Les Compagnons de Jeanne d'Arc sont une association qui a notamment organisé de 1937 à 1939 à Domrémy des manifestations de masse patriotiques et religieuses, en l'honneur de Jeanne d'Arc.

Acteurs des manifestations

Marcel Boucher, député de la circonscription où se trouve Domrémy, est à l'origine de ces manifestations. Il a bénéficié de l'appui de deux associations distinctes, aux objectifs similaires.

La première et la plus ancienne s'appelle les Compagnons de Jeanne d'Arc, fondée par le sculpteur Maxime Real del Sarte. Déclarée officiellement le , elle a pour mission de Recueil des actes administratifs de la Préfecture du département de la Seine, juillet 1930. Cette année-là, le , devait avoir lieu la bénédiction par le cardinal-archevêque de Paris à Notre-Dame d'un reliquaire offert par Real del Sarte et contenant de la terre prise à l'emplacement du bûcher de Jeanne à Rouen. Mais cette cérémonie a été annulée. Le mois suivant, ce reliquaire fut amené à l'archevêché, reçut la bénédiction épiscopale puis fut exposé le lendemain aux Invalides, devant une foule nombreuseL'Action française, 29 mai 1930, Ibid., 30 mai 1930Almanach de l'Action française, 1931, p. 211-213, L'Action française, 28 juin 1930, "Aujourd'hui les anciens combattants rendront hommage à Jeanne d'Arc", "L'hommage de Paris aux cendres de Jeanne d'Arc", Ibid., 29 juin 1930, Le Journal, 28 mai 1930, Le Journal, 28 juin 1930, Le Journal, 29 juin 1930. Dans les colonnes du quotidien Le Journal, Real del Sarte appelle à l'union sous l'égide de Jeanne d'Arc ; son association se veut . La présidence de l'association est à l'origine confiée à l'écrivain ancien combattant Binet-Valmer"La grande croisade des Compagnons de Jeanne d'Arc", Le Journal, 30 avril 1930, "La nouvelle croisade des Compagnons de Jeanne d'Arc", Le Journal, 7 mars 1932. Cf. aussi "Une délégation anglaise chez les Compagnons de Jeanne d'Arc", Le Figaro, 7 mars 1932 et une critique de l'association : « Une croisade », Le Peuple, 13 mars 1932 (périodique de la CGT).. En 1935, Real del Sarte se rend en Italie pour rencontrer Mussolini et lui présenter son projet d'une statue de Jeanne d'Arc qui doit être érigée à RomeLe Journal, 6 août 1935. Marcel Boucher prend la présidence de l'association après la première manifestation de DomrémyIl devient président le 4 août 1937 selon cette source: La Revue diplomatique et coloniale, juillet-août 1939. Maxime Réal del Sarte le présente en comme le co-président de l'associationL'Action française, 26 avril 1938, "A Domrémy le premier mai".

La seconde se nomme la Société des Amis du berceau de Jeanne d'Arc, fondée en 1933 par un avoué de Neufchâteau, Gilbert Getten, son secrétaire général. Sont membres de son conseil d’administration : Jean Bouloumié, patron de la Société générale des Eaux de Vittel, conseiller généralMembre des Croix de Feu puis du PSF., Henri Hocloux, avoué honoraire, Marcel Grosdidier de Matons, professeur agrégé au lycée de Metz, Charles Brossard, architecte des monuments historiques, le président du syndicat d’initiatives de Domrémy, le maire de Domrémy, l’homme de lettres Émile Hinzelin, Pierre Marot, archiviste de Meurthe-et-Moselle et directeur de la revue Le Pays lorrain, André Philippe, archiviste des Vosges, conservateur du musée départemental et de la Maison de Jeanne d’Arc, le chanoine Ritz, directeur du quotidien messin Le LorrainFrançois Roth, . Il appelle les Mosellans à participer à la manifestation de 1937 : Le Lorrain, 25 avril 1937, Louis Noirtin, membre de la commission de surveillance de la Maison de Jeanne d'Arc, conseiller général de Neufchâteau depuis 1934Ancien combattant de la Grande Guerre, deux fois blessé, conseiller municipal de Neufchâteau, ancien maire (1925-1929), membre des Croix de Feu et du groupe d'action républicaine et nationale de l'arrondissement de Neufchâteau (comme Getten), il adhère au PSF. Cf. son Dossier de la Légion d'honneur dans la base Léonore, le baron Jacques Riston président du syndicat d'initiatives de NancyLa Plaine des Vosges, 6 septembre 1936, L'Est républicain, 6 juillet 1936. Le maréchal Lyautey en a pris la présidence. Lui succède à sa mort en 1934 l'académicien Louis MadelinLe Journal, 12 avril 1937, La Croix, 11 mai 1937, L'Action française, 11 mai 1937. Elle a pour ambition, à l’origine, de , d’attirer des touristes à Domrémy, d’aider à la conservation des sites, de publier des brochures sur Jeanne d’Arc, de . Son comité d’honneur a compris notamment le président de la République, Raymond Poincaré, Lyautey, le général de Castelnau, Louis Bertrand, Claude Farrère, Gabriel Hanotaux, Georges Goyau, le général Maxime Weygand. Ce dernier, en 1936, appela les Français à adhérer à cette associationLe Pays lorrain, janvier 1934, Ibid., 1936, Journal des débats, 9 janvier 1936, "Les amis du berceau de Jeanne d'Arc. Un appel du général Weygand", Le Matin, 7 janvier 1936. Madelin annonce le premier pèlerinage de 1937 dans L'Écho de Paris, soulignant l'action de son association et le de Marcel BoucherLouis Madelin, « Au berceau de Jeanne d'Arc », L'Écho de Paris, 21 avril 1937 (Lire en ligne).

Les manifestations de 1937-39 organisées par Boucher et ces deux associations se veulent apolitiques. Elles visent à entretenir le souvenir et le culte de Jeanne d'Arc et à favoriser par ce biais dans un souci Les Compagnons de Jeanne d'Arc, , janvier 1939, périodique trimestriel de l'association: Notice du bulletin des Compagnons de Jeanne d'Arc, sur le site de la BNF.

Toutefois, leurs animateurs sont clairement marqués à droite. La société des Amis du berceau de Jeanne d'Arc est présidée par Louis Madelin, ancien député vosgien de la Fédération républicaine. Elle est animée par un militant républicain national actif, l'avoué Gilbert Getten, un proche de Boucher et un militant du Rassemblement national lorrainGetten fonde un comité des républicains nationaux à Liffol-le-Grand en 1933, puis impulse la création d'un autre comité en 1935. Il collabore au périodique de droite local La Plaine des Vosges. Il a soutenu la campagne électorale de Marcel Boucher en 1936 contre le Front populaire. Il organise avec Boucher en janvier 1937 un banquet pour entendre des parlementaires comme Philippe Henriot et des militants nancéiens du RNL. . Marcel Boucher a été élu député en 1936 en faisant campagne contre le Front populaire. Il adhère à la Fédération républicaine. Les Compagnons de Jeanne d'Arc sont issus de l'Action française ; Maxime Real del Sarte est un militant royaliste notoire. Binet-Valmer a fondé et présidé la Ligue des chefs de section; il a rejoint l'Action française en 1929. Charles de Magnienville, délégué régional des Compagnons, a donné des conférences en Meurthe-et-Moselle pour l'AF et a été désigné en 1932 président des comités royalistes de la MeuseBNF/gallica: collection de l'Action française. Ancien capitaine de cavalerie, il réside à Nancy et au château de Délut, dans la Meuse. Charles Berlet, secrétaire général pour la Lorraine des Compagnons jusqu'en 1939 et membre du comité central des Compagnons, est le chef des royalistes d'Action française dans cette régionL'Action française, 4 juin 1939. . A Nancy, les Compagnons défilent lors de la fête de Jeanne d'Arc, en lieu et place des délégations de la ligue d'Action française, dissoute en 1936L'Est républicain, 11 mai 1936, L'Est républicain, 9 mai 1938, p. 4, L'Action française, 15 mai 1939. Par le biais de cette association, les royalistes d'Action française ont été discrètement et progressivement réintégrés au monde catholique : la condamnation de l'Action française par l'Église de 1926 est levée en . Le , les Compagnons, avec à leur tête Réal del Sarte et Binet-Valmer, ont défilé à Paris, ouvrant la marche au défilé des ligues d'extrême droite, celles du Front national et des Croix-de-FeuLe Temps, 13 novembre 1934, L'Action française, 12 novembre 1934. En et , les Compagnons de Jeanne d'Arc portent de ville en ville le reliquaire, de la petite ville de Vraux à Domrémy, en passant par Verdun, et le confient au curé-doyen de DomrémyL'Est républicain, 24 décembre 1934, "Le reliquaire de Jeanne d'Arc à Verdun", Le Journal, 24 décembre 1934, "les dernières étapes du reliquaire de Jeanne d'Arc", Le Journal, 6 janvier 1935, Le Journal, 7 janvier 1935, Bulletin meusien, 22 décembre 1934, Appel des Compagnons de Jeanne d'Arc, « Les Compagnons de Jeanne d'Arc dans la Meuse », Ibid., 29 décembre 1934. Le , ils célèbrent alors à Domrémy, pour la première fois, l'anniversaire de la naissance de Jeanne d'Arc, en présence du curé, du maire du village, de Réal del Sarte, du délégué régional des Compagnons (Charles de Magnienville), de Charles Berlet, de Gilbert Getten, d'anciens combattants, de membres de la Solidarité française et des Jeunesses patriotes, de dirigeants des Camelots du roi, dont leur chef régional, Maurice CochinaireL'Action française, 8 janvier 1935, Le Télégramme des Vosges, 8 janvier 1935. Le , les Compagnons viennent à Domrémy, notamment pour y prélever de la terre destinée à être déposé dans le socle d'une statue de Jeanne d'Arc de Réal del Sarte qui doit être inaugurée à Rome quelques jours plus tardL'Action française, 6 juillet 1936. L'inauguration, prévue les 13 et 14 juillet, a été reportée en septembre..

Les manifestations de 1937 à 1939 ont rassemblé des « forces marquées à droite de l’échiquier politique français »Jean-Paul Rothiot, « La construction d’un lieu de mémoire : Domrémy et Jeanne d’Arc dans les années 1930 », dans Philippe Martin et François Roth (dir.), Mémoire et lieux de mémoire en Lorraine, Ed. Pierron, 2003, p. 119- 132 : officiers généraux peu connus pour leurs sentiments républicains orthodoxes (Weygand, Franchet d’Espèrey) ou qui ont été liés aux Ligues en Lorraine (les généraux Albert Tanant et Henri Colin), académiciens marqués à droite (Henry Bordeaux, Louis Madelin), parlementaires opposés au Front populaire, à commencer par Louis Marin et d'autres parlementaires de la Fédération républicaine, conseillers municipaux parisiens « nationaux » (Armand Massard, René Gillouin, Gaston Le Provost de Launay). Ces manifestations ont tenté une « synthèse unificatrice des cérémonies catholiques et républicaines ». Mais si elles exaltent le patriotisme et prônent l’union, elles ne sont pas dirigées contre l’ennemi traditionnel de plus en plus menaçant, l’Allemagne, et sont encore « engluées dans des oppositions de politique intérieure »Jean-Paul Rothiot, op. cit..

Manifestation du 9 mai 1937