Le Picatharte de Guinée (Picathartes gymnocephalus) est une espèce d'oiseaux appartenant à la famille des Picathartidae, de taille moyenne, avec un long cou et une longue queue. Le Picatharte de Guinée a les parties supérieures gris-noir et les parties inférieures blanches. Il utilise sa longue queue brun foncé pour s'équilibrer, et ses cuisses sont musclées. La tête est presque dénuée de plumes, et la peau mise à nu y est jaune vif, à l'exception de deux grandes taches noires circulaires situées juste à l'arrière des yeux.
Ce passereau se trouve principalement dans les zones rocheuses et boisées de haute altitude d'Afrique de l'Ouest, de la Guinée jusqu'au Ghana. Son aire de répartition est inégale, avec des populations souvent isolées les unes des autres. Ce picatharte vit généralement près des ruisseaux et des inselbergs de son habitat forestier. Aucune sous-espèce n'est distinguée, mais l'espèce est parfois considérée comme formant une super-espèce avec son plus proche parent, le Picatharte du Cameroun.
Le Picatharte de Guinée se nourrit principalement d'insectes, mais les parents donnent aussi de petites grenouilles à leurs jeunes. Pour trouver sa nourriture, ce picatharte suit parfois les colonies de fourmis légionnaires comme celles du genre Dorylus, et se nourrit des proies transportées par les fourmis. Il se déplace principalement par petits sauts ou par de courts vols parmi la végétation basse, et vole rarement sur de longues distances. Bien que l'oiseau soit habituellement silencieux, il lui arrive de pousser certains cris. Il est monogame et les couples nichent isolément ou dans le voisinage d'autres couples, parfois en colonies pouvant atteindre huit nids. Le nid, fait avec de la boue, forme une coupe profonde et est construit sur des surfaces rocheuses, généralement dans des grottes. La femelle y pond deux œufs, deux fois par an. Comme les oiseaux se reproduisent en colonies, l'infanticide est assez commun chez cette espèce, les adultes tentant de tuer les jeunes des autres couples. Les oisillons sont matures au bout d'un mois environ.
Cette espèce est considérée comme « vulnérable » par l'Union internationale pour la conservation de la nature en raison du déclin de ses effectifs et des menaces que la destruction de son habitat fait peser sur les populations fragmentées. Des mesures de conservation existent dans certaines zones de son aire de répartition, telles la protection de son habitat, des efforts d'éducation de la population et la création de lois. Certains peuples autochtones de la Sierra Leone considèrent cet oiseau comme un protecteur de la maison de leurs esprits ancestraux. Ce picatharte est considéré comme l'un des oiseaux les plus recherchés d'Afrique par les observateurs d'oiseaux et représente un symbole de l'écotourisme sur l'ensemble de sa distribution.
Description thumb|left|Spécimen naturalisé au Muséum d'histoire naturelle de Genève.
Le Picatharte de Guinée mesure de 38 à de longueur, la queue comptant pour près de . Les adultes pèsent de 200 à 250 grammes. Le plumage des adultes ne présente pas de dimorphisme sexuel apparent. Chez l'adulte, la tête, à l'exclusion du menton et de la gorge, est complètement dénuée de plumes, à l'exception d'une fine couche de duvet sur le front. La peau de la tête est jaune vif, avec deux grandes taches circulaires de peau noire situées juste derrière les yeux et englobant l'oreille. Seule une zone de peau jaune de de large à l'arrière de la tête sépare ces deux taches noires. Ces taches ont un bord surélevé et paraissent être une partie distincte de la face.
La paupière et l'anneau oculaire forment une mince ligne noire entourant les grands yeux bruns de l'oiseau. Le bec est robuste, noir et particulièrement grand. Long de , il peut rappeler celui des corvidés et le culmen (l'arête de la partie supérieure du bec) est sensiblement incurvé. Le menton et la gorge de l'oiseau sont recouverts d'une fine couche de plumes blanches, et le cou est long et mince. La nuque est également couverte de plumes blanches, tandis que le bas du cou est presque nu, révélant une peau orange-jaune. Le haut du manteau est d'un noir profond, devenant plus grisâtre dans la partie supérieure. Le dos, le croupion, et les sous-caudales sont gris bleuté. La longue queue et les ailes, de taille modérée, sont brun foncé. Les parties inférieures sont blanc crémeux plus laiteux vers le haut de la poitrine. Les cuisses du Picatharte de Guinée sont très musclées en raison de son mode de vie partiellement terrestre ; les pattes sont gris-bleuâtre et relativement longues. Dans la pénombre, le Picatharte de Guinée paraît simplement noir dessus et blanc dessous ; dans l'ensemble le plumage semble lisse avec de longues plumes.
L'oisillon naît nu et aveugle, avec la peau brun foncé sur le dessus et une peau rose translucide au-dessous. L'ouverture de la bouche est rouge-orange et devient jaune-orange brillant après quelques jours. Après l'éclosion, la peau de la tête est toute jaune, sans les taches noires de l'adulte ; celles-ci apparaissent une semaine avant la sortie du nid. Le juvénile est très semblable à l'adulte à partir de sa quatrième semaine, mais ses parties inférieures sont plus de couleur crème et plus soyeuses que celles de l'adulte, son cou possède moins de plumes et le jaune de la tête est plus pâle. Le plus remarquable est la queue nettement plus courte que celle de l'adulte.
Bien que le Picatharte de Guinée soit normalement silencieux, de nombreux cris ont été enregistrés. Son appel a été comparé à des gloussements de poule, en tcheuk-tcheuk-tcheuk ou tchoup-tchoup-tchoup répété à une fréquence constante de huit notes toutes les cinq secondes ; cet appel dure généralement au moins une minute. Cet appel est peut-être un véritable chant, mais d'autres recherches sont nécessaires pour s'en assurer. Le cri d'alerte, l'un de ses sons les plus fréquemment émis par l'oiseau, a été décrit comme un jacassement continu et guttural, de faible intensité, en ow ow ow. Les adultes et les juvéniles peuvent aussi émettre de longs appels en owouh. Enfin les oisillons peuvent émettre de forts sifflements chevrotants d'une durée d'une seconde, comme cris de contact.
Écologie et comportement Habitudes de vie thumb|upright=1.3|Un individu au sol, au Ghana.
Ce picatharte reste généralement dans la végétation basse ou au sol, près du lieu de nidification. Il se déplace rapidement à travers l'habitat forestier, principalement par séries de sauts et de bonds, entrecoupés de pauses, utilisant sa queue pour s'équilibrer. Il vole également à basse altitude et sur de courtes distances entre les arbres et les lianes, rarement sur de longues distances. Cette espèce peut se cacher parmi les lianes ou les rochers. Il est capable de faire de grands sauts, par exemple depuis le sol d'une grotte jusqu'à son nid six mètres plus haut, en s'aidant à peine de ses ailes.
On pensait autrefois que le Picatharte de Guinée s'aventurait rarement loin de ses lieux de reproduction. Cependant, à partir de 1998, des études nouvelles suggèrent que l'espèce se disperse beaucoup plus qu'on ne le pensait. L'espèce continue de retourner à son nid peu après la saison de reproduction. Le Picatharte de Guinée est habituellement solitaire ou vit en couples, mais vit parfois en groupes de trois à cinq oiseaux. Généralement méfiant, il fuit silencieusement en cas d'évènement inhabituel dans la forêt. Toutefois, il arrive que le picatharte devienne très curieux et, parfois, s'approche de l'observateur. L'espèce présente parfois un comportement particulier, plusieurs oiseaux forment un vague cercle, puis un individu en charge un autre, le poussant à battre en retraite avant de se mettre à son tour à poursuivre l'attaquant ou un des autres picathartes du cercle. Au cours de cette parade, un oiseau peut, par intervalles, se pencher en avant sur une branche, en rentrant sa tête entre ses pattes et en déployant à moitié ses ailes, révélant ainsi sa couronne à l'autre. Ce comportement pourrait montrer l'intention du picatharte de partager le groupe de l'autre, même si d'autres données suggèrent que cela pourrait faire partie des comportements de reproduction. Cet oiseau peut se gratter la tête en levant son pied par-dessus son aile. La longévité de cette espèce, même si elle n'a pas encore été déterminée, est estimée comme importante par BirdLife International.
Alimentation thumb|Une colonie de fourmis du genre Dorylus, transportant des morceaux de proies.
Le Picatharte de Guinée prospecte sur les pentes rocheuses couvertes de mousses et de plantes grimpantes ou dans les arbres couverts de lianes et de mousses suspendues. Il trouve occasionnellement sa nourriture en sautillant dans le sable au bord d'un cours d'eau, ou même dans le courant, comme en témoignent les restes de crabes trouvés dans ses déjections. En prospectant au sol, il arrache des feuilles avec son bec et les jette de côté. Il se nourrit parmi des volées mixtes d'alimentation en suivant les colonies de fourmis légionnaires du genre Dorylus au côté d'alèthes (du genre Alethe), de bulbuls (du genre Bleda) ou du Stizorhin de Finsch, et récupérant la nourriture transportée par les fourmis. On l'a aussi observé capturant des proies volantes en sautant depuis le sol.
Le régime alimentaire est varié et généraliste, permettant au Picatharte de Guinée de s'adapter dans sa recherche de nourriture. Il consomme principalement des insectes comme des larves de blattes, des sauterelles de la famille des Tettigoniidae, des perce-oreilles, des fourmis des genres Pachycondyla et Dorylus, des taupins du genre Ochodaeus et des termites. En plus des insectes, il peut consommer des mille-pattes (diplopodes et chilopodes), des escargots ou des vers de terre et occasionnellement de petites grenouilles ou de lézards. Les oisillons sont principalement nourris de vers de terre, de petites grenouilles et lézards, les vertébrés représentant la plus grande part de la biomasse servant à l'alimentation des jeunes. Le Picatharte de Guinée peut parfois manger des végétaux, généralement des angiospermes et des mousses.
Reproduction thumb|left|La région de la Volta, au Ghana, est un lieu de nidification.
Le Picatharte de Guinée niche essentiellement dans des grottes et les couples nidifient seuls ou en petite colonie. Sa parade nuptiale n'est pas connue. Contrairement à d'anciennes hypothèses de nidification coopérative, l'oiseau est monogame, et il ne se reproduit qu'avec son compagnon. L'espèce a deux saisons de reproduction dans l'année dont les dates dépendent de la région et du calendrier de la saison des pluies ; la nidification a lieu juste avant et après la saison des pluies, avec une moyenne de 127 jours d'intervalle. Le picatharte réutilise son nid, et le répare généralement deux à huit semaines avant la ponte. Les oiseaux guinéens se reproduisent de juillet à janvier, tandis que ceux de la Sierra Leone le font de novembre à février et d'avril à octobre. Au Liberia, la reproduction a lieu de septembre à décembre et de mars à juillet, au Ghana de mars à juin et de septembre à novembre. En dehors de la saison de reproduction, les picathartes quittent les grottes servant à la nidification, et l'accroissement de l'activité de l'oiseau dans les grottes annonce le début de la reproduction. Les colonies de nidification comptent en moyenne deux à cinq nids, même si une colonie de quarante nids a été observée. En plus des oiseaux nicheurs, des oiseaux non reproducteurs sont parfois présents. Ces oiseaux tuent parfois les petits d'autres couples pour avoir accès à des sites de nidification de choix ou aux compagnons. Dans ces colonies, les oiseaux se pourchassent souvent les uns les autres en rond, même jusqu'à la cime des arbres, lieu inhabituel pour cette espèce.
thumb|Dessin de John Gerrard Keulemans présentant un adulte à droite, un juvénile à gauche et un œuf au centre.