vignette|288x288px|Emblème du club des Jacobins (Société des Amis de la Constitution) La Révolution française engendre l'apparition de nombreux courants politiques qui s'expriment au travers des débats législatifs, des clubs et des journaux. Les historiens ont proposé différents travaux sur l'histoire politique de la Révolution française à l'instar de l'historienne américaine Lynn Hunt qui a mené une cartographie des nuances politiques en France de 1792 à 1798 dans l'un de ses ouvragesLynn Hunt, Politics, Culture and Class in the French Revolution, Berkeley, University of California Press, 1984 ; réédition en 2004, (dir.), The New Cultural History, Berkeley, University of California Press, 1989. . Plus spécifiquement sur le Directoire, l'historien Jean-René Suratteau a consacré de nombreux travaux d'histoire politique sur les élections à cette période et sur les colorations politiques des départementsLes Élections de l'an VI et le «coup d'état du 22 floréal» (Il mai 1798). Paris, Société Les Belles Lettres, 1971. .
Les différents groupes politiques ont été mouvants au gré des évènements et des régimes successifs (Assemblée constituante, Assemblée législative, Convention nationale, etc.), si bien que les clivages changent en permanence en fonction des évènements. Ainsi, le parti patriote s'oppose aux monarchistes conservateurs (club des Impartiaux) jusqu'en 1791 mais se divise lui-même après la fuite de Varennes et engendre deux groupes, l'un conservateur (club des Feuillants) et l'autre plus radical (les membres restés au club des Jacobins).
L'évolution rapide des évènements a fait que la plupart des groupes politiques à la recherche d'un équilibre politique ont été éliminées progressivement par les « extrêmes »Jean-Clément Martin souligne que « les stigmatisations politiques ont affecté tous les groupes à un moment où à un autre, créant une zone durable de flottement autour de ceux qui demeurèrent les vrais vaincus de l'affrontement entre les extrêmes, ce centre à jamais introuvable en France qui va des monarchiens aux Girondins ».
Martin Jean-Clément, Nouvelle histoire de la Révolution française, Paris, Perrin, 2012, p. 13..
Dans certains cas, les positionnements des hommes politiques changent au fil du temps à l'instar du député Maximin Isnard qui siègeait à gauche sous la Législative avec les Girondins, bascule à droite sous la Convention, puis devient royaliste sous le Directoire.
Contexte Sous l'Assemblée constituante (1789-1791), les premières nuances politiques commencent à se réaliser autour des débats de sur le droit de veto du roi ou la possibilité d'instaurer une chambre haute. Ces débats donnent naissance au spectre politique (gauche et droite). vignette|378x378px|Hôtel des Menus Plaisirs, premier siège des députés de l'Assemblée constituante. La droite de l'Assemblée défend la primauté de l'exécutif avec le veto illimité du roi pour affirmer sa prééminence dans les institutions nouvelles. Au centre, les Monarchiens souhaitent instaurer une chambre haute comme en Angleterre. La gauche défend le pouvoir législatif et s'oppose au droit de veto.
Progressivement, d'autres nuances commencent à se former avec les débats autour de la Constitution civile du clergé (l'abbé Maury, issu de la droite, s'y oppose) ou autour de la question du droit de vote. En effet, la « gauche » (en particulier Robespierre) se prononce pour un élargissement du suffrage et contre un droit de vote réservé aux « riches »Marc Belissa, Yannick Bosc, Rémi Dalisson, et alii, , Paris, Ellipses, 2014, p. 20-21..
Ces positionnements se poursuivent dans les assemblées qui succèdent à la Constituante jusqu'à la Convention nationale (Girondins et Montagnards).vignette|320x320px|Coup d'état du 18 fructidor an V qui élimine les députés royalistes élus en 1797.Sous le Directoire, l'instabilité politique mène ces différents courants à s'affronter lors des élections, entrainant des coups d'état répétés de la part des élites politiques modérées pour empêcher la venue au pouvoir des « partis » jugés menaçants à l'instar des royalistes (coup d'état du 18 fructidor) ou des néo-jacobins (coup d'état du 22 floréal). Ainsi, le coup d'état de Bonaparte fut justifié par une crainte du retour au pouvoir des Jacobins.
Après l'instauration du Consulat, Bonaparte cherche à mettre un terme aux divisions politiques dans un régime stabilisé. Il rallie des personnalités de tous les anciens courants politiques, allant de la gauche jacobine (Fouché) à des anciens modérés (abbé Maury, Portalis, Cambacérès). Cependant, des groupes d'opposition persistent avec une opposition républicaine rapidement démantelée, une opposition royaliste (Cadoudal) et une opposition libérale au sein du Tribunat dans le groupe des Idéologues (Germaine de Staël, Benjamin Constant). Bonaparte met finalement un terme à ces courants en censurant la presse d'opposition, en déportant les anciens Jacobins, et en épurant le Tribunat en 1802.
États généraux (1789) vignette|361x361px|Qu'est ce que le Tiers État, pamphlet de Sieyès.
Le « parti Patriote »
La Société des Trente, Société des amis des noirs Personnalités membres ou proches de ce groupe : Adrien Duport, La Fayette, Nicolas de Condorcet, Emmanuel-Joseph Sieyès, Charles-Maurice de Talleyrand, etc. Idéologie : patriotisme, réformisme, défense du Tiers-État puis défense de la Révolution.
Initialement les Patriotes rassemblent des nobles libéraux, des clercs, et des bourgeois partisans des idées nouvelles et de la défense du Tiers État. Inspirés par la révolution américaine, ils souhaitent participer au renouvellement des idées en vue des États généraux de 1789. Ils se réunissent au sein de la Société des Trente qui supervise la mobilisation en province à l'aide de brochures. Parmi eux se trouvent des figures politiques importantes promises à des carrières politiques d'envergure.
Plus généralement, dans les années qui suivent la création de l'Assemblée nationale, les « patriotes » désignent dans la société française les partisans de la Révolution et de ses réformes comme la Constitution civile du clergé en opposition aux « aristocrates ». Les Jacobins en province (affilié au club des Jacobins de Paris) se rassemblent ainsi en « société de patriotes ».
Assemblée constituante (1789-1791) Sous l'Assemblée constituante, plusieurs nuances politiques se forment, allant des plus radicaux aux plus modérés mais les observateurs ne retinrent essentiellement que deux camps : le côté gauche qui rassemble les patriotes de toutes tendances (La Fayette, Barnave, Robespierre) et le côté droit de l'Assemblée (représenté par l'abbé Maury, Malouet, etc)Michel Biard, Pascal Dupuy, La Révolution française 1787-1804 , Paris, Armand Colin, 2020 (4ème edition), , p. 80..
Droite vignette|Cazalès, Maury et Malouet, figures de la droite réactionnaire sous l'Assemblée constituante.
Les Noirs ou les Aristocrates Salon Français (fondé par le comte d'Antraigues, le vicomte de Mirabeau, etc)Jean Clément Martin, Contre Révolution, Révolution et Nation. 1789-1799, Paris, Seuil, 1998, p. 76. Personnalités membres ou proches de ce groupe: abbé Maury, Cazalès, abbé de Montesquiou Journaux : L'Ami du Roi, Les Actes des Apôtres, La Rocambole des Journaux. Idéologie : réactionnaire, cléricalisme, défense des privilègesBianchi, Serge. « Chapitre XI. Une révolution politique ? ». Des révoltes aux révolutions, Presses universitaires de Rennes, 2004, En ligne : https://doi.org/10.4000/books.pur.28060.. vignette|Jean-Joseph Mounier, chef de file des Monarchiens. Les Noirs forment le groupe le plus conservateur de l'Assemblée constituante, ils sont défenseurs des privilèges et de la monarchie. Leur pensée se structure autour du respect des libertés provinciales et du rejet des innovationsJean Clément Martin, Contre Révolution, Révolution et Nation. 1789-1799, Paris, Seuil, 1998, . , notamment en matière religieuse. L'abbé de Montesquiou dénonce les atteintes à la religion dans la Déclaration des droits. En septembre 1789, ils votent en faveur du veto absolu au roi, ce qui aurait donné la possibilité à Louis XVI de refuser à tout moment la sanction des lois, ce qui échoue. En 1791, ils votent la « motion Dom Gerle » qui propose d'instituer le catholicisme comme religion d'état. L'abbé Maury, membre de ce groupe, s'est opposé à la Constitution civile du clergéMichel Biard, Pascal Dupuy, p. 55-56, 79-81..
Centre
Les Monarchiens puis les Impartiaux Club des Impartiaux Journaux : Le Journal des Impartiaux, Les Actes des Apôtres. Personnalités membres ou proches de ce groupe: Joseph Mounier, Pierre-Victor Malouët, Stanislas de Clermont-Tonnerre. Idéologie : conservatisme, réformisme, bicamérisme. Les Monarchiens (sous la houlette de Mounier) se distinguent par leur proposition d'instituer une chambre haute sur le modèle anglais. Ils en font la proposition en mais échouent. Ils votent ensuite avec les Noirs pour le veto absolu du roi. En , Jean-Joseph Mounier quitte la vie politique, c'est Malouet et Clermont-Tonnerre qui prennent la suite en 1791 et constituent le Club des Impartiaux.Pascal Dupuy, Michel Biard, p. 55-56, 79-81.
Gauche
Les Constitutionnels ou nationaux vignette|La Fayette lors de la fête de la Fédération apparait comme l'une des figures politiques les plus en vues. Club de 1789, club des Feuillants. Personnalités membres ou proches de ce groupe: Mirabeau, Le Chapelier, La Fayette, Talleyrand. Journaux proches de La Fayette : Le Moniteur universel, le Journal de Paris. Idéologie : réformisme, monocamérisme, monarchisme constitutionnel. Les Constitutionnels forment un groupe réuni autour de La Fayette et issu des patriotes. En , ils sont à gauche de l'Assemblée constituante et votent contre la chambre haute et le veto absolu du roi. En , l'affaire de Nancy suscite des prises de position ; les Constitutionnels prennent position en faveur de la répression contre les Jacobins qui soutiennent les mutins. En juin, La Fayette et Le Chapelier se séparent des Jacobins et créent un courant plus modéré au sein de la société de 1789Michel Biard, Pascal Dupuy, La Révolution française 1787-1804, Paris, Armand Colin, 2020 (4ème edition), p. 79-81.. Ils défendent la Constitution civile du clergé.
À partir de , ils finissent par se rapprocher de la monarchie après la fuite du roi et l'apparition des premières manifestations républicaines en France. Ils se fondent ensuite dans le club des Feuillants contre celui des Jacobins.
Le Triumvirat : Barnave, Lameth, Duport Club des Jacobins (1789-1790), club des Feuillants (à partir de ). Personnalités membres ou proches de ce groupe : Antoine Barnave, Alexandre de Lameth, Adrien Duport. Idéologie : réformisme, monocamérisme, monarchisme constitutionnel. Ce groupe composé essentiellement de trois hommes siège à gauche. Barnave rejette ainsi la proposition de chambre haute des Monarchiens. Le Triumvirat se rapproche ensuite de la cour après la mort de Mirabeau. Ils quittent les Jacobins et rejoignent ensuite les plus modérés au sein du club des Feuillants en . vignette|Robespierre, chef de file des démocrates de l'Assemblée constituante.
Les Démocrates Club des Jacobins, club des Cordeliers, Cercle social. Personnalités membres ou proches de ce groupe : Robespierre, Pétion, Buzot. Journaux proches des Jacobins : Le Patriote français, les Annales patriotiques, les Révolutions de Paris. Idéologie : réformisme, monocamérisme, défense du suffrage universel. Ils sont les plus à gauche de l'Assemblée constituante. Parmi eux, Robespierre s'illustre en rejetant toute forme de vetoMichel Biard, Pascal Dupuy, La Révolution française 1787-1804 , Paris, Armand Colin, 2020 (4ème edition), p. 80. et en s'opposant au suffrage censitaireMarc Belissa, Yannick Bosc, Rémi Dalisson, et alii, Citoyenneté, République et Démocratie en France, 1789-1899, Paris, Ellipses, 2014, p. 20-21..