vignette|Musée des Troupes de Marine à Fréjus Les troupes coloniales, ou l'armée coloniale, dite « la Coloniale », sont un ensemble d'unités militaires françaises créées juridiquement par la loi du qui rattache les troupes de marine au ministère de la Guerre. Formées de troupes métropolitaines, casernées en France et destinées à servir dans les colonies ou stationnées dans les colonies, elles comprennent également des « soldats indigènes » commandés par des métropolitains.
Leur filiation remonte aux compagnies ordinaires de la mer créées par le cardinal de Richelieu en 1622 qui dépendent du secrétariat d'État de la Marine (les « troupes de la Marine ») ou des Colonies. Mises sur pied, à l'origine, pour assurer la défense des ports et des possessions outre-mer autres que l'Afrique du Nord (où les unités relèvent de l'Armée d'Afrique), les troupes coloniales sont employées massivement en France métropolitaine et au Maghreb au cours du .
Distincte de l'armée métropolitaine, l'armée coloniale est divisée traditionnellement en infanterie coloniale et artillerie coloniale. Les troupes coloniales sont en activité de 1900 à 1958. Cette année là, elles sont appelées troupes d'outre-mer, puis renommées troupes de marine et forment désormais une subdivision au sein de l'Armée de terre.
La plus haute fonction existant dans cette arme est celle d'Inspecteur général des troupes coloniales, occupée par un général de division.
Création et différentes dénominations
Le terme Troupes coloniales ou Armée coloniale ou Troupes des colonies françaises a plusieurs sens :
Il s'agit d'abord des troupes françaises devant assurer la défense des colonies ;
Puis, assez rapidement, ce terme a désigné les troupes destinées au service dans les colonies françaises, hors Afrique française du Nord (ces troupes constituant spécifiquement l'Armée d'Afrique) et une partie des troupes britanniques lors de la Première Guerre mondiale.
Les Troupes coloniales apparaissent en 1900, lorsque l'ensemble des troupes terrestres dépendant du ministère de la Marine, appelées troupes de marine, sont transférées sous les ordres du ministère de la Guerre. Elles disparaissent en 1958 lorsque, les colonies ayant acquis leur indépendance, la mission de ces troupes est redéfinie. Elles reprennent alors le nom de troupes de marine, tout en restant dans l'armée de terre.
Composition
Les Troupes coloniales, familièrement appelées « la Coloniale » et qui dépendent d'un seul état-major général, regroupent deux grands types d'unités :
l'infanterie coloniale française et l'artillerie coloniale entre 1900 et 1958 appelés « Coloniale blanche » et composés en majorité d'engagés métropolitains ;
les tirailleurs indigènes hors Afrique du Nord (tirailleurs sénégalais, tirailleurs malgaches, tirailleurs indochinois), formés de « sujets » français des colonies commandés par des officiers français. Le terme « tirailleurs sénégalais » est un terme générique donné à toutes les unités d'infanterie recrutés en Afrique noire. vignette|Affiche de propagande
S'il est parfois utilisé, au sens large, pour désigner les troupes recrutées dans l'ensemble des colonies françaises et, par extension, inclure les troupes d'Afrique (zouaves, chasseurs d'Afrique, spahis, tirailleurs algériens, marocains et tunisiens, artillerie nord-africaine, légion étrangère et services des affaires indigènes, qui trouvent leur origine dans le corps expéditionnaire de 1830 en Algérie, et qui furent réunies au sein du corps d'armée en 1873), ces dernières forment un ensemble bien distinct des Troupes coloniales et ne doivent pas être confondues avec ellesAnthony Clayton, Histoire de l'Armée française en Afrique 1830-1962, Albin Michel, 1994, .
Historique
Les troupes dites « coloniales » ou de « marine » ont été créées en 1622 par le cardinal Richelieu sous le nom de « Compagnies ordinaires de la mer ». Embarquées à bord de navires, elles avaient différentes missions, dont les combats lors d'abordages, et étaient placées sous l'autorité du ministère de la Marine.
Les conquêtes coloniales ont incité l'État à positionner des troupes à terre, de défense, de commerce, d'occupation, etc.
Aux s, elles constituèrent les Compagnies franches de la marine qui furent employées essentiellement en Nouvelle-France en Amérique. Ces troupes étaient souvent recrutées en France, alors que les officiers étaient recrutés sur place pour pouvoir bénéficier de leurs connaissances des pays outre-mer.
Vers le milieu du , les combats d'abordage n'existant plus, les troupes de la marine restèrent à terre, à travers le monde.
Lors de la guerre franco-allemande de 1870, la Division Bleue réunit l'infanterie de marine et l'artillerie de marine (« marsouins » et « bigors »), héritiers des Compagnies de la mer. Après la guerre, elles participent à la conquête coloniale. Dès 1884, la Troisième République crée le de tirailleurs tonkinois, formés en Indochine.
En 1900, ces unités de marine quittent le ministère de la Marine et sont prises en charge par le ministère de la Guerre. La Direction des troupes coloniales (huitième direction du ministère) est créée et le général Pierre Famin en est le directeur de 1900 à 1907 (puis au cours de la Grande Guerre). De ce fait, les Troupes de la Marine prennent le nom de « Troupe Coloniale » (loi du ). Puis, deux décrets datés du portent organisation, l’un de l’infanterie coloniale, l’autre de l’artillerie coloniale. C'est à ce moment que le corps d'artillerie de la marine devient le d'artillerie coloniale, membre de la d'infanterie coloniale lors de la Première Guerre mondiale et dissous lors de l'Armistice du 22 juin 1940. Un Corps d'armée des troupes coloniales est créé par décret du , commandé successivement avant la Première Guerre mondiale par les généraux Duchemin, Dodds, Archinard et Vautier. Il est composé des unités des troupes coloniales stationnées en métropole.
En 1905, l'effectif de l'armée coloniale stationnée dans la métropole a été arrêté à et de troupe. L'effectif entretenu aux colonies se monte à officiers, de troupe européens et indigènes..
Première Guerre mondiale vignette|Affiche de la Journée de l'Armée d'Afrique et des troupes coloniales pendant la Première Guerre mondiale.
En 1914, à la veille de la Grande Guerre, les troupes coloniales comptent et , dont et en métropole et en Afrique du Nord. Dans ce total de , la « Force Noire » (les troupes issues de l'Afrique noire) représentait le quart. Ces unités étaient réparties en un corps d'armée colonial en métropole et six groupes dans les colonies auxquels il faut ajouter quelques unités en Afrique du Nord. Après le début de la guerre, les troupes coloniales vont s'organiser en 1915 en deux corps d'armée, le 1er corps d'armée colonial et le 2e corps d'armée colonial, qui regroupent sept divisions qui vont être engagées sur tous les fronts et en particulier : 1914 - La bataille des Frontières où, dans les Ardennes, la fut anéantie 1914 - Bataille de la Meuse 1914 - de la Marne (Bataille de Vitry) 1914 - Bataille du Togo et du Cameroun (1914) Combat de Laï Campagne d'Afrique de l'Ouest 1914 - de Champagne 1915 - Les de 1915. 1916 - La bataille de la Somme en . 1917 - bataille du Chemin des Dames en . 1918 - de l’Aisne 1918 - de Champagne 1918 - La bataille de Saint-Mihiel en 1918. 1918 - bataille de la Marne 1918 - bataille de Saint-Thierry 1918 - bataille de la Serre La bataille des Dardanelles (1915-1916) et l'expédition de Salonique (1915-1918) en Orient. vignette|Marins français (marsouins) de l'infanterie coloniale, à Mudros en mai 1915, avant leur déploiement à Gallipoli. Les troupes coloniales sont entourées du , selon lequel elles auraient davantage été sacrifiées que les autres troupes, ce que les historiens démententRaphaëlle Branche, entretien dans l'émission Les détricoteuses. « Aux armes citoyen.ne.s ? », Mediapart, 30 avril 2018, à partir de 24:10.. Jean-Jacques Becker indique ainsi que .. Éric Deroo souligne que les soldats coloniaux étaient traités et équipés de manière avec les soldats métropolitains : .
Durant la guerre, le chef de la Direction des troupes coloniales au ministère de la Guerre est le général Famin de 1914 jusqu'en puis le général Mas.
Entre-deux-guerres
La fin de la Première Guerre mondiale est marquée par une profonde réorganisation des Troupes Coloniales. La pénurie de main d'œuvre due aux pertes effroyables consenties pendant le premier conflit mondial ( et ), explique en partie cette situation. Un ralentissement marqué du recrutement des jeunes engagés est constaté. De plus les rigueurs budgétaires imposées par l'effort de reconstruction, et l'absence de menace de la part de l'Allemagne vaincue, ont raison d'une grande partie de l'infanterie française. Les Troupes Coloniales voient la dissolution de près de 80 % des régiments qui la composent. Seuls subsistent en tant que régiments blancs, les , , en métropole, les et en Indochine, et le en Chine. Pour pallier cette carence, il est alors décidé d'incorporer des soldats indigènes (Sénégalais, Malgaches et Indochinois) dont l'entretien s'avère moins onéreux. À titre d'exemple un officier servant à titre indigène avait une solde inférieure de 30 % de celle d'un homologue métropolitain. En 1926, sont créés plusieurs unités sous l'appellation générique de Tirailleurs Sénégalais : vignette|Ticket d'entrée de l'Exposition Coloniale de Paris 1931 , à Toulon, à La Rochelle, à Mont-de-Marsan, 16e régiment de tirailleurs sénégalais (RTS) à Montauban. de tirailleurs sénégalais (RTS) à Perpignan. à Pamiers et à Carcassonne, ces deux derniers régiments deviennent bataillons de mitrailleurs malgaches et Indochinois ; ils seront implantés dans des garnisons du Sud de la France.
Tout comme les unités nord-africaines, (tirailleurs algériens, tunisiens, marocains), les RTS s'avèrent plus économiques et plus dociles que les unités blanches. C'est ainsi que Perpignan récupère un régiment colonial, le de tirailleurs sénégalais, régiment qui, malgré sa nouvelle appellation et sa composition, hérite des traditions et du drapeau aux huit inscriptions de son prédécesseur. La plus grande partie de l'effectif est désormais constituée par des soldats africains, communément appelés « Tirailleurs sénégalais » ou « soldats indigènes », tous originaires des diverses colonies de l'Afrique - Occidentale française (AOF). Les soldats européens tiennent les emplois de spécialistes (transmissions, servants d'engins, secrétaires) et sont destinés, en principe, aux pelotons d'élèves gradés, caporaux et sergents.
Cette période de réorganisation puis, à partir de la réoccupation de la Rhénanie en , de préparation au nouveau conflit mondial qui menace, est vécue dans une atmosphère de recueillement, comme dans tous les corps de l'armée française, et les missions de temps de paix habituelles sont remplies avec entrain. En métropole, séjours annuels à Mont-Louis en Cerdagne et au camp du Larzac, où l'on se rend à pied. Au plan colonial, relèves semestrielles des effectifs indigènes (le séjour des Sénégalais en France était en principe de trois ans), qui rythment l'activité du régiment basée sur l'instruction des contingents des recrues sénégalaises (renouvellement tous les six mois). Le service outre-mer des cadres avait repris régulièrement dès la fin de 1927, ainsi que les exercices de mobilisation, de plus en plus fréquents, avec une participation accrue de cadres de réserve destinés au et au , son dérivé.
Seconde Guerre mondiale