La roue est un moyen de supplice utilisé depuis l'Antiquité jusqu'à la fin du . Au cours de l'histoire, ce supplice a revêtu différentes formes.
Dans l'Antiquité, on attachait les condamnés aux rayons d'une roue pour les torturer ou les faire tourner parfois jusqu'à la mort.
Les hagiographies légendaires des martyrs chrétiens des premiers siècles font état de roues de fer garnies de pointes destinées à déchirer les chairs, dont l'histoire ne semble cependant pas avoir gardé de traces.
Au milieu du Moyen Âge, apparaît un nouveau mode d'exécution au cours duquel le condamné à mort, après avoir eu les membres et la poitrine brisés en étant écartelé sur le sol ou sur une croix en bois, reste exposé sur une roue jusqu'à ce que mort s'ensuive. Selon la résistance du patient, l'agonie sur la roue pouvait durer de quelques instants à plusieurs jours. Les juges atténuaient parfois la sentence par un retentum, enjoignant au bourreau d'étrangler le patient à un moment donné.
Pour des raisons de décence, la peine de la roue n'était pas appliquée aux femmes : celles-ci étaient condamnées au bûcher, à l'enfouissement ou à la décapitation, en fonction de leur crime ou de leur qualité.
Antiquité
La roue, utilisée comme instrument de torture dans la Grèce antique, figure dans la comédie d'Aristophane Ploutos, écrite en 388 av. J.-C. : . Aristophane parle également de la roue dans la comédie La Paix : au vers 453, Trygée dit ce qui laisse à penser que la roue n'était pas utilisée chez les Athéniens pour rompre les membres des condamnés, mais pour les fouetter.
Avoir les membres brisés sur une roue est évoqué dans le Quatrième Livre des Maccabées, un pseudépigraphe rédigé vers le milieu du Encyclopæedia Universalis Lire en ligne : Pseudo Flavius Josèphe, Le martyre des Macchabées, Livre des Macchabées (IV;11) Lire en ligne. Le récit est légendaire, mais il démontre que ce mode d'exécution était connu et pratiqué à cette époque.
Selon Guy du Rousseaud de la Combe la pratique consistant à briser les membres d'un condamné pour provoquer sa mort remonterait au temps de l'empereur romain CommodeGuy du Rousseaud de la Combe,Traité des matières criminelles, T. Le Gras, Paris, 1768 Lire en ligne (180 à 192) : « Le supplice de la roue est fort ancien ; il en est fait mention dans Saint Jérôme. Il est rapporté qu'Appolinaris, sénateur de Rome, ayant été accusé d'être chrétien du temps de l'empereur Commode, son accusateur qui était esclave, fut condamné par le jugement de Perennis, préfet du Prétoire, à avoir les os brisés. »
Persécutions de chrétiens vignette|Martyrs chrétiens roués selon Antonio Gallonio Les récits hagiographiques relatant les persécutions des chrétiens au cours des premiers siècles du christianisme font état de roues sophistiquées utilisées pour le martyre de plusieurs saints. Ces récits sont regroupés dans La Légende dorée, ouvrage considéré par les spécialistes comme un recueil de mythes constitutifs d'une mythologie chrétienne destinée à exalter la foiPhilippe Walter, Mythologie chrétienne. Fêtes, rites et mythes du Moyen Âge, éd. Imago, 2003, page 9. L’invraisemblance des détails fournis exclut tout lien avec une réalité historique.
Sainte Catherine Dans La Légende dorée, Jacques de Voragine fait le récit du supplice qu'aurait subi Catherine d'Alexandrie pour avoir repoussé les avances de l'empereur romain Maxence au début du : « Alors un officier de l'empereur lui conseilla de faire faire quatre roues garnies de lames de fer et de clous très aigus, afin de la mettre en pièces, qu'un supplice aussi cruel effrayât les autres chrétiens. Et l'on disposa les roues de façon que deux tournaient dans un sens et deux dans un autre, afin que les unes déchirassent ce que les autres auraient épargné. »Jacques de Voragine, La Légende dorée, traduction de Gustave Brunet, série 2, C. Gosselin, Paris, 1843 Lire en ligne Le récit de Voragine contient de telles invraisemblances () qu'on peut douter qu'une telle machine ait été un jour fabriquée et utilisée. L'existence historique de Catherine d'Alexandrie elle-même est très contestée, au point que, malgré sa popularité, l'Église catholique l'a officiellement retirée de son calendrier liturgique en 1969 au motif que Conférence de présentation du nouveau calendrier romain par l'abbé Pierre Jounel faite à Rome le 9 mai 1970
Saint Georges Un autre saint martyrisé à la même période est Georges de Lydda. Après s'être rétabli miraculeusement et sans dommages de plusieurs supplices tels que la crucifixion, la brûlure par des torches ardentes, l’éviscération et l'empoisonnement, il survécut également à la déchirure par une roue analogue à celle de sainte Catherine : Jacques de Voragine, La Légende dorée, traduction de Gustave Brunet, série 2, C. Gosselin, Paris, 1843 Lire en ligne. Il fut alors précipité dans une chaudière remplie de plomb fondu , avant d'être finalement décapité.
Tirés de plusieurs légendes anciennes, les actes de la vie de saint Georges sont sévèrement jugés par le savant bollandiste Hippolyte Delehaye : Hippolyte Delehaye, Les Légendes grecques des saints militaires, Alphonse Picard, Paris, 1909 Lire en ligne.
Période d'usage en France vignette|Jugement condamnant Louis Mandrin au supplice de la roue. (1755) En France, il semble que ce supplice fut employé pour la première fois par Louis VI le Gros en 1127 pour l'exécution des responsables de l'assassinat du comte de Flandre, mais c'est un édit de François signé à Paris en janvier 1534, portant sur la répression des bandits de grand-chemins et le supplice de la roue, qui en légitima l'emploi. L'édit dispose :
Le supplice fut ensuite étendu aux assassins en 1547Henri Victor Dollin du Fresnel, Un régiment à travers l'histoire, le 76e, ex-1er léger, E. Flammarion, 1804 (note 2 en de bas de page) Lire en ligne.
En France métropolitaine, c'est le soldat genevois André Sauret, du régiment de ChâteauvieuxVaudois et confédérés au service de France : 1789-1798 Alain-Jacques Tornare, qui pourrait avoir été, le 4 septembre 1790, le dernier supplicié français, pour sa participation à la sédition de l'affaire de NancyUn régiment à travers l'histoire, le , ex-1er léger Henri Victor Dollin Du Fresnel, 1804. Toutefois, dans un article paru le janvier 1791, Louis Marie Prudhomme indique : et s'offusque des retards de l'assemblée à faire cesser ce procédéRévolutions de Paris, , du 25 décembre 1790 au janvier 1791, 77 Lire en ligne. Dans la colonie de Saint-Domingue (Haïti), Vincent Ogé et Jean-Baptiste Chavannes furent roués vifs dans la ville du Cap, le 27 février 1791, pour avoir soulevé les gens de couleurBeaubrun Ardouin, Études sur l'histoire d'Haïti suivies de la vie du général J.-M. Borgella T1, Éditeur : Dézobry et E. Magdeleine, Paris, 1853 Lire en ligne. Par la suite, deux échafauds furent dressés en permanence au Cap pour rouer les rebelles dès qu'ils étaient capturésBeaubrun Ardouin, Études sur l'histoire d'Haïti; suivies de la vie du général J.-M. Borgella T1, éditeur : Dézobry et E. Magdeleine, Paris, 1853 .
Le 6 octobre 1791, l'Assemblée nationale votera le code pénal qui dispose, dans ses articles 2 et 3 de son titre premier, que « La peine de mort consistera dans la simple privation de la vie, sans qu’il puisse jamais être exercé aucune torture envers les condamnés. » et que « Tout condamné à mort aura la tête tranchée. », abolissant ainsi définitivement l'usage de la roue.
Il resta toutefois quelques nostalgiques : à la suite de l'attentat de la rue Saint-Nicaise du 24 décembre 1801 visant Bonaparte alors premier consul, Antoine-Alexis Cadet de Vaux proposa, par une lettre insérée dans les journaux, rien de moins que le rétablissement des supplices de la roue et de l'écartèlementCollectif, Biographie des Hommes vivants, Michaud, tome second, 1816-1817 Lire en ligne.
Mode opératoire En France
L'avocat français Pierre-François Muyart de Vouglans en fait la description suivante en 1780 : « On dresse un échafaud sur le milieu duquel est attaché à plat une croix de Saint-André faite avec deux solives en forme oblique assemblées au milieu où elles se croisent, sur lesquelles il y a des entailles qui répondent au milieu des cuisses, des jambes, du haut et du bas des bras. Le criminel nu, en chemise, étendu sur cette croix, le visage tourné vers le ciel, l'exécuteur ayant relevé sa chemise aux bras et aux cuisses, l'attache à la croix à toutes les jointures et lui met la tête sur une pierre. En cet état armé d'une barre de fer carrée, large d'un pouce et demiEnviron 4 cm arrondie avec un bouton à la poignée, il en donne un coup violent entre chaque ligature, vis-à-vis de chaque hoche et finit par deux ou trois coups sur l'estomac [...] Après l'exécution faite, le corps du criminel est porté sur une petite roue de carrosse dont on a scié le moyeu en dehors et qui est placée horizontalement sur un pivot. L'exécuteur, après lui avoir plié les cuisses en dessous, de façon que ses talons touchent au-dessous de sa tête, l'attache à cette roue en le liant de toutes parts aux jantes et le laisse ainsi exposé au public plus ou moins de temps. »Pierre-François Muyart de Vouglans, Les Loix criminelles de France, T1, Paris, 1781 Lire en ligne.
Louis-Sébastien Mercier le décrit ainsi : Louis Sébastien Mercier : Tableau de Paris III chapitre Sentence de mort pages 268-269.
Au nord et à l'est de l'Europe
En Europe de l'Est, le déroulement du supplice était identique, toutefois ce n'était pas une barre de fer qui était utilisée pour rompre les membres mais la roue elle-même.
Agonie et compassion vignette|droite|Détail du tableau de Pieter Brueghel l'Ancien Le Triomphe de la Mort (1562) sur lequel figure un roué. Dans son livre Les Soirées de Saint-Pétersbourg publié en 1821, Joseph de Maistre fait une description saisissante du rôle du bourreau : « Un signal lugubre est donné ; un ministre abject de la justice vient frapper à sa porte et l'avertir qu'on a besoin de lui : il part ; il arrive sur une place publique couverte d'une foule pressée et palpitante. On lui jette un empoisonneur, un parricide, un sacrilège : il le saisit, il l'étend, il le lie sur une croix horizontale, il lève le bras : alors il se fait un silence horrible, et l'on n'entend plus que le cri des os qui éclatent sous la barre, et les hurlements de la victime. Il la détache ; il la porte sur une roue : les membres fracassés s'enlacent dans les rayons ; la tête pend ; les cheveux se hérissent, et la bouche, ouverte comme une fournaise, n'envoie plus par intervalle qu'un petit nombre de paroles sanglantes qui appellent la mort. »Joseph de Maistre, Les Soirées de Saint-Pétersbourg, t. 1, J. B. Pélagaud, Paris, 1854 Lire en ligne.
Selon la constitution des suppliciés, l'agonie sur la roue pouvait être interminable. Celle de l'innocent Jean Calas dura deux longues heuresAlex Coutet, Jean Calas roué vif et innocent (extrait) in Revue d'histoire de la pharmacie, Volume 22, 85, 1934 Lire en ligne. L'avocat Edmond Jean François Barbier relate le calvaire subi à Paris, en , par un certain Desmoulins âgé de 17 ou 18 ans : « Il a donc été rompu, mardi 18, à midi. C'était un garçon si robuste et si résolu, qu'il est resté vingt-deux heures vif sur la roue. On a relayé des confesseurs pendant la nuit, d'autant que la place, sur un échafaud, est un peu froide. Ledit sieur Desmoulins a bu plusieurs fois de l'eau et a beaucoup souffert. Enfin, voyant qu'il ne voulait pas mourir et que le service était long, M. le lieutenant criminel a envoyé demander à Messieurs de la Tournelle la permission de le faire étrangler, ce qui a été fait ce matin, mercredi 19, à dix heures, sans quoi il y serait peut-être encore. »Edmond Jean François Barbier, Journal historique et anecdotique du règne de Louis XV, t. 2, J. Renouard, Paris, 1849 Lire en ligne