Les Songye ou Yembe sont un peuple bantou d’Afrique centrale établi dans le Sud-Est de la république démocratique du Congo, , répartis dans plusieurs provinces (Lomami, Kasaï-Central et Oriental, Maniema, Sankuru et Tanganyika) ; les villes et cités de Kananga, Mbuji Mayi, Kabinda, Gandajika, Lubao, Lubefu, Lusambo, Samba, Kasongo et Kongolo abritent une partie importante de ce groupe ethnique. Leur mode de vie et souvent exceptionnelle, un musongye est capable de s'adapter à n'importe quelle langue facilement

Ethnonymie Selon les sources et le contexte, on observe plusieurs formes : Basonge ou Songe et leurs variantes Basongé, Ba-songhé, Basongo, Basongye, Basongyé, Bassonge, Bassongé, Bassonghé, Songé, Songhé, Songué, Songye, Songyé, Wasonga ; Bayembe ou Yembe et leurs variantes Bayembé, YembéSource RAMEAU, BnF . Note : Basengele, Basengélé, Sengele et Sengélé désignent plutôt les Sengele et Kisongye et Kisongyé désignent plutôt la langue songye.

Les Songe (les habitants s’appellent les Basonge, au singulier : Musonge) est l’appellation officielle de ce groupe car utilisée par l’administration territoriale congolaise qui gère cette population. Les intellectuels ne sont pas en reste comme le professeur d’université, Léon de Saint MoulinLe révérend père Léon de Saint Moulin est un ancien vice- recteur de l’université nationale du Zaïre chargé du campus de Kinshasa et directeur du centre d’études pour l’Action sociale, CEPAS. ) : référence sur le site de l'Université de Lorraine, Ressources documentaires sur l'Afrique Centrale. : il reprend aussi cette orthographe dans son Atlas des collectivités du Zaïre (Presses universitaires, Kinshasa, 1976) de même que dans son dernier ouvrage, Atlas de l’organisation administrative de la République démocratique du Congo (Cepas-Kinshasa, 2011). Une autre carte de l’Afrique, Ethnolinguistic Map Of The Peoples Of Africa Map (version 1971) du National Geographic, , reprend la même orthographe.

Histoire

Songe ou Songye un terme flou Il convient de se défaire de toute vision essentialiste telle que celle qu'a développée, il y a près d'un siècle, l'administrateur colonial Edmond Verhulpen (1936) et qu'a continuée, quelques décennies plus tard, Jan Vansina (1965 ; il se départira par la suite de cette interprétation, presque littérale, des mythes). Verhulpen a construit une datation sur base d'informations recueillies auprès de Luba de l'ouest de l'ancien empire Luba situé immédiatement au Sud de la contrée songe ou songye et d'anciens vassaux, des KalundweL'ancien royaume des Kalundwe jouxtait l'extrême ouest de l'ancien empire luba et lui était inféodé.. C’est sur cette base qu’a été construit le mythe de l’origine Songe ou songye du royaume luba.

En réalité, il n'est pas évident de dire depuis quand les ‘Songe’ (Songye dans la littérature internationale) existent Je propose d’ailleurs que le terme ‘Songe’ soit réservé à l’alliance militaire qui, à la fin du , unissait certaines chefferies de l’est de la contrée ‘songe’ actuelle et que celui de Songye soit réservé à l’ensemble (dont les limites sont souvent floues) ‘ethnique’ conçu dès le début de la colonisation. Celui-ci renvoie d’ailleurs à ce qui est devenu une incontestable ‘identité ethnique’ célébrée par des associations ‘ethniques’, des pratiques culturelles, se référer à : ) et à l’essentialité à laquelle participe cette notice.. Fort probablement, dans l'extension que nous donnons aujourd'hui à ce terme, n'existent-ils que depuis la fin du , quand les arabisés puis le colonisateur popularisèrent ce terme pour désigner les populations qui se reconnaissent cette identité aujourd'hui Hamed ben Mohammed el-Murjebi Tippo Tip dans François Bontinck 1974 : 86, Maes et Boone 1935 : 170-4 et Olga Boone 1961 : 211-9..

Les premières mentions d’une appellation approchant est mfisonge puis Wasonge faite par Hamed ben Mohammed el-Murjebi alias Tippo TipMfi- et wa- sont, tous deux, des préfixes (-songe {lire/dire aujourd’hui [songu(i)e] avec un [i] à peine prononcé, juste pour adoucir le [e] final} est le radical).. Elle renvoie à une première rencontre datant du milieu de la deuxième moitié du mais mise par écrit dans ses mémoires seulement au tout début du (Bontinck 1974 : 41-157, à la fin du -début du , l’ethnonyme connaissait déjà, à peu près, son extension actuelleSon origine orientale donne à penser qu’il avait été propagé par les arabisés puis par les occidentaux qui leur étaient très proche initialement, et pas toujours uniquement par nécessité. ). Ces mémoires sont publiés pour la première fois en 1908 en Allemagne (traduction allemande juxtaposée au texte original en kiswahili ; Bontinck 1974 pour une traduction française abondamment commentée). Si, à l’origine, l’appellation ‘Songe’ désignait tout ou partie de la portion de la contrée songe actuelle à l’est de la rivière Lomami (Hamed ben Mohammed el-Murjebi dans Bontinck 1974 : 86 & 93Elle aurait inclus une alliance militaire contre la chefferie Imbiadi qualifiée alors de tetela mais, depuis la colonisation de cette chefferie dans la dernière décennie du , intégrée dans ce qu’on appelle aujourd’hui la contrée songe. Cette alliance comprenait, pour ce qu’Hamed ben Mohammed el-Murjebi nous en dit, les chefferies Kahuwa et Kilembwe, Kibumbu, Ebula, Ngubo, Kasanga, Bushiba, Eshadika, kayayi, Mukungu, Sangwa, Kalonda, Malela, Ekumbi l’entité Sala (aujourd’hui indépendante mais qui, à l’époque, faisait partie de la chefferie ikalebwe), en faisait peut-être également partie et, bien qu’elle soit plus éloignée, la chefferie Kafuma. ), elle est, progressivement, au fur et à mesure que les razzias des arabisés et de leurs affidés locaux s'étendaient, utilisée pour désigner, également, à l’ouest de cette imposante rivière, un ensemble de populations mal-définies qui se disaient, pour certaines d’entre elles au moins, (Ba)Yembe et dont les arabisés vont faire la cible de razzias les menant toujours plus à l'Ouest. Aujourd’hui, elles sont identifiées et s’identifient comme Songye pour l'ouest et songe pour l'Est ou rive droite de la Lomami.

On voit donc que l’appellation ‘Songe’ a véhiculé plusieurs significations différentes au fil du temps. Aussi est-il délicat de dire les Songye ou songe ont jadis fait ceci ou cela, tout simplement parce que nous ne savons pas qui étaient ces gens.

De même, il est difficile de dire, sur le plan politique, que les Songe ou Songye ont fait telle ou telle chose, tout simplement parce que la contrée songe ou songye ou actuelle comprend une quarantaine ou une cinquantaine de groupements administratifs (soit une quarantaine de chefferies à l’époque pré-coloniale) selon l’extension que l’on donne à la contrée songe ou songye d’aujourd’hui. On peut se demander si, autrefois (et même aujourd’hui encore), un Songe ou Songye n’a pas généralement autrement conscience des chefferies songe ou Songye éloignées de la sienne que par la connaissance de leur nom. Cela est d’autant plus vrai pour la diaspora (souvent ne connait-il même pas cette dénomination pour plusieurs chefferies/groupements – parfois même pour la majorité d’entre elles/eux).

Il n’est rien, excepté un découpage administratif (dont les contours sont souvent flous en termes d’identité ethnique) ou politique contemporains, qui permette de singulariser ‘la contrée songe’ actuelle de toutes les contrées avoisinantes, que ce soit sur le plan culturel (hormis des spécificités locales qui sont propres à certains groupes songe ou songye mais pas à tous, il n’est pas de soi-disant spécificités songe ou Songye qui soient caractéristiques de l’ensemble des Songe ou Songye et qui ne soient pas partagées avec tout ou partie[s] d’autres ‘groupes ethniques’) ou autres.

Approche par la langue Les linguistes considèrent cependant que les Songye possèdent leur propre langue. Cela est vrai aujourd’hui mais par le passé, antérieurement à la colonisation ? Dès le début, l’administration coloniale a voulu contrôler les mouvements des populations, déplaçant des populations qu’elle jugeait nombreuses là où elle le souhaitait (comme les Luba du Kasaï dans la zone cuprifère du Katanga), en enfermant d’autres, jugées démographiquement trop faibles, dans leurs Territoires (découpages administratifs inférieurs à la province). Si l’ethnie n’a aucun sens du point de vue administratif, elle reste, pour le colonisateur, fortement imprégné, à l’époque de la colonisation et du découpage administratif, du concept de ‘nation’, un moyen pratique et conforme à ses aprioris d’aborder et de classer la diversité humaine. En témoigne l’ouvrage de Maes, J. & O. Boone publié en 1935 : Les peuplades du Congo belge : nom et situation géographique, tandis qu’au Musée royal de l'Afrique centrale à Tervuren, on classe les objets récoltés jadis dans la colonie par ‘ethnie’.

Le découpage (toujours rudimentaire et approximatif) de la linguistique s’appuyait, surtout dans les premières décennies du Congo belge mais aussi tout au long de la colonisation, sur un découpage administratif sur lequel elle venait, souvent avec l’ethnologie, apposer un vernis de scientificité et de crédibilitéA la décharge des linguistes (et même des ethnologues puis anthropologues) actuels, il faut reconnaître que la plupart de ces linguistes (ou ethnologues ou encore anthropologues) exerçaient cette activité en amateur, souvent la prêtrise était leur activité principale.. Si les linguistes et les anthropologues (ex-ethnologues) sont plus prudents aujourd’hui et mentionnent avec précision le ou les lieux de leur(s) récolte(s) de vocabulaire ou de descriptions de modes de vie, ils n’en gardent pas moins la tendance à généraliser leurs propos à l’ensemble de ‘l’ethnie’ telle qu’elle est reconnue officiellement.

Si l’on accepte l’idée qu’il existe (ou plutôt qu’il existait) des langues discontinues et non une profusion continue de dialectesCeux-ci n'étant plus intercompréhensibles au-delà de leurs voisins immédiats., il est aisé d’entendre qu’il résulte des analyses de la linguistique comparée (lexicostatistique) que la langue la plus proche du kisongye (la langue des Songye) est le kiluba (la langue parlée dans l’ancien royaume luba du Katanga) (plus de 70 % de termes de bases communs ; Bastin et al. 1983 : 189 ; Bastin et al., 1999)Sur base des échantillons recueillis pour les Songye à Kabinda en 1976 (Bastin et al. 1983 : 182, le relevé y est considéré comme complet et définitif ! : Bastin et al. 1999 : 21) et chez les Luba du Katanga (Van Avermaet 1954, soit, essentiellement, la moitié sud de la contrée dite ‘luba’ aujourd’hui au Katanga [Van Avermaet 1954 : viii]), l’échantillon y était aussi considéré comme complet et définitif (Bastin et al. 1983 : 182 ! ; dans Bastin et al. 1999 : 21, les listes de vocabulaire viennent de Malemba-Nkulu, Mulongo, Kapia et 27°E/7,8°S, soit, dans ce dernier cas, largement plus de 100 kilomètres au Sud de la limite septentrionale de ‘l’ethnie Luba’ selon Boone [1961 : 134]). Cette disparité des lieux d’enquête contribue fortement à l’usage du concept de langue et à l’illusion qu’il est une frontière nette au-delà de laquelle on parle une autre langue, à l’image qu’on aimait se faire des nations européennes au tournant des s.. Il s’agit donc de parlers relativement récents dont la séparation pourrait tout de même dater d’il y a plusieurs siècles.

Une culture difficile à définir Ainsi que déjà dit, il est impossible de définir une culture proprement songyeOn peut supposer, sans en avoir les preuves, qu’il en va de même pour la langue, d’autant plus que les limites exactes de ce groupe sont floues. On peut néanmoins distinguer un ensemble de croyances et de pratiques communes, grosso modo, à l’ensemble des populations de la zone linguistique L dans la classification de Greenberg.