vignette|Battage, Hongrie, 1938.
vignette|Battage (chaubage) par des femmes, Népal, 2011.
vignette|Sur cette page enluminée du Rustican de Pietro de' Crescenzi (troisième quart du ) consacrée à la céréaliculture, trois opérations sont réunies : le battage, le vannage et l'engrangement.
En agriculture, le battage est une opération consistant à séparer de l'épi ou de la tige les graines des céréales, à extraire de leurs gousses des graines de légumineuses comme les haricots secs et plus généralement à séparer les graines mûres du reste de la récolte quel que soit le type de plante.
Le battage se fait d'abord à la gaule ou au fléau sur une aire à battre au moins depuis la plus haute Antiquité. On procède aussi par dépiquage (ou dépicage), terme réservé au travail effectué par foulage ou avec des outils traînés, généralement avec des bêtes (dépiquage animal)Marcel Lachiver, Dictionnaire du monde rural. Les mots du passé, Fayard, 1997, rubrique « dépiquage », .. Avec la révolution agricole vient l'utilisation de batteuses mécaniques.
On a aussi utilisé les mots battaison et batteries (au pluriel, en Poitou par exemple). Au Moyen Âge, une batterie était un salaire reçu pour un battage de grains.
Le terme d'égrenage est également utilisé pour le battage du riz, des gousses d'arachide, des épis de maïs et pour la séparation des graines de coton de leurs fibres (voir cotton gin). Égoussage se rencontre pour le battage des graines de légumineuses (arachide, haricot).
Le décorticage est une opération complémentaire optionnelle de même finalité. Elle consiste à séparer les glumelles des grains lorsque celles-ci adhèrent au caryopse des graminées et concerne des espèces ou variétés à grains vêtus : orge, riz paddy, épeautre…
Historique
Le battage de l'Antiquité au Moyen Âge Dès le avant J.C. différentes méthodes sont évoquées dans les textes :
Au tribulum (traineau à dépiquer), chez Homère et dans la Bible (Isaïe 41, 15, 16) Foulage par des esclaves (Hésiode) Piétinement par des pourceaux (Hérodote) vignette|Fléau Suivant les endroits, le battage se fait, à la gaule de bois vert, au tribulum, avec le plostellum punicum (traîneau composé de plusieurs petits rouleaux à dents en usage chez les Carthaginois, avec la traha (traineau constitué de planches lisses), toujours sur une aire bien préparée ; en Grèce le fléau apparaît au après J.C..
Au Moyen-Âge en France ces méthodes sont encore attestées sans changements notables, une attention particulière étant portée à la préparation de l'aire (terre battue bien damée) ; le dépiquage avec un attelage à grand rouleau apparaît à la fin de la période.
La paille était séparée à la fourche et le vannage se faisait au crible ou van.
Le passage au battage mécanique en Europe gauche|vignette|Reconstitution de battage avec une batteuse à trépigneuse intégrée, Musée Dufresne, Azay-le-Rideau. vignette|Battage avec une batteuse à manège intégré, 1881 vignette|Battage à l'aide d'une batteuse manuelle, Aveyron, 1932. Le gerbier est au premier plan, le pailler au second. La paille et le grain sont triés au sol sur l'aire à la sortie de la batteuse (en bas à droite).|260x260px|centré vignette|Aire de battage pavée désaffectée, Calonge, Catalogne Le piétinement par de nombreux animaux ou le passage de machines lourdes nécessite une aire de battage encore mieux stabilisée. Des aires pavées sont attestées. La première batteuse avait été mise au point par Andrew Meikle, un ingénieur écossais, vers 1786. Ces machines furent d'abord des batteuses manuelles à manivelle (ressemblant à première vue à de gros tarares). Ces machines ne possédaient pas de système de ventilation suffisant. Aussi comme avec le grain issu du battage manuel ou du dépiquage, il fallait encore séparer ce grain des menues pailles et des balles qui l'accompagnaient en le vannant. Le tarare qui mécanise le vannage se répand à la même époque.
Les batteuses furent ensuite entraînées par des animaux (bœufs ou chevaux) à l'aide du manège ou de la trépigneuse et on leur incorpora un système de vannage et de tri. vignette|Équipe de battage en Aveyron, le dressage du pailler presque terminé se fait à l'aide d'une échelle. Certains personnages tiennent en main un bouquet de moisson ou la dernière poignée d'épis. gauche|vignette|redresse|Endossage et pesage de sacs de grains, Allemagne de l'Est, 1952. Fortschritt (Progrès) était la marque du conglomérat produisant les machines de récolte de la RDA. Le battage évolue à partir de la fin du avec l'emploi de la vapeur déplaçable (locomobile) qui peut entraîner des batteuses plus importantes. En dehors des très grandes exploitations qui peuvent engager suffisamment d'ouvriers, le battage mécanique donne lieu à un travail solidaire entre voisins, et souvent dans la parentelle, et à l'établissement de tours de rôles. En France, la batteuse et la locomobile qui l'entraîne peuvent être louées à un entrepreneur mais sont de plus en plus souvent acquises en syndicat; entre 1882 et 1892, le nombre de locomobiles à usage agricole augmente de 30 %. C'était un travail dur mais aussi une fête autour d'énormes repas où la boisson ne manquait pas. Lors d'un battage avec une batteuse modeste, il fallait compter une vingtaine de travailleurs endurants dont des jeunes suffisamment athlétiques pour porter des sacs d'environ 100kg, cinq ou six femmes pour la cuisine et le service (le café de l'aube et trois repas d'exception avec cochonnailles et volailles), des enfants pour proposer le vin, bu généralement coupé d'eau, et l'eau-de-vie et enfin au moins quatre bœufs pour le déplacement des machines.
Lorsque l'on a disposé de la puissance d'entraînement suffisante, on a encore adjoint à la batteuse une soufflerie pour évacuer les balles (ou faluns que l'on conservait pour l'alimentation de animaux ou l'isolation des silos de raves), un monte-paille (photo d'en-tête) et enfin une presse à paille stationnaire.
Par la suite, le ramassage du blé et son battage ont été proposés sur une même machine (moissonneuse-batteuse). Les moissonneuses-batteuses sont aujourd'hui des machines polyvalentes qui sont adaptées au battage de la plupart des récoltes moyennant le changement ou la modification de la table de coupe et le réglage du batteur et des systèmes de vannage et triage.
Traditions Voir aussi Moisson (agriculture)#Rituels gauche|vignette|redresse|Croix et objets votifs de moisson en paille tressée, fléaux et panier de vannage, Normandie Le battage en commun a été l'occasion d'affermir les rituels de moisson. Outre les repas, on peut mentionner celle des croix et bouquets de moisson que l'on mettait alors en évidence.
Techniques de battage diverses Il existe des opérations voisines toujours en usage dans certains pays ou régions :
vignette|Battage et vannage du riz paddy (égrenage manuel ?), Japon années 1890.
l'égrenage manuel
le foulage, par piétinement humain ou animal ; le foulage par des animaux est aussi appelé dépiquage, le chaubage, battage à la main contre un corps solide le dépiquage, à l'aide d'un rouleau ou d'une planche à dépiquer Le battage des épis de maïs et du riz, traditionnellement réalisé avec des batteuses plus compactes et plus simples Le moissonnage-battage qui est le plus souvent la règle aujourd'hui.
L'écrivain Pierre Jakez Hélias donne une description complète de cette opération telle qu'elle était effectuée dans les campagnes françaises dans la première moitié du . Il évoque le passage du fléau à la batteuseLe Cheval d'orgueil, chapitre VI, ..
Battage au fléau Le battage peut être réalisé manuellement à l'aide d'un fléau. Cette opération, pratiquée durant des siècles, est aussi l'occasion d'une expression artistique :
Le battage est aussi l'occasion de chansons, sans doute pour battre en rythme :
Un, dos, tres, quatre
de segar en ve el batre
segarem, batrem
quina feina que tendrem
hem segat, hem batut
quina feina que hem tengut
Barrabís, barrabàs
Bis bas, pis pas
Un, deux, trois, quatre/ voici la moisson puis le battage/ nous moissonnerons, nous batterons/ quel travail nous aurons/ nous avons moissonné, nous avons battu/ quel travail nous avons eu/ Barrabís, barrabàs/ Bis bas, pis pas (chanson majorquine en catalan).
Dépiquage « animal »
C'est une méthode qui était jusqu'au début du plutôt pratiquée dans le sud de la France et de l'Europe. Dans les régions sèches, le dépiquage détache le grain par froissement ; dans les régions humides, il faut joindre le choc du fléau pour ce faire.
Selon l’Encyclopédie des gens du mondeArtaud de Montor, Encyclopédie des gens du monde : répertoire universel des sciences, des lettres et des arts; avec des notices sur les principales familles historiques et sur les personnages célèbres, morts et vivans, volume 8, Librairie de Treuttel et Würtz, 1837., le dépiquage animal se pratiquait généralement sur une « aire » ou « place » de terre battue avec régularité et force. On y amenait les gerbes de céréales (dont les pailles étaient alors plus longues qu'aujourd'hui). On en coupait les liens de manière à former des cercles, où la paille occupe la partie supérieure, alors que les épis reposent sur le sol. Deux ou trois couples de chevaux, bœufs, ânes, baudets ou mulets, attachés deux à deux et les yeux bandés, étaient alors guidés au moyen d'une longe assez longue par un conducteur debout au centre de l'aire. Armé d'un fouet, le conducteur faisait tourner les animaux « dépiqueurs ». Aux extrémités du cercle, avec des fourches en bois des « valets » repoussaient sous les sabots des animaux la paille incomplètement brisée et l'épi non dépouillé de son grain.
Le cheval et la mule étaient préférés aux bœufs, leur trot dépiquant le grain plus rapidement. Que le nombre des paires soit de deux, de trois ou de quatre, selon l'importance de la récolte ou la nécessité de presser le dépiquage, on les mettait de front et l'opération pouvait durer du lever au coucher du soleil. Chaque quart d'heure, les animaux avaient droit à un court repos, avec une pause un peu plus longue aux heures des repas. L'inconvénient de cette méthode était que la paille était systématiquement salie par les déjections des animaux et qu'elle ne pouvait alors être conservée correctement.
En 1861, une étude de zootechnie décrit ainsi le dépiquage avec des chevaux de race Camargue :
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Chaubage vignette|Chaubage (Inde). vignette|Chaubage de riz paddy sur des planches par des femmes, Inde, 2014 Le chaubage est un procédé de battage par lequel on égrène les épis en les frappant par poignées sur un corps solide (rebord de table, planche posée sur champDictionnaire encyclopédique Quillet, 1946, article "chaubage"). Il présente l'avantage de laisser la paille intacte.
Ce procédé était employé en Europe principalement avec le seigle dont les pailles sont très longues pour faire des liens (de gerbes en particulier) ou servir à d'autres usages comme le chaume de couverture Marcel Lachiver, Dictionnaire du monde rural. Les mots du passé, Fayard, 1997, rubrique « chaubage », p. 434. ou la vannerie. Lors des moissons à la faux ou à la moissonneuse-javeleuse, des enfants étaient chargés de disposer un lien préparé (toron de pailles de seigle ou de blé chaubées) auprès de chaque javelle à terre. Une personne expérimentée liait ensuite cette javelle qu'on appelait dès lors une gerbe. Cette pratique a disparu avec la moissonneuse-lieuse.
Moissonnage-battage gauche|vignette|Moissonnage-battage de tournesol, Nièvre , 2019
Le battage est le plus souvent réalisé en même temps que la moisson aujourd'hui.
La moissonneuse-batteuse en supprimant les opérations de conditionnement et de transport a notablement réduit les coûts et la durée de la moisson dans les régions de grandes cultures.
Intérêt du battage séparé aujourd'hui Voir aussi : Batteuse#Batteuses actuelles