Madame Simone, ou simplement Simone, dite Simone Le Bargy au théâtre, née Pauline Benda, est une comédienne et femme de lettres française, née le à Paris et morte le à MontgeronActe (vue 29/31), registre des naissances de l'année 1877 pour le arrondissement, des Archives numérisées de la Ville de Paris (avec mention marginale du décès et des unions)..
Figure du théâtre de boulevard dans la première moitié du , notamment associée aux pièces d'Henri Bernstein, elle succède à Sarah Bernhardt dans le rôle de L'Aiglon d'Edmond Rostand, puis crée en 1910 le rôle de la Faisane dans Chantecler du même auteur. À partir de 1930, elle développe également une œuvre de romancière, dramaturge et mémorialiste, couronnée en 1960 par le grand prix de littérature de l'Académie française. Membre du jury du prix Femina de 1935 jusqu'à sa mort., elle exerce également une importante activité de transmission de l'art dramatique à la radio et compte Jean-Laurent Cochet parmi ses élèves.
Biographie Origines, jeunesse et formation Née en 1877Bruno Villien, « Simone (Pauline Benda, dite Mme) [Paris 1877 - Montgeron, Essonne 1985] », dans Béatrice Didier, Antoinette Fouque et Mireille Calle-Gruber (dir.), Dictionnaire universel des créatrices, Éditions des femmes, 2013, p. 4004. dans une famille de la bourgeoisie juive, alliée par sa grand-mère paternelle, née Emden, à la famille Reinach mais minée par la mésalliance de son père avec une danseuse, Pauline Benda est la petite-fille de Sigmund Benda et la cousine germaine de l’écrivain Julien Benda.
Après ses études au lycée Racine, Pauline Benda s’inscrit, sans en informer sa mère, à la Sorbonne et suit au Collège de France les cours de psychologie expérimentale de Théodule Ribot, à la grande stupéfaction de ses camarades, tous garçons et apprentis médecins. Elle fréquente également un hôpital, ce qui scandalise sa mère, qui craint qu’une telle conduite ne compromette ses chances de mariage. Un compromis est finalement trouvé : Pauline peut continuer les enseignements théoriques de Ribot, mais doit renoncer à la pratique hospitalière et prendre des cours de diction.
Elle entre alors, à contrecœur, dans la classe de Charles Le Bargy, sociétaire de la Comédie-Française. Après l’avoir entendue réciter un poème de Lamartine, Le Tombeau d'une mère, celui-ci est vivement impressionné. Mme Benda l’invite à dîner et, six mois plus tard, en 1898, Pauline Benda épouse à l'église Saint-Philippe-du-Roule le comédien Charles Le Bargy (1858-1936), de presque vingt ans son aîné.
La vocation théâtrale de Pauline se précise à la suite d’un défi lancé par son mari : après avoir jugé sévèrement l’interprétation de Bartet dans le rôle de Camille, dans On ne badine pas avec l’amour d’Alfred de Musset, elle s’entend répondre par Le Bargy : « Joue donc toi-même un peu, pour voir. ».
Trois semaines plus tard, en 1900, elle paraît au théâtre municipal de Reims dans ce même rôle. Craignant que les débuts de sa jeune épouse ne nuisent à sa réputation, Le Bargy la fait alors jouer sous le nom de « Pauline Prima ». Au baisser du rideau, il lui dit : « Retiens bien ceci : ou tu renonces à tes travaux sur les fous et deviens comédienne, ou tu es folle toi-même. ».
Avant de prendre sa décision, Pauline Benda sollicite l’avis de Sarah Bernhardt, qui l’auditionne dans sa loge alors qu’elle répète L’Aiglon. Après avoir entendu Pauline réciter un poème de Victor Hugo, Deux différentes manières d’aimer, Bernhardt répond à Le Bargy, qui lui demande si la jeune femme est douée : « Plus que vous. ». Rassurée sur ses aptitudes, Pauline se prépare à débuter à Paris en 1902. Toutefois, Le Bargy n'aime pas le prénom de Pauline. Il en cherche un autre qui fasse bien sur les affiches. Il hésite entre Christiane et Simone : finalement, il se décide pour Simone. Ce choix lui aurait été inspiré par les deux derniers vers du poème Simone d’Alfred de Musset : « Le plus difficile à trouver / N’est pas la plante, c’est Simone ». Pauline Benda se fait dès lors connaître sous le nom de Simone Le Bargy et le prénom de Pauline fut réservé à l'intimité.thumb|Simone Le Bargy en 1904, cliché Reutlinger.
Carrière théâtrale Elle fait ses débuts au théâtre en 1902 sous le nom de Simone Le Bargy dans une pièce d'Henri Bernstein, dont elle créera plusieurs autres œuvres.
En 1909, Charles Péguy envisage de lui confier le rôle de Jeanne dans sa Jeanne d’Arc, publiée en 1897. Il lui expose son projet de faire représenter l’œuvre à Orléans les 6, 7 et 8 mai 1910, à l’occasion des fêtes de Jeanne d’Arc.. Simone accueille toutefois cette proposition avec réserve, et le projet n’aboutit pas..
Après avoir succédé à Sarah Bernhardt dans le rôle-titre de L'Aiglon d'Edmond Rostand, Madame Simone retrouve l'auteur en 1910 lors de la création de Chantecler. Le 7 février 1910, au théâtre de la Porte-Saint-Martin, elle crée le rôle de la Faisane, grand rôle féminin de la pièce, aux côtés de Lucien Guitry dans le rôle-titre et de Jean Coquelin dans celui de Patou.
La réception de son interprétation est toutefois contrastée. Dans la Revue des Deux Mondes, René Doumic, très sévère envers l'interprétation d'ensemble de Chantecler, estime que le rôle de la Faisane interprété par Simone « disparaît purement et simplement ».. Henri de Régnier porte en revanche un jugement plus favorable sur son incarnation scénique : bien que critique envers le réalisme des costumes du spectacle, il distingue Simone et Félix Galipaux des autres interprètes, estimant qu'ils semblent « n'avoir jamais été autre chose que merle et faisane »..
Dans la première moitié du , Madame Simone s'impose comme l'une des figures importantes du théâtre de boulevard, son nom étant notamment associé aux succès des pièces d'Henri Bernstein. L'historienne du théâtre Chantal Meyer-Plantureux souligne que sa réception critique est également marquée par les stéréotypes antisémites alors appliqués à certaines comédiennes, malgré l'admiration dont son jeu fait l'objet.
thumb|Portrait de Madame Simone, peint par Henry Caro-Delvaille en 1908.
Activité littéraire et vie intellectuelle À partir des années 1910, amie de nombreuses célébrités de son temps, elle reçoit au château de Trie-la-Ville de grandes personnalités littéraires comme Charles Péguy ou Jean Cocteau.
Son entrée en littérature est favorablement accueillie par la critique. En 1931, à propos de Le Désordre, Henri de Régnier relève dans Le Figaro l'indépendance du roman et souligne les qualités de l'œuvre ainsi que le pittoresque et le relief de sa langue.
En 1954, à propos de L'Autre Roman, Émile Henriot décrit dans Le Monde un récit autobiographique centré sur le drame familial de l'enfance, dont il souligne la sobriété et la retenue plutôt qu'un règlement de comptes..
Si le théâtre lui apporte d'abord la célébrité, l'écriture occupe progressivement une place essentielle dans son parcours. Pendant près d'un demi-siècle, Madame Simone publie romans, récits et textes autobiographiques et reçoit en 1960 le grand prix de littérature de l'Académie française. Le Monde relève qu'aucune femme n'avait obtenu cette distinction depuis trente ans..
Lors de la séance publique de l'Académie française de décembre 1960, Maurice Genevoix revient sur la réception de son œuvre littéraire : il rappelle que Le Désordre, Jours de colère et Le Bal des Ardents avaient suscité de nombreux éloges critiques et retient notamment le jugement d'Henri de Régnier sur Jours de colère, « qui ne ressemble à aucun autre ». Genevoix dit pour sa part accorder une préférence particulière à ses livres de souvenirs, notamment L'Autre roman et Sous de nouveaux soleils, dont il souligne l'acuité d'observation et la qualité des portraits. Il rappelle enfin qu'en 1910, un demi-siècle avant de recevoir elle-même le grand prix de littérature de l'Académie française, Madame Simone avait fait campagne pour que cette distinction soit attribuée à Charles Péguy..
Membre du jury du prix Femina pendant 50 ans, de 1935 jusqu’à sa mort en 1985, elle anime aussi un salon littéraire, où elle lie des amitiés et exerce une influence dans le milieu parisien. Au fil des décennies, son rôle au sein du jury du prix Femina devient particulièrement important ; en 1977, Claude Sarraute la présente dans Le Monde comme le « principal arbitre du prix Femina ». Son influence au sein du jury du prix Femina est notamment relevée en 1968 lors de l'attribution du prix à L'Œuvre au noir de Marguerite Yourcenar : selon la sociologue Delphine Naudier, l'ouvrage est couronné à l'unanimité grâce notamment à la persuasion de Madame Simone.
Elle écrit également le scénario d’Adrienne Lecouvreur, film réalisé par Marcel L’Herbier et sorti en 1938, dont l’adaptation est signée Jean-Georges Auriol et Marcel L’Herbier, et les dialogues François Porché.
En 1964, lors de la fondation de l'Académie d'Angoumois, Madame Simone en devient chancelière, tandis que Jacques Chardonne en accepte la présidence d'honneur..
Vie privée Délaissée par son mari, Charles Le Bargy, Simone Le Bargy entame en 1905 une liaison avec Claude Casimir-Périer. Alors qu’elle connaît un grand succès au théâtre dans La Rafale d’Henri Bernstein, elle s’enfuit avec lui en Angleterre et demande le divorce par lettres à son mari. Cette fuite provoque un scandale largement commenté par la presse, qui parle de « la fugue de l’artiste ».
En décembre 1906, le divorce entre Simone Le Bargy et Charles Le Bargy est prononcé aux torts de l’actrice, à qui il est reproché d’avoir quitté le domicile conjugal pour vivre avec son amant. Comme elle a acquis sa notoriété sous le nom de « Simone Le Bargy », elle demande au tribunal l’autorisation de conserver le nom de son mari. Charles Le Bargy s’y oppose et obtient gain de cause : Simone est menacée d’une astreinte de 500 francs pour chaque usage du nom interdit. La presse se saisit alors de l’affaire sur le mode de la plaisanterie : le journal Fantasio imagine ainsi un certain Agénor Lebargy, « né de parents pauvres, mais malhonnêtes », qui accepterait un mariage blanc afin de permettre à l’actrice de conserver son patronyme. Finalement, l’actrice renonce à son ancien nom marital et ne conserve que le prénom d’emprunt sous lequel elle s’était fait connaître : elle devient dès lors « Madame Simone », nom sous lequel elle poursuivra sa carrière théâtrale et littéraire.
Selon l’historienne Jennifer Kilgore-Caradec, le premier mariage de Madame Simone avec l’acteur Charles Le Bargy aurait servi de modèle à Jean Cocteau pour son monologue Le Bel Indifférent.
En 1909, elle se remarie avec l'écrivain Claude Casimir-Perier (1880-1915), fils de l'ancien président de la République Jean Casimir-Perier.
Madame Simone est également proche de Léon Blum, alors critique littéraire et dramatique, qu'elle fréquente au moins dès 1907 : le 5 janvier de cette année-là, André Gide la rencontre chez Blum. Elle fréquente le cercle de Léon et Lise Blum ; l'historien Serge Berstein décrit Blum comme un ami proche de Simone et relève qu'elle a laissé de lui un « portrait plein de tendresse et d'admiration ». Dans Sous de nouveaux soleils (1957), Simone évoque cette proximité d'une manière qui conduit Berstein à écrire qu'elle « laisse entendre que ses relations avec Blum ne furent pas totalement platoniques » ; ..
En 1923, veuve de Claude Casimir-Périer, Madame Simone épouse l’auteur François Porché (1877-1944), ami d'Alain-Fournier qu'elle a connu en le soignant durant la guerre.
Relation avec Alain-Fournier