Le kinétoscope inventé en 1888, est le plus ancien dispositif de l’histoire du cinéma, permettant de visualiser les premiers films de la première caméra argentique du cinéma, le Kinétographe, qui enregistre dès 1890 les premiers films du cinéma. Celui-ci est destiné à visualiser, uniquement de façon individuelle, les œuvres photographiques donnant l’illusion du mouvement, les films enregistrés par cette caméra, lesquels dépassent en durée la rotation cyclique du jouet optique (limitée à deux secondes) et peuvent ainsi atteindre quelques minutes.

Selon l’historien britannique John Barnes :

Les deux machines sont très différentes dans leur conception, et préfigurent la dichotomie qui reste valable de nos jours dans l’industrie du film : une machine vouée à la prise de vues, une autre à la visualisation des œuvres.

Ce procédé à deux machines est imaginé en 1887-1888 par l’inventeur et industriel américain Thomas Edison, l’inventeur du phonographe, qui rêve d’apporter . En 1889, il confie l’étude et la fabrication de ce couple de machines à son bras droit, un ingénieur électricien, le Franco-Britannique William Kennedy Laurie Dickson.

En 1891, le kinétoscope est présenté au public et à la presse, notamment le devant une assemblée invitée de cent-cinquante militantes de la . Le quotidien américain relate ainsi l’événement : Le film dure moins de dix secondes, dont il ne reste plus aujourd’hui que deux secondes, et s.intitule Dickson Greeting (Le Salut de Dickson). L’homme très cérémonieux qui salue en direction du public (regard caméra) n’est autre que William Dickson. Le succès est donc au rendez-vous, et les spectatrices manifestent leur étonnement et leur enthousiasme. Dickson a montré sa liberté par rapport aux canons de la photographie et a choisi d’être filmé jusqu’à mi-cuisse, un cadrage que l’on nommera plus tard plan américain.

Edison ne voit en ces succès qu’un premier pas franchi ; pour lui, le but, le couple image et son, n’est pas encore atteint et nécessite d’autres recherches. Une pause est marquée, durant laquelle le projet semble gelé. Pourtant, en 1893, la présentation à un public payant des premiers films, dont la durée varie de 30 à , enregistrés par le kinétographe, met en ébullition le monde des chercheurs et celui des industriels, et provoque une émergence spectaculaire internationale de procédés divers visant à enregistrer et à reproduire des images photographiques en mouvement. La course aux inventions est lancée, et débouche en 1895 sur la victoire d’un outsider, le cinématographe de Louis Lumière. Le , un article du Lyon Républicain rapporte que .

Cet article du Lyon Républicain, qui cite le kinétographe préexistant, montre bien que les frères lyonnais travaillent sur la piste ouverte par Edison. Le petit-fils de Louis, Maurice Trarieux-Lumière, souligne la généalogie des inventions :

Les prémices de l'invention Aux dires mêmes d’Edison, ce sont les jouets optiques qui l’ont inspiré. Un jouet optique est une petite machine de salon, destinée à l’éducation des enfants des classes aisées et férues de sciences expérimentales (Phénakistiscope, Stroboscope, Zootrope, Praxinoscope, Zoopraxiscope). Le spectacle offert est très bref et cyclique (moins de 2 secondes), le plus souvent composé de dessins qui représentent les positions successives d’un corps ou d'un phénomène en mouvement.

Dès le début, Edison imagine de coupler l’enregistrement du son, dont il est l’un des pionniers, avec la prise de vues animées, un système audiovisuel complet : Thomas Alva Edison, « Préface », in ..

Une invention au secours des autres En 1888, John Carbutt met au point un matériau mince et souple, transparent, d’excellente résistance à l’étirement, composé de nitrate de cellulose (le celluloïd). Malgré son gros défaut, l’inflammabilité (parfois spontanée), il est commercialisé en 1889 par l’industriel George Eastman (la future industrie du film Kodak), sous la forme de feuilles et d’un ruban lisse de de large destiné aux photographes.. En France, le scientifique Étienne-Jules Marey, l’initiateur de la chronophotographie, qu’Edison reconnaît comme l’un de ses maîtres, à l’égal de l’Anglais Eadweard Muybridge qu’il a reçu à Orange, aux États-Unis, adopte aussitôt ce ruban pour ses appareils, en remplacement des fragiles et lourdes plaques de verre, dans des conditions difficiles dont témoigne Georges Demenÿ, bras droit de Marey : .

Pour Edison et son équipe, la mise sur le marché de ce produit révolutionnaire change la donne, et les lance sur une autre piste, plus ouverte et féconde. La fin de la période du précinéma pourrait être associée à cette invention et datée de 1888. La maison Eastman ne manquera pas d’offrir à ces nouveaux clients des métrages plus importants de pellicule de de large, et ceux qui ne pourront accéder à ses tarifs exorbitants trouveront d’autres sources d’approvisionnement.

L'invention du Kinétographe D’après les croquis approximatifs mais inspirés d’Edison., Dickson fabrique la première mouture du Kinétographe (d’après le grec ancien kinetos et graphein qui signifient respectivement "mouvement" et "écrire").

thumb|left|Charles Kayser, l'un des assistants de Dickson, aux commandes du kinétographe à défilement horizontal (1891). Pendant la prise de vues, l’appareil est mis à l’abri de la lumière ambiante grâce à un couvercle. 150 px|droite|thumb|Newark Athlete (with Indian Clubs), moulinets aux massues d'athlétisme (1891). Cette première version de l’appareil de prise de vues est temporaire. Dickson utilise le ruban souple Eastman qu’il débite en film (c’est à Edison, d’après une déclaration signée par Dickson, que nous devons cette adoption du mot anglais film pour désigner les œuvres du cinéma) de de large, soit .. En accord avec Edison, il dote ce support, recouvert d’émulsion photosensible sèche, d’une rangée de perforations rectangulaires aux coins arrondis afin de faciliter et rendre précis son déplacement dans le mécanisme, grâce à la rotation d’un tambour denté (ce qu’on appelle aujourd’hui un "débiteur"). Edison, avant d’être industriel, fut dans sa jeunesse un habile opérateur du télégraphe de Morse, où le ruban de papier, perforé en son centre, est entraîné par un rouleau denté.

200 px|gauche|vignette|Le kinétographe (en version 35 mm) et un phonographe pour un jeu en playback (1893). À l’intérieur du kinétographe, la pellicule de de large se déroule à l’horizontale, à raison de 6 perforations par photogramme, les perforations se présentant à la base du photogramme enregistré qui est circulaire (dernier souvenir des jouets optiques), d'un diamètre d'un demi-pouce, soit environ . Le débiteur denté déplace la pellicule par intermittence (système stop-and-go), entraîné lui-même par une roue à rochet électrique, un système déjà existant dans l’industrie..

thumb|upright|Modèle de film cinéma Edison (). Les premiers essais sont décevants, l’image est trop petite, manquant de définition quand les personnages sont filmés en pied, et ces essais ne seront pas présentés immédiatement au public, excepté Dickson Greeting, filmé plus près du personnage.

Encore une fois, Dickson et Edison changent leur fusil d’épaule. Ils décident de couper le ruban Eastman de de large en deux rubans identiques de de large, dotés d’une rangée de perforations, puis de deux, afin d’équilibrer la traction des dents sur les perforations et de stabiliser la pellicule lors de son déplacement. Dans cette nouvelle version de l’appareil et de sa pellicule, celle-ci se déroule verticalement, et ses photogrammes (encadrés par un double jeu de quatre perforations rectangulaires) sont au format "paysage", plus large que haut, celui que nous connaissons encore aujourd’hui en muséologie du cinéma. Le aux perforations Edison, qui deviendra au début des années 1900, d’un commun accord entre les cinéastes et les industriels du monde entier, le format standard des films de cinéma, est né à Orange en 1891.

Edison dépose aussitôt des brevets nationaux et internationaux pour protéger ce format caractérisé par ses perforations. En 1895-1896, les concurrents de l’inventeur américain se garderont bien de contrefaire les perforations Edison. Les frères Lumière adopteront le à un seul jeu de deux perforations rondes par photogramme. Léon Gaumont et Georges Demenÿ opteront pour le sans perforations (entraînement par came battante). Les premiers films de Louis Lumière, ainsi que ceux d’Alice Guy utiliseront ainsi ces formats peu fiables, qui seront abandonnés au profit du format Edison-Dickson. En revanche, d’autres cinéastes, peu au courant de la propriété industrielle, oseront sans vergogne la contrefaçon et entreront alors dans le collimateur d’Edison. Ce sera le cas de Georges Méliès, qui deviendra le bouc émissaire d’Edison, avant de conclure avec lui un arrangement à l’amiable et d’entrer momentanément dans son trust.

L'invention du Kinétoscope Le kinétoscope (d’après le grec ancien kinésis et skopein qui signifient respectivement "mouvement" et "observer") a l’aspect d’un coffre plus haut que large en bois de pin, de de haut, pesant , qui contient dans ses flancs un mécanisme qui déroule en continu (et non pas par intermittence, comme dans le kinétographe), un film souple de de large, doté de perforations Edison, sur la surface photosensible duquel le kinétographe a fixé une succession d’instantanés dont le défilement devant une forte lampe donne l’illusion de reproduire un mouvement enregistré. Pour obtenir l’illusion du mouvement, un obturateur à disque mobile, tournant à très grande vitesse, est disposé devant le faisceau lumineux, et son secteur opaque est échancré pour laisser passer une sorte d’éclair puissant qui illumine successivement par transparence chaque photogramme qui se présente. Les perforations permettent entre autres fonctions de synchroniser parfaitement le passage des photogrammes avec chaque "flash". Un moteur électrique entraîne le tout..

350px|left|vignette|Le , premier studio de cinéma, construit en 1893. Le toit est ouvert, pour laisser passer le soleil, on remarque à gauche un ouvrier qui fait pivoter le léger studio sur son rail circulaire, le bras de levier est assez long pour permettre cette manœuvre par un seul homme. En 1893, le couple kinétographe-kinétoscope étant au point, Thomas Edison fonde à New York, puis dans d’autres villes à travers les États-Unis, des , les ancêtres des salles de cinéma où sont regroupés plusieurs exemplaires du kinétoscope, chargés chacun d’un film différent. Le nom commercial de la machine est le , du verbe to peep, "épier". . Un monnayeur est d’abord installé sur les machines, puis il est décidé de faire payer un prix forfaitaire à l’entrée, qui donne droit d’accès à tous les films présentés. Ce sont parmi les premières recettes du cinéma mondial, le Théâtre optique d’Émile Reynaud et ses premiers dessins animés ayant en premier (dès 1892) encaissé les toutes premières.

right|vignette|Chats boxeurs () (1893). Pour alimenter les , Edison fait construire par Dickson le premier studio de l’histoire du cinéma qu’il intitule le , mais qui restera pour l’histoire sous la désignation du , que l’on peut traduire en « Sinistre Marie », ainsi affublé du surnom péjoratif donné aux fourgons de police de New York, noirs et inconfortables. Le est construit en matériaux légers (bois et papier goudronné), afin de pivoter aisément sur un rail circulaire qui oriente par rapport au soleil son toit ouvrant. Dickson tourne, de 1890 à , quelque ., devenant ainsi le premier réalisateur de films. left|vignette|Fred Ott éternue en plan rapproché et contre-plongée (1894).