Taksin le Grand (thaï สมเด็จพระเจ้าตากสินมหาราช ) ( – ), est un roi du Siam, qui régna à Thonburi (Ouest de Bangkok) après la destruction du royaume d'Ayutthaya par les Birmans en 1767. Seul roi de Thonburi, il fut renversé et exécuté en 1782 par un de ses généraux (fondateur de la nouvelle dynastie Chakri sous le nom de Rama ). Il est considéré comme un des plus grands souverains siamois, pour ses prouesses militaires et sa capacité à réunifier le pays en seulement quinze ans.

Le gouvernement thaïlandais a déclaré le , jour de son couronnement, jour national d'hommage à sa mémoire. Depuis 1954, une cérémonie en son honneur a lieu annuellement à cette date place Wongwian Yai à Bangkok. Le , le gouvernement a passé une résolution pour l'honorer sous le nom de « roi Taksin le Grand ».

Premières années

Taksin est né dans la capitale Ayutthaya sous le règne de Maha Tammaratchathirat II (Boromma Kot). Il reçut le nom de Sin (Trésor). Son père Hai-Hong, qui était collecteur d'impôts., était un Sino-Thaïlandais originaire de Chaozhou avec des racines dans le district de Chenghai., et sa mère Nok-lang était thaï.. À sept ans, Sin commença son éducation dans un monastère bouddhiste. C'est là, selon la légende, qu'un chiromancien chinois lui aurait annoncé, ainsi qu'à son ami Thong Duang, qu'ils avaient des lignes de la main favorables et qu'ils deviendraient tous deux rois (Thong Duang succéda à Taksin et est connu sous le nom de Rama ). Après sept ans au monastère, il fut envoyé par son père pour servir comme page royal.

Sin fut d'abord vice-gouverneur, puis gouverneur de la province de Tak. King Taksin the Great, Wangderm Palace, 2003 consulté le 2 fév. 2008., où il gagna le surnom de Tak-Sin, « Trésor de Tak » (ou Trésor Exposé, dans la mesure où Tak (exposé) est exposée au danger venu de la Birmanie frontalière) ; son titre officiel était Phraya Tak.

À partir de 1764, il participa à la défense du royaume d'Ayutthaya contre les Birmans du roi Hsinbyushin. Il reçut le titre de Phraya Wachira Prakan et fut promu gouverneur de la province de Kamphaeng Phet. Les Birmans finirent par mettre le siège devant Ayutthaya. Taksin joua un rôle majeur dans la défense de la ville, qu'il réussit à quitter à la tête d'une petite armée peu avant sa chute le .. Cette action ne fut jamais bien expliquée, dans la mesure où Ayutthaya se trouve sur une île : la manière dont Taksin et ses partisans échappèrent à l'encerclement birman reste un mystère.

Après la destruction d'Ayutthaya et la mort du roi Suriyamarin, le pays se trouva divisé en six, Taksin contrôlant la côte est avec Thong Duang, maintenant appelé le général Chao Phraya Chakri.

Parmi ses rivaux se trouvait le prince de Chanthaburi, qui lui avait promis son amitié mais se voyait maintenant en chef d'État. Le , Taksin s'empara de Chanthaburi, dont il fit son quartier général et son arsenal. Il obtint ensuite la soumission de Trat (près du Cambodge actuel) ; une bataille navale lui permit de s'emparer des jonques chinoises présentes dans la baie. D'autres commandants vinrent alors le rejoindre. Le plus important était Nai Sudchinda, un autre officier des pages royaux, qui devint Khrom Phra Ratchawang Bawon Sathan Monkon sous le règne de Rama .

vignette|Couronnement de Taksin. Après la saison des pluies, Taksin mena sa flotte dans le delta de la Chao Phraya. Il s'empara de Thonburi, puis attaqua les Birmans du camp de Pho Sam Ton à Ayutthaya, qu'il conquit après deux jours de combat, le . Cette victoire représentait un symbole de la libération du pays. Taksin se consacra ensuite à la remise en ordre de celui-ci. Il établit sa capitale à Thonburi, à la fois proche de l'ancienne capitale et de la mer (pour s'échapper vers l'est en cas de besoin). La ville reçut le nom de Krung Thon Buri Si Mahasamut, Thonburi Gloire de l'Océan. Taksin s'y fit construire un palais (à proximité du fort Wichaiprasit)Chatanumas (Cherm), The Chronicle of Thon Buri, p. 98. et y fut couronné roi le .

Règne Expansion territoriale vignette|Expansion du royaume à la fin du règne de Taksin. En 1770, Taksin attaqua les seigneurs Nguyễn pour le contrôle du Cambodge. Après des défaites initiales, l'armée siamoise-cambodgienne réussit à vaincre l'armée vietnamienne en 1771 et 1772. En 1773, les Nguyen conclurent un traité de paix avec Taksin, par lequel ils lui abandonnaient une partie de leurs territoires du Cambodge. (Ces événements provoquèrent la rébellion des Tay Son, qui finirent par renverser les Nguyen).

Taksin prit ensuite le contrôle de la région de Chiang Mai en 1774.

En 1776, ses territoires s'étendirent dans le sud de l'actuel Laos, et les villes khmères de Surin, Sangkha et Khukhan devinrent ses vassales.

En 1778, Vientiane fut prise par le général Chakri et le Bouddha d'émeraude transporté à Thonburi. Sa rivale Luang Prabang prêta serment d'allégeance à la royauté siamoise.

L'ensemble du Cambodge devint enfin un État vassal du Siam en 1779..

Le royaume atteignait ainsi un développement qu'il n'avait jamais connu lors de la période d'AyutthayaBidyalongkarana, p. 122-127.Damrong Rajanubhab, p. 165-166.. Il comprenait l'ancien royaume de Lanna, les anciens royaumes de Vientiane et de Luang Prabang, le royaume de Champassak, le Cambodge, s'étendait largement sur la péninsule malaise et avait accès à l'océan Indien par Mergui et le Tenasserim.

Politique étrangère

Lors du règne de Taksin, les relations avec les États voisins furent les suivantes :

Birmanie Elle fut l'ennemie jurée de Thonburi, qu'elle affronta huit fois durant les dix premières années du règne de TaksinThailand, The Fine Arts Department, p. 354..

Cambodge Le Cambodge avait été vassal du royaume d'Ayutthaya. Après la chute de celui-ci, il chercha à regagner son indépendance. L'ayant à nouveau soumis, Taksin envisagea en 1781 de l'annexer purement et simplement. Sa mort ne lui permit pas de réaliser ce projetBidyalongkarana, p. 135-140..

Chine Les relations de la dynastie Qing avec Taksin peuvent être divisées en trois périodes : 1767-1770 : les Qing refusent d'admettre sa légitimité, sur la foi d'un rapport du prince de Chanthaburi. 1770-1771 : les Qing commencent à douter de la véracité du rapport du prince et changent d'attitude vis-à-vis de Taksin, dont le pouvoir s'est affermi dans l'intervalle. 1771-1772 : l'ambassadeur de Thonburi est chaleureusement accueilli à la cour de l'empereur Qianlong, qui reconnaît Taksin comme souverain légitime du SiamBidyalongkarana, p. 136-144.Thailand, The Fine Arts Department, p. 100-104..

Laos Les trois royaumes laotiens passèrent successivement sous influence thaïe : en 1776, le royaume de Champassak fut conquis avec le sud du pays, puis en 1778 Vientiane, tandis que Luang Prabang prêtait serment d'allégeance. Le Laos resta vassal du Siam jusqu'à la fin du règne.

Autres états thaï vignette|Reste des murailles de Nakhon Si Thammarat. Lanna : Chiang Mai, Lampang, Lamphun, Phrae et Nan, gouvernés par leurs propres princes, étaient importants pour le Siam comme pour la Birmanie. Sous Taksin, l'influence siamoise prit le dessus. Nakhon Si Thammarat : après avoir pris la ville en 1769, Taksin lui rendit son autonomie en tant qu'état vassal. Son gouverneur prit le titre de Chao Nakhon Si Thammarat, ce qui en faisait l'équivalent d'un roi. Nakhon Si Thammarat resta en excellents termes avec Thonburi jusqu'à la fin du règneBidyalongkarana, p. 201-227..

États malais Plusieurs états malais, le sultanat de Pattani, le Kelantan, et Trengganu étaient vassaux du la Siam depuis l'époque de Sukhothaï. À la chute d'Ayutthaya, ils redevinrent indépendants. Taksin étant occupé ailleurs, ils le restèrent jusqu'à la fin de son règneThailand, The Fine Arts Department, p. 244..

Viêt Nam Les relations avec le Viêt Nam connaissent deux phases. Les Tay Son sont d'abord favorables au Siam, qui les a aidés à se débarrasser des Nguyen. Dans un second temps, l'insistance de Taksin à récupérer le Cambodge fait renaître des tensions et à la fin de son règne, les deux états se retrouvent pratiquement en guerreBidyalongkarana, p. 199.Thailand, The Fine Arts Department, p. 221-223..

Administration Thonburi reprit les structures administratives d'Ayutthaya ; l'administration du pays formait trois ensembles : Administration centrale : elle était sous la responsabilité des ministres des quatre départements des affaires civiles, palatiales, financières et agricoles. Administration provinciale : les provinces pouvaient avoir deux statuts : certaines étaient gouvernées par des officiers du pouvoir central à rang de phraya (comme l'avait été Taksin lui-même), d'autres constituaient des états-vassaux. Main-d'œuvre (Phrai) : le contrôle de la main-d'œuvre était vital pour l'administration. Le système s'effondra avec la chute d'Ayutthaya : les officiels en charge profitèrent de l'occasion pour faire passer les hommes du roi (phrai luang) à leur service exclusif, ce qui privait le royaume de la corvée et des impôts que ceux-ci devaient. Taksin remit en place le système du phrai, mais réduisit la durée de la corvée annuelle de six à quatre moisMichel Jacq-Hergoualch, Le Siam, Guide Belles Lettres des Civilisations, Les Belles Lettres 2004, , p. 72.. Il ordonna que tous les hommes libres (phrai luang) et les nouvelles recrues (phrai som) soient tatoués sur le poignet (1773). Pour la première fois, les hommes de toutes les divisions et de tous les départements durent être tatouésThailand, The Fine Arts Department, p. 68-70..

Questions religieuses vignette|Le Wat Arun accueillit le Bouddha d'émeraude entre 1778 et 1784. Bien que le pays ait été presque constamment en guerre, Taksin se montra désireux de redonner au bouddhisme son lustre de l'époque d'Ayutthaya : la renaissance politique devait aller de pair avec une renaissance religieuse.

Réorganisation des monastères Dès l'établissement de Thonburi comme capitale, le roi réorganisa les monastères. Quand il se rendit dans le Nord pour combattre la faction de Phra Fang à Uttaradit (1770), il observa le relâchement des bonzes locaux. Il fit venir des dignitaires de la capitale pour les remettre dans la droite ligne des enseignements du BouddhaThailand, The Fine Arts Department, p. 71..

Reconstitution du canon bouddhique Taksin fit rechercher les manuscrits du Tipitaka (canon bouddhique pâli) qui auraient pu survivre à la chute d'Ayutthaya pour les faire copier pour sa nouvelle capitale. Quand il soumit Nakhon Si Thammarat en 1769, il demanda qu'on lui prête un Tipitaka, qu'il fit transporter par bateau pour être copié à Thonburi. De son expédition contre Uttaradit, il ramena à une autre version du Tipitaka, pour la comparer avec celle de Nakhon Si Thammarat, ce qui fut très utile lors de la révision du texte au cours du règne suivantThailand, The Fine Arts Department, p. 72..

Réception du Bouddha d'émeraude Après la prise de Vientiane par le général Chakri (1778), le Bouddha d'émeraude et le Phra Bang furent transportés à Thonburi. Taksin les accueillit à la tête d'une procession de 246 embarcations. Ils furent déposés au Wat Arun Ratchawararam (temple de l'Aube). Le Bouddha d'émeraude est depuis devenu l'emblème religieux de la ThaïlandeThailand, The Fine Arts Department, p. 76-79.

Restauration de temples Taksin fit restaurer à ses frais de nombreux monastères, qu'il nomma temples royaux, comme le Wat Intharam, le Wat Hong Ratanaram, et le Wat Arun RatchawaramThailand, The Fine Arts Department, p. 79-83..

Promulgation de la discipline monastique En 1773, Taksin promulgua une loi sur la vie monastique en accord avec la doctrine et avec la discipline bouddhiques ; elle est considérée comme la première loi thaïlandaise sur les moines. Il utilisa aussi des concepts bouddhiques pour définir l'ordre social de l'époqueThailand, The Fine Arts Department, p. 84-87..

Arts et littérature