Amílcar Cabral ( – ), également connu sous le pseudonyme Abel Djassi, est un homme politique marxiste-léniniste et panafricain de Guinée-Bissau et des Îles du Cap-Vert.
Il est le fondateur du Parti africain pour l'indépendance de la Guinée et du Cap-Vert, PAIGC (), qui permettra l'indépendance de ces deux pays colonisés par le Portugal.
Biographie
Jeunesse Amílcar Lopes da Costa Cabral est né en 1924 à Bafatá, en Guinée portugaise (actuelle Guinée-Bissau) d’un père capverdien et d’une mère capverdienne tous deux originaires de l'île de SantiagoNotice.
Il est issu de la petite bourgeoisie de couleur (comme beaucoup de dirigeants nationalistes de son époque). Son père, Juvenal Cabral est instituteur.
Sa mère, Iva Pinhel Évora, d’abord domestique, tient par la suite un petit commerce, « une des plus importantes aspirations pour les Africains de l’époque »..
Études au Portugal Alors que des famines successives provoquent entre 1941 et 1948 au Cap-Vert, il choisit de s'orienter vers l'agronomie et part étudier à Lisbonne où il demeure jusqu'en .
Il y côtoie des militants de la libération des colonies africaines de l'empire colonial portugais. Certains de ces militants deviendront des meneurs de la lutte indépendantiste en Afrique lusophone, occidentale et australe, tels Mário Pinto de Andrade, Agostinho Neto, Viriato da Cruz, qui deviendra le Premier secrétaire du Mouvement populaire de libération de l'Angola (MPLA), Eduardo Mondlane (fondateur du Front de libération du Mozambique), Marcelino dos Santos et Vasco Cabral. Ils créent ensemble clandestinement le pour promouvoir la culture des peuples noirs colonisés et obtiennent par l’intermédiaire du Parti communiste portugais (également clandestin) des ouvrages jugés « subversifs », anticolonialistes ou révolutionnaires, censurés par le régime de Salazar.
Cabral décide de renoncer à un poste de chercheur à la station agronomique de Lisbonne (Portugal) pour un emploi d’ingénieur de deuxième classe en Guinée.
Travail d'agronome en Guinée-Bissau De retour en Guinée-Bissau (un choix de vie autant qu’un acte politique pour Cabral) comme agronome, il est chargé du recensement agricole et parcourt pour ce faire la Guinée pendant deux ans.
En 1954, il tente d'organiser sous couvert d'activités culturelles et sportives une organisation politique nationaliste à Bissau. La découverte de cette association par les autorités coloniales mène à l’interdiction de celle-ci mais également l’expulsion de Cabral du pays.
Pendant les quatre années suivantes, de 1954 à 1958, il travaille pour différentes entreprises agricoles, ce qui lui permet d'effectuer de longues missions en Angola. Il porte un intérêt particulier au concept de la négritude tout en cherchant à dépasser les clivages ethniques entre les peuples d'Afrique. Il développe, à côté de cela, sa propre analyse du marxisme afin de l'adapter aux conditions africaines.
Fondation du PAIGC et lutte pour l'indépendance En 1956, étant autorisé à revenir en Guinée une fois par an, il fonde le PAIGC (Parti africain pour l'indépendance de la Guinée et des iles du Cap-vert) avec les personnes suivantes : Luís Cabral, son demi-frère (futur président de la République de Guinée-Bissau), Aristides Pereira (futur président de la République du Cap-Vert), Abílio Duarte (futur ministre et président de l’Assemblée nationale du Cap-Vert), et Elisée Turpin. Cette organisation est clandestine et Cabral en est désigné secrétaire général.
En 1961, il est présent au Caire lors de la troisième Conférence des peuples africains où il insiste, reprenant la formule de Lénine, sur la nécessité de « l'analyse concrète de chaque situation concrète » pour repousser le colonialisme, soit s'adapter aux réalités de chaque pays plutôt que de chercher à reproduire identiquement une lutte anticoloniale menée dans un autre pays. Il effectue dans les mois et années qui suivent une analyse détaillée des « divisions et contradictions » des sociétés guinéenne et cap-verdienne, de façon à comprendre quels groupes sociaux sont les plus à même de soutenir la lutte contre le colonialisme.
Après avoir cherché sans succès une issue pacifique au statut colonial de la Guinée et des îles du Cap-vert, le PAIGC s'oriente en 1963 vers la lutte armée et se bat contre l'armée portugaise sur plusieurs fronts à partir des pays voisins, la Guinée Conakry et la Casamance, province du Sénégal. Il parvient peu à peu à gagner du terrain, contrôlant 50 % du territoire en 1966 et 70 % à partir de 1968 et met en place de nouvelles structures politico-administratives dans ces régions. Pour Cabral, ces régions doivent être des lieux de transformation sociale sans attendre l'indépendance : « La dynamique de la lutte exige la pratique de la démocratie, de la critique et de l'autocritique, la participation croissante de la population à la gestion de leur vie, l'alphabétisation, la création d'écoles et de services sanitaires, la formation de cadres issus des milieux paysans et ouvriers, et bien d'autres réalisations qui impliquent une véritable marche forcée de la société sur la route du progrès culturel. Cela montre que la lutte de libération n'est pas qu'un fait culturel, elle est aussi un facteur culturel ».
Parallèlement, il déploie une activité diplomatique très intense pour faire connaître son mouvement et en légitimer l’action auprès de la communauté internationale. En 1970, il est reçu avec une délégation du PAIGC en audience par le pape Paul VI afin d'obtenir son soutien à la révolution. En 1972, les Nations unies finissent par considérer le PAIGC comme « véritable et légitime représentant des peuples de la Guinée et du Cap-Vert ».
Assassinat Amílcar Cabral est assassiné le à Conakry par des membres de la branche militaire du parti en relation avec la police politique portugaise, quelques mois seulement avant l’indépendance de la Guinée-BissauTigrane Yégavian, « Guinée-Bissau : un narco-État ? », Conflits, , janv.-mars 2017, .
Amilcar Cabral ne verra donc jamais la reconnaissance de l’indépendance de la Guinée-Bissau et du Cap-Vert par le Portugal, le , cause pour laquelle il a combattu pendant plus de vingt ans.
Postérité Une compétition de football, la Coupe Amílcar Cabral, porte son nom.
Plusieurs établissements scolaires portent également son nom : l'école primaire Amílcar-Cabral à la Minière, dans la commune de Dixinn (Conakry, Guinée) le collège CEMT Amilcar Cabral de Ziguinchor au Sénégal le lycée Cabral de Ségou au Mali le lycée technique Amílcar-Cabral à Ouagadougou au Burkina Faso le lycée agricole Amílcar-Cabral (LAAC) à Brazzaville au Congo le lycée Amílcar-Cabral (LACM) à Mamou en Guinée le lycée Amílcar-Cabral (LACM) à Macenta en Guinée le lycée (cycle secondaire) Amilcar Cabral (à Assomada, au Cap-Vert)
Un aéroport à Sal au Cap-Vert porte son nom, l'aéroport international Amílcar-Cabral ().
Plusieurs voies portent son nom : un boulevard à Fort-de-France en Martinique, l’Avenida Amílcar Cabral à Praia, une rue à Kaolack au Sénégal, un boulevard à Alger en Algérie, une avenue à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), en France et une place Amilcar-Cabral à Fameck, une ville de Moselle (Lorraine).
Un quartier : Bairro Amilcar Cabral (B.A.C.) à Sines, au Portugal.
Une bibliothèque communale sur l'Asie, Afrique et Amérique latine à Bologne en Italie depuis 1974, porte son nom.
Citation
La petite bourgeoisie révolutionnaire doit être capable de se suicider comme classe pour ressusciter comme travailleur révolutionnaire, entièrement identifiée avec les aspirations les plus profondes du peuple auquel elle appartient. Cette alternative – trahir la révolution ou se suicider comme classe – constitue le choix de la petite bourgeoisie dans le cadre général de la libération nationale Notes et références
Voir aussi
Archives d'Amílcar Cabral Les archives numérisées d'Amílcar Cabral (en particulier sa correspondance) en tant que secrétaire général du Partido Africano para a Independência da Guiné e Cabo Verde (PAIGC) sont accessibles sur la plateforme Casa Comum. Les archives papier sont conservées à la Fondation Mário Soares e Maria Barroso.
Bibliographie Mario de Andrade, Amilcar Cabral : essai de biographie politique, F. Maspero, Paris, 1980, 169 p. Pour Cabral. Symposium international Amilcar Cabral, Praia, Cap-Vert, 17- (organisé par le Parti africain pour l'indépendance du Cap-Vert, PAICV), Présence africaine, Paris, Dakar, 1987, 486 p. Patrick Chabal, Amilcar Cabral : revolutionary leadership and people's war, C. Hurst, Londres, 2002, 278 p. José Pedro Castanheira, Qui a fait tuer Amilcar Cabral ? (préface de René Pélissier), L'Harmattan, 2003, 269 p. António Tomás, O fazedor de utopias : uma biografia de Amílcar Cabral, Tinta-da-China, Lisbonne, 2008, 343 p. Carlos Lopes (dir.), Africa's contemporary challenges : the legacy of Amilcar Cabral, Routledge, Londres, 2010, 144 p. Recueil de textes introduit par Carlos Lopes, Amilcar Cabral'', éditions du CETIM, collection "Pensées d'hier pour demain", 2013, 95 pages
Amilcar Cabral, Ne faites pas croire à des victoires faciles, 120p, Éditions Premiers Matins de Novembre, 2021
Liens externes
Biographie d'Amílcar Cabral sur Le Monde diplomatique Quelques textes d'Amilcar Cabral en anglais sur le site Marxists.org
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