Labbaye Notre-Dame de Bernay se dresse sur le territoire de la commune française de Bernay dans le département de l'Eure en région Normandie. Son église abbatiale par la précocité des talents de ceux qui l'ont conçue en fait un point de départ pour comprendre les réalisations majeures de l'art normand., y chercher les premières manifestations de l'architecture romane en Normandie et y suivre le progrès des techniques ainsi que du style architectural et décoratif..

Fondée au par Judith de Bretagne, femme du duc de Normandie , l'abbatiale est classée au titre des monuments historiques par liste de 1862, les autres bâtiments abbatiaux d'une inscription en 1965 et les vestiges du sous-sol d'une inscription en 1999..

Historique Lors de son mariage avec , duc de Normandie, Judith, fille de Conan le Tort, duc de Bretagne, reçoit un douaire qui comporte des domaines dans le Cotentin, le Cinglais et le Lieuvin, Bernay. étant le chef-lieu de cette dernière portion qui comprend treize charruées de terre, soit environ huit-cents acres, dix-huit moulins et vingt-et-une églises.. Elle décide de consacrer Bernay à la fondation d'un monastère de l'Ordre de saint Benoît, dédié à Notre-DameArtur du Moustier: Neustria pia, éditeur: J. Berthelin, 1663, page: 398 (sur gallica)..

La fondation date des environs de l'année 1015., mais Judith meurt en 1017, les travaux étant inachevés.. En 1025, son mari , par une charte en présence des jeunes princes Richard et Robert, des évêques de la province et d'une grande partie de la noblesse normande, donne à l'abbaye un vaste domaine qui s'étend de Giverville à Courtonne et de Cernières à Beaumont. Enfin, il soumet le nouveau monastère à celui de Fécamp, décide de reprendre la construction et confie le chantier à l'abbé Guillaume de Volpiano, architecte italien et ancien moine de Cluny, longtemps abbé de l'abbaye Saint-Bénigne de Dijon, renommé notamment pour avoir participé à l'achèvement des monastères de Fécamp, Jumièges, ou encore, Troarn. Après son voyage en Italie vers 995, il étudie des plans pour Saint-Bénigne de Dijon et amène avec lui des maîtres-maçons et des ouvriers de Haute-Italie qui vont travailler en Bourgogne et en Normandie. Il meurt en 1031.

Durant quelque temps, Bernay, qui n'a pas réussi à devenir une abbaye autonome, mais reste une dépendance de l'abbaye de Fécamp, n'a pas d'abbé propre, mais un (gardien). L'abbé est nommé et vient de la maison mère : au début, Thierry, probablement aussi abbé de l'abbaye de Jumièges et de l'abbaye du Mont-Saint-Michel, qui meurt le , puis Raoul de Vieilles, aussi abbé du Mont-Saint-Michel qui donne à de Montgommery, favori du duc Robert le Magnifique la moitié du bourg de Bernay que l'abbaye ne récupérera jamais et à Onfroy de Vieilles, son parent, les importants domaines de Saint-Évroult et de Beaumont-le-Roger.

C'est vers 1050-1160 qu'apparaît Vital de Creuilly, moine de Fécamp, homme de confiance de Jean de Ravenne, abbé italien qu'il avait chargé vers 1058 d'organiser, dans le diocèse de Bayeux, le prieuré de Saint-Gabriel. Il obtient l'autonomie et le rang abbatial pour Bernay, et reste jusqu'en 1076, date à laquelle Guillaume le Conquérant le place à la tête de Westminster et meurt en 1082 après avoir élevé l'abbaye à partir de peu de chose. Son œuvre architecturale a dû être considérable. La conquête de l'Angleterre apporte trois prieurés dans le Suffolk et en Northamptonshire puis Vital est remplacé par son frère Osbern.

Ensuite, les archives ayant complètement disparu, l'histoire de Bernay est mal connue, les moines profitent sans doute de la prospérité précoce de la ville, devenue dès le un centre d'industrie drapière avec d'importantes opérations financières attestée par une nombreuse colonie juive. On sait qu'en 1249, un grave incendie ravage une partie du monastère réduit de . Au , on remanie le bas-côté nord de la nef et l'abside de l'abbatiale dans le style gothique flamboyant. En 1563, l'amiral de Coligny saccage l'abbaye et pille les trésors et les archives et elle est encore partiellement ravagée en 1589 par le soulèvement rural des « Gauthiers », puis à peu près délaissée jusqu'en 1618 où l'on reconstruit le cloître.

En 1628, Bernay est reprise en main par les Mauristes qui y commencent de vastes travaux à partir de 1686. Le réfectoire est daté de 1694. À cette occasion, la façade principale et les deux travées les plus occidentales de l'église et les deux absidioles du chevet sont rasées. Une façade de style classique est alors montée. La plupart des chapiteaux de la nef sont défigurés par une application de stuc.

En 1790, l'abbaye qui ne compte plus que sept religieux est supprimée et réaffectée à divers usages : hôtel de ville, tribunal et prison, puis sous-préfecture. Le bras nord du transept disparaît en 1810. En 1814, l'église abbatiale devient une halle au blé, puis est dépecée par une foule d'utilisateurs qui la cloisonnent en tous sens. L'abside est détruite en 1827 et, à une date inconnue, la tour centrale très remaniée au est arasée.

À partir de 1963, l'abbatiale en très mauvais état est restaurée par la ville de Bernay et les Monuments historiques, un très bel arc du appartenant probablement à la salle capitulaire est dégagé et en 1965 sont découverts les chapiteaux du croisillon sud. La restauration de l'édifice, en 1978, permet de comprendre son importance au .

Armes de l'abbaye : échiqueté d'or et d'azur, au franc quartier d'hermines d'azur, à une Notre-Dame, tenant son enfant Jésus, d'orAlfred Canel, Armorial de la province des villes de Normandie, Rouen: A. Péron, 1849..

Description Plan et datation Édifiée en un temps où le duché n'avait pas encore vraiment découvert sa voie, l'église abbatiale de Bernay représente une tentative presque isolée, préparée par un seul précédent survivant, l'église Saint-Pierre de l'abbaye de Jumièges, comme l'œuvre un peu prématurée d'esprits talentueux et témoigne de caractères novateurs décisifs pour l'architecture normande : l'adoption du chevet échelonné, les piles composées et la coursive au niveau supérieur du bras du transept est. La plupart des solutions de détail, architecturales ou décoratives y apparaissent sans ascendance visible comme sans postérité évidente, peut-être des importations bourguignonnes mal assimilées, mais avec un enracinement local de traditions nées dès la fin de l'époque mérovingienne sur le sol de la future Normandie, conservées et approfondies sous les carolingiens et ayant réussi à survivre aux ravages des Vikings.

La datation est difficile et controversée. Les textes apportent des vraisemblances plus que des certitudes : début des travaux au temps de la duchesse Judith, avant 1017 ; reprise des travaux sur l'ordre de Richard II vers 1025 ; ralentissement lors de la crise générale du duché et de l'administration des "gardiens" à Bernay, jusque vers 1060 ; achèvement sous l'abbé Vital entre 1060 et 1072.

Le sondage du pied d'une pile peut l'attribuer à la construction primitive commencée par Judith elle-même. Avant sa mort en 1017, le plan de l'église est arrêté et les fondations de trois travées de la nef à l'ouest de la croisée construites. À la reprise des travaux par Richard II, les piliers sont modifiés par l'addition de colonnes sur dosserets, puis l'œuvre marche de manière normale d'est en ouest avec maintes hésitations et gaucheries, modifications et repentirs. L'ensemble des grandes arcades du chœur, de la croisée et de la nef forment un tout homogène qui a été bâti d'une façon continue et qui comprend les différentes parties d'un seul travail achevé sans remaniement postérieur.

Le plan a un aspect très homogène, toutes les parties basses de l'édifice ont le même appareil et la même épaisseur de muraille. Les tailloirs des chapiteaux des grandes arcades du chœur et de la nef comme ceux de la face est du croisillon sud sont au même niveau. Les murs gouttereaux s'élèvent à une hauteur constante comme les fenêtres hautes du chœur et du croisillon sud, côté est de la nef. Au contraire, à l'étage du triforium, les hauteurs varient.

Il y a impossibilité de dater à une époque plus basse que le second quart du , dans une construction qui a marché d'est en ouest, le gros œuvre du chœur, la croisée du transept et des parties basses de la nef. Pour les parties hautes du croisillon sud et de la nef, il est possible qu'elles aient été terminées quelques années après ou, peut-être entre 1055 et 1076. L'épaisseur du mur de la nef, rapprochée de l'épaisseur beaucoup moindre de l'étage des hautes fenêtres, indique un repentir. Le passage mural très caractéristique de l'école normande est répandu depuis l'époque de l'église Saint-Étienne de Caen, mais à Jumièges comme à Bernay où on ne le trouve que dans la face ouest du croisillon sud, il est destiné à mettre la tour centrale en communication avec l'escalier montant dans l'angle du croisillon. La décoration par des têtes de clous paraît indiquer une époque beaucoup plus avancée pour les parties hautes que les parties inférieures du croisillonJohn Bilson : La date et la construction de l'église abbatiale de Bernay, éditeur : Henri Delesques, Caen, 1912.

L'église, en forme de croix latine, comportait une nef de sept travées avec bas-côtés, aujourd'hui réduite à cinq, un transept saillant sur lequel s'ouvraient vers l'est deux hautes absidioles, un chœur de deux travées droites terminées par une abside en quart de sphère, flanqué lui-même de deux collatéraux aboutissant à deux alvéoles. Ce plan, très simple, offre le précieux avantage de n'avoir pas été modifié depuis le .

Les trois absides rappellent une disposition assez ancienne que l'on voit non seulement dans les églises italiennes, mais encore dans les églises françaises de Vaison-la-Romaine et de Saint-Généroux. Elle devient très fréquente à la fin du . Quant aux absidioles, on en rencontre un peu partout à la fin du . En Normandie, Bernay et Jumièges en présentent les plus anciens spécimens.

L'appareil employé dans la construction de l'abbatiale de Bernay se compose généralement d'assises de pierre dure de trente à trente-cinq centimètres de hauteur sur une longueur moyenne de quarante-cinq centimètres. La surface des parements est layée au marteau dit taillant droit.

Dans les piles de la nef, de gros blocs de pierre paraissent provenir de constructions romaines, l'un d'eux présentant cette inscription en grandes capitales : DM • M AVDACI VICTORIN MILI OPTI. L'emploi de matériaux antiques est donc incontestable. En dehors de ces blocs gallo-romains de pierre dure qu'il est difficile d'identifier, l'appareil offre trois sortes de pierre : la pierre de Caen employée dans la nef et le chœur ; le calcaire travertin, employé çà et là dans les mêmes conditions (c'est le travertin seul qui a servi à la construction des piles et des arcades du passage mural du croisillon sud) ; enfin, une pierre dure, d'un grain assez fin que l'on reconnaît dans les chapiteaux du bas-côté sud du chœur.

Dans le bas-côté de la nef s'ouvrait sur le cloître une porte dont l'archivolte présente une disposition rare en Normandie (on la voit à Jumièges) de claveaux découpés géométriquement et laissant des vides remplis par des pièces de rapport.

Façade

La façade ouest de l'édifice était simplement pourvue de contreforts plats. Au , les moines la détruisirent et amputèrent la nef des deux travées les plus occidentales : à l'origine, elle était charpentée et les deux premières travées comportaient des voûtes d'arêtes.

En l'état actuel, elle résulte des transformations et travaux effectués par les Mauristes au .

Nef

La nef comporte trois niveaux d'élévation :