La « baisse tendancielle du taux de profit » (BTTP) est une théorie en économie et économie politique, dont la plus célèbre exposition vient du chapitre 13 du Capital, Volume III de Karl Marx Il est également désigné par Marx comme la « loi » de la tendance à la baisse du taux de profit "(LTRPF). Comme expliqué dans l'article, il existe des différends sur l'existence ou non d'une telle loi. Parmi les autres termes utilisés, on peut citer « la baisse du taux de profit », la « tendance à la baisse du taux de profit », la « baisse du taux de profit » et la « baisse tendancielle du taux de profit ». Le taux de profit moyen sur le capital de production est généralement écrit comme r = S / (C + V). . Des économistes aussi divers que Adam SmithAdam Smith « La richesse des nations », chapitre 9. Voir aussi [Philip Mirowski], "Adam Smith, Empiricism, and the Rate of Profit in Eighteenth-Century England." History of Political Economy, Vol. 14, No. 2, Summer 1982, pp. 178-198., John Stuart MillJohn Stuart Mill, Principles of Political Economy (1848), Book 4, chapter 4. Bela A. Balassa, "Karl Marx and John Stuart Mill." Weltwirtschaftliches Archiv, Bd. 83 (1959), pp. 147-165., David RicardoDavid Ricardo, Principles of Political Economy and Taxation, chapter 6. Maurice Dobb, "The Sraffa system and critique of the neoclassical theory of distribution." In : E.K. Hunt & Jesse G. Schwartz, A Critique of Economic Theory. Penguin, 1972, p. 211-213. et Stanley JevonsW. Stanley Jevons (1871), The Theory of Political Economy. Harmondsworth, Penguin Books, 1970, pp. 243-244. désignaient explicitement la BTTP comme un phénomène empirique qui devait être expliqué, mais ils divergeaient quant aux raisons pour lesquelles la BTTP pouvait nécessairement se produireTony Aspromourgos, "Profits", in: James D. Wright (ed.), International Encyclopedia of the Social & Behavioural Sciences. Amsterdam: Elsevier, 2015, 2nd edition, Vol. 19, pp. 111-116..
Rappels sur les crises et le capitalisme Marx a repris et travaillé le concept de classe sociale pour décrire les inégalités empiriques qui s'accroissaient au et se sont accrues depuis. Il constate, notamment dans Les luttes de classe en France, que dans toute société se trouve un nombre important de classes différentes. Mais le mode de production capitaliste tend à structurer la société autour de deux classes antagonistes que sont la bourgeoisie et le prolétariat. Or selon Marx dans le développement historique du mode de production capitaliste, qui n'est pas une organisation économique figée mais en constante transformation, la relation entre ces deux classes se caractérise par un rapport de force social, la lutte des classes, car la bourgeoisie est propriétaire du capital alors que le prolétariat est uniquement détenteur de sa force de travail. Les bourgeois pour exister (individuellement) ne peuvent faire autrement que chercher à maximiser leurs profits. Selon les marxistes le capitalisme est donc traversé par des contradictions économiques et sociales qui mettent sa viabilité en cause.
La baisse tendancielle du taux de profit Définition
La concurrence entre les capitalistes les pousse à innover et donc à augmenter leur productivité (quantité de valeur d’usage/temps de travail), remplaçant les travailleurs par des moyens de production et augmentant la composition organique du capital. Cela a pour effet de diminuer la valeur qui ne peut être produite que grâce à la force de travail d'un être humain.
Le taux de profit
Le taux de profit est le thermomètre de la santé économique du capitalisme. Il permet d'observer le ratio investissement de départ sur la plus-value finale.
où Pl est la plus-value (dans le sens où c'est la valeur accaparée par le capitaliste, sans tenir compte des dépenses de celui-ci), C le capital constant avancé (les moyens de production), V le capital variable avancé (c'est-à-dire le salaire).
La seconde formule permet d'isoler C/V qui représente la composition organique du capital (le ratio investissements salaires sur investissements capital comme des machines). De même elle isole Pl/V qui représente le taux d'exploitation (e). L'augmentation du taux d'exploitation sera interprétée comme une baisse du salaires vis-à-vis de la plus-value accaparée.
En sachant que :
où Vmp est la valeur des marchandises produites et Va la valeur ajoutée (créée par les travailleurs).
Une variante de la formule du taux de profit est celle qui fait apparaître le capital fixe (qui est la partie du capital constant qui transmet une partie de sa valeur à la marchandise : bâtiment, machine...)
On rapporte le montant total des profits au capital fixe, l’évolution du ratio profit/VA évolue plus ou moins comme le taux d’exploitation et le ratio VA/capital évolue comme l’inverse de la composition organique du capital. On note qu'ici, c'est le profit et non le taux de profit qui est utilisé dans la formule; le profit représentant les gains "brut" effectués par les capitalistes.
Toutefois, toutes ces formulations ne nous exonèrent pas de s'interroger plus précisément sur « qui est concerné par ce taux ? » afin d'essayer de voir de quoi il peut être annonciateur.
Le taux de profit de qui ?
Il faut donc s'interroger sur qui paie vraiment de sa poche le capital « C » et le capital « V » de la formule. En considérant à son époque la relation "capitaliste (qui détient les moyens de production)-ouvriers (qui n'a que sa force de travail)"Dans le livre 1 du capital, le « capitaliste » apparaît 886 fois et l'« ouvrier » 763 fois. Marx écrit dans tous ses ouvrages économiques (ex : Le Capital, Travail salarié et Capital) que c'est le capitaliste qui y va de sa poche. De nos jours, on considère le plus souvent la relation capitaliste-entreprise (avec son collectif de travail) et la question alors se pose : « qui paye “C” et “V” de sa poche ? Le capitaliste ou l'entreprise ? ».
En effet, dans tous ses ouvrages économiques (ex : Travail salarié et Capital, Le Capital), Marx fusionne financièrement le capitaliste et « son » entreprise : concrètement, le capitaliste semble le propriétaire du compte en banque qu'il affecte à l'entreprise, compte utilisé pour tout payer et alimenté en permanence « avec une partie de sa fortune actuelle, de son capital ». Bref, le capitaliste achète à peu près tout de sa poche : salaires (la force de travail du tisserand), matière première (le fil), et surtout les moyens de production (le métier à tisser).
Toutefois, depuis les années 1860Rappel : Travail salarié et Capital a été édité en 1849 et Le Capital à partir de septembre 1867, deux fondements juridiques conduisent à briser cette fusion pour bien distinguer qui paye quoi entre le capitaliste et l'entreprise dont la société n'est que le « support juridiqueVoir Jean-Philippe Robé, L’entreprise et le droit, Puf, , .) au cours du séminaire « l’entreprise oubliée par le droit » du01/01/2001 de Vie des Affaires organisé « grâce aux parrains de l’École de Paris » », chacun, capitaliste et entreprise, ayant son compte en banque. Ces deux fondements sont : la « responsabilité limitéeen France, lois du 23 mai 1863 puis du 24 juillet 1867 ; en Angleterre lois de 1856 à 1862 » (bien utile si l'entreprise doit emprunter pour acheter des machines sans faire prendre de risque au capitaliste) et la non réalité juridique de l'entreprise (elle ne peut donc être propriétaire de ce qu'elle achète : seul le capitaliste qui détient les actions l'est, même s'il ne met plus un sou dans l'entreprise pour acheter de nouvelles machines).
Au départ, le capitaliste verse sa mise (le capital social) sur le compte de l'entreprise. Certes, dans un premier temps, l'entreprise paye les premiers moyens de production (ex : locaux loués), les premiers salaires et un peu de matière première, grâce à la mise versée sur son compte d'entreprise. Ensuite, c'est bien entendu l'entreprise, son collectif de travail, qui se paye ses salaires (dont ceux du personnel entretenant et réparant les moyens de production), sa matière première, ses machines supplémentaires, les charges et taxes diverses et bien sûr des dividendes au capitaliste, et même le rachat d'une partie des actions du capitaliste. Tous ces paiements sont possibles grâce au produit des ventes et grâce aux emprunts contractés directement par l'entrepriseEn 2016, investissement par émission d'actions : 22 M€ ; par emprunt des entreprises : 297 M€ (source : LaTribune et Insee) et remboursés par elle. Tout cela sans que le capitaliste n'y rajoute un sou de sa fortune actuelle.
Bien qu'il n'ait pas rajouté un sou, le capitaliste est de fait propriétaire de toutes les machines supplémentaires, en plus des premières entretenues en bon état de marche (sinon, que valent elles ?).
Certes, le capitaliste peut parfois augmenter sa mise (lors d'une émission d'actions) mais si ça marche bien avec cette entreprise, il préfère miser sa fortune actuelle dans une autre.
Les deux fondements juridiques cités permettent la mise en œuvre de toutes sortes de procédés minimisant la mise du capitaliste pour l'acquisition de moyens de production (effet de levier), mais également pour l'acquisition d'autres entreprises (achat à effet de levier) et enfin lui permettent même de récupérer une partie de sa mise (achat d'actions) sans perte d'aucune de ses prérogatives et quitte à ce que l'entreprise s'endette pour cela.
Effet d'une baisse du taux de profit
Les effets à terme de la baisse du taux de profit sont la baisse de la valeur unitaire des moyens de production et l'augmentation du taux d’exploitation.
Baisse tendancielle du taux de profit et déclenchement des crises
Il semble y avoir relation de cause à effet entre les crises (l’interruption du processus de production) et la chute du taux de profit. L’explication la plus simple est que le taux de profit étant trop bas, les capitalistes cessent d’investir dans l’économie « réelle ».
Mais, si, selon les marxistes, cette loi est vraie au niveau global, au niveau d'une branche, un capitaliste plus productif peut augmenter son taux de profit en accaparant de la plus-value dans les entreprises (de la même branche) où la productivité est basse. Cela explique pourquoi la dynamique du capitalisme mène à des crises récurrentes même si la baisse du taux de profit n'est pas continue et uniforme.
Par ailleurs, il ne s'agit pas d'une explication de type mécaniste dans laquelle la loi abstraite conduit à l'effondrement du capitalisme. Marx inscrit ce mécanisme économique dans l'historicité propre aux sociétés humaines. La loi exprime la contradiction fondamentale du mode de production capitaliste, entre le développement des forces productives et les rapports de production capitalistes (entre la valeur d’usage et la valeur, ou plus simplement entre la satisfaction des besoins humains et la logique capitaliste).
Interprétation de la baisse tendancielle du taux de profit comme loi économique Selon les marxistes et leur approche économique, la loi peut avoir une autre interprétation.
Les approches dites "multicausales" estiment que la baisse tendancielle du taux de profit est une cause prépondérante au déclenchement des crises mais que la baisse n'est ni globale ni le seul facteur. En effet, de nombreux autres facteurs viennent atténuer la baisse ou aggraver la crise. De plus, la croissance démographique et l'amélioration technologique des moyens de production (en plus de l'augmentation de l'armée de réserve du capital) en font le déclencheur de crises localisées et non pas une baisse historique.
D'autres marxistes plus "orthodoxes" estiment qu'il y a effectivement une baisse globale du taux de profit historiquement et qu'elle ne s'observe que sur le temps très long (deux siècles ne sont pas suffisants pour la constater).