La littérature de langue comtoise concerne toute la production littéraire rédigée en franc-comtois, langue d'oïl de la Franche-Comté et du canton du Jura. Si le premier texte connu remonte à 1525, des œuvres paraissent encore aujourd'hui dans ce qui est de plus en plus considéré comme une langue à part entière à l'instar du picard, du wallon ou du gallo.

Historique vignette|Aire de répartition géographique de la langue comtoise en Franche-Comté.

Les prémices Si les premiers textes écrits véritablement en franc-comtois sont pour la plupart postérieurs à la conquête française, des auteurs comme Colette Dondaine ou Paul Delsalle ont distingué plusieurs prémices littéraires dans leurs études. Ainsi une filiation entre le texte médiéval de 1284 Li abrejance de l'ordre de chevalerie de Jean Priorat et le franc-comtois peut être faite, mais c'est surtout un autre texte du , L'isopet de Lyon, qui peut être considéré selon W. Foester comme écrit en dialecte franc-comtoisColette Dondaine, Les parlers comtois d'oïl, Bibliothéque française et romane.

L'historien Paul Delsalle considère également que le Journal du poète Jean Vuillemin du début du « correspond peut-être à ce que nous pourrions appeler du patois, du patois comtois »Paul Delsalle, Lexique pour l'étude de la Franche-Comté à l'époque des Habsbourg (1493-1674), PUFC.

Littérature comtoise En Franche-Comté, la première production littéraire connue écrite en franc-comtois remonte à 1525 et concerne les faits d'armes de Généry (ou Jean Neury) et de Richard Prévôt dans le cadre de la Guerre des paysans. Il s'agit du chant du Rosemont. Il faut attendre un siècle et demi pour retrouver d'autres textes provenant de Besançon : le Dialogue de Porte Noire et de Pilory sur la prise de Besançon par les Français datant de 1668 revient sur la toute récente conquête de la Franche-Comté par la France.

À partir de ce texte, on peut dégager deux périodes littéraires du franc-comtois : une première commençant à la fin du et concernant tout le et une seconde allant de la fin du à aujourd'hui.

Le fait de Besançon la capitale de la Franche-Comté, désormais province française, mais aussi le grand centre littéraire du franc-comtois. Les Noëls bisontins sont le genre de littérature comtoise le plus populaire, ils influencent considérablement toute la province ainsi que l'Évêché de Bâle et la Bresse. C'est le capucin Christin Prost qui les rédige d'abord dans la seconde moitié du puis l'imprimeur-libraire François-Gauthier (Francet-Gauthie en franc-comtois de Besançon) dans la première moitié du livre la majeure partie des Noëls. Ces Noëls, avant tout créations littéraires de lettrés sont aussi le témoignage d'un patrimoine oral, chanté en période de fête. Outre les Noëls on peut citer les poèmes de Jean-Louis Bisot, ancien conseiller au bailliage de la ville, qui a écrit quelques poèmes en franc-comtois dont Arrivée dans l'autre monde d'une dame en paniers (Besançon, 1735) et La jacquemardade (Dole, 1753) poème épi-comique. Ces poèmes influencent à la même époque l'abbé jurassien Raspieler qui livre le premier texte connu en franc-comtois du canton du Jura : Les paniers, poèmes satiriques.

Au , la littérature comtoise tombe dans l'oubli et ne se régénère pas, elle est progressivement redécouverte avec les publications de Thomas Bélamy sur les Noëls en 1842, 1858 et 1872 et le recueil de traditions locales bisontines d'Auguste Bailly donnant naissance à la Crèche bisontine, drame populaire inspiré des Noëls. Les travaux de folkloristes franc-comtois comme Alexandre Verdel, Max-Buchon, Charles Beauquier et jurassiens comme Jules Surdez permettent de refaire surgir à partir de la seconde moitié du une nouvelle littérature inspirée des chants folkloriques et des contes locaux.

Au , la production littéraire se diversifie. À Montbéliard est édité L'Ulysse et la Climène de Madeleine et Georges Becker, riôles franc-comtoises datant de 1949. Un important travail de réédition est fait avec la réinterprétation de la Crèche de Jean Garneret et la nouvelle édition des Noëls de Colette Dondaine. Mais c'est dans le nord du domaine que le renouveau est le plus notable : toute une littérature en franc-comtois ajoulot prend naissance à partir des nombreux contes, pièces de théâtre et nouvelles de Jules Surdez dont la relève est assurée par des auteurs jurassiens comme Jean Christe dit Le Vâdais et Joseph Badet dit Djôsèt Barotchèt.

Genres littéraires

Le théâtre et les dialogues Genre très populaire, car étant le plus proche de l'expression orale. Le dialogue de Porte Noire et Pilory est l'un des premiers textes connus en franc-comtois. De nombreuses pièces de théâtre ont été écrites durant le par J. Surdez, Djosèt Barotchèt, P. René en franc-comtois. Les Noëls de par leur forme s'apparentent également à des dialogues.

Les Noëls (Noüés) et crèches Ce genre d'expression littéraire, mis sur le papier par Christin Prost () et Francet Gauthie (), puis plus tard par Max-Buchon (), J. Garneret et C. Dondaine () reprend les traditions orales bisontines et particulièrement celles du quartier Battant. Il tient à la fois du chant, du théâtre et de la poésie. En effet les Noëls étaient à l'origine chantés ou joués dans des crèches. Les Noëls bisontins ont la particularité de prendre pour cadre la Nativité, de la transposer à Besançon et dans le contexte de l'époque (guerres, famines...). On retrouve un certain nombre de personnages reflétant tous le spectre social de la société comtoise du : des bergers des montagnes aux vignerons bousbots. On retrouve souvent les mêmes personnages hauts en couleur aux noms typiques : Golenot, Golenotte, Tiennot, Jannot...

D'autres Noëls de langue comtoise ont été écrits à Vanclans ou dans le canton du Jura. À Porrentruy « des enfants portant suspendue à un bâton une lanterne mobile chantaient devant chaque demeure un cantique"X. Kohler, Étude sur quelques poésies en patois de l'Ancien Évêché de Bâle, cette pratique des Noëls chantés durera jusqu'en 1845. La Crèche comtoise est l'héritière de ces Noëls. Les personnages centraux en sont Barbizier (Bairbizie) et La Nature (Lai Naitoure), caricature de la communauté vigneronne de Besançon.

La crèche comtoise est jouée également dans la ville de Maîche (Haut Doubs) par une troupe d'amateurs exceptionnels. Barbizier, un des personnages importants de cette crèche fut Pierre-François Cartier qui nous a quittés prématurément en 2008. Les représentations agrémentées du chœur des Anges et celui des Bergers sont des moments forts pour tous ceux qui aiment le franc-comtois. Chaque fois la salle est comble.

Les fôles ou triôles Ce sont là les dénominations ajoulottes des contes fantastiques. Jules Surdez en rapporte un certain nombre, dont « Lai fôle di véye tchevâ » (inspiré des musiciens de Brême des frères Grimm) et la « Triôle di Pucetat » (Le Petit Poucet). G. Lovis a publié les collectages de Surdez dans Contes fantastiques du Jura.

Les racontottes ou raicontes Les racontottes sont le genre le plus commun de récits en franc-comtois. Signifiant petites histoires, elles mêlent contes villageois, récits historiques et anecdotes paysannes sur un format très court. Elles sont racontées à l'occasion des lôvraies (veillées). La Racontotte est le nom d'élection des cahiers d'écologie et de traditions comtoises, revue explorant le patrimoine naturel et humain franc-comtois et proposant des racontottes franc-comtoises d'Henri Tournier ou Pierre Mathiot. R. Bichet a publié également un livre rassemblant près de 380 racontottes provenant d'environ 200 villes et villages de Franche-Comté.

Les ryôles Les ryôles ou rioules désignent en Haute-Saône des contes amusants, elles s'apparentent aux racontottes. Le recueil le plus célèbre de ryôles est L'Ulysse et la Climène de Madeleine et Georges Becker.

Les fiaumes et autres fables Les fables sont très répandues dans la littérature populaire. De nombreuses fables de La Fontaine ont été traduites en franc-comtois. La parabole de l'enfant prodigue a été traduite en de nombreux dialectes francs-comtois.

La poésie Les paniers (las painies) sont considérés comme les premiers poèmes de langue comtoise. Écrits par J.-L. Bisot de Franche-Comté et F. Raspieler du canton du Jura, ce sont des poèmes satiriques parlant de la descente aux enfers d'une femme à scandale. Les Noëls s'apparentent aussi à des poésies. Des recueils de poèmes ajoulot, montbéliardais et morgelot ont été édités.

Les chansons populaires Le franc-comtois a toujours eu d'abord une manifestation orale. De très nombreuses chansons franc-comtoises ont été retranscrites en langue comtoise, notamment par Alexandre Verdel en 2 tomes et par J. Garneret et C. Culot en trois tomes.

Dans le Jura, l'ancien évêché de Bâle, X. Kolher distingue plusieurs types de chants spécifiques : les voéyeris et les abaidjes. Les voéyeris se faisaient dans le cadre de rondes, les coraules, dans lequel les danseurs s'échangeaient des vers improvisés en chantant. Les abaidjes (chants du soir) étaient des chants mélancoliques et plaintifs qui ne sont plus pratiqués depuis le début du .

Les proverbes Les proverbes peuvent être considérés comme faisant partie du patrimoine littéraire franc-comtois. Robert Bichet, dans Proverbes et dictons de Franche-Comté, retranscrit près de 400 proverbes en franc-comtois.

Textes

Le chant du Rosemont

Cette ballade ancienne, chantée en franc-comtois, célèbre la mémoire de Généry (ou Jean Neury) et de Richard Prévôt (chef d'une troupe de paysans qui participa à la Guerre des Paysans ayant agité le monde germanique en 1525 :

En voici une traduction en français du :

Extraits de Noëls comtois

Fable du corbeau et du renard (Melisey) : Lo corbé et lo rena

Auteurs de langues comtoises (d'hier à aujourd'hui)

Christin Prost (Besançon, 1629- 1671) Ferdinand Raspieler (Jura, Suisse 1696 - 1762) Jean-Louis Bisot (Besançon, 1702 -?) François Gauthier (Besançon ?- 1730) Alexandre Verdel, chansonnier (Avanne, fin ) Jules Surdez (Jura, Suisse 1879-1964) Jean Garneret (Clerval, 1907-2002) Joseph Badet dit Djôsèt Barotchèt (Jura, Suisse, 1915-2007) Madeleine Becker (Montbéliard) Georges Becker (Montbéliard) Henri Tournier (Russey) Pierre Mathiot (Isles sur le Doubs) René Pierre (Montreux-Jeune) Henri Tournier (Besançon) Jean Christe dit Le Vâdais (Jura, Suisse) Gaston Brahier (Jura, Suisse, 1927 -) Madeline Froidevaux-Queloz (Jura, Suisse) Étienne Froidevaux-Queloz (Jura, Suisse)

Œuvres et recueils d'œuvres en langue comtoise

Chant du Rosemont, 1525 Dialogue de Porte Noire et de Pilory sur la prise de Besançon par les Français 1668 Les Noëls, Christin Prost et François Gauthier, rassemblés par C. Dondaine Arrivée dans l'autre monde d'une dame en paniers, 1735, J.L Bisot Les Paniers, Ferdinand Raspieler, 1735 La jacquemardade, 1753, J.L Bisot dit Felebâ Lanvuron de la rue Reviremanté La Crèche, Auguste Bailly Noëls et chants populaires de la France-Comté, 1863, Max-Buchon Chansons franc-comtoises, comiques, historiques et patriotiques, tant en français qu'en patois du pays, 2 Vol, 1888-1895, Alexandre Verdel Blason populaire de Franche-Comté, C. Beauquier, 1897 Contes fantastiques du Jura, recueillis par J. Surdez, rassemblés par G. Lovis Vieux contes du Jura recueillis à Ocourt par Jules Surdez, rassemblés par G. Lovis Châtenois et environs : légendes, contes, fables, patois d'A. Vautherin, rassemblés par E. Brunetta Ulysse et Climène, contes en patois de Montbéliard, 1949, Madeleine et Georges Becker Poèmes Morgelots en Patois, 1963, R. Haaz La Crèche de Jean Garneret, 1974 Chansons populaires comtoises, 3 vol, 1972-1985, J. Garneret, C. Culot Contes recueillis en Franche-Comté, 1988, J. Garneret Racontottes de Franche-Comté, R. Bichet A cârre di füe, 1975, Christe Jean dit Le Vadais A d'vaint l'heus, 1976, Christe Jean dit Le Vadais Le Rveniaint, 1978, Christe Jean dit Le Vadais