Minerve chassant les Vices du jardin de la Vertu ou Triomphe des Vertus est un tableau peint entre 1499 et 1502 par le peintre et graveur italien Andrea Mantegna. Il s’agit d’une allégorie éthique et philosophique montrant la victoire de la Sagesse et de la Raison sur les différents Vices, permettant le retour de la vertu morale.

Le tableau est conservé aujourd'hui au Musée du Louvre, à Paris.

Histoire

Ce tableau est une tempera sur toile de destiné au studiolo (cabinet de curiosités) de la marquise Isabelle d'Este, situé initialement au Château Saint-Georges à Mantoue. Il est l'un des deux réalisés par Mantegna (l'autre étant Le Parnasse) sur les cinq du cycle commandé par la marquise..

Les textes du poète Paride da Ceresara servirent à en définir les contenus allégoriques.

Acheté par le cardinal de Richelieu, le tableau fut transféré dans ses collections au château de Richelieu en Touraine où il demeura jusqu'à la Révolution. Il fut alors saisi, en 1793, pour être transféré au musée du Louvre en 1801.

Thème

Il s'agit d'un thème allégorique (les Vices et les Vertus) placé dans un cadre de représentation mythologique (Minerve, Daphné, Amour, Vénus, Diane).

Des indications écrites sur des parchemins, dans le tableau, permettent de comprendre les situations décrites.

Composition

Dans un espace délimité par des massifs et des arcades de buis, Minerve (ou Pallas Athéna.) apparaît sur la gauche. Elle représente une des Vertus avec Diane et la Chasteté. Armée d'une lance et d'un bouclier, elle chasse les Vices représentés par de multiples personnages qui ont envahi le jardin des Vertus.

Trois autres Vertus, Force, Tempérance et Justice, sont présentes dans un des nuages. La Force, reconnaissable à sa colonne et à son bâton (des attributs d'Hercule), adresse un regard amical à Minerve, comme pour l'encourager, tandis que les autres Vertus regardent vers le ciel, comme pour inciter les autres Dieux à s'engager à ses côtés.

Des visages de profil apparaissent également dans un des nuages.

Les Vices, eux, sont présentés par groupe. Parmi eux se trouvent Avarice, Ingratitude, Ignorance, Haine immortelle, le mal, le pire, le mal extrême, Oisiveté, Inertie ou encore la Vénus sensuelle. Cette dernière est présentée dans le simple appareil, debout sur un Centaure. En bas à gauche du marécage se trouvent Oisiveté, représentée sans bras et Inertie. À droite du marécage, Avarice et Ingratitude portent Ignorance à bout de bras. Tous semblent remplis d'effroi à l'arrivée de Minerve.

Un mur à droite les oblige à passer par le lac du premier plan. Une roche escarpée et flamboyante se dresse dans le fond à gauche.

Analyse

Plusieurs groupes se distinguent dans cette fuite de gauche à droite : ainsi les semences du mal et du mal extrême sont-elles transportées dans des sacs sur les épaules de la Haine immortelle en personnage simiesque au centre dans l'eau d'un lac.

À gauche l'Oisiveté ou la paresse (représentée sans bras) est attachée et tirée par l'Inertie, à droite l'Avarice et l'Ingratitude portent l'Ignorance couronnée, la Vénus sensuelle est debout sur le dos d'un Centaure...

Sur le bord gauche du tableau, Daphné se transforme en arbre (transformée en laurier-rose pour échapper à Apollon dans la mythologie).

Les trois autres Vertus présentes dans un des nuages, portent leurs attributs : la Force avec sa massue, sa colonne et sa peau de lion d'Hercule, la Tempérance qui verse du vin, et la Justice, avec son glaive et sa balance.

Le triomphe de la vertu psychomachie est une œuvre d’Andrea Mantegna, peint en 1502. La technique est la détrempe sur toile. L’œuvre fait 160 sur 192 cm. Elle est actuellement au musée du Louvre. Mantegna est un artiste italien né en 1431 à Carturo dans le duché de Venise et mort en 1506. Il vient d’une famille modeste de charpentier. Enfant il est adopté par le peintre Francesco Squarcione puis il se fait remarquer par le sculpteur Donatello qui l’adopte à son tour. À l’âge de il commence à recevoir ses premières commandes. En 1490 Isabelle d’este le fait venir à Mantoue pour travailler sur les œuvres de son studiolo. Ce tableau est commandé par la duchesse Isabelle d’Este pour décorer son studiolo. La duchesse d’Este est née en 1474 et morte en 1536. Elle est repérée très jeune pour son intelligence et sa beauté. En effet, à l’âge de elle est mariée à François de Gonzague. À son arrivée à Mantoue elle commence à meubler ses parties privées qui sont constituées du studiolo, une pièce privée destinée à l’étude des beaux-arts et à la philosophie. Les parties privées contiennent aussi la grotta, où est installée son importante collection d’objets d’art. Le tableau le triomphe de la vertu est placé à l’intérieur du studiolo. Dans cette pièce on peut trouver un grand nombre d’auteurs romains et grecs classiques. Comme Cicéron, Catulle, Plutarque. On trouve aussi des romans chevaleresques, les œuvres de Dante. De plus ce studiolo est complètement inscrit dans son temps, en effet on peut trouver des œuvres contemporaines humanistes. C’est un lieu de culture inscrit dans son époque. Isabelle d’Este prévoit tous les thèmes et compositions des œuvres de cette pièce. En outre elle décide d’articuler le studiolo autour du thème du combat entre l’amour terrestre et l’amour céleste. La duchesse par sa forte personnalité repousse les artistes et a du mal à les faire venir. (Leonard de Vinci ne vient pas, Bellini se fait porter malade). Elle commande à Mantegna deux tableaux le premier est le Parnasse et le second est le Triomphe de la vertu. Les deux tableaux doivent servir d’étalon (exemple) pour les prochains tableaux (Pérugin fait un tableau en 1506, Le Combat de la chasteté contre la volupté. Mais aussi en 1506 Lorenzo Costa fait un couronnement et l’histoire du cosmos).

On peut se demander comment Mantegna traite le thème du studiolo imposé par Isabelle d’Este.

Dans un premier temps, nous verrons la description précise d’une œuvre complexe. Dans un second temps, nous pourrons déboucher sur une œuvre humaniste. Pour arriver dans un troisième et dernier temps sur le Parnasse et Le Triomphe de la vertu.

Ce tableau a une composition complexe, en effet, on remarque deux grandes parties au premier plan. On peut observer les figures sur la terre et celles présentes dans le marécage. Minerve est présente à gauche dans la partie terrestre. Elle est dans une position d’élan guerrier. Elle sort de grandes arcades de haies. On peut déjà remarquer une oblique qui appuie ce mouvement et le renforce. Le regard de la déesse est lancé vers le ciel où l’on peut apercevoir dans une niche de nuages (ou cocon) les trois vertus cardinales. La Justice avec ses attributs, le glaive et la balance. Mais aussi, on peut trouver la Tempérance aux deux vases, puis pour finir, on remarque le Courage aux attributs d’Hercule. C’est-à-dire, la masse et la peau du Lion de Némée. On peut dès à présent remarquer que la mère vertu (Patience) est absente de la composition. Sa seule présence est évoquée par la banderole (qui rappelle l’un des attributs qui est le serpent). Sur cette banderole « ET MIHI VIRTUTUM MATRI SUCCURRITE DIVI », « Divinités, sauvez-moi aussi, moi, la mère des Vertus. » On peut donc supposer que la mère vertu est prisonnière.

On remarque des éléments vertueux, c’est-à-dire qui aident à la glorification de la déesse. Par ailleurs, on distingue deux groupes d’amours aux ailes de papillon et aux visages anthropomorphes. D’une part, au premier plan, on observe un groupe d’amours qui chassent grâce à leur arc la famille de Satyres. D’une autre part, au second plan, on voit un autre groupe d’amours. Ils possèdent des visages particuliers, en effet, on remarque des visages de chouette, qui rappellent la déesse Minerve. Ces petits amours permettent d’aiguiller l’élan de Minerve et montrer sa force. On peut mettre en évidence la présence d’un amour particulièrement atypique à la tête d’homme plus âgée et aux oreilles pointues. Cette figure peut faire référence à la marque de Satyre dans le théâtre antique.

On remarque la présence d’un olivier ou d’un laurier-rose anthropomorphe. Selon les informations que l’on comprend, l’arbre peut représenter soit l’olivier soit le laurier (cela sera expliqué dans la deuxième partie). Ici prenons l’olivier. Il est le symbole de Minerve et donc vient l’appuyer. Le visage de cet arbre est particulièrement expressif. Il semble surpris, on peut retrouver une forme d’horreur face aux vices. De surcroit, on peut voir un phylactère qui s’enroule tout autour de cet arbre, il est écrit en latin, grec et hébreu. “« AGITE PELLITE SEDIBUS NOSTRIS FOEDA HAEC VICIORVM MONSTRA VIRTUTUM COELITVS AD NOS REDEUNTUM DIVAE COMITES », « Venez divines compagnes des Vertus qui, depuis le ciel, revenez vers nous, et chassez de nos demeures ces monstres repoussants [que sont] les Vices. » Par ces mots, on voit très clairement que l’olivier soutient Minerve et permet d’appuyer cet élan. Devant Minerve, on peut observer deux figures féminines. La première vêtue de bleu porte un arc dans sa main gauche. La deuxième femme en gris porte une torche. On peut voir dans ces figures la représentation de Diane, la déesse de la chasse et la chasteté. Elles viennent appuyer et mettre en valeur Minerve. La figure de Minerve est représentée dans un élan, qui est renforcé par l’oblique des haies, mais aussi par la montagne flamboyante qui rappelle les montagnes du nord de l’Italie, les Dolomites. On remarque un élément assez perturbant. Une ligne plus sombre coupe cette montagne en deux. On peut attribuer cela à une retouche faite ultérieurement. Nous n’avons trouvé aucune information sur l’auteur de la modification. On peut se demander si c’est Mantegna ou une autre personne. On remarque que la lance de la déesse est brisée. Il ne faut pas lier cela à une défaite, mais plus à une victoire et la preuve que le combat est fini et a eu lieu auparavant. Par sa force morale, elle parvient à vaincre les vices. La pointe de la lance brisée sur le sol montre une écriture gravée dans le sol « OTIA SI TOLLAS PERERE CUPIDINIS ARCUS », « Si tu supprimes l'Oisiveté, c'en est fait des arcs de Cupidon. » c’est une indication très claire aux vices, et aux flèches de Cupidon qui emprisonnent les Hommes dans leurs désirs. La glorification de Minerve ne passe pas que par les éléments vertueux mais aussi par les vices, par contraste.