La chute des régimes communistes en Europe est l'effondrement entre et , dans les sept pays de l'Europe centrale et orientale, des régimes communistes que Joseph Staline a installés dans les années 1944 à 1949, officiellement afin de à la frontière occidentale de l'Union des républiques socialistes soviétiques (URSS), censée être . Devenus des États satellites de l'URSS, ces pays ont adopté, à peu de nuances près et sans possibilité réelle d'y déroger, le modèle politique et économique soviétique. Ils étaient liés à l'URSS par des traités bilatéraux d'amitié et de coopération et par une alliance multilatérale militaire, le pacte de Varsovie, et économique, le Conseil d'assistance économique mutuelle (ou Comecon)Toutefois, dans les années 1960, l'Albanie et la Roumanie s'affranchissent partiellement de leur lien de subordination à l'URSS. En 1960 et 1961, l'Albanie soutient les positions prises par la Chine contre l'Union soviétique, qui rompt ses relations diplomatiques avec elle en . L'Albanie sort du pacte de Varsovie..
Au milieu des années 1970, l'Union soviétique et ses satellites du bloc de l'Est semblent au faîte de leur puissance, s'auto-proclament , et paraissent installées pour durer dans un monde bipolaire stabilisé par la détente Est-Ouest.
La chute du mur de Berlin, le , est l'évènement symbolique par excellence de cette période de libération de l'Europe de l'Est, même si les véritables phénomènes majeurs sont l'ouverture du rideau de fer à la frontière austro-hongroise et le démantèlement des barbelés le , le succès complet du parti aux élections semi-libres du en Pologne et l'acceptation de toutes les demandes de l'opposition tchécoslovaque le , moins de deux semaines après le début des manifestations de masse, baptisées depuis la révolution de Velours. Ces révolutions s'effectuent sans violence particulière car, à l'exception de Nicolae Ceaușescu en Roumanie, aucun dirigeant en place n'a plus osé recourir à la milice ou à l'armée pour rétablir l'ordre, même si certains, comme en RDA, se félicitent en de la reprise en mains de la situation par le PC chinois et justifient le massacre de la place Tian'anmen. Quant à Ceaușescu, seul en Europe à avoir provoqué de sanglants affrontements dans son pays, il est renversé le et exécuté trois jours plus tard par ses propres troupes.
La chute des régimes communistes en Europe entraine la disparition de l'empire soviétique qui est suivie fin 1991 par la dislocation de l'URSS. La guerre froide prend fin, le pacte de Varsovie et le CAEM, structures institutionnelles du bloc de l'Est, cessent d'exister à l'été 1991. Une économie de marché fort peu réglementée s'installe dans tous les anciens États communistes, dont une partie adopte aussi, à des degrés divers, la démocratie représentative, tandis que le nationalisme se substitue au communisme comme horizon idéologique officiel.
Contexte et origines de la chute
thumb|upright=1.5|Dans les années 1960, la Roumanie et l'Albanie ont pris une relative autonomie vis-à-vis de l'URSS, tandis que la Yougoslavie compte au rang des pays non alignés.
Au milieu des années 1970, l'Union soviétique semble au faîte de sa puissance et le bloc qu'elle forme avec les six États d'Europe de l'Est membres du pacte de Varsovie semble stable, prospère et solidement ancré dans le modèle communiste tel que défini par le soviétique. Américains et Soviétiques dialoguent d'égal à égal et s'entendent sur des accords de limitation des armes stratégiques afin que ne puisse être rompu l'équilibre atteint. La détente stabilise les relations internationales et permet le développement des échanges économiques entre l'Est et l'Ouest. La stabilité de ce contexte est considérée comme acquise par les dirigeants occidentaux, qui perçoivent leurs homologues des pays communistes comme des interlocuteurs fiables investis d'une incontestable légitimité, et les dissidents comme une minorité non-représentative d'utopistes, à l'instar des de l'OuestDaniel Colard, « Détente, dissidence et droits de l’Homme », Études internationales, vol. 8, , 1977, ..
Mais sur le plan intérieur, la « praxis » politique des gouvernements communistes leur aliène le soutien des peuples auxquels chaque local s'impose comme parti unique aux ordres indiscutables, interdisant de facto la constitution d'associations, syndicats ou autres structures sociales indépendantes du pouvoir, et quadrillant les sociétés civiles d'une logistique policière massive de surveillance et répression, articulée autour de la police politique, active par la censure, l'écoute aléatoire et sans aucun contrôle juridique des conversations téléphoniques, l'ouverture du courrier, la pratique courante d'arrestations arbitraires, de tortures en cours d'interrogatoire, d'internements psychiatriques et de déportation des citoyens arrêtés, avec ou sans « jugement », dans les camps de travail forcéArchie Brown, The Rise and Fall of communism, Vintage Books, 2009..
Sur le plan économique, la stricte planification touchait tous les aspects de la production, de la distribution et de la consommation, au mépris des ressources disponibles, des possibilités techniques, de l'environnement et des besoins de la population, et interdisait toute forme d'autogestion, créant des inégalités entre la haute bureaucratie du parti, de l'État, de l'armée et de la police politique ou Nomeklatura qui disposaient d'un niveau de vie satisfaisant, et le reste de la population confronté à une pénurie permanente d’énergie, de denrées, de produits finis et de services (ce qui encourageait le développement d'une économie informelle, mais spéculative)L'humour populaire affirmait alors que dans la société communiste, toutes les briques sont théoriquement égales, mais pratiquement celles du dessous doivent supporter le poids de celles qui sont au-dessus : Ben Lewis, Les blagues de l'époque communiste, in : Prospect (magazine), mai 2006 Hammer & tickle. et Humour, blagues, textes drôles sur Russie virtuelle : ..
Cette gouvernance, dite et analysée comme une forme de totalitarismePascal Cauchy, « Les scénarios imaginés pour la fin de l’URSS », La Nouvelle Revue d'histoire, de septembre - octobre 2015, , conduit à l'étouffement du « printemps de Prague » et donc du « socialisme à visage humain » qui visait à établir les libertés fondamentales, la souveraineté populaire et un État de droitLe « socialisme à visage humain » du « printemps de Prague » n'est pas la seule tentative de réforme économique et démocratique du communisme réel : dès les années 1920 en URSS, la « nouvelle politique économique » de Vladimir Ilitch Lénine aurait pu déboucher sur de telles réformes, de même que la déstalinisation dans les années 1950, la « nouvelle voie » d'Imre Nagy en Hongrie ou encore les réformes préconisées par l'économiste soviétique Evseï Liberman et qui furent partiellement introduites à la fin des années 1960 dans la Roumanie de Ceaușescu : à chaque fois, la « ligne dure » (ou « doctrine Brejnev ») des apparatchiks craignant de perdre leurs pouvoirs, et plus largement de la nomenklatura craignant de perdre ses avantages, l'a emporté contre les « réformistes » et a fait échouer, parfois très violemment (Budapest en 1956, Prague en 1968), les innovations qui auraient pu mener le communisme réel à la réussite. : cette Le terme « normalisation » est issu du protocole de Moscou qui met un point final au « Printemps de Prague » et qui affirme le : Les représentants tchécoslovaques (…sont résolus…) à atteindre la normalisation des relations dans notre pays sur une base marxiste-léniniste, renouveler le rôle du Parti et restaurer l'autorité de l'État fondée sur les classes ouvrières, éliminer les organisations contre-révolutionnaires de la vie politique et renforcer les relations internationales entre la République socialiste tchécoslovaque, l'Union soviétique et ses alliés socialistes. prive les citoyens des pays communistes de tout espoir d'améliorer leur condition, et dès lors, le relâchement de la répression lors de la perestroïka et de la glasnost (instaurés à partir de 1986 par Mikhaïl Gorbatchev) est perçu comme un signe d'affaiblissement et de délitementEmmanuelle Cosse, Marion Rousset, Sophie Courval : « Qu’est-ce qui a échoué ? La chute du Mur reste pour beaucoup un symbole de l’échec du communisme. Cette expérience constitue-t-elle la fin du communisme ou celle du soviétisme ? » in : Regards , novembre 2009, )..
À la longue toutefois, cette « ligne dure » s'avère être une impasse tant politique qu'économique, et le discours prononcé par Mikhaïl Gorbatchev fin 1988 à l'ONU annonce l'abandon de la « doctrine Brejnev », encourageant les réformateurs à s'engager dans la transformation en profondeur du système. Dès mai 1988, les réformateurs arrivent au pouvoir en Hongrie, à l'occasion du congrès du Parti. En Pologne, le gouvernement est contraint de dialoguer avec l'opposition : le processus aboutit à des élections libres et à la fin du statut de parti unique du . Les mouvements démocratiques et syndicaux qui mènent dans ces deux pays la contestation de la dictature agissent avec prudence en 1988 et début 1989, tant est encore grande la crainte d'arrestations massives et d'une intervention soviétique. Cela explique que la transition démocratique y prenne plus d'un an, alors qu'au second semestre 1989, en l'absence de la répression attendue, elle se fait en quelques mois en Tchécoslovaquie, en Allemagne de l'Est et en Bulgarie. Seuls les régimes roumain de Nicolae Ceaușescu et albanais de Ramiz Alia continuent à réprimer leurs citoyens et résistent quelques mois de plus à l'« effet domino » qui parcourt tout le bloc communiste. Les premières élections libres depuis des décennies ont lieu en 1990 dans tous les anciens États communistes d'Europe de l'Est, à l'exception de l'Albanie, dont le changement de régime n'intervient que début 1991.
Fin de la domination soviétique en Europe de l'Est Dans les années 1980, les gouvernants communistes bloquaient tout progrès et étaient rétifs à toute réforme capable de résoudre les problèmes qui minaient leurs régimes : obsolescence de l'outil industriel, faible productivité, retard technologique, accaparement des richesses par la nomenklatura, poids trop important des dépenses militaires pour soutenir la rivalité avec l'OTAN et résistance passive (la seule possible) des populations.. Symboliques ou perçus comme tels, le crash en France du Tu-144, copie soviétique du Concorde, mais surtout la catastrophe nucléaire de Tchernobyl en Avril 1986 en Ukraine, ou la catastrophe écologique de la Mer d'Aral illustrent ces faiblesses aux yeux de la communauté internationale.
Aux prises avec ces problèmes en URSS, Mikhaïl Gorbatchev transfère sur les dirigeants des États communistes d'Europe de l'Est la charge de trouver leurs propres solutions à leurs problèmes politiques, sociaux et économiques, en les encourageant à suivre la voie des réformes en cours en Union soviétique. L'URSS renonce à l'usage de la force dorénavant pour réprimer les crises qui secouent les régimes d'Europe de l'Est, et sur le plan économique elle ne peut mettre en œuvre une intégration économique et financière, comme celle qui est en chemin au sein de la CEE, et ne peut leur apporter une aide directe d'une nature comparable au plan Marshall. L'avenir de l'Union soviétique et le développement des relations avec l'Ouest sont les vraies priorités de Gorbatchev, les deux ayant comme facteur commun de réussite la nécessité de mettre fin au retour de la guerre froide constaté depuis 1975..
Renoncement à la « doctrine Brejnev »
thumb|À Prague en août 1968, des manifestants tentent d'arrêter les chars soviétiques.