210px|vignette|Chahada calligraphiée. 210px|vignette|Drapeau de la chahada. vignette|La chahada de l'islam sunnite, prononcée en arabe classique.

La chahada (en arabe , , « témoignage » ou encore « attestation ») est la profession de foi essentielle de l'islam, dont elle constitue le premier des cinq piliers qui définissent les fondements de la croyance musulmane. Suivant les courants de l'islam, son contenu diffère légèrement.

Le texte de la profession de foi La chahada est courte : elle tient en une phrase, qu'on peut diviser en deux segments (trois dans le chiisme). Le premier concerne le Dieu de l'islam : il affirme qu'il n'y a pas d'autre divinité digne d'être adorée que Dieu (en arabe, Allah). Le second atteste que Mahomet est l'envoyé (en arabe , ) de Dieu.. Dans le chiisme, une troisième partie rappelle que Ali est le walîy de DieuPaul Ballanfat, "Pilier de l'islam" dans Dictionnaire du Coran, 2007, p. 675.. vignette|La shahada en écriture koufique, représentant en même temps une mosquée avec ses minarets.

Texte en arabe classique Quand elle est récitée par un locuteur parlant arabe, la profession de foi est toujours dite en arabe classique. Dans l'islam sunnite, elle s'énonce ainsi :

(Transcription : Jacques Jomier, "Les fondements" , dans Encyclopædia Universalis, 2014, 1156)

Et dans l'islam chiite, on a cette formulation :

(Transcription : )

Texte en français vignette|Reproduction de la chahada placée au sommet de la flèche qui couronne le tombeau d'Humaynun à Delhi. La traduction la plus courante est celle-ci:

La formulation de la profession de foi peut varier quelque peu, notamment sous l'influence de la traduction (littérale ou non) et des usages concernant les noms (Dieu pour اللّٰه, Mahomet pour محمد). Ainsi par exemple, on trouve cette autre traduction p. 637. :

Une forme assez fidèle de la chahada chiite serait celle-ci (à noter l'ajout de l'attestation du rôle d'AliOmar Saghi, « II. Les climats du paradis » in Paris – La Mecque. Sociologie du pèlerinage, PUF, « coll. Proche Orient », 2010, p. 66-122.) :

Les différences relatives à la traduction de اللّٰه viennent du fait que la transcription phonétique en alphabet latin de ce mot est Allah (اللّٰه ). Ce mot, traduit en français par Dieu, signifie littéralement « le Dieu »Si le terme Allah est communément compris comme référant au Dieu de l'islam, il ne faut pas oublier qu'il est aussi utilisé par les chrétiens arabes. (au contraire de illah qui se traduit par dieu, divinité générique). vignette|La chahada en arabe avec sa transcription en chinois dans un restaurant de Pékin. Les différences relatives à la transcription du nom du Prophète, محمد, viennent du fait que la transcription phonétique en alphabet latin de ce mot est Mouhammad (on rencontre aussi Mohammed), tandis que la transcription utilisée par les orientalistes est Muhammad (avec u = ou).

Considérations sémantiques Le mot chahada vient d'une racine SH - H - D qui signifie « être présent », « être témoin », « attester ». La récitation de cette profession de foi se veut donc le témoignage d'un individu envers sa religion, son dieu et Mahomet en tant que dernier prophète de cette religion.

Les exégèses musulmanes (appelées tafsir) peuvent assez largement différer, tant la traduction d'anciens écrits dont la langue n'est plus utilisée hors du contexte religieux permet une large appréciation ; c'est à ce titre qu'il existe diverses appréciations du sens et des sous-entendus dans la chahada.

Historique de la chahada La chahada dans le Coran La chahada en tant que telle ne figure pas dans le Coran, "Witness to faith", dans Encyclopedia of Quran, vol.4, p. 488-491.. On retrouve néanmoins les éléments de la chahada (Dieu / Muhammad) dans ces deux versets : et

Analyse historique Jusqu'au , on a peu de données historiques sur l'élaboration et l'histoire de la chahada. Depuis, de nombreux chercheurs, occidentaux et issus du monde arabe, se sont appliqués à trouver et analyser des sources historiques qui ne provenaient pas des textes religieux (Coran et hadiths principalement).

À ce jour, les plus anciennes chahadas connues datent du EC et, dans le cadre d'un processus de mise en place qu'il est en partie possible de suivre, ne comportent que la première partie de la chahada — celle proclamant qu'il n'y a de dieu que Dieu. La première chahada complète date de la fin du Heidemann St., "The Evolving Representation of the Early Islamic Empire and its Religion on Coin Imagery" dans The Qurʾān in Context Historical and Literary Investigations into the Qurʾānic Milieu, Brill, 2010, p. 149-196.. Mais une fois la chahada actuelle apparue, les variantes ne disparaissent pas pour autant. Certaines sont attestées au début de l'époque abbasside.

Inscription sur pièces de monnaie Des chahadas, complètes ou partielles, sont attestées sur des pièces de monnaie islamiques à partir de la fin du .

, orientaliste allemand, a trouvé une pièce de monnaie datant de 689-90 portant les deux parties de la chahada. Ces deux propositions sont encore séparées : une face présente la chahada théocentrée, l'autre, la mention de Mahomet messager de Dieu. La première chahada complète figurerait sur une monnaie de 691-692 inscrite en persan et écriture pehlevi. Son étude montre que la chahada est la dernière étape d'un processus d'élaboration, dont les premières étapes sont centrées sur la seule divinité.

Le professeur Michael L. Bates, spécialiste américain de la numismatique, a mené une étude sur le monnayage entre la fin du et 715. Les premières professions de foi inscrites sont d'abord en latin sous la forme « Dieu est votre dieu et il n'y en a pas d'autres ». En 708-709, une shahada sans mention de Mahomet apparaît encore. Les monnaies nord africaines montrent une évolution de slogans monothéistes non-confessionnels vers la shahada islamique, en tout cas sa première partie. L'auteur associe la forme finale de la chahada au règne d'Abd al-Malik. La présence de pièces ne correspondant pas au formulaire officiel après le règne d'Abd al-Malik est le signe d'une évolution du statut de la chahada.

Volker Popp, a comparé une pièce arabo-sassanide portant simultanément ces lettres (Mhmd) et des représentations chrétiennes. Il est arrivé à la conclusion que le terme Mhmd ne désigne pas Mahomet mais Jésus puisque sa traduction donne « le béni », terme qui est aussi utilisé pour désigner JésusVolker Popp, "Bildliche Darstellungen aus der Frühzeit des Islam (IV)" imprimatur 5+6, 2004 ; Voker Popp, "Die frühe Islamgeschichte nach inschriftlichen und numismatischen Zeugnissen" dans Ohlig (ed.), Die dunklen Anfänge. Neue Forschungen zur Entstehung und frühen Geschichte des Islam, Berlin 2005, p. 16–123, p. 63.Cette thèse est soutenue, par exemple, par Ohlig. (Karl-Heinz Ohlig, "Vom muhammad Jesus zum Propheten der Araber - Die Historisierung eines christologischen Prädikats" in K.-H. Ohlig, Der frühe Islam, Inarah 2, 2007.

De même, après avoir mis en garde contre la seule interprétation du mot muhammad comme nom de Mahomet, Kropp précise qu'il n'est pas impossible que certaines monnaies portant le mot muhammad soient préislamiques (conf. au Collège de France, 2005, https://www.youtube.com/watch?time_continue=2801&v=SiKd_IsX0Yw ; d : 47-49)..

Graffitis islamiques L'étude des graffitis islamiques est l'une des sources permettant de mieux comprendre l'histoire de la chahadaR. G. Hoyland, "The Content And Context Of Early Arabic Inscriptions", Jerusalem Studies In Arabic & Islam, 1997, Volume 21, No. 3, pp. 77-102.. C'est, en particulier, le sujet de recherche de Frédéric Imbert, directeur du Département des Études Arabes, Médiévales et Modernes de l'Institut français du Proche-Orient (IFPO). Ces graffitis permettent de découvrir des formes anciennes et archaïques de la chahada, dont certaines pourraient être préislamiques.

C'est ainsi que des chahadas anciennes gravées dans la pierre ont été retrouvées sur le site de Badâ, dans le nord-ouest de l'Arabie saoudite. Elles datent du second siècle de l'Hégire (780 après J.C) et sont d'auteurs anonymes. Le sujet de leur complétude au regard de la version contemporaine (première partie : « J'atteste qu'il n'y a pas de divinité sauf Dieu », seconde partie « et que Mahomet est son Envoyé ») est sujet à débat, ce dernier point étant perçu comme participant à déterminer la place de Mahomet dans l'islam primitif. Sur les 20 chahadas découvertes à Badâ, seules 7 mentionnent des dates d'inscriptions qui sont comprises entre l'an 158 et 178 de l'hégire ; une comprend uniquement la première partie d'attestation de foi, et six autres intègrent la première et la deuxième partie de l'attestation de foi telle que nous la connaissons aujourd'hui. Les chahadas de ce corpus ne sont pas encore introduites par la basmallah.

Pour l'auteur, . Pour Imbert, l'apparition du nom de Mahomet dans les inscriptions privées que sont les grafittis pourraient suivre son apparition dans le formulaire des textes officiels (bornes, monnaies...).

Similitude avec d'autres professions de foi monothéistes Il existe une continuité entre l'affirmation islamique de l'unicité divine dans la chahada et dans la foi des autres monothéismes (judaïsme et christianisme), exprimée dans le Chema Israël et dans le credo..

Plusieurs auteurs ont trouvé des comparaisons dans différents courants du judaïsme, comme chez les samaritains, ou du christianisme oriental. Ainsi, Philippe Gignoux, membre de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, déclare que la chahada « était aussi très bien connue de la communauté nestorienne dans le milieu et la fin de la période sassanide »Philippe Gignoux, « Les antécédents nestoriens de la Chahada », in Acta Iranica, 28 (1988), p.404.. Guy Stroumsa, spécialiste français des religions abrahamiques note que . Pour l'auteur, la présence de formules similaires à la chahada a été repérée dans la littérature judéo-chrétienne ancienne mais n'a pas encore fait l'objet de toute l'attention qu'elle mériteraitGuy G. Stroumsa, « Jewish Christianity and Islamic Origins », in Islamic Cultures, Islamic Contexts, Essays in Honor of Professor Patricia Crone, Brill, 2015, p.86..

Des inscriptions chrétiennes semblables à la première partie de la chahada ont été aussi retrouvées, notamment en Syrie sur de nombreux linteaux., mais ces dernières affirment, au contraire, la divinité de Jésus-Christ : ..

Signification religieuse

Sens et utilisation religieuse La chahada, principale profession de foi de l'islam, est divisée en deux parties. La première () fait implicitement référence au concept de tawhid, dogme musulman affirmant l'existence et l'unicité de Dieu : Dieu est unique, en opposition au polythéisme, et un, en opposition au trinitarisme chrétien. La seconde () fait référence à la mission prophétique de Mahomet.

Cette profession de foi est récitée à quatre moments de la vie d'un musulman : lors de son adoption de l'islam, lors de la prière, lors d'une expression de sa foi ou d'un appel à Dieu et enfin, lors de l'accompagnement d'un mourant dans la mort.

Afin de souligner cette notion d'unicité de Dieu, on accompagne parfois la profession de foi d'un geste de l'index que l'on pointe vers le ciel.

Adoption de l'islam en tant que religion et rite de conversion Lorsqu'un individu embrasse la foi musulmane, la chahada doit être récitée. Dans le cas d'un nouveau-né, le coutume musulmane veut que le père, peu après la naissance, lui récite à l'oreille la profession de foi. Alors, l'enfant est considéré comme ayant adopté la foi musulmane devenant par la même membre de la communauté informelle des croyants musulmans, appelée Oumma.