La résistance spirituelle contre le nazisme désigne l'engagement des croyants dans la lutte contre le nazisme en France. Elle se présente à la fois comme une participation à la Résistance, comme un combat contre l’idéologie raciste, antijuive et antichrétienne des penseurs et dirigeants nazis, et comme un ensemble d'initiatives humanitaires pour soustaire les juifs à la déportation et à la mort programmée par les nazis avec le soutien des autorités françaises du Régime de Vichy.

Histoire Ralliement de nombreux chrétiens au maréchal Pétain Dès la défaite de 1940 et les premières déclarations du maréchal Pétain, l'épiscopat, le clergé et la majorité des milieux catholiques en deviennent l'un des meilleurs soutiens, par légitimisme et par adhésion à un discours aux tonalités à la fois patriotiques, conservatrices et rassurantes.voir aussi « La proximité des catholiques avec le régime de Vichy » dans l'article Église catholique en France.

Certains protestants entrent aussi dans cette mouvance pétainiste, dont le plus célèbre est l'amiral Platon..

Réaction des milieux protestants Chronologiquement, ce sont toutefois les protestants qui, les premiers, développent une attitude de résistance spirituelle inspirée par l'attitude de l’Église confessante allemande (notamment avec la déclaration de Barmen des 29-31 mai 1934.)

Appel à la résistance d'André Trocmé Dès le , lendemain de la capitulation, se fondant sur une allocution à la radio du président de la Fédération protestante de France Marc Boegner, le pasteur André Trocmé prononce devant ses paroissiens du Chambon-sur-Lignon son sermon dit des « armes de l'Esprit ». Il contient le premier appel à la résistance spirituelle prononcé sur le sol français : Aimer, pardonner, faire du bien à nos adversaires, c'est le devoir. Mais il faut le faire sans abdication, sans servilité, sans lâcheté. Nous résisterons, lorsque nos adversaires voudront exiger de nous des soumissions contraires aux ordres de l'Évangile. Nous le ferons sans crainte, comme aussi sans orgueil et sans haine. (…)...

La population du Chambon-sur-Lignon aura pendant toute la guerre un comportement de résistance non violente qui lui vaudra la médaille des justes de Yad Vashem en raison du nombre important de Juifs qui seront cachés et protégés par le village et ses environs.

Assistance aux réfugiés et internés Dès , les équipières de la Cimade Madeleine Barot et Jeanne Merle d'Aubigné pénètrent dans le camp de Gurs pour porter secours aux internés où se trouvent déjà une majorité de Juifs. La Cimade avait été créée quelques mois auparavant par la théologienne protestante Suzanne de Dietrich dans le but de prêter assistance aux personnes déplacées par l'évacuation d'un glacis défensif aux frontières du nord et de l'est de la FranceLa Cimade. Une histoire, publication à l'occasion des 80 ans de l'association, en ligne : https://www.lacimade.org/publication/la-cimade-une-histoire/..

Les Thèses de Pomeyrol

Les 16 et , sans aucun mandat, un groupe de quinze protestants se réunissait à Pomeyrol – une maison de retraite et de rencontre de l’Église réformée de France à Saint-Étienne-du-Grès dans les Bouches-du-Rhône – « pour rechercher ensemble ce que l’Église doit dire aujourd’hui au monde », à l’initiative du pasteur Visser ’t Hooft et de Madeleine Barot (secrétaire générale de la Cimade). Cette rencontre rassemblait douze pasteurs (Jean Cadier, Georges Casalis (secrétaire général de la Fédération française des associations chrétiennes d'étudiants), Henri Clavier, Paul Conord, Henri Eberhard, Jean Gastambide, Pierre Courthial, Jacques Deransart, Pierre Gagnier, Roland de Pury, André de Robert, André Vermeil) et trois laïcs (Madeleine Barot, Suzanne de Dietrich venant de Genève et René Courtin, professeur à la Faculté de droit de Montpellier)..

Cette initiative faisait écho à la « Déclaration théologique de Barmen » en Allemagne (29-). Après la prise de pouvoir par Hitler, les Églises protestantes — luthériennes, réformées et unies — constituant l’Église protestante en Allemagne, ont été contraintes d’adopter dans leur constitution un paragraphe affirmant leur caractère aryen et une supériorité allemande. En réaction, le , le Synode de Barmen adopte une déclaration proposée par un groupe comprenant notamment le théologien Karl Barth. Ce texte se présente comme un acte exclusivement religieux, de résistance spirituelle pour la défense de l’Église et de la pureté de son message ; en particulier, il ne mentionnait pas la persécution des Juifs. Malgré ses lacunes, à l’origine de controverses après la guerre, sa signification politique était évidente. Dès 1934, des luthériens et des réformés se réunissent en dehors de l'Église officielle sous la dénomination d'Église confessante.

En France, ce texte fut diffusé par les revues Foi et Vie, dirigée par le pasteur Pierre Maury, et Christianisme social. Le texte de la « Déclaration de Barmen », ainsi que ceux du pasteur allemand Martin Niemöller, furent publiés en 1940 dans Témoignage chrétien, et après les premières lois antisémites promulguées en zone libre, la nécessité d’établir un instrument idéologique de résistance au nazisme aboutit à la réunion de Pomeyrol.

Les huit « thèses de Pomeyrol » sont elles aussi « une réflexion théologique engagée sur les fondements évangéliques d'une prise de parole publique de l'Église ». Les quatre premières traitent des rapports de l’Église et de l’État, la cinquième des limites de l'obéissance à l'État, la sixième précise le respect des libertés essentielles, la septième dénonce l'antisémitisme, la huitième condamne la collaboration. La thèse sept est sans ambiguïté : «...elle élève une protestation solennelle contre tout statut rejetant les juifs hors des communautés humaines ». Dans la thèse huit « dénonçant les équivoques, l’Église affirme qu’on ne saurait présenter l’inévitable soumission au vainqueur comme un acte de libre adhésion…, elle considère comme une nécessité spirituelle la résistance à toute influence totalitaire et idolâtre ». Deux thèmes dominent donc ces thèses : le rapport de l’Église et de l’État, ainsi que la légitimité d’une parole publique de l’Église dans la situation de l'époque.

Pour Georges Casalis, « les thèses de Pomeyrol diffusées par de nombreux pasteurs et étudiants “post-fédératifs” ont contribué à structurer une mentalité confessante – c’est-à-dire le témoignage de l'Église prête “à payer le prix de la grâce” – au sein du protestantisme français »..

Prises de position des Églises protestantes Du côté de l'institution ecclésiale, le pasteur Marc Boegner, qui préside de la Fédération protestante de France, multiplie les déplacements et les interventions auprès du gouvernement de Vichy en faveur des personnes déplacées ou regroupées dans les camps d'internement et ensuite en faveur des Juifs. Il intervient ainsi auprès de Pierre Laval, mais en vain, pour lui demander de renoncer à inclure les enfants juifs de moins de seize ans dans les convois de déportation. Le , il adresse une lettre aux huit présidents de région de l'Église réformée de France de la zone Sud pour rappeler notamment que et que Le , il écrit deux lettres au nom du conseil national de l'Église réformée de France qu’il préside, l’une à l’amiral Darlan, vice-président du Conseil, l’autre au grand-rabbin de France Isaïe Schwartz, dans laquelle il déplore la mise en place d’une législation raciste. Première manifestation publique de solidarité des chrétiens français envers les Juifs, cette lettre connaît un retentissement extraordinaire, notamment grâce au journal collaborationniste Au Pilori qui a cru bon de la publier sous le titre « Une lettre inadmissible du chef des protestants de France » . À partir de , il prend contact avec le cardinal Gerlier, archevêque de Lyon, afin que ce dernier aborde la question raciale avec le maréchal Pétain. Ému de ces protestations conjointes des Églises chrétiennes, le Maréchal demande davantage de modération au secrétaire d’État aux questions juives, ce qui n'empêche pas la situation des Juifs d'empirer dès , mettant en évidence la totale impuissance du maréchal Pétain . Le , après de nouvelles mesures antijuives en zone occupée et la rafle du Vel d'Hiv, Marc Boegner écrit une lettre au maréchal Pétain. Cette lettre connaît à nouveau une très large diffusion, cette fois grâce à la presse et à la radio internationales. Elle présente un caractère tout nouveau par rapport à ses précédentes interventions, en ce sens qu’elle porte sur les opérations de livraison à l’Allemagne de Juifs étrangers, déjà internés dans les camps. Simultanément Marc Boegner obtient du cardinal Gerlier une lettre de protestation auprès du maréchal Pétain sur les mêmes questions. La plupart des pasteurs répercutent les écrits du Président de la Fédération protestante de France, mais font aussi leur propre prédication. L'historien Patrick Cabanel a publié neuf de ces sermons marquants, et il note que les résistants Berty Albrecht et Henri Frenay assistaient aux cultes de Roland de Pury à Lyon dont ils écrivent :

Attitudes des populations protestantes Minorité jadis persécutée par le pouvoir royal, les protestants français ont été particulièrement nombreux à manifester de l'empathie envers les nouveaux proscrits.

Il est frappant de constater que la liste des localités remarquables par leur engagement contre la persécution des juifs qui a pu être établie ici ou là regroupe quasi exclusivement des localités à forte minorité (voire à majorité) protestante; par exemple le Premier ministre Dominique de Villepin cite dans son discours du lors de la cérémonie d'inauguration du Mur des Justes au Mémorial de la Shoah à Paris, les communes du Chambon-sur-Lignon, Dieulefit, Alès, Florac, Saint-Léger, Vabre, Lacaune"Aujourd'hui nous pensons aussi à tous ces villages, le Chambon-sur-Lignon bien sûr auquel le président Jacques Chirac a rendu hommage, mais aussi Dieulefit, Alès, Florac, Saint-Léger, Vabre, Lacaune, tous ces villages où s'organisa une véritable solidarité collective et qui offrirent refuge à tant de familles et d'enfants persécutés." Extrait du discours prononcé par le Premier ministre Dominique De Villepin, le lors de la cérémonie de présentation du Mur des Justes au Mémorial de la Shoah à Paris, cité sur le site français du Mémorial Yad Vashem, consulté le . Seul le village de Saint-Léger, dans les Alpes-Maritimes, n'a pas d'identité protestante marquée.

thumb|Plaque commémorative du sauvetage des juifs au Chambon sur Lignon

Parmi ces villages qui sont venus collectivement au secours des persécutés, le Chambon-sur-Lignon et sa région, dans la Haute-Loire, ont été exceptionnellement reconnus collectivement comme « Juste parmi les nations ». par l'Institut Yad Vashem de Jérusalem, qui a décerné en , un « diplôme d’Honneur » aux habitants du Chambon-sur-Lignon et des communes voisines. À la suite d'André et Magda Trocmé, ménage pastoral qui anime à la fois la paroisse réformée et le Collège Cévenol du Chambon-sur-Lignon, nommés « Juste parmi les nations » par l'Institut Yad Vashem de Jérusalem le ., 46 autres habitants de la commune l'ont été dans la seule commune du Chambon (sans compter les villages avoisinants)Comptage sur le site français du Mémorial Yad Vashem, consulté le .! Seul le village néerlandais de Nieuwlande a reçu la même distinction. Citons également le village de Vebron, près de Florac, où la population des réfugiés a atteint 25 % de la population totale, et la petite ville de Dieulefit dans la Drôme, qui fut à peu près dans la même situationPhilippe Joutard, Histoires et mémoires, conflits et alliances, Éditions La Découverte, Paris 2013, 342 pages, ..

Résistance dans les milieux catholiques

Situation générale des catholiques en France