La révolte des Sourcils rouges, aussi appelée Chimei () est un terme qui désigne un des deux grands mouvements de révoltes paysannes contre la courte dynastie Xin de Wang Mang; l'autre mouvement étant celui des Lulins. Cette multiplication des révoltes est liée à l'incompétence de Wang Mang, à l'échec de ses réformes et en particulier celui de sa réforme agraire, auxquels se rajoute une grave inondation du fleuve Jaune. Cette révolte débute en l'an 17 et doit son nom au fait que les révoltés se teignent les sourcils en rouge pour se reconnaître entre eux.vignette|200px|Statues en céramique peinte d’un cavalier chinois et dix fantassins avec armures et boucliers. Les armes qui devraient être entre leurs mains se trouvent au premier plan. Trois cavaliers supplémentaires sont visibles au second plan. Ces statues proviennent du tombeau de l’empereur Han Jingdi (r. 157-141 av. J.-C.) et se trouvent maintenant au
Cette rébellion concerne au départ la zone qui correspond actuellement à la province du Shandong et les régions du Nord du Jiangsu. Elle finit par entraîner la chute de Wang Mang en détruisant ses ressources, ce qui permet à Liu Xuan, un descendant des Han et chef de file des Lülin, de renverser Wang et de rétablir temporairement la dynastie Han en s'autoproclamant empereur Han Geng Shidi. Son règne est bref, car il est renversé par les sourcils rouges à cause de son incompétence politique. Les Chimei placent sur le trône leur propre homme de paille, en la personne du jeune Liu Penzi, un autre descendant des Han. Son règne est aussi bref que le précédent, car si les Sourcils Rouges sont de bons soldats, ils se révèlent être des dirigeants incompétents, au point que le peuple se rebelle contre eux, ce qui les oblige à battre en retraite et tenter de rentrer chez eux. Quand Liu Xiu, qui vient de fonder la dynastie des Han orientaux sous le nom d'empereur Han Guang Wudi (chinois : 光武帝, pinyin : Guāngwǔ Dì), leur barre la route, ils se rendent à lui.
Causes des révoltes et premières rébellions En 17 après J.-C., la zone qui correspond actuellement à la province du Shandong et les régions du Nord du Jiangsu souffrent d'une famine provoquée par l'échec des réformes agraires de Wang Mang et une grave inondation du fleuve Jaune, auxquels il faut rajouter la corruption et l’incompétence des fonctionnaires Xin. Souffrant toujours plus de la faim, les habitants de ces provinces se révoltent pour essayer de survivre. Dans un premiers temps, il s'agit d'une multiplication de révoltes locales, sans liens entre elles, dont deux exemples sont cités ici.
Mère Lü Le cas de la révolte de la Mère Lü est assez inhabituel. Son fils est un petit fonctionnaire du xian de Haiqu (海曲)Ce qui correspond actuellement à Rizhao, Shandong, qui est accusé d'avoir commis une infraction mineure et finit exécuté sur ordre du magistrat local. Après l'exécution, Mère Lü, qui est une importante propriétaire terrienne, vend ses biens et utilise l'argent de la vente pour se lier d’amitié avec les jeunes hommes pauvres de la région. Après en avoir recueilli des milliers, elle prend d’assaut Haiqu en l'an 17 et tue le magistrat pour venger la mort de son fils. Puis, elle conduit ses hommes vers la mer, mais meurt peu de temps après.
Fan Chong En l'an 18, c'est au tour de Fan Chong (樊崇)Même si les Chimei sont dirigés de manière collégiale par les chefs des différentes bandes armées qui composent la rébellion, Fan peut être considéré comme le leader de facto des rebelles de se rebeller, dans la même région que la mère Lü. Il installe sa base au mont Tai et réussit à rassembler environ . Rapidement, il réussit à conclure une alliance avec d’autres chefs rebelles, à savoir Pang An (逄安), Xu Xuan (徐宣), Xie Lu (謝祿) et Yang Yin (楊音). Une fois leurs ressources mises en commun, ces chefs rebelles deviennent puissants, trop pour être arrêtés par les responsables locaux.
Union des rébellions vignette|400px|Une peinture murale montrant des chars et des cavaliers, provenant du tombeau de Dahuting (Chinese: 打虎亭汉墓, Pinyin: Dahuting Han mu) et datant de la fin de la dynastie des Han orientaux (25-220 après J.C.). Ce tombeau est situé à Zhengzhou province du Henan, Chine. En l'an 19, et sur les conseils du haut fonctionnaire Tian Kuang (田況), Wang Mang réagit aux rébellions agraires de manière totalement inappropriée, en augmentant les impôts. Le seul résultat de cette décision est la multiplication des rébellions. En l'an 21, Wang envoie les vice-généraux Jing Shang (景尚) et Wang Dang (王黨) mater les révoltes; mais les soldats sous leurs ordres sont des conscrits sans aucune forme de discipline militaire, qui multiplient les exactions contre la population encore fidèle à la dynastie Xin. Finalement, les paysans aident les rebelles ou rejoignent leurs rangs, ce qui ne fait que renforcer les rébellions. Si au début le comportement de Tian aggrave la situation, il finit par remporter quelques succès et préconise la mise en place d'une politique d'évacuation des villageois vers les villes, pour piéger les rebelles en les obligeant à attaquer des cités fortifiées, qu'ils n'ont pas les moyens de prendre. À ce stade, Wang se méfie de Tian en raison de ses succès militaires qui lui font de l'ombre. Il refuse d'appliquer cette politique et le renvoie à Chang'an, la capitale.
C'est vers cette époque que mère Lü meurt et que ses partisans unissent leurs forces avec ceux de Fan Chong.
À ce stade, si Fan et les autres dirigeants rebelles ont remporté des victoires sur le plan militaire, ils n'ont toujours pas de véritables ambitions politiques. Les seules règles de droit qui existent entre les rebelles sont que celui qui a commis un meurtre doit mourir et celui qui blesse quelqu'un est responsable des soins prodigués à sa victime jusqu'à ce qu’il ou elle ait guéri. Les seuls titres que portent les chefs rebelles sont "Éducateur du Xian" (三老, sanlao), "Clerc du Xian" (從事, congshi) et "Shérif" (卒史, zushi), soit des titres plus modestes que "général" ou "prince".
Confrontation avec l'armée Xin En 22, les troupes de Jing et Wang sont en déroute et Fan tue Jing lors d'une la bataille. Wang Mang réagit en envoyant deux de ses principaux généraux, Wang Kuang (王匡) et Lian Dan (廉丹) à la tête d'une puissante armée de plus de , pour contrer ces rebelles. C'est à ce moment-là que Fan et les autres chefs des rebelles s’inquiètent du fait que les batailles vont devenir tellement importantes qu'il va devenir impossible de savoir qui est un allié ou un ennemi au milieu des combats. Pour discerner qui est qui, ils ordonnent à leurs hommes de colorer leurs sourcils en rouge. Le nom de "Chimei" ou "sourcil rouge" vient de cette coloration.
Wang et Lian sont des généraux capables sur le champ de bataille, mais comme leurs prédécesseurs, ils échouent à maintenir la discipline militaire appropriée. Les exactions qui découlent de ce manque de discipline ont donné naissance à une complainte célèbre, créée par les victimes des actes criminels des soldats Xin : Je préfère avoir affaire aux Chimei qu'à Taishi (太師)Il s'agit du titre que porte Wang Kuang. Taishi est relativement doux, mais Gengshi (更始)Il s'agit du titre que porte Lian Dan. Il ne faut pas le confondre avec le nom de règne homonyme que prend Liu Xuan après être monté sur le trône veut me tuer!
Durant l'hiver 22, Wang et Lian remportent quelques succès contre Suolu Hui (索盧恢), un des chefs des Chimei, et prennent la ville de Wuyan (無鹽)Ce qui correspond actuellement à la ville de Tai'an, Shandong. Cependant, plutôt que de laisser ses troupes se reposer, Wang décide d’attaquer la forteresse de Liang (梁)Ce qui correspond actuellement à la ville de Shangqiu, Henan qui est contrôlée par les Chimei, ce contre l'avis de Lian qui suit son collègue à contrecœur. Lors de la bataille de Chengchang (成昌), les troupes Xin, fatiguées, sont vaincues par les Chimei et l'armée se disloque. Lian meurt au combat et Wang s’enfuit sans ses troupes.
Cet échec met fin aux tentatives de la dynastie Xin d'abattre les Chimei, car Wang Mang doit faire face à la menace des Lülins, l'autre grand mouvement de révolte paysanne que connaît le pays. Ces derniers détruisent une armée Xin forte de lors de la bataille de Kunyang, puis prennent Chang'an et tuent Wang Mang en l'an 23. Ils mettent ainsi fin à la dynastie Xin et c'est l'empereur Han Geng Shidi qui monte sur le trône.
Soumission temporaire à l'empereur Geng Shidi Après la mort de Wang Mang, l’ensemble de l’empire est, au moins nominalement, soumis à l'empereur Geng Shidi. En effet ce dernier a pour lui la double légitimité d'avoir restauré la dynastie Han et d'être un descendant direct de Liu Bang, le fondateur originel de ladite dynastie. Geng Shidi installe temporairement sa capitale à Luoyang et envoie des diplomates pour tenter de convaincre les généraux Chimei de se soumettre. Fan Chong et les autres principaux généraux acceptent et 20 généraux Chimei, dont Fan, se rendent à Luoyang où ils sont faits marquis. Toutefois, leurs titres sont purement honorifiques, car ils ne reçoivent pas de véritable marquisats. Voyant que leurs armées sont sur le point de se dissoudre, les Chimei s'enfuient de Luoyang et retournent à leur base de Puyang. Le stratège Liu Lin (劉林) suggère à Liu Xiu, qui est alors le général le plus puissant de l’empereur Geng Shidi, de rompre les digues du fleuve Jaune pour détruire les Chimei en inondant leur base, mais Xiu refuse.
Seconde rébellion et chute des Chimei La prise de Chang'an À la fin de l'an 24, les Chimei sont puissants militairement, mais leurs soldats sont fatigués de toutes ces guerres et veulent rentrer chez eux. Fan et les autres dirigeants en concluent que, pour maintenir la cohésion des troupes il leur faut définir un nouveau but, plus grand et plus important. Ils se fixent donc comme objectif de renverser le régime de l’empereur Geng Shidi qui vient de déménager la capitale à Chang'an. En effet, l'incompétence du nouvel l’empereur et de ses fonctionnaires, ainsi que leur incapacité à gouverner correctement ne serait-ce que les territoires situés autour de Chang'an, leur ont fait perdre la loyauté et l'obéissance du peuple dans les régions périphériques. Les Chimei décident donc de profiter de la situation pour prendre le pouvoir et divisent leurs troupes en deux armées : La première, dirigée par Fan et Pang, marche sur la porte de Wu (武關)Cette porte se situait dans ce qui correspond actuellement à la ville de Shangluo, Shaanxi La seconde dirigée par Xu, Xie et Yang, marche sur la porte de Luhun (陸渾關)Cette porte se situait dans ce qui correspond actuellement à la ville de Luoyang, Henan En réalité, Wu et Luhun ne sont que des étapes, car les deux armées visent Chang'an.
Au printemps de l'an 25, les deux armées se rejoignent à Hongnong (弘農)Ce qui correspond actuellement à la ville de Sanmenxia, Henan et défont Su Mao (蘇茂), un des généraux les plus importants de l'empereur Geng Shidi. À ce stade, l'armée Chimei est forte d'environ . Après cet échec, les généraux de l’empereur veulent abandonner Chang'an et retourner à leur territoire d’origine, dans le sud du Henan et le nord du Hubei, mais Geng Shidi refuse.
C'est à cette époque que les chefs des Chimei sont exhortés par les prêtres du roi Liu ZhangLiu Zhang, titré "Roi Jing de Chengyang" par l'empereur Han Wendi, a régné sur une région dont beaucoup de soldats Chimei sont originaires. Après sa mort en 177 av. J.-C., il est déifié et bénéficie d'un culte à sa gloire de faire monter sur le trône impérial un des descendants dudit roi. Les dirigeants des Chimeis finissent par accepter et trouvent trois descendants mâles de Liu Zhang au sein de leur armée. Après un tirage au sort, c'est l'un d'entre eux, un adolescent de nommé Liu Penzi, qui est choisi comme empereur. En réalité, ce titre n'est qu'honorifique, car le nouvel "empereur" n'a aucun pouvoir réel et continue à servir comme garçon-vacher dans l'intendance de l’armée.