Emilius Leo Josephus Van Averbeke, dit Emiel ou Émile van Averbeke (Anvers, 1876 – ibid., 1946), parfois surnommé le Horta anversois, était un architecte belge. D’abord adepte d'un Art nouveau exubérant, évoluant ensuite vers un Art nouveau plus géométrique, puis, dans les années 1920, vers l’Art déco, et enfin, dans la décennie suivante, vers une architecture moderniste fortement dépouillée, il conçut à titre privé ou en qualité d’architecte municipal de sa ville natale, principalement dans les styles architecturaux précités, mais aussi dans une diversité d'autres styles, nombre de bâtiments marquants, que ce soient des édifices publics, tels que casernes de sapeurs-pompiers, établissements scolaires, constructions utilitaires, ou des maisons individuelles, hôtels de maître, manoirs

Carrière Fils d’un charpentier, Émile van Averbeke étudia à l’Académie des Beaux-Arts d’Anvers de 1888 à 1894, mais ne put achever ses études. En 1892, pour subvenir à ses besoins, il se fit immatriculer comme dessinateur et entra au service de l’architecte Émile Thielens, qui fut un des principaux introducteurs de l'Art nouveau à Anvers, et au bureau duquel Van Averbeke restera attaché jusqu’en 1899.

vignette|Ensemble Verfaillie, rue Mercator. Attiré par les courants Art nouveau de Bruxelles et de Glasgow, où notoirement officiait Charles Rennie Mackintosh, il sera au début de sa carrière, c'est-à-dire vers la fin du , l’une des figures de proue de l’Art nouveau dans sa ville natale. À l’instar de Mackintosh, Van Averbeke se voua aux arts appliqués, entreprenant de créer des meubles et des bijoux et réalisant des illustrations de livres, notamment pour le compte du cercle d’art d’avant-garde anversois De Scalden, proche de son président, Jules Baetes, composant entre autres l'affiche de la exposition du groupe (1903)De Skalden / 5e Tentoonstelling / van Beeldende en Toegepaste Kunsten / van 9 tot 23 mei 1903 / Kunstverbond / Arenbergstraat Antwerpen / open van 10 tot 4 uren, sur Anet.be..

En collaboration avec son ami et ancien condisciple Jan van Asperen, il dressa les plans de la Maison du Peuple libérale, sise Volkstraat à Anvers, dans un style Art nouveau floral assez foisonnant et bariolé. Conjointement avec Thielens et avec le même Van Asperen, il créa l’immeuble et café-restaurant Paon Royal (1899), situé non loin de la Gare centrale, dans un style Art nouveau plus géométrique. En 1899, il décida de lancer son propre bureau d’architecte, initialement en association avec son beau-frère Willem Diehl, architecte néerlandais.

En 1905, optant pour une situation plus sûre, il se fit engager par la municipalité anversoise à la Régie des Bâtiments, où, après avoir parcouru toute la hiérarchie, il succéda en 1920 à Alexis Van Mechelen dans la fonction d’architecte municipal en chef. C’est en cette qualité qu’il conçut dans l'entre-deux-guerres une série de bâtiments publics (casernes de sapeurs-pompiers, établissements d’enseignement, orangerie à l'usage du service des espaces verts, bureaux d’embauche du port d’Anvers, mais aussi nombre de logements sociaux), dont la caserne de pompiers de la Paleisstraat, dessiné en collaboration avec Van Asperen, important jalon de son évolution, puisque cet édifice illustre sa transition de l’Art nouveau, en l’espèce d’une plus grande sobriété, vers le style Art déco.

Après la Première Guerre mondiale, vers la fin des années 1920, subissant l’influence de Willem Marinus Dudok et de Hendrik Petrus Berlage, il poursuivit plus avant cette tendance vers une plus grande sobriété en s’efforçant de pratiquer un style de plus en plus dépouillé et rationnel. En 1929, il reçut de la part de la municipalité une autorisation spéciale de participer à la conception de la Boerentoren, gratte-ciel Art déco dans le centre d’Anvers, cela en tant que conseiller et, semble-t-il, avec mission d'en surveiller de près la réalisation, aux côtés de Jan Vanhoenacker, l’architecte principal du projet. En 1930, il dessina plusieurs ouvrages en vue de la tenue de l’exposition universelle d’Anvers, et réalisa en 1933, dans un style résolument moderniste, les bâtiments d’entrée et de ventilation (comprenant escaliers mécaniques et ascenseurs) des nouveaux tunnels sous l’Escaut. Son plan d’urbanisation de la rive gauche de 1932, où il prévoyait de faire ériger une copie de la Boerentoren, ne fut pas mis à exécution.

Van Averbeke fut par ailleurs amené à conduire des travaux de restauration ou de reconstruction du patrimoine bâti anversois, d’abord dans le sillage de la Première Guerre mondiale ; ainsi, en 1926, le grand clocher de la cathédrale Notre-Dame d’Anvers fut-il restauré sous sa direction, puis, pendant la Seconde Guerre, l’hôtel particulier qui avait appartenu au peintre Rubens. Il fut nommé par la suite, en 1945, conservateur du nouveau musée hébergé dans ladite maison Rubens, la Rubenshuis.

À la suite de son décès le , la municipalité d’Anvers l’honora de funérailles officielles dans le grand cimetière Schoonselhof, au sud de la ville.

Réalisations La subdivision en périodes – Art nouveau, Art déco, Nouvelle Objectivité – que nous avons adoptée pour l’œuvre de Van Averbeke a pour but principal d’offrir des points de repère et ne fait que refléter le style architectural en vogue dans les périodes respectives ; cette subdivision a certes sa pertinence, dans la mesure où elle recoupe le style architectural pratiqué en majorité par l’architecte dans chacune de ces périodes, puisque Van Averbeke participait aux différents courants de son époque. Il importe de souligner toutefois que la catégorisation que semble impliquer cette subdivision n'est pas exclusive, voire pourrait apparaître un peu artificielle s’agissant d'un architecte aussi protéiforme, attendu que celui-ci conçut des édifices d’autres styles que ceux cités, et même de styles assez en dehors du courant alors dominant, suivant les desiderata ou le goût de ses commanditaires publics ou privés. De plus, ainsi que l’observa son collègue Renaat Braem, « alors que l’évolution générale du style présente une transition brusque de l’Art nouveau vers une architecture épurée, par élimination de tout ornement, telle qu’amorcée par Henry Van de Velde, l’œuvre de Van Averbeke est un modèle d’évolution graduelle, sans la rupture qui s’était manifestée chez la plupart des modernistes à la suite de la catastrophe de 1914-1918 »Article de Renaat Braem dans Nationaal Biografisch Woordenboek..

La quasi-totalité de ses ouvrages se situe dans l'agglomération anversoise.

Période Art nouveau vignette|Maison du Peuple (Anvers), création de Jan van Asperen et Émile van Averbeke (1901). Maison du Peuple

Cet édifice de 1901, qui fut autrefois la Maison du Peuple libérale anversoise et siège de la coopérative libérale Help U Zelve (litt. Aide-toi toi-même), est une réalisation conjointe de Jan Van Asperen et Émile Van Averbeke

Le bâtiment, avec sa façade bigarrée et foisonnante, ornée de sculptures et de mosaïques, passe pour un des exemples les plus réussis du style Art nouveau à Anvers.

Place Reine Astrid Van Averbeke et Émile Thielens furent chargés au début du siècle de fournir les plans d’un ensemble concerté sur le côté est de la place Reine Astrid (en néerl. Koningin Astridplein), qui faisait face à la Gare centrale nouvellement construite et fut aménagée dans sa forme actuelle vers 1904. L’ensemble se compose de six immeubles contigus, de style éclectique et Art Nouveau, auxquels l’emploi de la même pierre de taille blanche comme parement et l’application de mosaïques apparentées assure un certain degré d’uniformité, et dont seul le rez-de-chaussée s’écarte des plans d’origine. Ce sont, de gauche à droite :

le bâtiment d’entrée de la salle des fêtes de la Société royale zoologique d’Anvers (KMDA, selon son sigle néerlandais), construction d’une seule travée et de trois étages, surmontée d’une lanterne polygonale coiffée d’une coupole. La travée unique est flanquée de part et d’autre de forts pilastres diversement façonnés selon l’étage et se terminant chacun, au pied de la lanterne, par un amortissement en forme de pot-à-feu. Le portail d’entrée à arc outrepassé a gardé son grillage Art nouveau original en fer forgé ;

thumb|Café-restaurant Paon Royal l’ancien logis du directeur du zoo (), qui héberge aujourd’hui une partie du musée du Diamant, se signale en particulier par le balcon du , occupant toute la largeur de la façade, bordé d’un garde-corps en fer forgé et reposant sur des consoles de style Art nouveau, et par sa frise à motifs floraux stylisés ;

un groupe de quatre immeubles à magasin, d'ordonnance symétrique, totalisant sur cinq niveaux, dont les deux travées latérales sont coiffées d’une lucarne-pignon, ensemble dans lequel on remarque le balcon du sur consoles Art nouveau avec garde-corps en fer forgé régnant sur les quatre immeubles, une loggia au embrassant les six travées médianes et soutenue par six arcades plein-cintre, un attique à balustrade, et de nombreuses tables de mosaïques (allèges, espace entre loggia et corniche) représentant e.a. des animaux, de style Art nouveau, et les amortissements en forme de babouin accroupi ornant le sommet de chacune des deux lucarnes-pignons, œuvres du sculpteur Josué Dupon ;

le café-restaurant Paon Royal, sans doute l’immeuble le plus marquant de l’ensemble, d’ordonnance symétrique, comportant quatre niveaux et cinq travées dont les trois centrales, plus larges et en légère saillie, sont surmontées d’une massive grande-lucarne rectangulaire, elle-même couronnée d’un attique à balustrade ; dans la façade se remarquent plus spécialement : les baies du deuxième étage, en triplet, séparées par des colonnettes, à plein-cintre mais à extrados à arc brisé, s’inscrivant dans des sortes de niches (une par travée) se terminant en arcs plein-cintre, lesquels déterminent des espaces ornés de sgraffites représentant des ramages stylisés de type Art nouveau de couleur orangée sur fond rouge-brun, auxquels répondent les sgraffrites, figurant des paons blancs sur fond brun, des allèges entre les premier et deuxième étages ;

le secrétariat de la Société royale zoologique, édifice situé le plus à droite : de hauteur plus petite que les autres corps de bâtiment, et ne comportant que trois niveaux, mais d’aspect monumental par ses robustes pilastres, par son balcon à balustrade régnant sur l’ensemble, par son entablement classique avec attique, il attire l’attention par ses tables à sgraffites du second étage aveugle (ramages rouge-brun sur fond doré) et par une statue de bronze couronnant l’angle arrondi de l’édifice et représentant un dromadaire chevauché par un bédouin et placé sur un massif socle cylindrique, œuvre également de Josué Dupon. Ensemble Verfaillie

Mercatorstraat, trois maisons à usage d'habitationDe 1901 date l’ensemble symétrique de trois maisons d’habitation de style Art nouveau de la Mercatorstraat, non loin de la gare centrale. Les élévations sont en brique jaune, rehaussées de pierre de taille pour certains linteaux (les autres sont en acier), piédroits, soubassements, appuis à bec Des ouvrages de ferronnerie décorent les balcons et les soupiraux. La maison centrale, en saillie et surélevée, comprend une logette dont la fenêtre s’appuie sur une allège couverte de mosaïques à motifs abstraits (cercles, courbes, rayons et spirales) d'allure Art nouveau. Les deux maisons latérales présentent une vaste baie à arc outrepassé précédées d’un petit balcon. Les pieds-droits des portes d'entrée vont se rétrécissant légèrement et sont ornés de motifs Art nouveau linéaires, semblables à ceux qui ornent également d’autres éléments de pierre de la façade, en particulier les amortissements en pinacle par lesquels s'achèvent les pilastres des deux maisons latérales. L'agencement intérieur est classique et la décoration sobre.

Maison personnelle de l'architecte sise Cobdenstraat