La musique islamique est la musique religieuse musulmane, chantée ou jouée en public ou en privé.

Cette musique suscite le débat dans le sunnisme (majoritaire) quant à sa licéité tandis qu'elle est sans opposition acceptée par confréries soufies. Ainsi, les derviches et divers soufis estiment que des paroles religieuses ou mystiques rendent la musique licite.

« Musique islamique », Encyclopédie Larousse (Lire en ligne - Consulté le 18 août 2020). Pourtant, il existe aussi des formes de musiques sunnites, dans lesquelles la parole prime et qui perdent ainsi leur dimension musicale.

Géographie La musique islamique est issue d'une vaste région géographique qui s'étend de l'Asie centrale à l'Atlantique, et ces régions constituent les branches d'une même famille musicale ayant pris naissance dans les foyers culturels du Proche-Orient et du Moyen-OrientBeaucoup de régions culturelles ont quasiment des identités propres, eu égard des origines ethniques et tribales des communautés qui les peuplent : Mongols, Arabes, Grecs, Slaves… en Turquie ; Indiens, Ariens, Turcs, Chinois, Russes, Arabes… en Iran ; Turcs, Persans, Espagnols, Noir africains, Berbères…. D'importantes communautés musulmanes vivent aussi en Afrique sub-saharienne et dans les Philippines méridionales mais ces zones ont moins d'influence sur la musique islamique.

Toutes ces régions étaient reliées par le commerce bien avant les conquêtes islamiques du et il est probable que les styles musicaux aient, tout comme les marchandises, traversé les frontières. Comme l'islam est une religion multiculturelle, l'expression musicale de ses fidèles est différente et variée. Les modèles musicaux indigènes de ces pays ont formé peu à peu une musique dévotionnelle appréciée par les musulmans contemporains.

Musique et sunnisme L'islam sunnite entretient une relation assez complexe avec la musique. Si la musique comme fait religieux est attestée dans la religion musulmane, certains auteurs soulèvent la difficulté de conceptualiser une « musique sacrée. » Dès ses origines et la vie de Mahomet, certaines contradictions semblent exister et plusieurs courants de pensée s'opposent. Cet argumentaire s'est construit au fur et à mesure du développement de l'islam et la question fait toujours débat.

Mais on peut aussi inverser le point de vue, et dire avec Dominique et Janine Sourdel que si la musique est en principe interdite dans l'islam, la société musulmane ne se soumit jamais complètement à un tel interdit, et qu'on assiste au contraire au développement de plusieurs écoles de musique.

Statut de la musique dans l'islam Pour certains musulmans, la musique est interdite par Allah. Ceux qui défendent cette vision s’appuient aussi bien sur le texte du Coran que sur les hadiths. Pourtant, le terme musique ne figure pas dans le Coran, et cette interprétation s'appuie donc sur ce qui est perçu comme une allusion.

Pour le Coran, c'est essentiellement le verset 6 de la sourate 31 qui est interprété comme un interdit de la musique : C'est ainsi que selon Abdullah Ibn Abbas, le mot lahw se réfère à « la chanson » et selon IAbu Bakr Ibn Mujâhid, au « tambour »Ibn Kathir, Tafsir, 21/40. Quant à Al-Hassan al-Basrî, il affirme que « ce verset a été révélé à propos de la musique et des flûtes »Ibn Kathir, Tafsir, 3/451.

Mais d'autres exégètes voient dans ce passage une critique non pas de la musique, mais des religions polythéistes. En outre, certains hadiths semblent aller dans le sens d'une prohibition ; selon un hadith rapporté par l'imam Al Boukhari, Mahomet a dit :

Écoles juridiques sunnites École hanafite Abou Tayeb Al Tabari a dit : « Abû Hanîfa détestait la musique et comptait le fait d'écouter de la musique parmi les péchés »Al Muntaqa Al Nafis Min Talbis Iblis de Ibn Al Jawzi, p. 300.

École malikite D'après Ishaq Ibn 'Issa, j'ai questionné l'imam Mâlik ibn Anas concernant ce que permettait les gens de Médine concernant la musique, il a répondu : « Pour nous ce sont les pervers qui font cela »Al Amr Bil Ma'rouf Wa Nahi 'Anil Mounkar de l'imam Abou Bakr Al Khalal .

École shafi'ite Ibn Jawzi a dit : « L'imam Ash-Shâfi'î a mentionné dans son livre Adab Al Qada que lorsqu'un homme persiste à écouter de la musique, alors son témoignage n'est plus accepté et il n'est alors plus une personne de droiture »Al Muntaqa Al Nafis Min Talbis Iblis de Ibn Al Jawzi, p. 302, voir également Al Oum de l'imam Ash-Shâfi'î, volume 7, p. 518.

École hanbalite Abdallah (828 - 903), le fils de l'imam Ahmad Ibn Hanbal, a dit : « j'ai interrogé mon père concernant la musique, il a dit : "La musique fait pousser l'hypocrisie dans le cœur, cela ne me plaît pas" »Al Amr Bil Ma'rouf Wa Nahi 'Anil Mounkar de l'imam Abou Bakr Al Khalal .

Une idée courante chez les salafistes et dans les courants fondamentalistes Comme on l'a vu ci-dessus, la musique est une forme artistique en principe interdite dans la société musulmane, même si cet interdit n'a jamais été totalement respecté. Toutefois, des courants fondamentalistes comme le salafisme ou le wahhabisme insistent sur cette interdiction, car selon eux la musique peut manipuler l'esprit et empêcher la méditation du Coran.

Ainsi, selon le penseur médiéval Ibn Taymiyya, une des références de ces courants, « la fabrication d’instruments de musique est interditeAl Madjmou’ 22/140. » En outre, pour Ibn Taymiyya, « les instruments de musique tels que les instruments à six cordes doivent être détruits selon la majorité des docteurs en droit islamique. C’est la position de Mâlik ibn Anas et la plus célèbre des deux opinions attribuées à Ahmad »Al Madjmou’ 28/113. Selon al-Albani, « les quatre écoles juridiques sont d’accord sur le caractère illicite de tous les instruments de musique »Extrait de As-Sahiah1/145.

Débat actuel Ces questions font aujourd'hui encore l'objet de débat dans le monde musulman et en dehors, tout particulièrement en raison de la diffusion de la pensée fondamentaliste et ont été diffusées auprès du public par certains scandales, dont la destruction d'instruments par Daech ou les talibans, l'attentat du Bataclan et sa musique nommés « fête de perversité » dans la revendication daechienne ou encore par un prêche mélophobe de Rachid Abou Houdeyfa, l'imam de la mosquée Sunna de Brest. Le développement de ce courant critique participe aujourd'hui à la construction d'une unité collective fondamentaliste.

La musique dans le monde sunnite est donc frappée d'interdits musicaux qui touchent aussi bien la musique religieuse que la musique profane. Ces prescriptions interdisent tout particulièrement, la musique instrumentale qui pourrait être considérée par l'Islam comme un art antireligieux. Pour cette raison et à la différence du soufisme, les instruments ne sont pas utilisés dans le cadre de la musique religieuse sunnite..

Ce débat touche l'ensemble de la musique dont certaines prennent aujourd'hui des dimensions de critère d'appartenance religieuse pour certains musulmans européens ou être utilisée à des fins missionnaires.

Musique autorisée dans certains cas L'histoire prouve un consensus général sur l'autorisation ou la tolérance de la musique non religieuse. Ainsi, dès les débuts de l'histoire de l'islam, la dynastie des abbassides voit se développer un grand mécénat musical. De même, plusieurs auteurs musulmans ont écrit des traités traitant de musique, comme Al-Ghazali ou Avicenne.

Tout au long de l'histoire, on observe une lutte entre deux visions contradictoires. Cette contradiction influencera l'usage musical religieux.

Présence d'exceptions dans les hadiths Les hadiths montrent la présence d'exceptions à l'interdiction musicale. Ces exceptions peuvent être liés à certains joursBoukhari, livre 15, numéro 72 ou à certains instruments. Il est ainsi recommandé aux petites filles d'utiliser un tambourin et de chanter lors des mariages et lors des deux fêtes religieuses (Aïd al-Adha et Aïd el-Fitr), même si cela est entendu par les femmes et les hommes, à condition que les paroles ne contiennent aucun interdit religieux.

Dans un hadith rapporté par Aïcha :

"Le Messager d'Allah entra chez moi, pendant que deux filles chantaient des chansons (sur la bataille de Bu'âth, qui se déroula avant l'arrivée de l'islam). Il s'étendit sur le lit en nous tournant le dos. Sur ces entre-faits, arriva Abû Bakr qui s'écria : "Des chants diaboliques dans la demeure du Messager d'Allah ." Se tournant vers lui, le Messager d'Allah lui dit : "Laisse-les !" Puis, pendant qu'Abû Bakr n'y prenait point garde, je fis un signe aux deux filles qui sortirent." Et dans une autre version, le Messager d'Allah a dit : "O ! Abû Bakr, chaque peuple a ses jours de fêtes, or c'est notre fête aujourd'hui"Sahih Al-Boukhâri , 952, 987, 2907, 3530, 3931. Sahih Muslim . Ahmad 6/134, et Ibn Mâja 1898.

Concernant ce hadith, l'érudit Ibn Hajar a dit : « Et de ce hadith, nous pouvons tirer : La légitimité de gâter les enfants durant les jours de fête et ce, par tout ce qui pourrait les rendre heureux et joyeux, car montrer sa joie (les jours de fêtes) est un symbole religieuxFath al-Bârî 2/344. » Il semble donc que ce soit permis à des situations spécifiques, comme le jour l'Aid.

Musiques religieuses sans statut musical Dans le cadre du sunnisme, la majorité des musulmans exclut de cette interdiction certaines musiques religieuses en raison de la place première du texte dans celle-ci. Ainsi, selon l’imam égyptien Mohamed Hassan, « le chant est une parole tant qu’il n’est pas accompagné d’instruments de divertissement et de musique ». De même, Luis Velasco-Pufleau cite un imam wahhabite : .

Pour eux, ces musiques ne sont pas de la musique au sens occidental du terme mais un mode d'énonciation du mot. Ces formes autorisées sont le chant de l'appel à la prière, la cantillation du Coran et les hamd, nasheeds et na't.

Les formes de la musique sunnite Cantillation du Coran

La récitation du Coran se fait sous forme de cantillation. Pour Michel Brenet, la cantillation est une Michel Brenet, Dictionnaire pratique et historique de la musique, Paris, 1946.. Solange Corbin précise dans l'étude de la cantillation chrétienne qu'elle est . Ces définitions peuvent correspondre à la vision orthodoxe de la cantillation du CoranFrédéric LAGRANGE, "Réflexions sur quelques enregistrements de cantillation coranique en Égypte (de l’ère du disque 78 tours à l’époque moderne)", RTMMAM , 2008..

Il existe deux formes principales : le tartîl (تَرْتيل [tartīl], psalmodie), récitation lente du Coran pour inciter à la réflexion ; le tajwîd (تَجْوِيد [tajwīd], embellissement) est une lecture psalmodiée du Coran.

Si la différence entre les deux a pu être comprise comme différence entre public/privé, il est plus probable qu'elle est essentiellement musicaleNELSON, Kristina, The Art of Reciting the Qur’an, University of Texas Press, ..

Ce chant est effectué par un lecteur (muqri’ ou une muqri’a), professionnels formés à cet exercice et normalement agréé,s en Égypte, par l’université Al-Azhar. Tout l'enjeu de ce chant est la . Il s'agit à l'origine d'un chant improvisé, ce qui permet une élocution au rythme libre. À partir de l'époque abbasside, il sera parfois mesuré et accompagné d'instruments. Certaines cantillations reprenaient même des airs profanes et pouvaient être accompagnés de battement de mains ou de danse. Ce type de cantillation semble avoir disparu à l'époque contemporaine.

Si l'histoire de cette forme musicale est mal connue, les enregistrements du permettent de mieux cerner ses formes, ses transformations et une certaine stabilité au cours de ce siècle. Cette cantillation se caractérise par des formes régionales particulières tendant de nos jours à être remplacée par les formes saoudiennes.