vignette|redresse=1.6|Les subdivisions administratives autonomes tibétaines de la république populaire de Chine, représentées en jaune

L'histoire du Tibet depuis 1950 a été marquée par l'intervention militaire de l’armée populaire de libération en .

Le Tibet a proclamé son indépendance vis-à-vis de la république de Chine en 1913 après avoir expulsé les autorités chinoises l'année précédente. Le dalaï-lama a continué à diriger cette nation indépendante de facto en assumant à la fois le pouvoir politique et le pouvoir spirituel. Une caractéristique particulière du Tibet était l'interpénétration de la religion et de la politique dans l'histoire du pays depuis l'introduction de bouddhisme au .

Avec un tel entrelacs de la politique et de la religion, un changement significatif de l'un influença nécessairement l'autre et en définitive, la culture dans son ensemble. Cette relation est évidente avec l'intervention de l'armée populaire de libération en 1950 et la domination du Tibet par la république populaire de Chine qui s'est ensuivi, avec aujourd'hui le contrôle de toute la région par la Chine. Si l'on met de côté les revendications historiques de la Chine sur le Tibet et les réclamations historiques de la terre du Tibet, il est devenu évident que depuis 1950 des changements culturels majeurs ont lieu dans toute la région. Les Chinois ont apporté des écoles et des hôpitaux modernes, le servage et l'esclavage ont été abolis, et la réforme agraire a été instaurée. Cependant, les efforts de modernisation ont aussi eu pour résultat la destruction virtuelle du riche patrimoine de la région, telle que la destruction de la majorité des monastères bouddhistes pendant la révolution culturelle, et la répression du bouddhisme en général par le gouvernement communiste.

Les sources chinoises mettent généralement en avant un progrès vers une société prospère et libre au Tibet, dont les piliers sont le développement économique, l'avancement des lois, et l'émancipation des paysans. Ces affirmations ont été cependant mises en question par les organisations de droits de l’homme indépendantes, le Gouvernement tibétain en exil et quelques Tibétains du Tibet, qui accusent le gouvernement chinois du génocide au Tibet, et font des comparaisons avec l’Allemagne naziePowers 2004, . La doctrine officielle de la RPC classifie les Tibétains comme un de ses 56 groupes ethniques reconnues appartenant au grand Zhonghua minzu ou nation chinoise multiethnique. Warren W. Smith Jr, historien du droit et animateur au service tibétain de Radio Free Asia Warren Smith's profile on Guardian. dont le travail s’est focalisé sur l'histoire et sur la politique tibétaines après avoir passé cinq mois au Tibet en 1982, dépeint les Chinois comme chauvins qui se considèrent comme supérieurs aux Tibétains, et affirme que les Chinois utilisent la torture, la coercition et la famine pour contrôler les TibétainsPowers 2004, .

Le Tibet sous administration de la république populaire de Chine

Expulsion des Chinois (1949) En 1949, voyant que les communistes gagnent le contrôle de la Chine, le Kashag expulse entre 300 et 400 Han liés au gouvernement chinois, sous les protestations à la fois du Kuomingtang et des CommunistesShakya 1999, .. Il ne reste plus à Lhassa qu'une poignée de marchands chinois ainsi que quelques bouchers hui Barry Sautman, 'All that Glitters is Not Gold': Tibet as a Pseudo-State, Maryland Series in Contemporary Asian Studies, No 3-2009, 86 p., p. 11 : .

Intervention militaire chinoise (1950-1951) Ni la république de Chine ni la république populaire de Chine n’ont jamais renoncé à la revendication de la souveraineté de la Chine sur le Tibet. Le gouvernement communiste chinois, qui a pris le pouvoir au mois d', ne perd pas de temps pour réaffirmer la présence chinoise au Tibet. Au mois de , le gouvernement du Royaume-Uni déclare à la Chambre des communes que le gouvernement de sa majesté « a toujours été prêt à reconnaître la suzeraineté chinoise sur la Tibet, mais seulement dans la mesure où le Tibet est considéré comme autonome »TIBET (AUTONOMY) HC Deb 21 June 1950 vol 476 c1267. Le Laird 2006, , l’armée populaire de libération (APL) envahit le secteur tibétain de Chamdo. Le grand nombre d'unités de l’APL entoure rapidement les forces tibétaines moins nombreuses, et avant le , 5000 troupes tibétaines se rendent.

Accord en 17 points (1951) En 1951, les représentants des autorités tibétaines, avec l'autorisation du dalaï-lama Melvyn C. Goldstein, A history of modern Tibet, vol. 2 : The Calm Before the Storm, 1951-1955, Berkeley, University of California Press, 2007, ., participent aux négociations avec le gouvernement chinois à Pékin. Ces pourparlers débouchent sur l'Accord en 17 points qui affirme la souveraineté de Chine sur le Tibet. L'accord est ratifié à Lhassa quelques mois plus tardGoldstein 1989, . En plus de reconnaître la souveraineté chinoise pour la première fois dans l'histoire tibétaine (point 1), les Tibétains sont tenus désormais d'aider les troupes et les cadres de l'APL à occuper pacifiquement le Tibet (point 2). Les Tibétains acceptent également de renoncer à s'occuper des affaires étrangères, de la défense des frontières et du commerce du Tibet (point 14) et acceptent que l'armée tibétaine soit progressivement incorporée dans l'APL, quoique sans qu'une échéance précise soit fixée (point 8). Ils acceptent également le retour du panchen-lama au Tibet (points 5 et 6) et la création d'une nouvelle entité administrative, le Comité administratif militaire (point 15), distinct du gouvernement local tibétain et soumis au gouvernement populaire central. Le texte contient également une déclaration mettant fin officiellement à la monnaie tibétaine. Le texte de l'accord reconnait le droit à l'autonomie régionale et le maintien du système politique et du statut du dalaï-lama (points 3 et 4), la liberté religieuse et le maintien des revenus du clergé bouddhiste (point 7) Melvyn C. Goldstein, A history of modern Tibet, vol. 2 : The Calm Before the Storm, 1951-1955, Berkeley, University of California Press, 2007, p. 104-105.Richard Poulin, La politique des nationalités de la RPC de Mao Zedong à Hua Guofeng, chap. V, La révolte tibétaine de 1959..

Incorporation du Tibet politique à la Chine Dès le début, il était évident que l’incorporation du Tibet politique à la Chine communiste amènerait deux systèmes sociaux opposés dans un face à faceGoldstein 2007, . Au Tibet occidental cependant les communistes chinois ont opté pour ne pas donner à la réforme sociale une priorité immédiate. Au contraire, de 1951 à 1959, la société tibétaine traditionnelle avec ses seigneurs et ses propriétés seigneuriales a continué à fonctionner inchangée. Malgré la présence de vingt mille soldats de l’APL au Tibet central, le gouvernement du dalaï-lama a été autorisé à maintenir des symboles importants de sa période d’indépendance de facto..

Cependant, l'est du Kham et l’Amdo (Qinghai) ont été considérés par les Chinois comme étant hors de l'administration du gouvernement du Tibet à Lhassa, et ont été ainsi traités comme les autres provinces chinoises avec la politique de redistribution de terre mise en pleine exécution. La plupart des terres ont été prises aux nobles et aux monastères et redistribuées aux serfs. La région tibétaine à l’est du Kham, précédemment dénommé province du Xikang, a été incorporée à la province de Sichuan. L'ouest du Kham a été placé sous le Comité militaire de Chamdo. Dans ces secteurs, la réforme agraire a été appliquée. Cela impliqua des agitateurs communistes qui désignaient des « propriétaires » — quelquefois arbitrairement choisis — pour humiliation publique lors des soi-disant "séances de lutte"thamzing, avec torture, mutilation, et même la mortCraig (1992), , 120-123.Shakya (1999), , 296, 322-323.. Ce ne fut qu'après 1959 que la Chine a commencé à appliquer les mêmes méthodes au Tibet centralLaird 2006, ..

Les Chinois ont construit des routes qui ont atteint Lhassa, et les ont ensuite étendues jusqu’aux frontières avec l’Inde le Népal et le Pakistan. L'aristocratie et le gouvernement tibétains traditionnels sont restés en place et ont été subventionnés par le gouvernement chinois.

thumb|220px|« Notification de police : Interdiction de répandre des pensées ou des objets malsains ». Inscription trilingue (tibétain - chinois - anglais) au-dessus d'un café dans la ville de Nyalam, Tibet, en 1993.

Rébellions dans les années 1950 En 1956, il y eut une agitation dans le Kham et l'est de l’Amdo, où la réforme agraire avait été mise pleinement en application. Des rébellions ont éclaté et finalement ont diffusé dans le Kham occidental et l’U-Tsang (Tibet central). Dans certaines parties du pays, les Communistes ont essayé d'établir des communes rurales, comme cela avait été réalisé dans toute la Chine.

Une révolte en Amdo en 1958 est mise au pas par l’armée chinoise. À la suite de l’instauration des communes dans le cadre du Grand Bond en avant, les habitants souffrent de la famine Françoise Robin La révolte en Amdo en 1958 Compte rendu de la journée de conférences au Sénat le 3 mars 2012, Rapport de groupe interparlementaire d’amitié n° 104, 18 juin 2012, Site du Sénat .

Une rébellion contre l'occupation chinoise a été menée par les nobles et les monastères et a éclaté dans l’Amdo et l'est du Kham au mois de . L'insurrection, soutenue par la CIA américaine, s’est finalement étendue jusqu’à Lhassa.

Le mouvement de résistance tibétain a commencé par une résistance isolée au contrôle de la RPC à la fin des années 1950. Au début, il connut un succès considérable et avec le soutien et l’aide de la CIA, une bonne partie de Tibet du sud passa aux mains tibétaines. Pendant cette campagne, des dizaines de milliers de Tibétains ont été tuésLaird 2006, ..

En 1959, la sévère répression des militaires chinois sur les rebelles dans le Kham et l’Amdo a mené au soulèvement tibétain de Lhassa. La résistance de grande envergure diffusa à travers le Tibet. Craignant l’arrestation du dalaï-lama, des Tibétains non armés ont entouré sa résidence, moment auquel le dalaï-lama s’est enfui Peter Jackson, "Witness: Reporting on the Dalai Lama's escape to India", Reuters, 27 février 2009. avec, selon certains, l’aide de la CIA en Inde Paul Salopek, The CIA's secret war in Tibet, Seattle Times, January 26, 1997.. Les Chinois ont utilisé le panchen-lama (qui était pratiquement leur prisonnierShakya (1999), .) comme personnalité de prestige à Lhassa, affirmant qu'il dirigeait le gouvernement légitime du Tibet en l'absence du dalaï-lama, le dirigeant traditionnel du TibetShakya (1999), ..

Après ceci, les forces de la résistance ont opéré au Népal. Les opérations ont continué depuis le royaume semi-indépendant du Mustang avec une force de 2000 rebelles, beaucoup d'entre eux ont été entraînés à Camp Hale près de Leadville, États-Unis Tim Robbins, Air America, Corgi Books, 1988.. La guérilla a continué dans d’autres parties du pays pendant plusieurs années.