Les Alérame, en italien les Aleramici, connus aussi sous le nom antique des Aleramidi, furent une importante famille féodale piémontaise dont les diverses branches gouvernèrent le Montferrat, Saluces, Savone et d'autres terres comprises entre la Ligurie et le Piémont.
Origines
Les origines et la généalogie de cette maison ne sont pas très précises en raison du peu d'informations disponibles et des contradictions que donnent les faux documents réalisés au afin de soutenir les prétentions héraldiques de certains et qui ont été largement utilisés par les historiens du Les faussaires les plus connus, pour l'histoire des Alérame Del Vasto, sont G.F. Meyranesio et G. Sclavo. Pour les marquis D'Incisa G. Molinari est le cas le plus connu. Au cours des siècles passés, beaucoup d'historiens cherchèrent à retracer les ancêtres d'Alérame, le fondateur de la dynastie, qui d'après des fonts médiévaux fantaisistes descendrait de Teodorico di Frisia ou des seigneurs de Kent. D'autres historiens, surtout au - cherchèrent inutilement à trouver la confirmation de la légende de l'amour qui aurait lié Alérame à Adelasia, mythique fille de l'empereur allemand La principale source de la légende sur Alérame est constituée de la chronique rédigée par les frères Jacopo d'Acqui et Galvano Fiamma, et est puisée sur des fonts littéraires aujourd'hui perdus et sur des traditions populaires. Leurs œuvres, en particulier celle de fra Iacopo, influèrent les autres auteurs entre le et le .. Cette légende raconte qu'un couple allemand de passage dans la région aurait laissé leur nouveau-né dans un village de Montferrat. L'enfant fut appelé Alerami et élevé par les villageois. Plus tard, il participa à une bataille à Brescia, puis rencontra la fille de l'empereur et s'enfuit avec elle en Ligurie. Ils eurent quatre fils. L'aîné ira à une bataille et aura un tel courage que l'empereur voulut le connaître. Lorsqu'il apprit qui il était, il pardonna à sa fille et nomma Alerami marquis.
La dotation du monastère de Grazzano, un document de 961, fait référence au fait qu'Alérame est le fils d'un comte Guillaume, de loi salique. Il semble plausible d'identifier Guillaume avec un personnage, probablement de souche franque, entré en Italie avec trois cents soldats, dont Anschaire Ier d'Ivrée, Arduin le Glabre et son vassal Alineo, à la suite de en 888 et actif en 924 à la cour de , roi d'Italie. Les origines d'Alérame seraient donc à chercher, et différentes hypothèses ont été énoncées, dans les territoires du royaume de Lothaire. Les origines d'Adelasia, première femme d'Alérame et à l'origine des Alérame, restent inconnues. Avec certitude, Alérame se maria avec Gerberga, fille de roi d'Italie et ce mariage lui permit d'obtenir le titre de marquis entre 958 et 961. L'origine impériale d'Adelasia semble être une légende créée afin de donner un plus grand prestige à sa descendance.
Alérame peut être considéré comme le véritable fondateur de la dynastie alérame. Il bénéficiait d'un grand prestige aussi bien auprès des rois d'Italie Hugues d'Arles, Lothaire d'Arles et qu'à la cour de l'empereur comme le montrent les diverses terres qu'il obtint et qui s'ajoutèrent aux biens qu'il possédait déjà dans la région de Verceil et en Lombardie, ainsi que le titre de marquis qui lui fut attribué par . En 967, Otton de Saxe lui donna un vaste territoire entre l'Orba et le Tanaro, qui au sud atteignait Savone. Ce territoire, inculte, fut dévasté au cours du siècle précédent par des incursions de brigands provenant ou favorisés par les soi-disant sarrasins de Frassinet. Ce territoire reçut le nom de Vasto ou Guasto et de nombreux successeurs d'Alérame se firent appeler marquis de Vasto. Pendant plusieurs siècles, selon Riccardo Musso, le toponyme resta en usage dans le territoire compris entre Dego, Montenotte, Carcare et Cairo. Dans d'autres lieux, le toponyme équivalent Langhe (vulgariter enim loca deserta Langae dicuntur selon Lunig) prévalut.
La marche, dont Alérame fut le marquis, s'étendait approximativement du bas de Verceil à Savone, et sur la côte de Finale à Cogoleto. Dans cette aire, il y avait plusieurs centres urbains, comme Savone ou Acqui, gouvernées par leur évêque et dotées d'une grande autonomie reconnue par l'empereur. Au moment de l'investiture d'Alérame, le reste du Piémont et de la Ligurie occidentale étaient divisés en deux grandes marches : au nord celle d'Ivrée et au sud, entre Turin et Vintimille, celle du marquis de Turin Ardouin le Glabre.
Les principales branches de la descendance d'Alérame
Les Alérame ne suivent pas la règle du droit d'aînesse et pour réduire l'affaiblissement dynastique dû au fractionnement des biens, ils gèrent ceux-ci de manière associative. Les domaines d'Alérame restent une propriété partiellement indivisible entre les descendants de ses deux fils Otton et Anselme pendant presque un siècle, comme le démontrent les accords que Savone continue à renouveler avec toutes les branches de la famille jusqu'en 1085.
À la fin du , un siècle après la mort d'Alérame, les trois branches principales de la descendance d'Alérame sont : les marquis de Montferrat, descendants d'Otton. Leurs biens sont concentrés au nord du Tanaro, même si au cours des siècles suivants, ils conquièrent beaucoup de territoires dans le Piémont méridional qui appartiennent à d'autres familles issues d'Alérame; Les marquis de Bosco, descendants d'Anselme. Leurs biens se situent entre Alexandrie et Albisola; Les marquis de del Vasto, eux aussi descendants d'Anselme. Ils héritent des territoires entre Loreto, Savone auxquels ils ajoutent une bonne partie des biens arduin qui se situent entre Saluces et Albenga.
Ces subdivisions correspondent aux noyaux patrimoniaux résultant des importantes donations reçues par Alérame. Les deux premières donations proviennent d'Hugues d'Arles et de Lothaire. La première (934) concerne la cour d'« Auriola »(?), qui permet à Alérame d'étendre ses domaines dans le Montferrat. La localisation la plus acceptée est celle de Trino, au nord du Pô entre Chivasso et Verceil, même si le nom d'Auriola rappelle Olivola, à proximité de Grazzano. La donation de l'année suivante concerne la cour de di Villa del Foro (Forum Fulvii romaine, actuelle une frazione d'Alexandrie, il territoire entre « Barcile » et « Carpanum », qui pourrait être le territoire le long de l'Orba jusqu'à Carpeneto et la ville de Ronchi. La région d'Alexandrie et la vallée de l'Orba (les deux premiers biens de la seconde donation) constituent le noyau des marquis del Bosco, alors que le troisième, non loin du territoire qui donnera naissance, deux siècles plus tard, au marquisat d'Incisa, pourrait avoir été transmis aux marquis de Sezzadio, leurs biens s'ajoutant à ceux des marquis del Vasto. Enfin en 967 l'empereur donne à Alérame seize cours dans le territoire dévasté par les « Sarrasins » de Frassinet dans l'arrière-pays de Savone et dans les Langhe. Ce territoire, appelé « Vasto », est le noyau patrimonial des marquis nommés del Vasto.
La séparation patrimoniale entre les trois branches alérames, qui débute dans les premières décennies du , se conclut avec l'extinction de la descendance mâle des marquis de Turin. Compte tenu que deux filles de , Berte et Adélaïde, ont épousé respectivement Tete (le père de Boniface del Vasto) et Henri de Montferrat, après la mort d'Adélaïde les territoires des marquis alérames s'étend le long du Pô à tout le bas Piémont, s'opposant cependant aux ambitions des Savoie (Humbert comte de Maurienne). Le pouvoir de Boniface et Humbert s'arrête le long d'une frontière située entre Staffarda et Carmagnole, le long de la ligne du Pô.
Le grand domaine de Boniface, « le plus célèbre marquis d'Italie », suivant le chroniqueur Goffredo Malaterra, est divisé entre ses sept fils donnant naissance à un grand nombre de lignée dynastique: les marquis de Saluces, ceux de Busca et Lancia, ceux de Ceva et Clavesana, ceux de Savone et ceux d'Incisa.
Les Alérame du Montferrat
Les descendants d'Alérame gèrent pour plusieurs années de manière associative les domaines hérités. Après quelques dizaines d'années, les territoires du Monteferrat deviennent un marquisat, dont les descendants d'Otton, un des deux fils d'Alérame, deviennent les seigneurs.
À partir du , les marquis du Montferrat voient leurs pouvoirs augmenter de manière importante devenant la principale dynastie féodale du Piémont méridional. Les objectifs des marquis sont l'expansion au détriment des importantes communes d'Asti, d'Alba et d'Alexandrie, mais déjà au milieu du , la famille s'engage sur un second front, celui de l'orient. La participation aux guerres en Terre sainte, et en particulier lors de la troisième croisade, apporte une grande gloire à la cour de Montferrat.
Les successeurs de , et s'emploie à l'extension de leurs domaines dans le Piémont. réussit à étendre son influence au point de devenir capitaine de Milan. Il finit cependant sa vie misérablement dans une cage de fer, capturé par Alexandrie.
Avec la mort de , le marquisat connait des désordres. Son fils Jean, qui meurt sans héritier mâle en 1305, est le dernier marquis alérame du Montferrat.
La fille de , Violante s'est mariée avec l'empereur (on observe encore le lien entre Les Alérame et l'Orient): le fils Théodore réclame le trône de Montferrat qu'il réussit à obtenir. C'est le début de la domination de la famille des Paléologues.
Les Montferrat en Orient
, Conrad et Boniface prennent part aux croisades. Le petit-fils de , , et son fils Conrad réussissent à devenir, pour peu de temps chacun, rois de Jérusalem, alors que Boniface réussit à prendre la couronne du petit royaume de Thessalonique. Le titre est plus honorifique qu'effectif, à la mort de Boniface en 1207, l'éphémère royaume se dissout rapidement. Son fils Démétrios obtient le trône encore enfant et son pouvoir est confié à des régents avant d'être annexé par le despotat d'Épire en 1224.
Les Montferrat deviennent membres des dynasties régnantes de Byzance. de Montferrat (1163-1182), en épousant Marie en février 1180 la fille de , empereur d'Orient, devient le gendre et un membre de la dynastie régnante même si, après l'accession au trône de , ceux-ci sont éliminés. Les Montferrat, de plus, se lient avec la dynastie Paléologue: en épousant , la marquise Yolande donne naissance à Théodore, qui fort des droits de sa mère, résiste aux prétentions des marquis de Saluces à la succession du trône de Montferrat en 1305, donnant naissance à une nouvelle dynastie.
Les Alérame de Bosco et Ponzone , petit-fils d'Anselme fils d'Alérame, a pour fils Hugues, marquis de Bosco et de Ponzone. Il hérite des droits alérames dans le territoire qui, depuis le littoral ligure entre Albisola (à l'orient du mont Priocco) et Varazze comprise, se prolonge jusqu'à la plaine du Pô, le long de la vallée de l'Orba, de la Stura et de la Piota jusqu'à Alexandrie, ayant comme frontière nord-occidentale la Bormida di Spigno.
Deux fils d'Hugues, Anselme et Alérame, sont à l'origine respectivement des marquis de Bosco et de celui de Ponzone. La seigneurie des premiers s'étend sur Bosco, Ovada, Ussecio (actuellement Belforte Monferrato), Pareto, Mioglia, Monteacuto, Ponte dei Prati (actuellement Pontinvrea), Casteldelfino (localité, qui, un temps, se trouvait entre Pontinvrea et Giovo Ligure) et Stella, alors que la seconde comprend Ponzone, Sassello, Spigno, Celle et Varazze.
Au cours des siècles suivants, leurs territoires sont compris entre les communes d'Alexandrie et de Gênes, ils doivent faire preuve, de manière répétée, de soumission. Le fractionnement progressif des biens féodaux entre les différentes lignées est la principale cause de la décadence des marquis de Bosco et Ponzone.
Les Alérame de Del Vasto