Joseph Woelfl est un compositeur et pianiste virtuose autrichien, né à Salzbourg le vendredi et mort à Londres le jeudi .

Biographie vignette|Plaque commémorative à l'emplacement de la maison natale, 2012 (von der Stieglbrauerei gestiftet) Joseph est le fils de Johann Paul Woelfl, d'abord juriste administratif, « percepteur de la cour » de Hieronimus von Coloredo à Salzbourg, chargé du recouvrement des taxes sur l'alcool et les aliments, puis intendant de l'hôpital St-Johann. Ce qui laisse à penser que la famille vivait dans une relative aisance matérielle.

L'enfant reçut dans sa ville natale l'enseignement de Leopold Mozart (pour le violon notamment) et de Michael HaydnNotons au passage que M. Haydn eut en outre Diabelli et Weber comme autres élèves et qu'il fut nommé membre de l'académie royale de suède en 1804. (à la maîtrise de la Cathédrale) respectivement père et frère de deux compositeurs de génie du même nom (Wolfgang Amadeus Mozart et Joseph Haydn). Leopold Mozart parle souvent dans sa correspondance de « de Sepperl » de l'intendant (en français « p’tit Jo »). Il fait sa première apparition en public, au violon, à l'âge de sept ans. En 1783 il entre à la Kapellhaus qui est l'école des petits chanteurs de la Cathédrale, où l'enseignement est à la fois musical et général. Il compose son opus 1 à l'âge de treize ans (1786), bien que l'œuvre ne fut publiée qu'en 1795.

Woelfl était très grand (six pieds) et très mince et possédait d'énormes mains qui lui permettaient avec aisance les plus grandes extensions au clavier, jusqu'à l'intervalle de treizième, comme le rapporte le compositeur tchèque Václav Jan Tomášek dans son autobiographie, qui le comparait à un épouvantail. Son caractère joyeux et sociable, lui vaut le surnom de Wölfl (louveteau) extravagant.

Vienne et Varsovie

C'est en 1790 que son père lui conseille de se rendre à Vienne, pour y parfaire son éducation musicale avec Wolfgang Amadeus Mozart. Il se lie d'amitié avec Mozart, mais on ignore s'il prend des cours avec ce dernier. Recommandé par Mozart qui l'admirait beaucoup, vers 1792, il entre au service du comte Ogiński à Slonim où sont les terres du comte et Varsovie, où, pendant près de quatre ans, il compose, enseigne la musique et donne ses premiers concerts publics en tant que pianiste. Mais les troubles de 1794, liés à la partition de la Pologne l'obligent à partir : Ogiński perdant ses terres et sa fortune.

vignette|Romanza extraite de l'Opéra « La Belle laitière » En 1795, âgé de vingt-deux ans, il revient à Vienne et y monte quelques opéras au Théâtre de Vienne alors dirigé par Schikaneder. À sa création, son [« La montagne d'Enfer »] () reçoit un certain succès et est même publié en partition réduite chez Artaria. Suivent bientôt, [« La Belle laitière »] () ; [« La tête sans homme »], un opéra-comique monté à Vienne (), puis à Prague ; [« Le cheval de Troie »] opéra-comique (1799).

En 1798, il épouse Thérèse Klemm, actrice et chanteuse au Théâtre National (National Theater)Fétis, Biographie universelle des musiciens... .. Mais leur vie commune ne sera que de courte durée.

À la même époque, très impressionné par ses talents d'improvisateur et de compositeur, il dédie à Beethoven, ses sonates opus 6. Les œuvres sont comparées plus au style de Clementi qu'à celui de Haydn ou Mozart. L’Allgemeine musikalische Zeitung — le fameux journal avait été créé la même année — s'en fait écho :

Le duel avec Beethoven Il devient le principal « rival » de BeethovenL'expression est rapportée par Fétis, idem : Pour plus de détails consultez Alexander Wheelock Thayer's Life of Beethoven, par Elliott Forbes. Princeton, New Jersey Princeton University Press, 1964 , dont on trouve des extraits en anglais sur cette page., de trois ans son aîné, dans un duel pianistique, comme il y en eut quelques-uns à l'époque, dans les salons de la villa Grunberg du Baron Raimund Wetzlar von Plankenstern, (Seyfried). L’Allgemeine musikalische Zeitung s'en fait écho :

Ignaz von Seyfried (1776–1841), le créateur de Fidelio, rapporte dans le Ludwig van Beethoven's Studien (écrit conjointement avec Haydn et Albrechtsberger et publié en 1832), plus de trente ans après les faits :

Les deux hommes semblent se respecter mutuellement, et leur « rivalité » ne pas nuire à une amicale et cordiale joute :

Quelques années plus tard lors d'un voyage à Vienne, Ignaz Pleyel rendit compte de ses sentiments dans une lettre :

Paris

Dans les années 1799 à 1801, le pianiste se produisit à Prague (Une anecdote raconte, qu'il y perdit beaucoup d'argent au billard... Tomášek qualifie sont « jeu de billard artistique ».), Brno, Dresde, Mayence, Leipzig, Hanovre, Brunswick, ou Berlin (Fétis), notamment pour ses facultés de déchiffrage à vue : les Pragois furent longtemps conquis par une œuvre de Mozart écrite sur un système à quatre portées réduit sans hésitation par Woelfl ; ou ses improvisations : à Hambourg on le compare à Carl Philipp Emanuel Bach :

À Dresde, Ernst Ludwig Gerber, un lexicographe, rapporte qu'en , Woelfl dut jouer son concerto opus 43, transposé en ut dièse à cause d'une faute de l'accordeurAnecdote cité dans le livret des concertos parus chez CPO, p. 25.. Ce qui montre la maîtrise et le talent du musicien …

En , Woelfl s'établit en France, à Paris. Il apparaît dans un concert public le . Le journal de Paris le qualifie de « plus grand pianiste d'Europe » :

Les Français l'appellent Monsieur Wolf. Il est fort apprécié autant pour ses talents de pianistes que de compositeur. L'éditeur Naderman publie son premier concerto pour piano en 1802 et le deuxième l'année suivante.

Durant l'hiver 1802–1803, il effectue une tournée en Belgique et aux Pays-Bas.

Son opéra-comique français, L'Amour romanesque est présenté à Paris, au Théâtre Feydeau le , avec un grand succès (pas moins de sept représentations). À la même époque il compose aussi des duos pour le pianoforte et la harpe, opus 29 et 37 ; ce dernier est dédié à son ami le grand harpiste français François-Joseph Dizi, qui lui-même arrangea pour flûte et harpe un Pas de deux extrait du ballet Alzire.

Les raisons de son départ soudain de France pour l'Angleterre, ne sont pas connues. Il se pourrait que l'accueil tiède de son Fernando ou les Maures (Théâtre Feydeau, , représentation unique) en soit la cause, en dépit du succès dont il jouissait habituellement. L'on a aussi estimé qu'il ait pu être mêlé à un scandale via son ami Ellenreich ; ou bien, selon SchillingJoseph Woelfl Society's Journal, qu'il aurait suivi l'impératrice Joséphine, dont il était maître de musique, en Suisse et de là au Royaume-Uni ce qui est infirmé par le fait qu'elle n'a pas quitté la France …

Londres

En , il est accueilli à Londres triomphalement (concert du ). C'est dans la capitale anglaise qu'il acquiert une grande notoriété, avec des œuvres comme son Concerto pour piano « The Calm », qui fut donné quatre fois en l'espace de deux mois. Pendant cette période furent aussi créé ou une symphonie, deux ballets au (Haymarket) King's Theatre. Selon Fétis, il reste isolé par rapport à la société des artistes malgré ses talents, disparaissant, seul, dans la misère et méconnu... et nous ne connaissons rien des motifs. Selon d'autres, plus vraisemblablement, il reste dans une position enviable, toujours au contact avec les meilleurs compositeurs, musiciens ou personnalités ; pour preuves, les abondantes dédicaces de ses œuvres : par exemple Johann Peter Salomon ou Clementi. En outre, il tirait bon prix de ses opus :

Il se consacre à l'enseignement et eut pour élèves le distingué Cipriani Potter futur directeur de la Royal Academy of Music et, en écriture, le compositeur et pédagogue anglais Charles Naete, qui lui dédia sa grande Sonate opus 1 (1808) et fut cofondateur de la Philharmonic Society. Ses élèves le décrivent comme exigeant, mettant l'accent sur une technique rigoureuse.

vignette|Joseph Woelfl (Gravure de Meyer, 1811) vignette|Plaque Woelfl (2012) à Londres Mary-le-bone ( de sa mort))

En 1808 paraît la grande sonate pour pianoforte, opus 41 intitulée « Nec plus ultra » en raison de ses difficultés techniques, et où figurent des variations sur « Life let us cherish », texte du poète suisse (1763-1827) et thème de MozartVoici le texte de la ballade : . Son concurrent Dussek – ou plutôt ses éditeurs – qu'il avait rencontré à Hambourg en 1799, à la faveur d'une réédition, rebaptisent ironiquement « Plus Ultra » sa Sonate pour piano opus 64 (C. 221), « Le retour à Paris ».

En 1808 à Leipzig, les éditions Breitkopf & Härtel publient les deux symphonies opus 40 et 41.

Joseph Woelfl meurt subitement, à Great Marylebone Street, à Londres, âgé de seulement de trente-huit ans, le jeudi . Le Morning Chronicle l'annonce le . Mais pendant deux ans encore, peut-être à cause du blocus continental imposé par Napoléon, qui empêche le journal de rendre compte de la vie musicale de Londres, ou bien par suite des circonstances inconnues, l’Allgemeine musikalische Zeitung maintenait qu'il était encore en vie ; ce n'est qu'en 1816 que ce journal annonce officiellement le décès du célèbre musicien. Sa disparition précoce fut à la source de nombreuses histoires plus ou moins rocambolesques. Sa veuve, se remaria avec un hautboïste à FrancfortHenry Charles Lahee, Famous pianists of to-day and yesterday Éd. L.C. Page, Boston 1906 p. 47. Source disponible sur archive.org.

Style

Le style des œuvres de Joseph Woelfl oscille entre Mozart, Haydn, Clementi et même Schubert ; à l'audition cependant, il ressort surtout une forte personnalité, et toute comparaison tombe. Même si le musicologue Hermann Kretzschmar le décrit : Hermann Kretzschmar, Musikalische Charakterköpfe, Stuttgart & Augsburg, 1886, éd. p. 283.

Bien que Joseph Woelfl ait voulu se construire une réputation de compositeur d'opéras, son Der Hollenberg par exemple souffre de la médiocrité du livret de Schikaneder.

Ses œuvres pour piano ont été jouées plusieurs dizaines d'années après sa disparitionIl était cité en 1825 dans A dictionary of Musician from the Earliest Times de John S. Sainsbury, comme « fameux pianiste et compositeur » et y vantait son jeu qui faisait « l'objet de l'admiration universelle ». et ce n'est que lors de l'apparition de virtuoses de la génération de Schumann que ses pièces se sont enfoncées dans la nuit de l'histoire avant que les disques de la pianofortiste Laure Colladant ne les redécouvrent enfin. Sa sonate pour flûte opus 35 en revanche a été considérée comme à la hauteur des artistes amateurs et a traversé le temps.

De la même génération que Beethoven, Woelfl incarne une époque de mutation instrumentale profonde, qui passe du clavecin au pianoforte jusqu'au moderne piano et un chaînon dans l'invention du virtuose romantique (par exemple Liszt). Sa méthode constitue d'ailleurs sans doute le socle du piano virtuose du .

Catalogue des œuvres Le catalogue de J. Woelfl comprend aussi des mélodies, des danses et une méthode de pianoforte intitulée : « School for the pianoforte » comprenant une centaine d'études. Certains opus sont utilisés plusieurs fois pour différentes œuvres comme l'opus 25, ce qui ne facilite pas l'établissement d'un catalogue, qui comprend environ 350 œuvres.

Piano Deux pianos Chambre Trios Quatuors à cordes Concertos Symphonies Ballets Mélodies Opéra Autre

Piano Une soixantaine de sonates en tout Deux Sonates op. 1 (vers 1786, éd. Johann André, Offenbach 1795) Trois Sonates op. 3 (1797, éd. Vienne, sans date) Trois Sonates op. 6 (Éd. Augsbourg, 1798, dédiées à Beethoven) en la mineur (Allegro - Adagio ma non troppo - Presto. Rondo) en ré majeur (Allegro - Andante con variations - Rondo. Allegro) en la majeur (Allegro - Largo - Finale. Presto) Trois Sonates op. 15 (1798-1800, éd. Brunswick, sans date, dédiées au Prince Louis Ferdinand) en mi-bémol majeur (Allegro - Largo, Prestissimo, Largo, Prestissimo)