vignette|Anne, Emily et Charlotte Brontë, par leur frère Branwell (vers 1834). Lui-même s'était représenté, au milieu de ses sœurs. Les raisons pour lesquelles son portrait a été effacé demeurent aujourd'hui encore obscures, mais cet effacement serait dû à une période de dépression chez Branwell.

La famille BrontëL'étymologie du patronyme, d'abord Prunty (cf. infra), dénote des origines celtiques. La famille descendrait du clan irlandais mac Aedh Ó Proinntigh, son of Aedh, grandson of Proinnteach (« fils de Aedh, petit-fils de Proinnteach ») en anglais. Aedh est un prénom masculin dérivé de Aodh, (fire, « le feu ») et Proinnteach (the bestower, « celui qui confère ») d'un nom désignant une personne généreuse, le mot signifiant littéralement banquet hall (« salle de banquet »), du gaélique proinn (« banquet »), et de teach (« salle »). et . Prononciation en anglais britannique retranscrite selon la norme API. Bien que la prononciation usuelle soit bien selon le dictionnaire Webster, le même dictionnaire indique que la prononciation correcte est . est une famille littéraire britannique du , dont la notoriété, qui s'étend à tous ses membres, est essentiellement due aux trois sœurs, poétesses et romancières, Charlotte (1816-1855), Emily (1818-1848) et Anne (1820-1849). Elles publient des poèmes, puis des romans, d'abord sous des pseudonymes masculins. Leurs romans attirent immédiatement l'attention, pas toujours bienveillante, pour leur originalité et la passion qu'ils manifestent. Seul Jane Eyre, de Charlotte, connaît aussitôt le succès. Mais (Les Hauts de Hurlevent) d'Emily, (La Locataire de Wildfell Hall) d'Anne et Villette de Charlotte sont admis plus tard parmi les grandes œuvres de la littérature.

Très proches, les trois sœurs et leur frère Branwell développent leur imagination en écrivant ensemble des histoires de plus en plus complexes, au contact d'un père très cultivé. La confrontation à la mort, de leur mère d'abord, puis surtout de leurs deux sœurs aînées, Elisabeth et Maria, les marque profondément et influence leurs œuvres.

Leur propre destinée tragique (mortes jeunes de maladies), tout autant que leur précocité, ont beaucoup contribué à leur renommée et, par ricochet, à celle de leurs proches. Depuis leur disparition et même du vivant de leur père qui leur a survécu, la famille fait l'objet d'un culte s'étendant bien au-delà de l'Angleterre. Sa demeure, le presbytère de Haworth, aujourd'hui transformé en musée, est devenue un lieu que visitent, chaque année, des centaines de milliers de personnes venues du monde entier. La famille Brontë La famille Brontë comprend : les parents et la tante maternelle : Patrick Brontë, le père - Maria Brontë, la mère - Elizabeth Branwell, la tante ; les deux sœurs aînées, mortes très jeunes : Maria Brontë, l'aînée des enfants - Elizabeth Brontë, la cadette ; la fratrie littéraire composée des trois sœurs Brontë et de leur frère Branwell : Charlotte Brontë, l'auteure de Jane Eyre, Shirley, Villette et Le Professeur - Emily Jane Brontë, l'auteure de Wuthering Heights - Patrick Branwell Brontë, dit Branwell, le fils - Anne Brontë, l'auteure dAgnes Grey et de The Tenant of Wildfell Hall.

Le sort des aînées, du fait de leur mort précoce, doit être dissocié de celui des enfants parvenus à l'âge adulte. C'est pourquoi ces derniers sont traités séparément, de façon plus approfondie.

Le père, Patrick Brontë

La scolarité vignette|gauche|upright=0.8|Portait de Patrick Brontë, vers 1860, portant sa large cravate blanche « à la Wellington ».

Patrick Brontë ( - ) est l'auteur de Cottage Poems (1811), de The Rural Minstrel (1814), d'articles de journaux et de pamphlets, ainsi que de diverses poésies champêtres...

vignette|Vue de l'université de Cambridge, où étudia Patrick Brontë. (La Cam est au premier plan et King's College Chapel en arrière-plan, sur la droite.) vignette|Chapelle de St John's College à Cambridge.

Ce garçon doué a fréquenté l'école jusqu'à seize ans. Pour financer ses études., ses parents ont loué plus de deux hectares en supplément. Il a ensuite fondé une école dite public (ouverte au public)— soit, selon la terminologie anglaise, privée. Il a travaillé comme précepteur et fait quelques économies, pécule qui lui permet d'entrer au St John's College de Cambridge, fait exceptionnel, un Irlandais du Sud et de souche si humble étant d'habitude destiné au Trinity College de Dublin. et non à un établissement aussi prestigieux, égal en notoriété à Trinity College de Cambridge.

Il doit son admission à ses capacités reconnues, ainsi qu'à Thomas Tighe, juge de paix, fils de parlementaire et demi-frère de deux membres du parlement irlandais, ministre de l et sympathisant des mouvements évangéliques qui, dans le sillage de John Wesley, visent à revivifier l'Église et à en bannir la corruption.. Tighe le recommande en connaissance de cause puisque Patrick a supervisé les études de ses enfants pendant quatre ans. De plus, il lui a sans doute fait étudier le latin et le grec, prérequis de l'entrée à Cambridge, peut-être en paiement partiel du préceptorat. Patrick reçoit donc une sizarshipShorter Oxford Dictionary (traduction) : « Sizar ou Sizer, étudiant de Trinity, Dublin ou Trinity, Cambridge, admis sous cette dénomination et recevant une allocation du Collège lui permettant de poursuivre ses études »., bourse de l'université, qui supplémente son apport.. Ainsi, il étudie la théologie et l'histoire (ancienne et moderne) de 1802 à 1806 avec application, à la différence de nombre de ses condisciples fortunés. Les documents de sa scolarité attestent qu'il a reçu la distinction de first class, ce qui correspond au moins à une mention « Bien »Détails de la scolarité de Patrick Brontë : ..

Après son B. A. (Bachelor of Arts), il est conduit à l'ordination ()., comme la majorité des étudiants sans grandes ressources. Ce choix correspond à ses aspirations et il y est aidé par son ami Henry Martyn. De quatre ans son cadet mais déjà Wrangler de l'université, le grade le plus élevé dans la hiérarchie des jeunes fellows (« assistants »), Martyn le recommande auprès des autorités ecclésiastiques. Patrick obtient alors une bourse d'appoint destinée à ()..

Le vicaire « perpétuel » Six années plus tard en 1812, il rencontre Maria Branwell, arrivée de sa Cornouailles natale. Âgée de 29 ans, elle est depuis quelques mois chez un oncle du Yorkshire, directeur d'un pensionnat pour garçons, où Patrick est invité à corriger les épreuves d'études bibliques. Cette jeune fille « éveillée, gaie et spirituelle : (). lui inspire aussitôt un coup de foudre qui s'avère réciproqueLettres de Maria à Patrick (celles de Patrick n'ont pas été conservées), citées par .. Ils se marient le . et ont six enfants.

vignette|gauche|Le presbytère de Haworth, la maison des Brontë, aujourd'hui un musée (Brontë Parsonage Museum).

Patrick et Maria Brontë séjournent tout d'abord à Thornton, entre le et le Haworth Village - Brontës, sur haworth-village.org.uk (consulté le 27 mars 2021).. C'est là que naissent successivement leurs enfants Charlotte, Branwell, Emily, puis Anne The Brontë Birthplace, sur bronte-country.com (consulté le 27 mars 2021).. Le ., la famille s'installe dans le presbytère de Haworth. Le bâtiment actuel comporte une aile en pignon ajoutée en 1878 par le successeur de Patrick, le révérend John Wade, et le perron, agrandi à sept marches, n'en comptait alors que trois.. Les responsables du musée ont recréé le jardin de devantE. M. Davidson, The Parsonage garden, Transactions, vol. 18, part 95, Haworth, Brontë Society, 1985, p. 410, et V. Fattorini, Brontë Parsonage garden, Transactions, vol. 20, part 4, Haworth, Brontë Society, 1991, ., mieux tenu aujourd'hui qu'alors, aucun membre de la famille ne s'intéressant au jardinage, avec les plantes de l'époque. À droite, poussaient quelques groseilliers et cassis dont on récoltait les fruits, avec les myrtilles des landes, pour les confituresPublications du Brontë Parsonage Museum, Incorporated Brontë Society, Haworth, ..

Patrick Brontë exerce les fonctions de vicar (curé), avec le rang de curate (vicaire)Le mot parsonage, de l'anglais « parson » (« pasteur ») désigne le presbytère, alors qu'il existe aussi vicarage, ce qui ancre le titre et la fonction dans l'Église anglicane., mais il signe toujours de la mention Incumbent (« Titulaire »). Admirateur passionné de Wellington., le vainqueur de Waterloo, comme son héros il s'enroule autour du cou une large cravate blanche qui finit par lui couvrir le menton, mode passée de son temps mais qu'il n'abandonne jamais sous prétexte d'une gorge fragile. L'adulation pour Wellington est reprise par ses filles qui, dans leurs petits livres (cf. Juvenilia), en font sous des noms divers, souvent exotiques, le héros de bien de leurs histoires. Patrick professe des opinions très conservatrices, partagées avec encore plus de rigidité par ses enfants. Il prend souvent position dans la presse locale ou en publiant à ses frais des pamphlets. Ainsi, après avoir approuvé le Catholic Emancipation Act (« Loi relative à l'émancipation des Catholiques »)., il s'insurge contre cette Église dont il fustige les intentions « malveillantes » envers la Grande-Bretagne en conflit avec la province irlandaise en constante rébellion.. Chez les Brontë, le pape est considéré comme Satan en personne, et Charlotte, en particulier, fait sur les « papistes » une véritable fixation..

Un homme à principes mais généreux vignette|gauche|upright=0.8|Elizabeth Gaskell, biographe de Charlotte BrontëPortrait par le miniaturiste écossais William John Thomson (1832).

Elizabeth Gaskell, première biographe de Charlotte à la demande de Patrick, le décrit, suivant l'archétype du pasteur anglican, comme plutôt inflexible, rigide, hypocondriaque et misanthrope, portrait repris par certains auteurs, telles Margot Peters ou Daphne du Maurier. Elle évoque, au travers de deux anecdotes, son attitude rigoriste envers ce qui pourrait induire chez les siens un amour coupable de la toilette : il jette au feu des bottines de cuir offertes à ses enfants et réduit en lambeaux une robe de soie que sa femme a négligé de mettre sous clé.. Aujourd'hui, ces faits sont plutôt considérés comme apocryphes, et Patrick lui-même les a réfutés dans une lettre à Mrs Gaskell du , note 80, chapitre IV, ..

Il passe pour excentrique, par exemple ne se couchant jamais sans deux pistolets qu'il vide par prudence à son réveil sur le clocher de l'église où les impacts demeurent visibles, habitude prise après la révolte dite des Luddites.En 1812, des ouvriers, conduits par Ned Ludd, sorte de mystique révolutionnaire, avaient détruit des métiers à tisser tenus pour responsables des bas salaires et du manque de travail au cours de l'attaque armée d'une importante manufacture. Un violent échange de feu s'en était suivi et l'incident avait laissé une psychose de peur... Patrick redoute aussi l'agitation chartiste, toujours menaçante en 1848, dont le clergé est souvent victime.The Brontës of Haworth, Brontë Parsonage Museum, Section 9, .. Près de Bingley, de Kildwick, ou à Keighley, Bradford et Manchester, des milliers d'hommes font face à des régiments entiers. Charlotte s'en fait l'écho dans une lettre à W. S. Williams, lecteur de sa maison d'édition, où elle qualifie le mouvement de « ill-advised » (« inapproprié ») et se félicite de la répression, tout en souhaitant l'examen sérieux de ses causes et une action « juste et humaine » des autorités..