Geoffroy de Monmouth est un évêque et chroniqueur gallois, né vers 1095 à Monmouth et mort en 1154 ou 1155, peut-être à St Asaph (actuel pays de Galles).
Familier de l'abbaye de Glastonbury, il a été au service du roi anglais et a produit des textes à prétention historique, écrivant en langue latine.
Il est connu pour avoir été le premier à rédiger une version très étendue de la légende arthurienne et qui a servi de modèle à l'ensemble des récits arthuriens postérieurs. Les historiens modernes considèrent que ses textes sont largement dépourvus de fondement historique.
Biographie Le lieu de sa naissance n'est pas connu, mais il s'agit probablement de Monmouth au pays de Galles. Son travail atteste d'une bonne connaissance de la région de Monmouth, et il décrit Caerleon dans son Historia regum Britanniae. Dans son Historia, Geoffrey se désigne sous le nom de Galfridus Monemutensis (Geoffrey de Monmouth), ce qui témoigne d'un lien important avec cette localité et pourrait faire référence à son lieu de naissance.
Plusieurs hypothèses ont suggéré un lien de parenté avec Withenoc ou Guihenoc de La Boussac, né dans la même ville, mais rien ne vient confirmer cette hypothèse.
Il a peut-être servi quelque temps au prieuré bénédictin de Monmouth, mais une fois adulte, il semble avoir passé la majeure partie de sa vie hors du pays de Galles. Entre 1129 et 1151, son nom figure sur six chartes dans la région d'Oxford, où il est parfois désigné sous le titre de magister c'est à dire enseignant. Il était probablement chanoine séculier du St. George's college, dans les bâtiment du Château d'Oxford. Toutes les chartes signées par Geoffrey portent également la signature de Walter, archidiacre d'Oxford et chanoine de cette église. Un autre cosignataire fréquent est Ralph de Monmouth, chanoine de Lincoln.
Le , l'archevêque de Cantorbéry Thibaut le consacre évêque de St Asaph, dix jours après l'avoir ordonné prêtre. Selon le philologue Lewis Thorpe, il n'est pas certain que Geoffroy ait visité son évêché situé au nord du Pays de Galles : les guerres d'Owain Gwynedd permettent d'en douter.
Œuvre Entièrement rédigée en latin, l'œuvre de Geoffroy se compose, dans l'ordre chronologique, des Prophéties de Merlin (Prophetiae Merlini), de l'Histoire des rois de Bretagne (Historia regum Britanniae, écrite entre 1135 et 1138, en douze livres), et de la Vie de Merlin (Vita Merlini, datée de 1149).
Probablement composées peu avant 1135 (il n'y est pas fait mention de la mort du roi Henri ), les Prophéties de Merlin se veulent la traduction latine de vers bretons (de l'île de Bretagne) sur les prophéties faites par le devin Merlin au roi de Bretagne Vortigern. Elles rendent compte de la chute du peuple breton, vaincu par les Saxons, et annoncent la restauration de sa puissance en des temps indéterminés. Geoffroy ne livre pas les clefs des prédictions du devin.
L’Histoire des rois de Bretagne, présentée par son auteur comme une traduction d'un livre très ancien, le Liber vetustissimus, composé en breton « dans un très bon style » et emporté en Angleterre par le Normand Gautier alias Walter, archidiacre d'Oxford, est l'un des premiers monuments littéraires de l'histoire britannique et sera la source principale de la légende arthurienne, plus que lHistoria Brittonum de Nennius, antérieure d'un peu plus de deux siècles.
L'''Historia a été traduite en gallois (Brut y Breninhed), et adaptée en langue d'oïl sous le titre de Roman de Brut en 1155 par Wace.
Une intention politique Une des clés de cette œuvre — par ailleurs un des plus gros succès littéraires médiévaux comme semblent l’indiquer les presque 220 manuscrits conservés entre 1138 et le — est sans doute la tentative d'ancrer la légitimité politique de la dynastie normande dans le passé de l'ancienne Bretagne, en mettant à profit la présence de nombreux seigneurs bretons parmi les conquérants de 1066. Les « Bretons » fournirent ainsi en quelque sorte aux Normands qu'ils aidèrent à conquérir l'Angleterre un passé local clé en main, justifiant la conquêteCette volonté expansionniste culmine avec l'histoire du Roi Arthur puis la guerre féodale poursuivie contre les GalloisVoir David Floch, "Mémoire bretonne et identité anglo-normande. L'image des Bretons armoricains chez Geoffroy de Monmouth et ses continuateurs insulaires (années 1130-1190)", dans Jean-Christophe Cassard, Jean Kerherve et Élisabeth Gaucher (dir.), Vérité poétique, vérité politique. Mythes, modèles et idéologies politiques au Moyen Âge, Brest, Centre de Recherche Bretonne et Celtique, 2007, p. 165-191.Voir par ex. Catherine Daniel, "Les clefs des Prophéties de Merlin au : exégèses des prophéties exposées par Geoffroy de Monmouth", dans Fabienne Pomel (dir.), Les clefs des textes médiévaux. Pouvoir, savoir et interprétation. Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2006, p. 321-339..
Plusieurs historiens spécialistes s’accordent à dire que Geoffrey de Monmouth compose son Historia Regum Britanniae sous l’influence d’un environnement politique normand. Il valorise la figure d’Arthur comme un roi conquérant de la Bretagne et vainqueur des Saxons — une image symbolique faisant écho à Guillaume lui-même conquérant de l’Angleterre —. Exagérant la portée du roi Arthur, Geoffrey se place au service de l’élite normande, comme modèle de roi-guerrier ayant dompté un ennemi intérieur (Saxons) puis extérieur (Rome) Jacob Martin, Geoffrey of Monmouth and the Norman Reign: an Analysis of the Political Stance in the Historia Regum Brittaniae, Arthurian Literature, Texas A&M University, 15 octobre 2017Amaury Chauou, L'Idéologie Plantagenêt. Royauté arthurienne et monarchie politique dans l'espace Plantagenêt (). Chapitre I. Le passé historique : le roi Arthur à la cour d'Henri II, Presses universitaires de Rennes, 2001.
Ainsi ses principales œuvres sont une commande d'Henri d'Angleterre puis d'Étienne d'Angleterre auxquels il dédie d'ailleurs ses œuvres : elles justifient leur règne et fortifient leur image en face des souverains de France et des autres pays d’Occident.
En rupture avec ce consensus, Jean-Bernard Elzière a proposé une tout autre lecture de ces œuvres. Selon lui, les Prophetiae Merlini, renvoient allégoriquement à l'histoire ecclésiastique de l'Écosse entre 1070 et 1135Jean-Bernard Elzière, Le décodage des chansons de geste et des romans courtois (). Bruxelles, 2013, p. 54-78.. Il soutient également que Geoffroy, après avoir évoqué dans cette première œuvre l'histoire de l'Église d'Écosse de 1070 à 1136, aurait entrepris de relater, sous le voile de l'allégorie, toute l'histoire ecclésiastique des Angles de Bernicie (Lindisfarne), « et plus généralement celle des habitants de la région scoto-cumbroberniciene entre le début du et les environs de 1145 »Elzière, op. cit., p. 86..
Fiabilité Historicité Les historiens contemporains considèrent que les textes écrits par Geoffroy de Monmouth sont dépourvus de toute historicité. Selon les chercheurs, Geoffroy de Monmouth a largement inventé les faits qu'il dit rapporter et la fiabilité historique de ses textes est très faible.
Sources Dès 1138, date de la mise en circulation de lHistoria, de sérieux doutes furent émis quant à l'existence de la source en langue brittonique sur laquelle prétendait s'appuyer Geoffroy.
En effet, affirmer s'appuyer sur une source unique est impensable dans l'historiographie médiévale d'Occident : toute œuvre d'historien devait être littéralement authentifiée par une autre œuvre, antérieure, à valeur d'autorité. À supposer que Geoffroy s'appuie sur une telle œuvre, celle-ci est demeurée inconnue des contemporains. Le passé de l'ancienne Bretagne n'était donc transmis que par une source unique, ce qui ouvrit sans doute la voie à la création d'un univers arthurien fictionnel.
La thèse de l'absence de sources gaéliques aux textes de Geoffroy de Monmouth défendue à la fin du par les français Gaston Paris et Edmond Faral contre le Breton Arthur Le Moyne de la Borderie, a été réfutée au des études arthuriennes à Nantes en 1972 par Gwenaël Le Duc, traducteur avec Claude Sterckx de la Chronique de Saint-Brieuc, grâce à l'identification du « liber vetustissimus » à un texte mentionné dans la Vita Goueznouii, soit le Livre des faits du roi Arthur, soit un autre texte perdu.
Postérité Le texte de Geoffroy de Monmouth a une influence très importante sur les auteurs médiévaux qui s'emparent de la matière de Bretagne pour créer leurs œuvres. Wace dans le Roman de Brut ainsi que Chrétien de Troyes dans ses romans s'inspirent du récit de Geoffroy de Monmouth.
Notes et références Notes
Références
Bibliographie Recherche Ouvrages et articles .
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Analyse littéraire Philippe Walter, Merlin, ou le savoir du monde. Paris, Imago, 2012, 198 p. .
Éditions Prophetiae Merlini : Texte latin (édition 1603) avec le commentaire d'Alain de LilleHistoria Regum Britanniae : Texte latin (édition de Paris, 1508) Traduction anglaise par Aaron Thompson (1999)Vita Merlini : texte latin Traductions Les Prophéties de Merlin (1134) in Histoire des rois de Bretagne, livre VII. . La Vie de Merlin'' (vers 1140, 1148 ?), trad. Isabelle Jourdan, La part commune, 2008. Voir aussi
Articles connexes
Chrétien de Troyes Légende arthurienne Merlin Roi Arthur Liste des rois légendaires de l'île de Bretagne Liste des rois légendaires d'Armorique
Liens externes Les commentaires latins et français aux Prophetie Merlini de Geoffroy de Monmouth () Geoffroi de Monmouth. Imago mundi
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