Cularo (ou Cularone, forme latinisée) est le nom gaulois de la ville de Grenoble. Sa première référence officielle écrite remonte au 6 juin 43 av. J.-C., mais de nombreuses traces archéologiques laissent penser que le site était habité bien avant, puisqu'installé sur une route menant à Rome. Ses habitants font partie du peuple des Allobroges dont la ville constitue une frontière avec les territoires des peuples des Vertamocores et des Tricores.
À la suite de l'accès au statut de civitas (cité de droit romain, en grec polis), Cularo change de nom en 381 et devient Gratianopolis.
Géographie L'agglomération primitive s'est installée sur une légère éminence alluviale, haute d'environ par rapport au reste de la vallée, et entourée par trois cours d'eau. D'abord, l'Isère encerclant le mont Rachais, puis le Drac (Draquet ou Dravet à l'époque) occupant alors le site de l'actuel cours Jean-Jaurès, mais divaguant au fil des décennies et créant des marécages, et enfin, le ruisseau du Verderet venant d'Eybens et qui se jetait dans l'Isère au niveau de l'actuelle passerelle Saint-Laurent (actuellement détourné pour s'y jeter au niveau du musée de Grenoble).
À ces contraintes de franchissement de cours d'eau, il faut rajouter celles de l'accès physique par les massifs qui entourent cette vaste vallée à la planéité parfaite.
Historique Durant la période de la préhistoire appelée mésolithique, des hommes s’installèrent sur le site de l'actuelle métropole de Grenoble dans des abris rocheux et des grottes, notamment à la Grande Rivoire sur les hauteurs de Sassenage qui a abrité des hommes du mésolithique, à partir de avant l'ère chrétienne jusqu'à l'époque gallo-romaine« La Grande Rivoire » sur le site d'Echosciences Grenoble.Reportage de Télégrenoble sur le site de la Grande Rivoire. (1 min 23 s).
En 1893, l'archéologue Hippolyte Müller découvre, à la balme de l'Hermitage sur les hauteurs du Néron à Saint-Martin-le-Vinoux, des artéfacts du Néolithique, de l'âge du bronze, de l'époque romaine et burgonde ... Quelques années plus tard, ce même archéologue découvre en 1911 la Pierre du Bigot, du nom du hameau des hauteurs de Saint-Martin-d'Hères, laissant penser à la présence d'hommes au néolithique dans les environs de Cularo.
De son côté, l'archéologue Aimé Bocquet publie en 1963 les circonstances de la découverte trois ans auparavant d'une nécropole protohistorique à Saint-Paul-de-Varces, au pied de la montagne d'Uriol. Les fouilles ont permis de trouver dans des éboulis plusieurs dizaines de squelettes et du mobilier funéraire (bracelets de bronze, épingles, rouelles, perles d'ambre, gobelet caliciforme, etc.) daté entre et 500 ans avant notre ère (chalcolithique final, âge du bronze et premier âge du fer)Aimé Bocquet, La nécropole protohistorique de Saint-Paul-de-Varces..
Ces générations d'hommes, derniers chasseurs-cueilleurs devenus agriculteurs-éleveurs ont donc arpenté la plaine marécageuse de l'actuelle Grenoble qui portait alors le nom de Cularo. Le toponyme Cularo est issu du gaulois cularo(n)- (cf. irlandais cularán « concombre », breton keler, coloren « noix de terre, truffe, tubercule »). Il signifiait vraisemblablement « champ de courges »., le terme s'étant conservé dans le patois du Dauphiné sous la forme courla « courge »J. Hubschmied RC 50 (1933), 260..
thumb|La Gaule narbonnaise et ses provinces à partir de 27 av. J.-C. La bourgade s'était probablement installée sur les deux rives de l'Isère mais les témoignages des fouilles archéologiques prouvent que l'essentiel des zones d'habitation de Cularo se trouvent au sud de la rivière. D'autre part, de nombreux objets liés à la présence d'un site funéraire ont été retrouvés en 1949 de l'autre côté de l'Isère, à environ mètres à vol d'oiseau des remparts de Cularo, sur l'actuelle commune de La Tronche, sur le site de la clinique universitaire du Grésivaudan.
vignette|redresse|gauche|Buste supposé de Lucius Munatius Plancus. À une date difficile à préciser mais vraisemblablement un peu antérieure à 36 av. J.-C.B. Rémy, Grenoble à l'époque gallo-romaine d'après les inscriptions, PUG, Grenoble, 2002, 35, Octave, le futur empereur Auguste a transformé le statut de l'ancien pays des Allobroges vaincu par les Romains en 121 av. J.-C.. Le peuple des Allobroges est organisé en une colonie latine dont la capitale est la ville de Vienne, ce qui fait que l'on peut parler de Viennois plus que d'Allobrogie, du nom de la ville chef-lieu, la colonia Iulia Vienniensium célébrée par des monnayagesB. Rémy, Grenoble à l'époque gallo-romaine d'après les inscriptions, PUG, Grenoble, 2002, 35.. Vienne est alors la capitale d'une cité comprenant plusieurs autres agglomérations. La bourgade gauloise de Cularo prit dès lors le statut de vicus (village) de la province Viennoise, au sort de laquelle elle va rester attachée pendant trois siècles.
Pour l'histoire, la première date officielle connue concernant la bourgade est le 6 juin 43 av. J.-C., car un document écrit, daté de ce jour, atteste pour la première fois de l'existence de Cularo. Cet écrit provient du gouverneur de la Gaule transalpine, Lucius Munatius Plancus, également fondateur de Lugdunum, relatant à Cicéron qu'il a jeté un pont sur un grand fleuve qui baigne la frontière des Allobroges, le 12 mai précédentCicéron, Correspondances Ad Familiares, X, 15 et X, 18, lire en ligne lettres 844 et 856. Il va passer et repasser sur ce pont et le détruire, cela dans le cadre d'opérations militaires qui suivent l'assassinat de Jules CésarAd Familiares, 10, 23 lire en ligne lettre 876. Cularo est alors à la frontière avec le territoire du peuple des Voconces et franchir l'Isère qui la borde permet de passer d'un territoire à l'autre.
En réalité, il est fort probable que le peuple des Allobroges vit à cet endroit depuis plusieurs siècles à cause de la situation géographique de la bourgade, à la croisée de plusieurs voies de communication importantes entre Rome et Vienne.
Construction de remparts pour la Cité [
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] Jusqu'à la fin du , Cularo est une bourgade ouverte, et comme pour de nombreuses autres cités de la Gaule à cette époque, la construction d'un mur fortifié est décidée afin de défendre les habitants de la bourgade des raids des peuples germaniques. Il doit protéger contre les armes de jet et de propulsion de pierre, comme les balistes, les scorpions, les catapultes ou les onagres. Mais fait uniqueSelon l'historien Jean-Pascal Jospin, lors d'une conférence sur Cularo le 6 avril 2011., les travaux sont financés par le pouvoir impérial. La construction du mur d'enceinte à Cularo se déroule entre 286 et 292, pendant la première tétrarchie sous le règne des co-empereurs Dioclétien et Maximien. Son nouveau statut de chef-lieu de civitas (cité) est certainement la raison de cette édification car il est bien peu probable que des empereurs se soient intéressés à la sécurité d'un simple vicus (village). D'autre part, si Cularo avait continué de dépendre de Vienne, des inscriptions sur les portes du rempart l'auraient mentionnéIdée cohérente retenue par Bernard Rémy et Jean-Pascal Jospin dans leur livre, et qui vient modifier l'idée souvent retenue, faisant de Cularo un chef-lieu de Cité en 381 au moment où le premier évêque prend ses fonctions.
L'érection des remparts de la civitas et des deux portes dédicacées aux co-empereurs doit être comprise dans une dimension politique, juridique et administrative. En effet, les travaux s'inscrivent dans le cadre de la politique dioclétienne de réforme en profondeur de l'organisation territoriale et de restauration de l'Empire romain, qui, en multipliant le nombre de provinces et en créant les diocèses entité supérieure aux provinces, lui donne le visage qu'il aura, avec des modifications ultérieures, durant tout le , et au début du , afin d'améliorer la situation d'un empire sous-administré et de rapprocher l'administration des habitants. En vertu de l'Édit de Caracalla ou Constitution antonine (212), les habitants libres de la civitas Cularo reçoivent la citoyenneté romaine, qui se transmet héréditairement, comportant la possession intégrale des droits civils (jus commercii [droit de propriété et droit de conclure des contrats], jus connubii [droit de contracter un mariage légitime avec les enfants de citoyens romains]) et des droits politiques (jus suffragii, ou droit de vote, et jus honorum, ou droit d'éligibilité).
À une période de grande réforme administrative dans l'Empire romain avec le découpage en trois cités de la cité de Vienne, Cularo est donc devenu à la fin du , le siège administratif et politique d'un territoire qui comprend l'Oisans, le nord du Vercors, le massif de la Chartreuse, la combe et la cluse de Savoie.
Le rempart fait 9 à de hauteur depuis ses fondations, il est épais de à la base et au sommet, et mesure mètres de long (en comparaison, Vienne : , Orléans : ). Il est flanqué d'une trentaine de tours de guet semi-circulaires d'un diamètre d'environ et sa superficie ovale représente . La création de l'enceinte oblige la bourgade à se resserrer un peu plus et à l'abandon de certains quartiers car au fil des siècles, elle s'était étendue sur environ Une confirmation de cette idée a été apportée en 1974 lors des travaux du parking situé sous la Maison du tourisme qui ont permis le dégagement d'un habitat daté du Philippe Leveau, Les agglomérations de la cité de Vienne, un dossier en devenir, page 164..
Une porte pour chaque empereur À l'extérieur du rempart, la défense est renforcée par des douves alimentées par les cours d'eau voisins. Deux portes monumentales assurent l'accès à la bourgade, la porte Herculea, nommée en hommage à Maximien, puis appelée plus tard porte Viennoise pour la destination qu'elle prend, et la porte Jovia en hommage à Dioclétien, nommée plus tard porte Traine (contraction de romaine).
vignette|Site actuel de la porte Viennoise, place Notre-Dame. La porte Viennoise, positionnée place Notre-Dame, devant le musée de l'Ancien Évêché, a été démolie à partir de 1804, elle donnait la possibilité aux voyageurs d'aller au centre administratif de Vienne via l'unique pont de bois sur l'Isère et la montée de Chalemont. Une fois le pont franchi, elle permettait également en partant vers le nord-est par la vallée du Grésivaudan de rejoindre Aoste en Italie via le col du Petit-Saint-Bernard, puis Turin. Lors de sa démolition, des épitaphes ont été trouvées, dans les fondations, laissant apparaître la présence de Triumvirs à Cularo, ainsi que d'un habitant mort à Rome mais ayant un monument funéraire à CularoHenry Rousset et Édouard Brichet, Histoire illustrée des rues de Grenoble, page 22.. Au-dessus de la porte, une pierre portait l'inscriptionTraduction du latin de Henry Rousset et Édouard Brichet, dans Histoire illustrée des rues de Grenoble, page 66. : « Nos seigneurs, l'empereur César Gaius Aurélius Valérius Dioclétien, pieux, heureux, invincible, auguste et l'empereur César Aurélius Valérius Maximien, pieux, heureux, invincible, auguste, après l'achèvement des murs de Cularo et des bâtiments intérieurs élevés par leur prévoyance, ont donné à la porte Viennoise le nom de porte Herculéa. »
vignette|gauche|Site actuel de la porte Jovia, départ de la Grande Rue. La porte Jovia, située quant à elle à l'entrée de l'actuelle Grande Rue devant la place Grenette, a été démolie en 1591 au moment de la construction de l'enceinte Lesdiguières. De cette porte les voyageurs se dirigeaient vers l'actuelle Bresson pour grimper sur le plateau de Brié-et-Angonnes afin de rejoindre la vallée de l'Oisans et partir pour Rome, via le col du Lautaret et le col de Montgenèvre.