Alfred (Ælfrēd en vieil anglais), né en 848 ou 849 et mort le , est roi du Wessex de 871 à sa mort. Il prend le titre de « roi des Anglo-Saxons » à partir de 886, sans jamais contrôler la totalité du territoire anglais. Cinquième fils du roi Æthelwulf, il succède à son frère Æthelred sur le trône du Wessex en 871.
Alfred est célèbre pour avoir organisé la défense du royaume contre les Danois, et obtenu en conséquence l'épithète « le Grand » : il est l'un des deux monarques d'Angleterre à être connus comme tels, avec le roi Knut. Des détails de sa vie nous sont connus grâce aux travaux du moine gallois Asser. En homme instruit, Alfred soutient l'éducation et améliore le système judiciaire du royaume.
Il est considéré comme saint par l'Église catholique romaine et fêté localement le .
Contexte
Le grand-père d'Alfred, Ecgberht, monte sur le trône du Wessex en 802. Son royaume s'étend sur le sud-ouest de l'Angleterre, entre les Cornouailles et le Sussex. En 825, il remporte une victoire décisive à la bataille d'Ellendun contre le roi Beornwulf de Mercie, son voisin au nord. Les anciens royaumes du sud-est de l'île (Kent, Essex, Surrey et Sussex), jusqu'alors dominés par la Mercie, passent sous l'autorité d'Ecgberht qui les confie à son fils Æthelwulf. Le Wessex proprement dit et les régions du sud-est restent deux entités distinctes, même si Æthelwulf occupe une position subalterne vis-à-vis de son père. Il lui succède sur le trône du Wessex en 839 et laisse le sud-est à son fils aîné Æthelstan.
Les sont marquées par les raids vikings sur les côtes anglaises. L'île de Sheppey est ravagée en 835, et l'année suivante, Ecgberht est battu à Carhampton, dans le Somerset. Il remporte une bataille contre les Vikings alliés aux Corniques en 838 à Hingston Down, réduisant les Cornouailles au statut de royaume client. En 843, Carhampton est à nouveau le théâtre d'une défaite contre les Vikings, mais Æthelstan parvient à vaincre une flotte danoise au large de Sandwich en 850. L'année suivante, Æthelwulf et son deuxième fils Æthelbald (l'aîné, Æthelstan, semble être mort vers cette date) remportent la bataille dAclea (lieu non identifié) sur les Vikings.
Biographie Enfance vignette|redresse|Cette statue d'Alfred sur la place du marché de Wantage, sa ville natale, a été dévoilée en 1877.
Asser rapporte qu'Alfred est né dans la résidence royale de Wantage, dans le comté du Berkshire, en 849. Cependant, une liste de rois du Wessex indique qu'il est âgé de à son avènement, en 871, ce qui situerait plutôt sa date de naissance en 847 ou 848. Cette contradiction apparente peut être résolue si l'on postule qu'Asser fait commencer ses années au moment de l'indiction césarienne, le : Alfred pourrait être né entre la fin septembre et le début novembre de l'année 848, ce qui correspondrait au début de l'année 849 dans les calculs d'Asser.
Alfred est le dernier des cinq fils et des six enfants d'Æthelwulf, roi du Wessex depuis 839. Il a quatre frères aînés : Æthelstan, Æthelbald, Æthelberht et Æthelred, ainsi qu'une sœur aînée, Æthelswith. Les listes généalogiques comprises dans la Chronique anglo-saxonne et reprises par Asser font remonter l'ascendance paternelle d'Alfred jusqu'à Cerdic, le fondateur légendaire du royaume des Ouest-Saxons, censé avoir vécu au début du , lui-même un descendant du dieu germanique Woden. Par évhémérisme, ce dernier est présenté comme un lointain descendant de Noé et d'Adam. Alfred s'inscrit de cette manière dans un passé aussi bien germanique que chrétien.
La mère d'Alfred, Osburh, est la fille d'Oslac, le bouteiller du roi Æthelwulf. Il s'agit d'un personnage important et influent de la cour du Wessex. Asser indique qu'il descend de Stuf et Wihtgar, deux guerriers jutes censés avoir imposé leur autorité sur l'île de Wight après l'avoir reçue de leur oncle Cerdic au . Ces deux personnages n'ont sans doute jamais existé (le nom de Wihtgar est censé être à l'origine de celui de Wight alors que l'étymologie de ce dernier est antérieure à l'arrivée des Anglo-Saxons), mais Asser renforce l'aura royale d'Alfred en le présentant comme descendant de rois du côté de sa mère en plus de son père. Il est également possible que cette prétendue ascendance jute ait pour objectif de renforcer la légitimité des rois ouest-saxons dans le Kent, région colonisée à l'origine par les Jutes et récemment conquise par la maison de Wessex.
En 853, Æthelwulf envoie Alfred en pèlerinage à Rome. Asser rapporte que le pape . Il est peu plausible qu'Æthelwulf ait effectivement fait sacrer roi le benjamin de ses fils, au risque de mécontenter ses frères plus âgés ; l'onction royale constitue probablement une invention ou une incompréhension du cérémonial romain par les chroniqueurs anglais. En réalité, Alfred n'a fait que recevoir les insignes consulaires d'après une lettre adressée à son père par le pape Léon. Deux ans plus tard, en 855, Æthelwulf décide d'entreprendre lui-même le pèlerinage de Rome. Asser affirme qu'Alfred l'accompagne, ce qui n'est confirmé par aucune autre source, mais la véracité de ce deuxième voyage romain du jeune prince n'est pas remise en doute par les historiens modernes.
À son retour de Rome, Æthelwulf est confronté à la rébellion de son fils aîné Æthelbald, qui le contraint à un partage du Wessex. Cette division persiste après la mort d'Æthelwulf, le : Æthelbald est alors roi du Wessex proprement dit, tandis que son frère cadet Æthelberht règne sur les régions récemment conquises dans le sud-est de l'Angleterre. Cet arrangement reste en place jusqu'à la mort d'Æthelbald, en 860. Les sources narratives sont muettes sur les faits et gestes d'Alfred durant cette période, et il ne figure dans aucune des listes de témoins des rares chartes qui en subsistent. En 860, Æthelberht devient seul roi des domaines de la maison de Wessex. En ne partageant pas le pouvoir avec son cadet Æthelred, il va apparemment à l'encontre des dispositions du testament de son père, qui semble avoir envisagé comme durable la division entre le Wessex proprement dit et les régions du sud-est. Cette décision est peut-être liée aux attaques des Vikings : un roi adulte comme Æthelberht est plus apte à lutter contre cette menace.
Sous le règne d'Æthelred Alfred est amené à jouer un rôle plus important après l'accession au trône de son troisième frère, Æthelred, en 865, alors qu'il se trouve dans sa dix-huitième année. Lors de ce règne, Asser donne à Alfred son titre unique de secundarius, qui semble indiquer une position proche de celle exprimée par le terme celte tanist, successeur officiel et reconnu, en étroite liaison avec le prince régnant. Cet arrangement est probablement pris par le Witenagemot, pour prévenir le danger d'une succession houleuse en cas de mort d'Æthelred au combat. Cependant, l'arrangement consistant à couronner un successeur en tant que second roi est répandu chez les peuples germaniques, comme les Scandinaves ou les Francs, avec qui les Anglo-Saxons ont des relations suivies.
En 868, Æthelred lève des troupes pour venir en aide à son beau-frère, le roi de Mercie Burgred, confronté à l'arrivée de la Grande Armée. Avec Alfred, il se dirige vers Nottingham, occupée par les Vikings depuis l'automne de l'année précédente. Ces derniers sont encerclés par les forces combinées de la Mercie et du Wessex, mais ils refusent de sortir pour les affronter. Incapable de prendre la ville d'assaut, Burgred finit par négocier une trêve avec les Vikings qui implique sans doute le versement d'un tribut et un droit de passage.
La même année, probablement dans la foulée du siège manqué de Nottingham, Alfred se marie avec Ealhswith, une noble mercienne. Son père, Æthelred Mucel, est l'ealdorman des Gaini, un peuple vivant dans le Lincolnshire près de Gainsborough. De manière appropriée, les noces auraient pris place dans le domaine royal de Sutton Courtenay, sur la Tamise, à la frontière entre la Mercie et le Wessex.
Pendant presque deux ans, le versement d'un tribut aux Danois permet au Wessex d'être épargné. Mais, fin 870, un conflit éclate, et l'année suivante est à juste titre appelée « l'année des batailles d'Alfred ».
Neuf batailles sont menées avec divers résultats. Le lieu et la date de deux d'entre elles sont perdus. Une embuscade couronnée de succès, à Englefield dans le Berkshire (), est suivie d'une défaite cuisante à la bataille de Reading (), puis, quatre jours plus tard, par la brillante victoire d'Ashdown, près de Compton Beauchamp, dans la région de Shrivenham. Le , les Anglais sont à nouveau vaincus à Basing, et le à Manton, dans le Wiltshire. Les deux batailles non identifiées ont pu se produire dans l'intervalle.
Avènement En avril de la même année, Æthelred trouve la mort, et la charge de poursuivre les combats revient alors entièrement à Alfred. Pendant que ce dernier assiste à l'enterrement et aux autres cérémonies officielles entourant la mort de son frère, les Danois remportent en son absence une victoire contre les Anglais, en un lieu non précisé. Sa présence, néanmoins, ne suffit pas à empêcher une nouvelle défaite en mai, à Wilton.
Une trêve est convenue entre les deux camps. Pendant les cinq années suivantes, les Danois partent guerroyer dans d'autres parties de l'Angleterre, et Alfred se contente de poster plusieurs garnisons aux frontières du royaume.
La guerre contre les Vikings En 876, le nouveau chef des Danois, Guthrum, rompt la trêve en lançant une attaque contre Wareham, dont il s'assure le contrôle. Depuis cette ville, et sous prétexte de venir parlementer, les Danois entament au début de 877 une forte poussée vers l'ouest qui se solde par la prise d'Exeter. Alfred les assiège dans cette ville et, une flotte de renfort danoise ayant été dispersée par une tempête, les Danois doivent se soumettre et se replier en Mercie.
Dès le mois de , les guerriers danois organisent une contre-attaque contre le bourg fortifié de Chippenham, où Alfred passe l'hiver, (Chronique anglo-saxonne). Depuis le concile de Tours, la période de douze jours entre Noël et l'Épiphanie est sacrée. C'est probablement l'origine de la trêve de Noël. Alfred, très attaché aux nouvelles valeurs chrétiennes, refusa, dit-on de livrer bataille pendant les « douze ». Il dut ainsi abandonner la place forte de Chippenham.
À Edington, Alfred remporte une victoire décisive contre les forces vikings en 878, ce qui mène à redéfinir les frontières entre son royaume et les territoires sur lequel ils s'installent. Cette redéfinition se formalisera plus tard sous la forme du traité entre Alfred et Guthrum..
Une série d'anecdotes censées illustrer la force morale d'Alfred sont situées durant sa période d'exil à Athelney. C'est notamment le cas de l'histoire des gâteaux brûlés, qui reste l'une des légendes les plus célèbres associées au roi. Elle apparaît pour la première fois dans la , une hagiographie du saint cornique Neot rédigée au . Alors qu'il s'enfuit à travers les marécages d'Athelney près de North Petherton dans le Somerset, Alfred se réfugie chez une paysanne qui, ignorant son identité, lui confie la surveillance de gâteaux qu'elle a mis sur le feu. Préoccupé par le sort de son royaume, Alfred laisse les gâteaux brûler et se fait réprimander par la femme à son retour. Lorsqu'elle réalise à qui elle s'adresse, la paysanne se confond en excuses, mais Alfred persiste à se déclarer fautif, ce qui lui vaut l'approbation de saint Neot. La représentation d'Alfred, lors de sa retraite à Athelney, en fugitif abandonné de tous, provient de cette légende des gâteaux. En réalité, il organise déjà sa future victoire. Une autre légende le dépeint d'ailleurs sous le déguisement d'un harpiste, s'introduisant dans le camp de Guthrum pour dérober ses plans de bataille.