Le , les forces soviétiques sous le commandement du maréchal Semion Timochenko lancèrent une offensive contre la allemande à partir d'une percée réalisée au cours de la contre-attaque hivernale. Après des premiers signes prometteurs, cette offensive fut arrêtée par la contre-attaque allemande. Des erreurs majeures de plusieurs officiers de l'état-major soviétique et de Staline lui-même, qui ne parvinrent pas à estimer avec précision le potentiel allemand et surestimèrent leurs propres forces, conduisirent au succès de la contre-attaque allemande « en pince », qui coupa les troupes soviétiques avancées du reste du front.
Contexte Situation générale sur le front de l'Est
À la fin de , la contre-offensive soviétique hivernale, qui avait repoussé les Allemands loin de Moscou, s'était arrêtée, laissant les deux camps reprendre leur souffle.
Joseph Staline était convaincu que les Allemands étaient à l'agonie, et qu'ils s'écrouleraient au printemps ou à l'été 1942, comme il le déclara dans son discours du Vasilevsky (1978), .. Il décida donc d'exploiter leur supposée faiblesse sur le front de l'Est en lançant une nouvelle offensive au printemps.
La décision de Staline rencontra une forte opposition de ses principaux conseillers, notamment du chef d'état-major de l'Armée rouge, le général Boris Chapochnikov, ainsi que des généraux Alexandre Vassilievski et Gueorgui Joukov, qui prônaient tous une posture plus défensive. Comme le rappelle Vassilievski, . Selon Joukov, Staline croyait que les Allemands étaient capables de mener des opérations selon deux axes stratégiques à la fois, mais il était sûr que le début d'une offensive de printemps sur toute la largeur du front déstabiliserait la Wehrmacht avant qu'elle puisse lancer une offensive mortelle contre MoscouZhukov (2002), .. Malgré les avertissements de ses généraux, Staline décida finalement d'essayer de prendre les Allemands par surprise grâce à des Glantz (2002), ..
Choix de la stratégie Après la conclusion de l'offensive d'hiver, Staline et la Stavka (l'état-major de l'Armée rouge) croyaient que l'offensive allemande finale aurait pour but Moscou, en même temps qu'aurait lieu une offensive majeure dans le sud, semblable aux opérations Barbarossa et Typhon de l'année précédente. Le haut-commandement soviétique avait affirmé que les Allemands avaient été vaincus à Moscou, mais leurs soixante-dix divisions présentes devant la ville représentaient une menace. Staline et la plupart des généraux et des commandants sur le front croyaient en outre sincèrement que le principal effort allemand viserait MoscouZhukov, .Vasilevsky (1978), .. Staline, enhardi par le succès de l'hiver, était cependant aussi convaincu que des offensives locales dans la région ne feraient que fatiguer les Allemands, affaiblissant leur capacité à monter une nouvelle opération contre Moscou. Au début, il avait accepté de préparer l'Armée rouge pour une , mais il donna ensuite des ordres pour préparer sept offensives locales entre la mer Baltique et la mer Noire. Une des zones choisies était Kharkov, où l'action devait commencer en marsGlantz (1998), ..
Au début de ce mois, le haut-commandement soviétique émit des ordres pour l'état-major stratégique du front sud-ouest pour une offensive dans la région, après les victoires de l' et de l' dans le Donbass. Les combats commencèrent ce mois, le maréchal Semion Timochenko et le lieutenant-général Kirill Moskalenko enfonçant des positions allemandes le long du cours septentrional du Donets, à l'est de Kharkov. Des combats intenses se poursuivirent en avril, Moskalenko traversant la rivière et établissant une faible tête de pont à Izioum, tandis que plus au sud la soviétique remportait des succès limités contre les forces allemandes, qui avaient réussi à établir leur propre tête de pont à l'est de la rivière Donetz. Cela attira l'attention de Staline, qui y vit le prélude à une éventuelle offensive vers Pavlograd et Sinelnikovo, et finalement Kharkov et Poltava.
Le , les commandants soviétiques présentèrent des plans préliminaires pour une offensive vers Kharkov, prévoyant une très importante accumulation de réserves. Le , Timochenko tint une réunion à Koupiansk pour discuter de l'offensive à venir. Un rapport préparé par son chef d'état-major, le lieutenant-général Hovhannes Bagramian, résuma pour Moscou la réunion, bien que taisant probablement des renseignements essentiels. L'accumulation des forces soviétiques dans la région de Barvenkovo et Volchansk se poursuivit largement jusqu'au début de mai. Les derniers détails furent réglés en mars et avril après des discussions entre Staline, l'état-major général et le commandement de la direction stratégique du front sud-ouest dirigé par Timochenko, une des dernières directives de la Stavka étant émise le 1942.
Préparation de l'offensive Ordre de bataille soviétique Le , l'Armée rouge était capable de disposer de six armées pour deux fronts, parmi d'autres unités. Le front du Sud-Ouest était formé de la , de la , de la et de la . Le , le corps blindé avait été transféré dans la région avec le , apportant 269 tanks supplémentaires. Il y avait aussi trois divisions de fusiliers et un régiment de fusiliers, formés à partir de la de fusiliers, concentrés dans la région et soutenus par la corps de cavalerie à Bogdanovka. Le front du Sud disposait des et , de 30 divisions et une brigade de fusiliers, ainsi que le soutien appréciable du corps blindé, du corps de cavalerie et de trois divisions de fusiliers de la Garde. À son maximum, le front du Sud pouvait utiliser onze canons ou mortiers par kilomètre de frontGlantz (1998), .Moskalenko (1969), ..
Le regroupement des forces dans le secteur se heurta à la raspoutitsa, qui transforma les sols en boue et retarda de nombreuses manœuvres. Le renforcement des fronts sud et sud-ouest prit plus de temps que prévu. Il y eut aussi de nombreuses critiques de hauts représentants soviétiques, qui blâmèrent les commandants sur le terrain pour la mauvaise gestion de leurs troupes, leur incapacité à monter des offensives et leur tendance à diriger depuis un fauteuil, comme Alexandre Vassilievski le précise dans ses mémoiresVasilevsky (1978), .. Comme le regroupement était fait d'une façon désordonnée, les Allemands reçurent des avertissements limités des mouvements soviétiques devant eux. Moskalenko, commandant de la , fait porter le blâme sur le fait que les fronts n'avaient pas prévu de plan avant la décision de regroupement, et firent donc preuve d'une mauvaise organisationMoskalenko, .. Il a déclaré après coup qu'il n'était pas étonnant que les .
Commandement et forces soviétiques
Le principal commandant soviétique était le maréchal Semion Timochenko, un vétéran de la Première Guerre mondiale et de la guerre civile russe. Bien qu'il ait obtenu des succès limités lors de la bataille de Smolensk un an auparavant, ses efforts avaient finalement débouché sur une défaiteVasilevsky (1978), .. Il avait ensuite été capable d'orchestrer la victoire à Rostov durant la contre-offensive hivernale et avait remporté des succès limités durant l'offensive de printemps vers Kharkov, avant le début de la véritable bataille. Le commissaire militaire surveillant l'armée était Nikita Khrouchtchev.
Les soldats soviétiques, pour leur part, étaient plutôt inexpérimentés. Dans la débâcle de l'année précédente, l'Armée rouge avait perdu la plupart de ses troupes d'origine, tuées, blessées ou capturées par les Allemands, avec presque un million de pertes pour la seule bataille de MoscouErickson (1995), Table 12.4.. Son soldat typique était un conscrit récent, ne possédant que peu ou aucune expérience du combat. Outre le manque de soldats chevronnés, l'Armée rouge commençait aussi à souffrir d'une mauvaise logistique et d'un manque de matériel, une bonne partie de la base industrielle soviétique se trouvant désormais derrière les lignes allemandes. C'est la raison pour laquelle elle favorisait à l'époque une stratégie temporaire de défenseVasilevsky (1978), ..
Le chef d'état-major, le maréchal Alexandre Vassilievski, a reconnu que l'armée soviétique de 1942 n'était pas prête à lancer des offensives majeures contre une armée allemande bien entraînée, simplement parce qu'elle n'avait sur elle ni l'avantage quantitatif ni l'avantage qualitatif nécessaire, et parce que son encadrement, du haut en bas de l'échelle de commandement, était en cours de reconstitution après les défaites de 1941Vasilevsky, .. Cette notion est cependant largement rétrospective et s'applique aux offensives soviétiques de 1942 et au-delà, comme l'opération Mars d' et la en .
Préparatifs allemands Les Soviétiques ignoraient que la allemande, commandée depuis peu par le général Friedrich Paulus, avait reçu des ordres pour l'opération Friderikus le Beevor (1998), .. Cette opération était un effort concerté pour écraser les armées soviétiques du saillant d'Izioum, créé au sud de Kharkov durant les offensives soviétiques de mars et avril. Cette mission fut confiée à la et les dernières directives, émises le , annonçaient un début probable le .
Les Allemands avaient aussi fait un effort massif pour renforcer le groupe d'armées Sud, transféré sous les ordres du maréchal Fedor von Bock, l'ancien commandant du groupe d'armées centre durant les opérations Barbarossa et Typhon. Le , Hitler avait publié la directive numéro 41, qui désignait le sud comme la zone principale des opérations pour la campagne estivale ; fin avril-début mai, les divisions du groupe d'armées Sud furent ramenées à leur force maximale aux dépens des autres groupes. L'objectif stratégique fut mis en évidence par les victoires de la d'Erich von Manstein en Crimée. L'objectif principal restait les champs pétrolifères du Caucase, la ville de Stalingrad représentant un objectif secondaire.
Le calendrier de l'opération Friderikus publié en avril fournissait une raison supplémentaire d'augmenter les forces dans la zone de la . Ignorée des Soviétiques, l'armée allemande connaissait donc une réorganisation majeure dans la zone. Le , quand Paulus soumit son dernier plan pour l'opération Friderikus, il commença à craindre une attaque soviétique. Mais à cette date l'armée allemande placée face à Timochenko était prête au combat dans la perspective d'une offensive en direction du Caucase.
Ordres de batailles
Soviétique Front du Sud-OuestLopez, p. 260-270Glantz (1998), p. 273-274 armée sous le commandement du général
division de fusiliers
de chars de chars
37e brigade de chars 38e brigade de chars 48e brigade de chars armée sous le commandement du général Vassili Gordov (non engagée dans la bataille) division de fusiliers
division de fusiliers division de fusiliers (non engagée dans la bataille) division de fusiliers (non engagée dans la bataille)Glantz (1998), p. 65 de fusiliers motorisés (non engagée dans la bataille) brigade de chars armée sous le commandement du général
de fusiliers
division de fusiliers
3e corps de cavalerie de la Garde 5e division de cavalerie de la Garde 6e division de cavalerie de la Garde de cavalerie de fusiliers motorisés
brigade de chars brigade de chars brigade de chars armée sous le commandement du général Kirill Moskalenko