André-Charles Bolt, dit André-Charles Boulle, né le à Paris, mort le dans la même ville, est un ébéniste, fondeur, ciseleur, doreur, et dessinateur français des . Ébéniste du roi, il fut le premier de son temps à appliquer du bronze doré à l'ébénisterie. Principal ébéniste de son siècle, sa longévité et son succès auprès de ses contemporains expliquent la profusion de ses œuvres.

Biographie

Les premières années André-Charles Boulle naît le . Il est le troisième enfant de Johann Bolt, dont le nom francisé devient Jean Boulle, compagnon menuisier en ébène originaire du duché de Gueldre installé à Paris dès 1637, et de Légère Thorin..

Son père lui enseigne durant sa jeunesse de nombreuses techniques artistiques, en particulier le dessin, la sculpture, la reparure, la ciselure, la dorure, ainsi que la peinture. Johann lui fait abandonner cette dernière, pour laquelle André-Charles Boulle présentait une préférence, au profit de la menuiserie car le garçon montre de grandes dispositions dans ce domaine : à l'âge de quatorze ans, en 1656, il est placé comme apprenti dans l'atelier du menuisier Jean Armand. Le talent du jeune homme est tel que, selon le père Orlandi, Le Bernin venu en France durant l'année 1665, le prend en amitié et lui prodigue des conseils sur la technique du dessin architectural. À partir de 1666, alors qu'il n'a pas encore atteint la majorité, le nom d'André-Charles est mentionné comme ayant acquis la maitrise parisienne, que son père n'avait jamais obtenue. L'atelier familial se trouve rue de Reims, face au collège Sainte-Barbe. Grâce à la réputation du jeune artiste et à un nombre de commandes grandissant, le petit atelier s'agrandit rapidement et emploie toute la famille. Sa rapide ascension sociale apparaît dans le contrat de mariage de sa sœur, Constance, mariée à Philippe Poitou (futur ébéniste de roi), qui cite comme témoins un procureur, un avocat au Parlement de Paris, un contrôleur général de la Marine ainsi qu'un auditeur de la Chambre des comptes.

L'atelier produit alors une marqueterie de « bois de rapport », c'est-à-dire utilisant diverses essences de bois, avec lesquelles il réalise des « tableaux de fleurs » très appréciés. Vers 1666, il intègre la manufacture des Gobelins, que le ministre Jean-Baptiste Colbert vient d'installer pour fournir Versailles en objets d'art. Tout en conservant son atelier, il y travaille en tant que décorateur et sculpteur sur bois sous la direction artistique du peintre Charles Le Brun, qui fournit aux artisans de nombreux dessins de modèles, tout en leur octroyant une certaine liberté d'interprétation.

Première commande royale

À l'instar de la bourgeoisie et de la noblesse de robe parisienne, la famille royale accorde son intérêt à l'ébéniste à partir de 1672, par l'intermédiaire de Jean-Baptiste Colbert en lui commandant l’estrade de la petite chambre de la reine Marie-Thérèse à Versailles. Ce soutien est confirmé en lorsque le logement des « Galleries du Louvre » de l'ébéniste Jean Macé, décédé le 14 du mois, est attribué à André-Charles, qui est préféré à Pierre Gole, pourtant ébéniste du roi depuis 25 ans. À cette date, le roi est en Flandres avec son armée. Colbert, qui avait fait son choix entre les deux prétendants, fait signer le le brevet accordant le logement à Boulle à la reine alors régente. Le ministre n'informera le roi que deux jours plus tard, le 22, lui précisant que Boulle est « le plus habile ébéniste de Paris ». La décision ayant déjà été prise, le roi qui ne connaît pas personnellement Boulle, ne peut qu’acquiescer et répond « le logement des Galleries au plus habile ». Être admis au Louvre est un signe de la faveur royale, mais c’est aussi un privilège de liberté par rapport aux corporations parisiennes. Le prestige qui en découle entraîne une nette augmentation des commandes. Boulle possède alors deux ateliers, celui de l'ancienne rue de Reims et celui du Louvre, pour lesquels toute la famille travaille, y compris la sœur de André-Charles, première femme connue comme ouvrier ébéniste.

La faveur de Boulle est concomitante avec celle de Jean Bérain père, qui obtient simultanément un logement au Louvre et dont le style décoratif inspire les créations de Boulle.

Dans les années qui suivent, Boulle s'initie au travail de la marqueterie à écaille et métal, qui deviendra sa spécialité.

Installation au Louvre Le , André-Charles épouse Anne-Marie Leroux en l'église Saint-Sulpice à Paris. Elle est elle-même fille d'ébéniste et sept enfants naîtront de leur union. L'année de leur mariage, l'atelier continue son accroissement. Constance Boulle étant décédée l'année précédente, Philippe Poitou se remarie et devint à son tour ébéniste du roi. Il semble que c'est à ce moment que Colbert entreprend de confier à Boulle un large espace au Louvre, faisant de son atelier le plus grand de Paris. Le palais est à cette période progressivement déserté, le roi s'installant à Versailles et la reine-mère, dont les appartements se trouvaient non loin de l'atelier, étant décédée en 1666. En outre, des travaux entrepris pour l'érection d'un théâtre ont été abandonnés à la mort de cette dernière. Une importante partie du palais est donc vacante. Les lieux sont alors partagés afin d'accueillir d'une part l'Académie royale de peinture et de sculpture et, d'autre part, l'atelier de Boulle. Si la date exacte de la prise de possession par Boulle de ce nouvel atelier s'étendant sur la moitié du théâtre n'est pas connue, il conviendrait de la situer vers 1677, date à laquelle l'atelier de la rue de Reims est fermé. Qui plus est, le , Boulle voit son logement du Louvre situé dans la Grande Galerie augmenté de deux étages, occupés jusqu'en 1677 par Vincent Petit. L'appartement de l'ébéniste et son atelier couvrent alors une surface de carrés.

En 1685, l'atelier de Boulle se dote d'une fonderie, illustrant l'importance nouvelle du bronze doré dans la production de l'ébéniste, qui, grâce à son privilège, peut pratiquer un autre métier, ce qui n'aurait pas été possible s'il avait continué de travailler comme maître ébéniste à Paris. Elle est placée dans un bâtiment non loin de l'atelier du Louvre, racheté à Madeleine Laniel, veuve de Denis Buret, ébéniste, et s'étend sur près de carrés. L'occupation du bâtiment cesse probablement vers 1692, de manière certaine en 1699. Elle sera alors rapatriée au sein de ses ateliers au Louvre. À la fin du siècle, l'atelier a atteint un développement important : Boulle dispose de quinze collaborateurs ayant le statut de compagnons, issus de nombreux corps de métier (ciseleurs, doreurs, ébénistes, menuisiers, graveurs en marqueterie), ainsi que d'un grand nombre d'assistants et d'apprentis.

Apogée vignette|Armoire aux perroquets, réalisée entre 1680/1690 et 1700 (Louvre). Une partie du succès s'explique par les fournitures au chantier du château de Versailles pour lequel l'atelier produit, à partir de 1680, nombre de meubles de prestige. On compte ainsi dès 1680 une commande de la reine pour un cabinet d'orgue portative dont le coût fut estimé à livres (sachant que le salaire journalier moyen au est légèrement inférieur à une livre). Le Grand Dauphin commande en 1682 à l'atelier la réalisation de son premier cabinet des Glaces pour lequel l'ébéniste percevra livres. Cette livraison le couronne de succès. En raison de l'importance de la demande, l'atelier ne produit alors que sur commande.

Ces années de gloire sont l'occasion pour Boulle d'acquérir un patrimoine foncier avec l'achat de terres ainsi que d'une maison de rapport, situés à proximité de Paris. Collectionneur de dessins et d'estampes, il en profite également pour acquérir de nombreuses œuvres. Néanmoins, Boulle avance régulièrement l'argent pour ses commandes royales et les paiements se font souvent attendre. Si bien que les versements du roi ne suffisent plus à couvrir les livres qu'il a engagées dans la réalisation des œuvres royales. L'ébéniste doit alors s'endetter avant d'être payé quelque temps plus tard par le trésor royal. Il s'agit là d'une période de plus faible production, même si elle reste remarquable pour l'époque.

Les années 1700 marquent la reprise des commandes royales avec la commande du mobilier du château de la Ménagerie pour la duchesse de Bourgogne. En 1707, le prince de Condé lui passe également commande et, en 1708, c'est au tour de Jules Hardouin-Mansart, dont Boulle est proche, de lui obtenir la commande de deux commodes pour le Trianon de Versailles.

Dernières années La mort de Louis XIV, en 1715, marque un tournant. André-Charles Boulle, âgé de 72 ans, décide de passer la main à ses quatre fils, qui poursuivront son œuvre. Un inventaire nous indique que l'atelier emploie alors une trentaine d'ouvriers et conserve une centaine de meubles et objets en bronze. Boulle continuera cependant son activité, réalisant ainsi deux médailliers pour le directeur des Monnaies et des Médailles où les bronzes dorés suivent avec imagination la mode du caprice (cartouches frontaux et latéraux, têtes égyptiennes).

Un incendie sans doute criminel se déclare dans son logement au Louvre le à trois heures du matin, détruisant une grande partie de son atelier. Les pertes englobent son stock de bois précieux (« tous les bois, de sapin, de chesne, de noyer, de panneau ou mairin, bois de Norvège, amassés et conservés depuis longtemps pour la bonté et qualité des ouvrages ») d'une valeur estimée à livres.

Dans les années 1710, Nicolas Guillaume Dau[s]tel, puis Thomas-Joachim Hébert, vendaient en boutique ses meubles.

Les innovations de Boulle

Les apports de Boulle aux arts décoratifs doivent à ses talents multiples, de dessinateur, bronzier, ébéniste, à son inventivité, et au soutien et aux commandes royales sans lesquelles il ne lui aurait pas affirmé son génie avec une telle ampleur.

vignette|Armoire en ébène avec marqueterie d'André-Charles Boulle, (mobilier de la couronne) gravure de Jules-Ferdinand Jacquemart,(1837-1880), graveur.  La spécificité du travail de Boulle consiste à décorer les meubles avec un placage en marqueterie constitué de différents matériaux : bois de rapport, métal (étain, laiton) et écaille de tortue, découpés selon un dessin très précis et collés sur le bâti du meuble à la façon d'un puzzle. C'est la marqueterie Boulle qui porte aujourd'hui son nom. Afin d'économiser et de tirer profit de matériaux coûteux, il utilisa un système d'inversion positif / négatif : la partie (où l'écaille sert de fond et le métal fait le motif) et la contrepartie (où le métal fait le fond et l'écaille le motif). Les deux matériaux provisoirement collés étaient estampés selon le dessin choisi, ce qui permettait ensuite, en les séparant, de faire correspondre les motifs sans ouvrage supplémentaire. La plaque d'écaille, importée à grand frais, pouvait ainsi être utilisée deux fois. Le plus souvent, un placage d'ébène noir venait souligner les matières pour affirmer l'éclat et la somptuosité des pièces. Il réalisa, suivant cette technique, de nombreux meubles ornés de très riches décors de bronzes dorés : armoires et bas d'armoires, bureaux plats, commodes, consoles, gaines, cabinets, boîtiers de pendules, miroirs... Il put ainsi démontrer l'adaptabilité de sa technique à des types d'objets très divers, tout en démontrant l'étendue de son savoir-faire.