Le Rassemblement national lorrain (RNL) est un groupement politique autonome régional lorrain, rassemblant des opposants de la droite et de l'extrême droite au Front populaire, de juin 1936 à 1939.
Il est l'œuvre des militants « nationaux » de Nancy et de sa région. Il ne cherche pas à rassembler en son sein tous les groupements nationaux constitués. Il n'est pas un parti politique car il ne présente pas de candidats aux élections, et il n'est pas une confédération régionale des différentes formations politiques opposées au communisme et au Front populaire. Il est avant tout un organisme de propagande, comparable en partie au Centre de propagande des républicains nationaux d'Henri de Kérillis. Il cherche cependant à recruter des adhérents.
Formation Dans le contexte de panique sociale de l'été 1936 (grèves et rumeurs d'un coup de force communiste), alors que le Front populaire est au pouvoir depuis sa victoire électorale, le RNL a été annoncé à la fin du mois de par deux : Appels signés par des notables nancéiens, parfois membres des Ligues et/ou de la Fédération républicaine de Louis Marin. Ces notables appartiennent au monde militaire (le commandant Chabeaux, ancien Croix de Feu, le général Henri ColinIl présidera une réunion du RNL à Nancy en 1937 et assistera à une autre réunion en 1939, ancien commandant de l'École spéciale militaire de Saint-Cyr, proche des Croix-de-feu depuis 1931, le colonel JavelierIl assistera à une réunion en 1939), au monde universitaire (François Gény, doyen honoraire de la Faculté de droit de Nancy, membre du comité diocésain de l'Action catholique en 1932 en tant que président de la maison des apprentis, les professeurs de médecine Maurice Perrin et Gaston Michel), au monde judiciaire (Julien Reiter, premier président honoraire de la Cour d'appel de NancyDossier de la Légion d'honneur de Julien Reiter, Edmond Bonfils-Lapouzade, premier président honoraire, catholique membre des FraternitésDossier de la Légion d'honneur de Bonfils-Lapouzade dans la base Léonore, Lamarque d'Arrouzat, conseiller honoraire à la Cour d'appel, catholique membre des Fraternités à Nancy, proche des Jeunesses patriotes, Pierre GuttonDossier de la Légion d'honneur de Pierre Gutton 1877-1952 dans la base Léonore, avocat nancéien depuis 1900, ancien bâtonnier (1927), François Xardel, avocat, Thiébaut, avoué à la Cour, Emile Nicolas, greffier à la Cour d'appel et publiciste) ou à d'autres catégories de la bourgeoisie (le sculpteur Aristide Colotte, Joseph Hornecker, président honoraire de la société des architectes de l'Est de la France, Charles Marchal, membre de la Chambre d'agriculture).
Le RNL est fondé à Nancy le , lors d'une réunion qui attire plusieurs milliers d'auditeurs venus écouter les discours des avocats Pierre Gutton et François Xardel, du docteur Chabeaux et des députés de Nancy François Valentin et Louis Marin. Plusieurs autres signataires y assistent (Perrin, Michel, Colotte, Marchal, Hornecker)Le Lorrain, 7 juillet 1936, Le Télégramme des Vosges, 6 juillet 1936Jean-François Colas, Les droites nationales en Lorraine dans les années 1930 : acteurs, organisations, réseaux, Université de Paris X-Nanterre, 2002, tome I. Philippe Guimberteau, Cyril Le Tallec, La France politique 1900-1940, Godefroy de Bouillon, 2002, François Roth (dir.), Les modérés dans la vie politique française, 1870-1965, Presses universitaires de France, 2000, .
Le RNL est donc une réaction à la victoire du Front populaire et à la désunion des partis de droite et à l’échec des ligues d'extrême droite, d'ailleurs dissoutes par le gouvernement de Léon Blum en juin, à un moment où le thème du rassemblement des nationaux est dans l'air : fondation à Paris du Rassemblement national pour la réorganisation de la France (autour de Lucien Souchon, René Gillouin et Gaston Le Provost de Launay notamment), naissance en juin des Comités de rassemblement antisoviétiques, de Roger Vauquelin et Robert Jurquet de la Salle (liés à l'UCAD du général Duseigneur), meeting des nationaux le à Marseille, où est fondé un éphémère Comité de Rassemblement national et social le La Croix, 7 juillet 1936, La Provence, Bouches-du-Rhône 1936, Front populaire contre Front national, constitution en juillet d'un dans la Meuse autour du chanoine Lucien Polimann, appel des dirigeants nationaux de l'Union nationale des combattants à un rassemblement national anticommunistePhilippe Machefer, L'union des droites, le PSF et le Front de la liberté 1936-1937, Revue d'histoire moderne et contemporaine, janvier-mars 1970, tome XVI, , appel des leaders des ligues dissoutes au rassemblement (ainsi Pierre Taittinger des Jeunesses patriotes: L'Alerte, , juillet-août 1936, P. Taittinger, Rassemblement !), etc.
Dirigeants et animateurs Ses animateurs sont notammentJean-François Colas, Les droites nationales en Lorraine dans les années 1930 : acteurs, organisations, réseaux, Université de Paris X-Nanterre, 2002, tome I. : le commandant Chabeaux, qui préside le comité directeur. Médecin commandant de réserve, président de l'association des officiers de réserve de la région de Nancy, président de l'Union des sociétés militaires et d'anciens combattants jusqu'à sa démission en 1937, président de l'amicale régimentaire le Clocheton, membre des Croix de feu jusqu'en 1935-36, membre du bureau de la section nancéienne de cette association en 1932 Dossier de la Légion d'honneur de Chabeaux sur la base Léonore. le futur député de Nancy Pierre André, délégué à la propagande, l'avocat François Xardel, secrétaire général. Ancien membre des Jeunesses patriotes, membre du comité consultatif de la fédération PSF de Meurthe-et-Moselle en 1936. l'avocat Adrien Sadoul, directeur du service des conférences et responsable des cours d'orateurs. Membre du Faisceau en 1926, président du groupement de l'Union des républicains du canton de Raon-l'Etape depuis 1932, conseiller municipal de cette localité vosgienne de 1935 à 1937, membre des Jeunesses patriotes et des Croix-de-feu, militant du Front national à Nancy et en Meurthe-et-Moselle. Émile Meyer, directeur depuis 1934 du quotidien nancéien contrôlé par Louis Marin L'Éclair de l'Est, animateur de la Fédération républicaine en Lorraine depuis 1927 et proche sinon membre des Jeunesses patriotes et des autres ligues avant 1936François Meyer, dit Emile, est né le 21 octobre 1886 à Pont-à-Mousson. Il est d’abord employé dans des maisons de commerce puis il est typographe dans sa localité de naissance, à l’imprimerie Blin qui édite l’hebdomadaire l’Eclaireur de Pont-à-Mousson auquel il collabore. Il devient directeur de l’imprimerie en 1904, qu’il rachète à la veille de la Première Guerre mondiale. Guerre qui voit la destruction de l’imprimerie. Ancien combattant ( il a fait la guerre au 6ème Régiment d’artillerie de forteresse ), ancien militant du Sillon, il est engagé par la Presse de l’Est en 1919, pour s’occuper en 1922 de l’édition meusienne de l’Eclair de l’Est à Verdun. Il travaille ensuite au Télégramme des Vosges de 1924 à 1927. Les dirigeants de la Presse de l'Est le font venir à Nancy pour seconder Paul Sordoillet, directeur du journal, âgé (Sordoillet est né le 12 décembre 1853 ; il est alors âgé de 74 ans). Il est sous-directeur puis directeur de lEclair de l'Est en 1934 à la mort de Sordoillet (cf. la page La Presse régionale). Il a été un militant catholique membre des Fraternités à Nancy. Meyer a été l’orateur de plusieurs réunions des JP entre 1934 et 1936, il a assisté aux congrès départementaux de la ligue, dès 1928. Par exemple, il assiste à la réunion organisée par les JP en novembre 1934 à Nancy, aux côtés de Sadoul, Maurice Camal de la ligue des contribuables, Gaston Denis de la Solidarité française, Raoul Nanty des Croix de Feu, pour « affirmer le coude à coude entre tous les nationaux pour la France ». Il a été l’un des orateurs d’une réunion de la Solidarité française à Briey en avril 1934. Il est encore présent à la réunion du Front national de Nancy du 6 février 1935, avec Charles Berlet, Jean L’Hotte, Denis, Camal, Sadoul et Nanty. Membre du Comité de libération de Nancy à la Libération, il redevient directeur de L'Eclair de l'Est qui reparaît, jusqu'en février 1948 : Mémoires de l’Académie de Stanislas, 1985, Maurice Cajelot, Quatre décennies de salles de rédaction, figures nancéiennes, Jean-François Colas, op. cit.. .
Figurent encore, notamment, au comité directeur le professeur de médecine Maurice Perrin - oncle du député de Nancy François Valentin, ancien conseiller municipal URD de Nancy, proche des Jeunesses patriotes -, le futur sénateur Joseph de Pommery, ancien secrétaire général des Jeunesses patriotes de Lorraine de 1927 à leur dissolution, membre du Parti républicain national et social (PRNS), qui a succédé aux JP -, le docteur Helluy, ancien président des étudiants d'Action française, et l'avoué Maurice EhlingerLicencié en droit, il s'est inscrit au barreau de Nancy en 1926 : L'Est républicain, 14 février 1926, président de la fédération de Meurthe-et-Moselle de la Fédération républicaine.
Les rejoignent par la suite deux transfuges du Parti social français, Émile Jaillon, ancien du Faisceau, des Croix de Feu et de la Solidarité française dont il a été le délégué régional en 1934Il est membre du comité consultatif de la fédération de Meurthe-et-Moselle du PSF. Collaborateur pendant l'Occupation : secrétaire fédéral du PPF de Meurthe-et-Moselle et chef du service « action », jugé trois fois à la Libération, condamné à mort mais sa peine est commuée en 20 ans de travaux forcés. Cf. François Moulin, Lorraine années noires, la nuée bleue, 2009, et surtout l'industriel Raoul Nanty, qui a été délégué régional des Croix-de-feu jusqu'en 1936, lassé des du colonel de La RocqueJacques Nobécourt, Le colonel de La Rocque, Fayard, 1996, p. 526-528: lettres de Nanty. Participent également au comité deux autres chefs locaux de partis d'extrême droite : Jean Michaut, militant des Jeunesses patriotes, du Parti national populaire puis du PNRS qui lui succède, gendre du directeur des cristalleries de Baccarat, petit-fils d'Adrien Michaut, conseiller général et maire de Baccarat et petit-neveu du sénateur (1920-1933) Henri Michaut, et Bertrand de Maud'huy, ancien des Volontaires nationaux et délégué régional du PPF jusqu'en 1939. Charles Berlet, leader régional des royalistes d'Action française, est associé au comité.