Eugène Ney Terre'Blanche, né le et mort le ., est un policier sud-africain reconverti en fermier et le chef de file du Mouvement de résistance afrikaner (Afrikaner Weerstandsbeweging — AWB), mouvement politique paramilitaire afrikaner, farouche partisan de l'apartheid et de l'établissement d'un Volkstaat.

Condamné en 1997 pour agression, Terre'Blanche est incarcéré trois ans avant d'être remis en liberté en 2004.

thumb|right|250px|Drapeau de lAfrikaner Weerstandsbeweging ou AWB (Afrikaner Resistance Movement) fondé en 1973 par Eugène Terre'Blanche.

Biographie Origines et carrière professionnelle Descendant d'Estienne Terre'blanche, huguenot français, originaire de la région de Toulon, immigré en Afrique du Sud en 1704, son grand-père, Étienne Terre'Blanche, avait combattu les Britanniques durant la seconde guerre des Boers et son père, De Villebois Mareuil Terre'Blanche (1911-1985), avait été lieutenant-colonel dans l'armée sud-africaine (South African Defence Force — SADF). Le nom de Terre'blanche conserve généralement son orthographe d'origine quoique d'autres orthographes peuvent être utilisées telles que : TerreBlanche, Terre Blanche, Terblanche et Terblans.

Né en 1941, à Ventersdorp dans le sud-ouest de la province du Transvaal (actuelle province du Nord-Ouest), Eugène Terre'Blanche a suivi sa scolarité à Potchefstroom, une des villes les plus conservatrices et calvinistes du Transvaal. Sa stature massive lui permit d'entrer dans l'équipe de rugby de son école et d'en devenir le capitaineGeorges Lory, Afrique australe, Revue autrement, série monde HS , avril 1990, .

Il commença une carrière dans la police en 1964, où il servit comme volontaire dans le Sud-Ouest africain (l'actuelle Namibie) où il participa aux unités spéciales chargées de la protection des résidences du Premier Ministre et du Président de la République.

En 1968, il quitta la police pour se consacrer à l'agriculture sur la ferme familiale de Ventersdorp.

Grand admirateur d'Hendrik Verwoerd, premier ministre d'Afrique du Sud (1958-1966), considéré comme l'un des architectes de l'apartheid, Eugène Terre'Blanche devient de plus en plus opposé à la politique du successeur de Verwoerd, John Vorster qu'il qualifia de libérale et milita à partir de 1969 au HNP, une fraction dissidente d'extrême droite du Parti national alors au pouvoir depuis 1948 pour protester contre la décision de Vorster d'autoriser la présence de joueurs et de spectateurs Maoris lors de la tournée de l'équipe de Nouvelle-Zélande de rugby à XV en Afrique du Sud en 1970. Terre'Blanche se présenta aux élections législatives anticipées du dans la circonscription de Heidelberg mais y fut battu.

Un amateur d'essais et de poèmes Parallèlement à ses activités politiques, Terre'Blanche reçut trois prix de l'Union de la Langue et de la Culture Afrikaans pour avoir écrit, joué et dirigé la pièce lewers langs die pad. Auteur de plusieurs essais et poèmes durant ses années scolaires où il étudia le théâtre et se révéla bon acteur et doué pour la mise en scène. , il écrivit Sybrand die watermarker qui sera proposée au programme des collégiens des écoles secondaires de la province du Cap en 1982 et 1983 ainsi qu'à l'Université du Natal avant que cette proposition ne soit retirée à la suite de la médiatisation grandissante de ses activités politiques..

Fondation du mouvement de résistance afrikaner (AWB) Le , il fonda, à Heidelberg, avec six amis le Mouvement de résistance afrikaner (Afrikaner Weerstandsbeweging ou AWB), une association politique dont le but était de combattre pour le maintien de l'apartheid verwoedien, mouvement qui restera confidentiel.

Faits d'armes et ascension médiatique (1979-1988)

En 1979, Terre'Blanche accéda à la notoriété en enduisant de goudron et de plumes Floors Van Jaarsveld, un professeur libéral d'histoire de l'Université de Pretoria qui avait prononcé un discours tentant d'identifier tout ce qui pouvait paraitre être un mythe dans le jour du vœuLe jour du vœu correspond au serment que firent les Boers pendant le Grand trek le juste avant la bataille de Blood River qui consacra leur victoire sur les Zoulous. Il s'agit d'une fête nationale reconvertie après 1994 en Reconciliation Day.. Le procès qui suivit donna à l'AWB et à Terre'Blanche l'audience et la visibilité médiatique qui leur manquait. Terre'Blanche reçut alors le soutien d'Albert Hertzog au côté duquel il avait participé à la célébration du jour du vœu le accompagné de l'ancien ministre Connie Mulder.

Il mena alors de plus en plus d'actions commandos contre les réunions de chefs du parti national au Transvaal. Le , il interrompit à Fochville la réunion politique d'Andries Treurnicht, alors ministre et président de la fédération du parti national au Transvaal. En , il organisa une manifestation en plein centre-ville de Pretoria malgré l'interdiction du gouvernement. Le mouvement restera cependant isolé, repoussé par son allié naturel le plus proche le Herstigte Nasionale Party de Jaap Marais qui refusait toute double appartenance entre les deux mouvements.

En 1982, Terre'Blanche apporta activement son soutien à la campagne d'Andries Treurnicht qui avait quitté le parti national pour créer le Parti conservateur. Lors d'une élection partielle à Waterberg où Treurnicht se représentait pour conserver son siège de député, Terre'Blanche et ses militants perturbèrent les réunions politiques du parti national, notamment celles du ministre Chris Heunis. Le comportement de l'AWB amena le ministre de la Loi et de l'Ordre, Louis le Grange à diligenter une enquête sur l'AWB et ses militants que le premier ministre Pieter Botha qualifiait de « barbares blancs ». Appelé par Botha à condamner les militants de l'AWB, Treurnicht répliqua que ces demandes d'enquêtes sur le mouvement de Terre'Blanche ne seraient jamais suivies d'effets et qu'il n'y voyait qu'une manipulation politique dans la requête qui avait été faite par le ministre de la Loi et de l'Ordre. Treurnicht fut ainsi facilement élu contre le candidat du parti national.

En 1983, des caches d'armes, d'explosifs et de munitions d'origines nord-coréenne, soviétique et yougoslave furent découvertes au Transvaal dans la ferme d'Andries Terre'Blanche, le frère d'Eugène. Eugène Terre'Blanche fut alors condamné à deux ans de prison avec sursis.

Terre'blanche, leier (chef) de l'AWB, symbolisait alors médiatiquement l'extrémisme blanc et l'apartheid, davantage encore que tout autre dirigeant favorable au maintien de la domination blanche en Afrique du Sud.

L'apogée de Terre'Blanche (1988-1994) En 1988, Eugène Terre'Blanche réussit à faire défiler ses partisans dans Pretoria et à débattre à l’Université de Pretoria, contre Frederik van Zyl Slabbert, un universitaire et responsable politique progressiste opposé à l’apartheidYolandi Groenewald, Afrikaner forever, article du Mail & Guardian repris dans Courrier international (26 novembre 2009). L'AWB devint particulièrement médiatique avec ses drapeaux et brassards ornés d'un triple 7, rappelant la symbolique nazie mais également par ses défilés paramilitaires et la Brandwag, milice nommée chargée de défendre les intérêts blancs du pays. C'est toujours montant sur un étalon noir ou blanc que Terre'Blanche arrivait à ses meetings politiques, escorté par des gardes du corps en uniforme paramilitaire. Dans ses discours, Eugène Terre'Blanche exaltait les républiques boers du , déclamait sa farouche opposition à la démocratie parlementaire sous toutes ses formes, et, après avoir défendu le maintien de l'apartheid sur l'ensemble du territoire sud-africain, appelait de ses vœux la création d'un état populaire blanc, un état calviniste plus connu ensuite sous la désignation de Volkstaat. Il devint alors le leader charismatique d'une petite minorité de blancs sud-africains, principalement des petits fermiers boers, des ouvriers et des artisans vivant dans les zones rurales du pays, notamment celles de l'État libre d'Orange et du Transvaal.

En 1989, il y eut des révélations dans la presse de la relation ambigüe d'Eugène Terre'Blanche avec une journaliste anglophone progressiste Jani Allan. Tous deux démentirent cette aventure.

En 1990, à la libération de Nelson Mandela, Terre'Blanche menaça de prendre le pouvoir par la force si le gouvernement blanc de Frederik de Klerk « capitulait » devant l'ANC. Terre'Blanche tenta alors de bloquer, par tous les moyens, y compris la violence, les négociations sur le démantèlement de l’apartheid. Ainsi, le , lorsque le président De Klerk vint participer à un meeting à l'Hôtel de Ville de Ventersdorp, Terre'Blanche organisa une manifestation de deux mille membres de l'AWB pour protester contre sa politique. La manifestation se termina par une confrontation avec la police, confrontation que les médias appelleront la bataille de Ventersdorp et qui se soldera par la mort de trois membres de l'AWB ainsi que d'un passant. C'était la première fois en quarante-trois ans que les forces de l'ordre ouvraient le feu sur des manifestants blancs..

À la suite de la victoire du candidat du parti conservateur lors d'une élection partielle à Potchefstroom au début de l'année 1992, dans un fief du parti national Roger B. Beck, The history of South Africa, Greenwood Press, 2000, , , le président de Klerk, affaibli par ce résultat, décida de consulter la population blanche par référendum afin d'obtenir un soutien franc et massif aux réformes constitutionnelles en cours. . Il s'agissait concrètement pour les électeurs blancs de valider l'abolition de l'apartheid ainsi que la poursuite des négociations en vue du transfert de pouvoir à la majorité noire avec en contrepartie l’obtention de garanties quant aux libertés fondamentales.

Orateur talentueux, doué d'un riche sens poétique des cadences du langage., Terre'Blanche assimilait dans ses discours la fin de l'apartheid à une capitulation devant le communisme. Le parti national, utilisant adroitement la répulsion que provoquait l’extrémisme de l’AWB d’Eugène Terre'blanche dans l'électorat blanc modéré, assénant un message habile par sa dichotomie (Moi ou le chaos) et bénéficiant, de plus, d'un grand avantage financier et médiatique sur ses adversaires conservateurs, eut à cœur de mobiliser l'électorat sur le péril immense et irréversible manifesté par la généralisation de la violence et la faillite économique qu'enclencherait un vote négatifVéronique Faure, Afrique du Sud : Référendum 92. le passage, Politique africaine, avril 1992, . Le référendum eut lieu le . Avec un taux de participation supérieur à 80 %, les Blancs votèrent à 68,7 % pour le « oui » aux réformes. Les conservateurs et leurs alliés tels l'AWB subirent alors une défaite déterminante.