Le texte occidental est une forme du texte grec du Nouveau Testament reconnaissable à un ensemble de leçons caractéristiques, que conservent surtout le Codex Bezae et la vieille version latine. Il se signale par sa liberté à l'égard du texte, faite d'ajouts, d'omissions et de paraphrases, et par son ancienneté, puisqu'il est en usage dès le . Son nom, hérité du , tient à l'origine occidentale qu'on prêtait à ses témoins, mais il a aussi circulé en Égypte et en Orient, dans les Évangiles, les Actes des Apôtres et les épîtres de Paul.

La critique textuelle du Nouveau Testament le compte parmi les grands groupes de témoins, à côté des textes alexandrin, byzantin et césaréen. Son origine reste discutée : la plupart des chercheurs y voient le produit d'une croissance libre de la tradition manuscrite au , d'autres une révision délibérée, d'autres encore, pour les Actes, une première rédaction due à Luc lui-même.

Son statut l'est aussi. LEditio Critica Maior des Actes renonce à y voir un second texte du livre, et plusieurs chercheurs doutent qu'il ait jamais existé un texte occidental unique plutôt que des groupes de variantes. Une école minoritaire, surtout francophone, le tient au contraire pour la forme la plus proche du texte primitif. La notion même de type de texte est discutée : voir Types de texte du Nouveau Testament.

Nom et extension Le texte occidental doit son nom à ses principaux témoins, que l'on croyait d'origine occidentale : le Codex Bezae et d'autres manuscrits gréco-latins, la vieille version latine et les citations des Pères latins. Certaines de ses leçons se retrouvent pourtant dans des versions orientales, notamment la vieille version syriaque, et le nom ne s'emploie plus que comme un nom propre. Il est attesté dès les chez des auteurs comme Marcion, Justin, Irénée et Tertullien. On le trouve dans les Évangiles, les Actes des Apôtres et les épîtres de Paul, alors que les épîtres catholiques et l'Apocalypse ne semblent pas avoir existé sous une forme caractéristiquement occidentale. L'appellation remonte à Johann Salomo Semler (1725-1791), qui répartissait les témoins entre groupes alexandrin, oriental et occidental.

Caractères Pour Hort, le trait dominant du texte occidental est le goût de la paraphrase : des mots, des propositions et parfois des phrases entières y sont changés, omis ou insérés avec une grande liberté, là où le sens pouvait ainsi ressortir avec plus de force. Il y relève aussi une tendance à enrichir le texte d'éléments tirés de la tradition, voire de sources apocryphes, et de nombreux traits de détail, comme la multiplication des pronoms au génitif ou l'ajout de compléments après des verbes employés absolument. S'y ajoute l'assimilation, qui efface les différences de formulation entre passages voisins et, sous sa forme la plus lourde de conséquences, entre passages parallèles des Évangiles.

Cette description reste celle des manuels. Metzger et Ehrman retiennent la paraphrase comme caractère principal, et y voient tantôt une harmonisation, tantôt un enrichissement du récit par des matériaux traditionnels ou apocryphes. Ajouts, omissions, substitutions et « améliorations » donnent au texte des traits nettement secondaires. Les écarts les plus frappants se trouvent dans l'Évangile selon Luc et dans les Actes des Apôtres. Christian-Bernard Amphoux lit autrement certains de ces traits : les répétitions de mots propres aux leçons occidentales relèveraient d'un style oral, destiné à la mémorisation, là où les autres formes de texte obéissent aux exigences de l'écrit.

Le texte occidental n'est pas seulement plus long. En quelques endroits de la fin de Luc et en un endroit de Matthieu, il omet ce que portent les autres témoins. Westcott et Hort y voyaient la forme originale, parce que le texte d'ordinaire le plus prolixe avait ici résisté à l'ajout : ce sont les « non-interpolations occidentales » (Mt 27,49 ; Lc 22,19-20 ; 24,3, 6, 12, 36, 40, 51 et 52).

Tendances théologiques En 1966, Eldon Jay Epp a soutenu que certaines tendances du texte occidental du Codex Bezae s'expliquent par les orientations théologiques de son copiste. Selon son analyse, environ 40 % des leçons propres au codex dans les Actes vont dans le sens d'une hostilité envers le judaïsme, que Metzger et Ehrman attribuent au copiste ou à sa tradition. Ils jugent la démonstration convaincante, tout en notant qu'Epp n'a pas cherché le milieu dans lequel ce travail s'est fait. D'autres tendances ont été relevées depuis : un intérêt accru pour le rôle de l'Esprit saint et pour tel ou tel apôtre, et une réduction de la place des femmes. Pour David Parker, ces changements ne supposent pas un réviseur doté d'un programme théologique, mais un texte en développement, retouché par des lecteurs familiers de l'œuvre de Luc. Amphoux tient pour très discutable le lien établi entre le texte occidental et une tendance favorable ou hostile aux Juifs.

Témoins Les principaux témoins du texte occidental sont le Codex Bezae et les manuscrits de la vieille version latine, qui partagent des ajouts plus ou moins longs et quelques omissions frappantes. Pour les Évangiles s'y ajoutent le Codex Washingtonianus en Marc 1,1-5,30, le Codex Sinaiticus en Jean 1,1-8,38, l'onciale 0171, une partie de la vieille version syriaque, les Pères grecs et latins anciens et le Diatessaron de Tatien. Pour les Actes, ce sont notamment les papyrus 38 et 48, les notes marginales de la version harkléenne, les Pères latins anciens et le commentaire d'Éphrem, conservé en arménien. Pour les épîtres de Paul, ce sont les manuscrits bilingues gréco-latins D, E, F et G, les Pères grecs jusqu'à la fin du , la vieille version latine avec les Pères latins anciens, et les Pères syriaques jusque vers 450.

Le Codex Bezae, bilingue grec et latin des Évangiles et des Actes, a longtemps été tenu pour le meilleur représentant grec du texte occidental. Parker le date des environs de 400 et le situe peut-être à Béryte, l'actuelle Beyrouth. Peter Lorenz soutient que son texte grec de Marc est une révision du faite sur la vieille latine, et non le témoin d'un grec ancien dont la latine aurait été traduite. Pour les épîtres de Paul, le Codex Claromontanus, le Codex Augiensis et le Codex Boernerianus forment un groupe de trois bilingues étroitement apparentés. L'accord du papyrus 38 avec le Codex Bezae, qui avait frappé à sa publication, n'est qu'approximatif, et le minuscule 614, longtemps rangé parmi les alliés du codex, s'est révélé un témoin byzantin.

Ces textes ont circulé en Afrique du Nord, en Italie et en Gaule, mais aussi en Égypte et, sous des formes un peu différentes, en Orient. L'accord de la vieille version syriaque avec la vieille latine porte surtout sur ces leçons, et l'apparat de la version harkléenne conserve des traditions textuelles antérieures au texte byzantin, principalement occidentales, en particulier dans les Actes. La version araméenne christo-palestinienne en conserve aussi un grand nombre. En copte, le codex Glazier, manuscrit du en dialecte moyen-égyptien qui contient Actes 1,1-15,2, a été reçu comme un nouveau témoin du texte occidental. Plusieurs de ses passages correspondent à des leçons longues du Codex Bezae.

Les principaux témoins grecs du texte occidental sont les suivants :

Sigle Manuscrit Date Partie de texte occidental 38 Papyrus 38 vers 300 fragment des Actes (18-19) 48 Papyrus 48 fin du fragment des Actes (23) 0171 Onciale 0171 vers 300 fragments de Matthieu et de Luc א (01) Codex Sinaiticus Jean 1,1-8,38 D (05) Codex Bezae vers 400 Évangiles et Actes W (032) Codex Washingtonianus fin du ou début du Marc 1,1-5,30 D (06) Codex Claromontanus épîtres de Paul F (010) Codex Augiensis épîtres de Paul G (012) Codex Boernerianus épîtres de Paul

Autres sources manuscrites 25, 29 (?), 41, 066, 0177, 36, 88, 181, 255, 257, 338, 383, 440, 913, 915, 917, 1108, 1245, 1518, 1611, 1739, 1836, 1874, 1898, 1912, 2138, 2298..

Datation et origine À partir du milieu du , les manuscrits étaient assez nombreux pour s'influencer les uns les autres : un copiste pouvait comparer deux exemplaires et choisir la forme à copier. Les mêmes changements, harmonisations ou paraphrases, se retrouvaient ainsi d'une copie à l'autre. La plupart des chercheurs voient dans le texte occidental le produit de ces pratiques de copie. Ses témoins ne s'accordent pas avec la cohérence qu'on observe dans d'autres types de texte, et certains ont mis en doute son existence même comme type de texte. On n'y voit donc pas, en général, l'œuvre d'un ou plusieurs réviseurs, mais le résultat d'une croissance désordonnée de la tradition manuscrite au .

Il était utilisé par Marcion, Justin, Héracléon, Irénée et Tertullien, ce qui en fait remonter l'apparition au milieu du ou peu après. Kurt Aland le datait de la seconde moitié du , en se fondant sur les papyrus et les manuscrits. Metzger et Ehrman jugent cette datation contredite par les citations des Pères et par les versions. Pour les Actes, Günther Zuntz tenait qu'un texte réécrit circulait déjà à Édesse vers l'an 100. Barbara Aland a proposé une formation en trois étapes. Au , des copistes introduisent des changements qui vont dans le sens du texte occidental. Dans la première moitié du , un rédacteur révise un manuscrit de ce premier état. Son exemplaire est ensuite recopié avec liberté.

D'autres explications ont été avancées. Westcott et Hort y voyaient une révision délibérée du , et James Hardy Ropes rattachait sa préparation à la formation du premier canon du Nouveau Testament. D'autres y ont vu une retraduction en grec depuis le syriaque ou le latin, peut-être pour aligner le grec d'un manuscrit bilingue sur sa version. Comme les écarts les plus marqués se trouvent en Luc et dans les Actes, plusieurs chercheurs ont enfin supposé que Luc avait lui-même publié deux éditions de ces livres, dont la plus longue serait le texte occidental. Ils ne s'accordent pas sur celle des deux qui serait la première. Tout en tenant la plupart de ses leçons pour secondaires, les chercheurs admettent que le Codex Bezae ou d'autres témoins occidentaux ont pu conserver, en tel ou tel endroit, la leçon la plus ancienne.

Parker, qui a étudié le Codex Bezae en comparant ses colonnes grecque et latine, conclut que son texte des Actes est le produit d'une évolution par étapes, et non d'une révision unique. La latine y témoigne souvent d'un état du grec intermédiaire entre celui du Codex Vaticanus et celui du Codex Bezae. Si l'on renonce à l'hypothèse de deux textes, le Codex Bezae peut, là où les révisions ne l'ont pas altéré, rejoindre les autres manuscrits anciens comme témoin de formes primitives du texte.

Histoire de la recherche Griesbach reprend le classement de Semler et répartit les témoins en trois recensions, alexandrine, occidentale et constantinopolitaine. Il range dans le groupe occidental le Codex Bezae, les versions latines et, en partie, la Peshitta et les versions arabes.

Pour Westcott et Hort, le texte occidental est ancien et largement répandu. Ils en trouvent les témoins dans les bilingues onciaux, surtout le Codex Bezae pour les Évangiles et les Actes et le Codex Claromontanus pour les épîtres, ainsi que dans la vieille version latine et le syriaque curetonien. Ils en font remonter l'origine au plus tard au milieu du , puisque Marcion, Tatien, Justin, Irénée, Hippolyte, Tertullien et Cyprien en utilisent des formes. Ils le tiennent pourtant pour presque entièrement corrompu, sauf aux endroits des « non-interpolations occidentales ». Ils ne tirent d'ailleurs aucun de leurs exemples du livre des Actes. En 1924, Burnett Hillman Streeter isole un quatrième groupe, le texte césaréen, à partir du texte dont Origène se servait à Césarée.