Le pirahã ou múra-pirahã, en pirahã xipaitíisí, est la langue parlée par les Pirahãs (qui se dénomment eux-mêmes Híatíihí). Ce peuple, qui ne compte plus qu'environ , vit au Brésil, le long de la rivière Maici (affluent de l'Amazone), dans l'État de l'Amazonas.

Il s'agirait de la dernière des encore parlée, les autres langues de ce groupe linguistique s'étant éteintes à des époques relativement récentes. Bien qu'elle ne compte que environ (en 2017), distribués dans huit villages le long du rivage de la Maici, on ne peut pas dire qu'elle soit en danger immédiat d'extinction, notamment parce que la communauté pirahã est principalement monolingue. La construction d'une école dans le village Paha par le gouvernement brésilien, où l'on enseigne notamment le Portugais soulève des inquiétudes sur la préservation du monolinguisme pirahã, l'information apparaît vers la quarante-deuxième minute.

Certaines des caractéristiques de la langue sont considérées comme particulières voire uniques, même s'il existe des controverses à ce propos. La principale source d'information sur cette langue provient de la grammaire rédigée en 1986 par Daniel Everett, alors missionnaire pour SIL International, et des articles qu'il a continué à publier ultérieurement.

Histoire

On ne connaît pas l'histoire de cette langue isolée et non écrite. Les locuteurs du pirahã ne produisent aucun dessin, à l'exception de quelques figures pour représenter le monde des esprits, qu'ils disent expérimenter de manière directe.

Il n'existe pas non plus de littérature écrite ou orale. Les Pirahãs ne possèdent pas même de mythes à propos de la Création. Leurs récits sont presque toujours des descriptions d'expériences immédiates ou des interprétations de ces expériences. Il existe quelques histoires sur le passé, mais elles ne s'étendent pas au-delà de deux générations. D'une façon générale, il ne semble pas exister de mémoire individuelle ou collective au-delà des deux générations mentionnées.

Distribution géographique

Le pirahã est parlé par des chasseurs-cueilleurs nomades le long des rivières Maici et Autaces, affluents de l'Amazone, entre les villes brésiliennes de Manaus et de Porto Velho, dans la commune de Humaitá, qui dépend de l'État d'Amazonas.

Phonologie

Le pirahã est phonologiquement la langue la plus simple connue, avec seulement 10 phonèmes environ (selon les interprétations), un de moins dans ce cas que le rotokas, une langue parlée dans l'île Bougainville, dans l'Est de la Papouasie-Nouvelle-Guinée.

Toutefois ces dix phonèmes ne prennent pas en considération les tons du pirahã, et deux au moins sont phonémiques (marqués par un accent), ce qui porterait le nombre de phonèmes à 12. Sheldon (1988) considère qu'il y a 3 tons : haut, moyen et bas.

Inventaire des phonèmes

Lorsque des langues ont été aussi peu inventoriées, et montrent des variations allophoniques aussi importantes que dans le cas du pirahã et du rotokas, différents linguistes peuvent avoir des idées très différentes quant à la nature de leur système phonologique.

Voyelles

Voyelle Antérieure Postérieure Fermée Moyenne Ouverte

Consonnes

Les phonèmes consonantiques sont: Bilabiale Alvéolaire Vélaire Glottale Occlusive Sourdes (écrit "x") Voisées Fricative Sourdes

est parfois considéré comme un allophone optionnel de la séquence . Le n'est utilisé que par les hommes, les femmes lui substituant le .

+ Consonnes pirahãs et exemples Phonème Phonétique Terme ibaóí « loutre » aahoasi « sable » avant ii « résidu » aaxai « ara » kaaai « ara » xísooái « duvet » initiale oopai « gorge, cou » xopóoií « pois doux (fruit) » initiale áatahaí « bidon » (voir ci-dessous) tooixi « houe » ahaxai « ne doit pas » avant xíiií « graisse » xáapaai « flèche »

Le nombre de phonèmes est porté à 13 si on compte le et s'il n'y a que deux tons ; si le n'est pas compté, il n'y a que 12 phonèmes, un de plus que dans la langue rotokas. (L'anglais, par comparaison, en a entre trente et trente-cinq, suivant les régions). Cependant, plusieurs de ces sons montrent beaucoup de variations allophoniques. Par exemple, les voyelles sont nasalisées après les consonnes glottales et (écrites h et x). Par ailleurs : : la nasale après une pause, la consonne roulée avant le . : la nasale [n] après une pause (une consonne apicale); est une consonne battue alvéolaire-linguo-labiale latérale qui n'est connue que dans cette langue (la langue frappe la gencive supérieure puis la lèvre inférieure). Toutefois, elle n'est utilisée que dans certains types de discours, et peut ne pas être considérée comme un son normal du discours. : dans le discours des femmes, le devient devant le , et « parfois » dans d'autres cas. : dans le discours des hommes, le et le sont interchangeables lorsqu'il s'agit de l'initiale d'un mot. Pour beaucoup, et peuvent être échangés dans certains mots. Les séquences et sont considérés comme des variantes libres de et , tout au moins dans certains mots.

Everett considère que le n'est pas un phonème stable, en raison de sa variation. En l'analysant comme équivalent au /hi/, il peut ramener théoriquement le nombre de consonnes à sept.

Le pirahã est parfois considéré comme l'une des rares langues sans nasales. Cependant, une analyse alternative est possible. Si l'on ramène le au et le au , on pourrait aussi affirmer que le pirahã est l'une des rares langues sans vélaires.

Bilabiale Alvéolaire Glottale Occlusive Nasale Fricative

Consonne roulée bilabiale voisée

En 2004, le linguiste D. L. Everett découvrit que la langue utilisait la consonne roulée bilabiale voisée affriquée, . Il présuma que les Pirahãs ne l'avaient pas utilisée en sa présence auparavant car ils avaient été ridiculisés à chaque fois que des non-Pirahãs entendaient ce son. L'occurrence de en pirahã est remarquable en ce que les seules autres langues connues pour utiliser ce phonème sont les langues chapakura-wanham, oro win et wari’, qui n'ont aucun lien de parenté, et qui sont parlées à à l'ouest de la région où vivent les Pirahãs. L'oro win est aussi une langue presque éteinte (survivant seulement en tant que seconde langue d'une douzaine de personnes et de membres du groupe wari’), et qui a été découverte par Everett en 1994University Times, vol. 27, , 13 octobre 1994.

Tons et autres canaux de discours Daniel Everett découvrit que les syllabes pirahãs peuvent se siffler, se fredonner, se crier ou se chanter. Il prend l’exemple des mots « xaoóí », « xaoói », « xáoói » et « xaóoí » qui signifient respectivement « peau », « étranger », « oreille », et désignent la coquille de noix du Brésil.

Ces différences de hauteur mélodique permettent, outre la parole normale, différents types de parole : la parole sifflotée, la parole fredonnée, la parole musicale et la parole criée.

La parole criée utilise principalement la voyelle « a » et des deux consonnes « k » ou « x » (pour le coup de glotte). Ainsi, seuls les tons, syllabes et accents des mots sont prononcés. La parole criée s'utilise lorsqu'il y a beaucoup de bruit, par exemple lors des intempéries et orages. Everett prend l’exemple suivant : « Ká, Kaáakakáa, kaákaá. », prononcé pendant des intempéries pour se faire entendre à distance, signifiait « Hé, Xiásoxái. Habit » (l'homme demande à sa femme de lui prendre un vêtement. « Kó Xiásoxái. Baósaí. » serait la prononciation normale la phrase ci-dessus.

La parole chantée est utilisée pour transmettre des informations nouvelles et importantes ou pour communiquer avec les esprits. La parole murmurée n'est utilisée que par les hommes, principalement dans le contexte de la chasse, car celle-ci ne permet d'exprimer tous les tons.

La parole fredonnée est utilisée pour cacher ce que l’on dit ou son identité. Utilisée à un volume très faible, elle permet de créer de l'intimité.

Grammaire

Le pirahã possède, selon Everett, des caractéristiques qui le rendent unique : Ce serait l'une des seules langues connues qui ne possède pas de nombre grammatical, ni de chiffres, ni le concept de compter (en fait, il existe d'autres cas parmi les langues aborigènes d'Australie, comme le warlpiri : voir ci-dessous la section Numéraux et nombre grammatical).

Il n'existerait que deux concepts apparentés au nombre, pouvant se traduire respectivement par « peu/petit » et « beaucoup/grand », bien que Peter Gordon ait effectué des tests grammaticaux qui l'ont amené à penser que ces mots (qui ne se distinguent que par le ton : hói et hoí) désignaient respectivement les nombres un et deux. Daniel Everett a adhéré à cette hypothèse en 1986 avant de conclure en 2005 qu'ils signifiaient simplement « petite quantité » et « grande quantité ». L'absence de marquage du nombre grammatical est totale dans la langue (aucune distinction entre le singulier et le pluriel). S'il semble exister une distinction de quantification entre noms de masse et noms comptables (de la même nature que la distinction entre much et many en anglais), il semble pourtant que les locuteurs ne distinguent pas, par exemple, entre « un grand poisson » et « beaucoup de petits poissons ». Les gens eux-mêmes n'utilisent pas le concept de compter (voir le pirahã et l'hypothèse Sapir-Whorf).

Ce serait la seule langue connue qui n'ait pas de mots pour exprimer les couleurs, bien que ce point soit également discuté (voir ci-dessous, dans la section Les couleurs). C'est la seule langue qui ne possède pas de structure récursive. Il n'est pas possible d'encastrer une phrase dans une autre ou un groupe nominal dans un autre. La complexité qui peut être exprimée, bien qu'étant très grande, est limitée. Par exemple, il est possible d'indiquer la propriété d'un objet mentionné comme , mais deux niveaux de possession ne peuvent pas être exprimés en une seule phrase comme dans . On emploierait alors une périphrase du style La langue possède le système pronominal le plus simple connu et il existerait des preuves selon lesquelles tout le système aurait été emprunté à une autre langue. Il n'existe pas de forme passée. La langue possède le système de parenté le plus simple jamais découvert (voir ci-dessous, dans la partie Limites de parenté). Il semblerait qu'ils ne tiennent pas compte des liens de parenté allant au-delà des frères biologiques. L'endogamie est très commune dans la population. Il n'existe pas de quantificateurs, tels que « tout/tous », « chaque », « quelqu'un/quelques-uns », « beaucoup », etc. Le pirahã est une langue agglutinante qui utilise beaucoup d'affixes pour exprimer différentes significations. Beaucoup de verbes sont des affixes, surtout les verbes d'existence et d'équivalence (voir ci-dessous, dans la section Verbes). Le pirahã utilise aussi des suffixes qui expriment l'évidence, une catégorie grammaticale que ne possèdent pas les langues européennes. Le suffixe /-xáagahá/ signifie que la personne qui parle est complètement sûre de son information (voir ci-dessous, dans la partie Verbes).

Syntaxe Pronoms Les pronoms personnels basique du pirahã sont ti "je", gíxai "tu", hi "il(s)/elle(s)". Ceux-ci peuvent être combinés en série : ti gíxai ou ti hi pour dire "nous" (exclusif et inclusif), et gíxai hi pour dire "vous". Il y a plusieurs autres pronoms qui ont été reportés, tel que le "elle", le "il" désignant les animaux, le "il" désignant les animaux aquatiques, et le "il" inanimé (ces trois derniers pouvant se reporter au "it" anglais), mais ils peuvent être en fait des noms. Le fait que des linguistes vinrent avec différentes listes de pronoms suggèrent qu'ils ne sont pas nécessaires à la grammaire. Dans deux papiers récents, Everett cite Sheldon comme d'accord avec son (celle d'Everett) analyse des pronoms.

Sheldon (1988) donne la liste suivante des pronoms: ti³ "je" gi¹xai³ "tu" hi³ "il" (humain) i³ "elle" (humain) i¹k "il", "elle", "ils", "elles" (choses animées non-humaines non-aquatiques) si³ "il", "elle", "ils", "elles" (choses animées non-humaines aquatiques)