La Brigade indépendante Alsace-Lorraine est une unité de volontaires majoritairement Alsaciens et Mosellans, rassemblés sous le double commandement d'André Malraux et de Pierre-Elie Jacquot pour participer aux combats de la libération de l'Alsace. Créée le dans le cadre de la 1re armée française commandée par le général de Lattre de Tassigny et dissoute le , elle est issue de maquis très divers (AS, ORA, FTP) des départements de Dordogne, de Corrèze du Lot, et du Gers ouù sont regroupés de nombreux réfugiés alsaciens et lorrains, et également de Savoie et de Haute-Savoie. Elle s'illustre dans les Batailles des Vosges et d'Alsace.

Les origines : la résistance, les maquis 160px|left En Dordogne et dans le Sud-Ouest ces maquis se sont constitués à partir des « centuries » du Groupe Mobile d'Alsace Sud (GMA-Sud), recrutées par les cadres du réseau alsacien de résistance « Septième colonne d'Alsace » ; référencé par Londres en tant que réseau « Martial », il est fondé dès par Paul Dungler « Cdt Martial »Paul Dungler, industriel du textile établi à Thann, entreprit de constituer un réseau à partir de ses relations d’Action française. Le , il fonde la « d’Alsace », ou réseau Martial. Animé d’une foi profonde, très patriote, attaché à sa terre alsacienne, c’est un homme résolu qui possède le sens de l’organisation et son franc-parler. Il est persuadé dès l’ de la défaite future de l’Allemagne et entend préparer dans l’ombre des combattants qui résisteront à l’emprise de l’occupant. Le réseau Martial fonctionnera selon un cloisonnement rigoureux, avec des gens absolument sûrs. Il ne se livrera pas à des actions violentes. Il organisera en profondeur la résistance, assurant la protection des prisonniers évadés et des jeunes Alsaciens qui fuient la conscription dans l’armée allemande. Pierre Pujo, Des hommes d’Action française dans la Résistance alsacienne. L’Action française, 19 juin 2003., Jean Eschbach « Cne Rivière » et Marcel Kibler « Cdt Marceau ».

Dans le Midi pyrénéen et en Dordogne, refuges des institutions alsaciennes repliées, les Alsaciens et les Mosellans réfugiés sont nombreux à la suite de l'annexion de fait de l'Alsace et de la Moselle au troisième Reich le . Les responsables du réseau Martial, Bernard Metz « Bertrand » et ses adjoints, y organisent dès 1943 le recrutement de volontaires en vue de combattre avec les Alliés, l'heure venue, pour la libération des trois départements annexés d'Alsace et Moselle : l'idée centrale – l'obsession – est de revenir au pays les armes à la main, de participer à sa libération. Ils développent des activités de résistance tout en poursuivant leur vie familiale et professionnelle jusqu'au moment de prendre les armes, ou créent des maquis selon les circonstances. Ils constitueront en le noyau de la Brigade Alsace-Lorraine (BAL)La Liberté en retour : histoire de la brigade Alsace-Lorraine, film de Monique Seemann et Arnaud Gobin, , Carmin Films, Strasbourg, 2000. ; à noter que l'appartenance au GMA-Sud, secrète pour des raisons de sécurité, demeure inconnue de la plupart des combattants.

Les origines politiques de l'encadrement sont des plus diverses, voire tout à fait opposées : alors que le réseau Martial a ses racines politiques à l'extrême droite, dans les convictions Action Française et royalistes de ses fondateursPierre Pujo, Des hommes d’Action française dans la Résistance alsacienne, texte intégral., cet ancrage politique ne s'impose aucunement lors des recrutements - il demeure même largement ignoré -, et c'est la volonté de ne pas rester passifs qui l'emporte largement sur toute considération politique parmi la majorité des volontaires. Une partie active de l'encadrement de la Brigade Alsace-Lorraine se situe même plutôt à l'opposé, du côté de la démocratie chrétienne : c'est le cas pour Bernard Metz, par tradition familiale, pour les instituteurs mosellans qui ont participé aux "Carrefours des tilleuls" organisés par Emile Baas, et pour Pierre Bockel, cheville ouvrière du numéro spécial des Cahiers clandestins du Témoignage Chrétien "Alsace, Moselle, terres françaises".

Dans le Sud-Ouest l’encadrement de la future unité militaire est majoritairement composé d’officiers d’active démobilisés de l’armée d’armistice, liés à l'ORA (Organisation de résistance de l'Armée) ; en Dordogne ce sont des officiers de réserve qui ont combattu en 1939-40, dont une douzaine d'instituteurs sortis de l'Ecole Normale d'Instituteurs de Montigny-lès-Metz, et de jeunes cadres issus du scoutisme. Ils auront à former et à commander des jeunes gens sans expérience militaire, pour moitié issus des maquis.

Deux autres Groupes Mobiles d'Alsace sont créés par le réseau Martial à l'été 1944 : le GMA Vosges, constitué à l'initiative de Marcel Kibler dans les Vosges, à l'ouest du Donon (Raon l'Etape, Moussey, Baccarat), à l'arrière des lignes allemandes, attaqué par des forces écrasantes, subira de lourdes pertes ; à la même période le GMA SuisseJean-Pierre Spenlé: « Une page de la Résistance en Alsace : les Groupes Mobiles d'Alsace », Texte intégral en ligne dans le site de l'Amicale des Anciens des Services Spéciaux de la Défense Nationale.Léa Ackermann: « Le GMA par l'un de ses acteurs », Texte intégral sur le site Base Numérique du Patrimoine d'Alsace., mené par le Cdt Georges, composé d'Alsaciens et de Mosellans évadés en Suisse pour fuir l'incorporation de force sous l'uniforme ennemi, rejoint directement la 1re Armée française en .

La création de la Brigade Alsace-Lorraine Au moment du débarquement, le , le GMA Sud a mis en place de nombreux volontaires en Dordogne autour de Périgueux, et dans le sud-ouest, à Toulouse, dans le Gers, à Agen et à Pau. En juin et ces volontaires sont tous engagés dans une dizaine de maquis des organisations existantes : AS (Armée Secrète), ORA (Organisation de résistance de l'Armée) ou FTP (Francs-tireurs et Partisans), qui ont accès aux armes et à l'appui des alliés. Ces maquis prennent leur part des combats de la libération de leurs départements, et auront une trentaine de morts.

Mais le recrutement du GMA-Sud n'a pas connu que des succès : à Clermont-Ferrand la centurie en cours de formation au sein de l'Université de Strasbourg repliée (une cinquantaine d'étudiants) est anéantie par les rafles nazies du (Foyer d'étudiants Gallia) et celle de l'Université le 25 novembre 1943 ; et en Limousin, l'arrestation des quatre cadres départementaux du GMA-Sud le entraîne la dispersion des volontaires qui avaient été contactés par Ernest Huber et Charles Dillenseger, seuls quelques rescapés parvenant à rejoindre les maquis AS de Corrèze.

Les départements du sud-ouest une fois libérés au cours du mois d', alors que la plupart des maquis de la région vont participer au maintien de l’ordre ou être intégrés aux forces qui combattent pour réduire la poche de Royan, les maquis d’Alsaciens et de Mosellans recrutés dans le cadre du GMA Sud vont parvenir – non sans mal - à se regrouper en une unité militaire pour remonter vers l’Alsace pour participer aux combats de sa libération.

Après quinze jours d’intenses négociations (et de rebondissements parfois rocambolesques) entre le 25 aoüt et le , la Brigade Alsace-Lorraine prend forme, se trouve ses chefs, et entreprend sa remontée vers Mâcon, Dijon et la Haute-Saône pour rejoindre la 1re armée du général de Lattre. C’est le Commandant André Chamson, ayant connu de Lattre en 1939, qui a négocié avec lui cette intégration.

La Brigade indépendante Alsace-Lorraine est officiellement fondée à Dijon le , en tant qu’unité d'infanterie non endivisionnée, relevant directement de l'autorité du Général de Lattre qui en dispose selon les nécessités.

La « Brigade très chrétienne du colonel Berger » vignette|André Malraux "Colonel Berger" (de face), à droite lieutenant-colonel Jacquot (avec le calot), à gauche lieutenant-colonel Brandstetter (?) - PC de la BAL,à Illkirch, Villa Baumann, février ou mars 1945photo parfois localisée au Mont Sainte Odile, sans source ; confusion possible avec la visite que Mgr Ruch, évêque de Strasbourg, y effectue le 14 décembre 1944 où une section de la Cie Iéna lui a rendu les honneurs. -- D. Froville op. cité, p. 152, localise la scène au PC de la BAL à Illkirch en décembre 1944 ; mais le PC ne s'installe à Illkirch qu'en janvier 1945, et tout le mois de janvier la neige a tenu au sol, la période est donc plutôt février ou mars 45. . Dans un premier temps la Brigade Alsace-Lorraine est composée des deux seuls bataillons venus du Sud-Ouest (Strasbourg et Metz), qui sont rejoints en par le bataillon Mulhouse, issu de Haute-Savoie et Savoie. Placée sous le double commandement du Colonel André Malraux «Berger»Vincent Berger est le nom d'un personnage de son roman Les Noyers de l'Altenburg, paru en Suisse en 1943 sous le titre La Lutte avec l’ange.

« Rappelons que le nom de guerre qu’il se choisit : colonel Berger était un hommage à l’Alsace. Il expliquera que ce nom le séduisit parce qu’il pouvait se prononcer en français et en allemand." Robert Grossmann Le choix de Malraux, l'Alsace, une seconde patrie, Strasbourg, La Nuée Bleue, 1997, 252 p. et du Lieutenant-Colonel Pierre Elie Jacquot «Edouard», le Commandant Brandstetter «Schatzy» étant le chef d’État-Major, la nouvelle unité regroupe trois bataillons dont les noms, hautement symboliques sont ceux des grandes villes des départements annexés.

Le bataillon Strasbourg, commandé par le commandant Antoine Diener « Ancel», est formé de trois compagnies, Valmy, Verdun, Bark, issues des maquis de Dordogne, Corrèze, Lot. L'effectif est de 750 hommes environ () issus pour moitié du maquis AS (Armée Secrète) constitué au sud de Périgueux dès . C’est dans ce maquis, à Durestal, que les premiers contacts ont été établis avec A. Malraux (Cel Berger) ; il incorpore à partir de plusieurs petits maquis du département (Valmy au nord, région de Brantôme ; Bir-Hackeim dans la région de Bergerac, noyau de la Cie Bark) Le bataillon est composé de 80 % de réfugiés alsaciens-lorrains, accompagnés de camarades de Dordogne.

Le bataillon Metz, commandé par le commandant Charles Pleis « Marchand », est formé des quatre compagnies Iena, Kleber, Ney, Rapp issues des maquis du Gers, de Haute-Garonne, du Lot-et-Garonne, des Pyrénnées-Atlantique et du Tarn-et-Garonne. L'effectif est de 320 hommes environ (), en majorité issus d’éléments de l’ORA (Organisation de Résistance de l’Armée) de Toulouse, du Gers (Auch), d’Agen et de Pau, regroupés après le en maquis dépendants du Corps Franc Pyrénéen de l'ORA (CFP dit "Corps Franc Pommiès"). Le noyau du futur Bataillon Metz assure d'abord pour un temps la garde de la frontière pyrénéenne, avant que le Cdt Pleis parvienne à le faire affecter à la BAL en cours de constitution. S’y rallient une cinquantaine d’Alsaciens-Lorrains issus d'un maquis FTP du Lot qui forment la Cie Rapp.

Le bataillon Mulhouse, commandé par le commandant René Dopff «Delcroix» est composé de trois compagnies Vieil Armand Donon, Belfort, issues des maquis de Haute Savoie, Savoie, Belfort pour un effectif est 300 hommes environ. En Haute-Savoie et Savoie, ignorants du Réseau Martial, des réfugiés alsaciens-lorrains sont maquisards (AS ou FTP) et combattent pour les libérations de Chambéry, Annecy, Albertville. Regroupés par René Dopff Delcroix et Octave Landwerlin, ils rejoignent la BAL début octobre. Le maquis de Belfort commandé par l'abbé Dufay la rejoint mi-.

La nouvelle unité militaire est plutôt atypique : mal équipée avec des véhicules hétéroclites, un armement faible et non moins hétéroclite, des hommes en tenues disparates d'été, voire en shorts, et qui n'ont pas trop la discipline militaire, elle étonne dans les rangs de la Première Armée. Aussi raconte-t-on qu'elle aurait hérité du surnom de « Brigade des trois cents pouilleux », ou de « la Brigade très chrétienne du Colonel Berger ».

Les combats