La Sorbonne est un bâtiment situé rue des Écoles dans le de Paris, un des hauts lieux du Quartier latin. Propriété de la ville de Paris, il est le siège du rectorat de l'académie de Paris et de la chancellerie des universités de Paris, ainsi que de plusieurs institutions universitaires, notamment la bibliothèque de la Sorbonne.
Le bâtiment est l'avatar actuel du collège de Sorbonne fondé dans les années 1250 par Robert de Sorbon, docteur en théologie et chapelain du roi , et dissous en 1793 par la Convention nationale, comme toutes les institutions universitaires d'Ancien Régime. À l'origine destiné aux étudiants pauvres de la faculté de théologie de l'université de Paris (fondée vers 1200), afin de leur donner les moyens de vivre décemment, ce collège devient par la suite une institution universitaire de premier plan, identifié à la Renaissance avec la faculté de théologie (de façon souvent péjorative, avec les « Sorbonagres » de François Rabelais), et plus tard, notamment à partir du à l'université de Paris tout entière, appelée par métonymie « la Sorbonne ».
Sa façade baroque est celle de la chapelle Sainte-Ursule, construite sous le règne de lors des travaux de reconstruction menés par Richelieu, qui était aussi proviseur du collège de Sorbonne. Cette chapelle, déconsacrée depuis la loi de séparation des Églises et de l'État (1905), est aujourd'hui utilisée pour des réceptions ou des expositions. C'est le seul élément subsistant des bâtiments d'Ancien Régime, l'édifice actuel ayant été construit dans les années 1880-1900 sur les plans de l'architecte Henri-Paul Nénot. Cette chapelle est classée au titre des monuments historiques depuis 1887, ainsi que, depuis 1975, le (entre autres salles et salons) et l'ensemble des bâtiments (pour les façades et toitures).
Parmi tant d'autres événements historiques qu'elle a accueilli, c'est à la Sorbonne qu'a été fondé par Pierre de Coubertin le Comité international olympique, le .
Localisation et usage La porte de la rue des Écoles est située face à la place Paul-Painlevé et au square Samuel-Paty., au-delà desquels se trouve le musée de Cluny (anciens thermes de Lutèce).
Le bâtiment est longé à l'est par la rue Saint-Jacques, ancien cardo maximus de Lutèce, qui la sépare du lycée Louis-le-Grand (ancien collège de Clermont).
De l'autre côté, on trouve la rue de la Sorbonne, puis la rue Champollion, rues étroites qui débouchent sur la place de la Sorbonne, où se trouve la librairie Vrin. Un peu plus à l'ouest, c'est le boulevard Saint-Michel (ancienne rue d'Enfer).
L'actuelle Sorbonne héberge, outre le rectorat de Paris et la chancellerie des universités parisiennes : la faculté des lettres de Sorbonne-Université ; une partie des activités de l'université Panthéon-Sorbonne ; des unités de recherche de l'École pratique des hautes études de l'université Paris Sciences et Lettres (EPHE) ; la bibliothèque de la Sorbonne, bibliothèque inter-universitaire (Panthéon-Sorbonne et Sorbonne Nouvelle), rattachée pour sa gestion à l'université Panthéon-Sorbonne.
Origine du nom Le nom « Sorbonne » vient du nom usuel de son fondateur, Robert de Sorbon, originaireSon origine a été l'objet de discussions. Voir le livre d'Alfred Franklin cité infra, page 5. du village de Sorbon, près de Rethel, dans le diocèse de Reims, donc dans le nord du comté de Champagne (aujourd'hui dans le département des ArdennesLarousse universel en 2 volumes : nouveau dictionnaire encyclopédique, éditions Larousse, 1922 ). L'étymologie de ce toponyme n'est pas connueErnest Nègre, Toponymie générale de la France, Librairie Droz, 1990 .
« Sorbonne » trouve son origine dans les traductions en latin (langue usuelle des universitaires et des lettrés au Moyen Âge) de « Robert de Sorbon », qui étaient diverses en ce qui concerne sa deuxième partie. Selon l'historien Alfred Franklin (1830-1875), on trouve les formules suivantes : « Robertus Sorbonensis, de Sarbona, de Seurbona, de Surbonio, de Sorbonia, de Sorbonio et de Sorbona, forme qui a prévalu »Alfred Franklin, La Sorbonne : ses origines, sa bibliothèque, les débuts de l'imprimerie à Paris et la succession de Richelieu, d'après des documents inédits, Paris, Leon Willem, 1875 , p. 4., et qui retraduite en français a donné « Sorbonne ».
En français, on trouve pour le nom du collège : « Robert de Sorbon» (qui était son nom lors de sa création en 1253), « collège de Sorbonne », « maison de Sorbonne » et « Sorbonne », la forme qui prévaut à partir de 1257 (année de sa reconnaissance par le pouvoir royal).
Le prestige de ce collège fait que « Sorbonne » a été ensuite utilisé pour désigner la faculté de théologie, et même l'université de Paris tout entièreJacques Verger, La Fondation du collège de Sorbonne, 2007 .
De la fondation du collège de Sorbonne au début du provisorat de Richelieu (vers 1250-1622)
thumb|Le collège de Sorbonne au . À ses origines, la Sorbonne est un collège pour étudiants en théologie fondé en 1253 au sein de l'Université de Paris par Robert de Sorbon, chapelain et confesseur du roi Saint Louis, ainsi nommé d'après son village de naissance, dans les Ardennes. Comme les autres collèges de l'université, il devait accueillir des pensionnaires pauvres qui y disposaient de bourses, ainsi que des étudiants non pensionnaires. Le collège est ainsi destiné à sa fondation à abriter une vingtaine de personnes. À cet effet, Saint Louis donna quelques maisons de la rue Coupe-Gueule, face à l'hôtel de Cluny, pour y installer les étudiants. Robert de Sorbon, par l'intermédiaire de Guillaume de Chartres achète et échange rapidement l'ensemble des abords de cette rue ; en 1260, la majorité du site actuel est aux mains du collège. Il s'agit alors d'un ensemble épars de bâtiments divers, maisons, granges, etc. disposés dans un jardin. Une grande simplicité du bâti est maintenue à dessein par le fondateur qui instaure une règle de vie pieuse et austère. En dépit des achats et constructions ultérieures, cette relative austérité reste une des caractéristiques du collège. Au début du , il se présentait encore comme un ensemble de bâtiments disparates édifiés le long de la rue Coupe-Gueule, désormais appelée rue de la Sorbonne, entre le cloître Saint-Benoît au nord et le collège de Calvi au sud. Il comportait une chapelle construite au dont la façade donnait sur la ruePalémon Glorieux, Aux origines de la Sorbonne t 1, Robert de Sorbon, Paris, Vrin, 1966, ppes 35 & sqq. Le collège de Sorbonne devint le siège des assemblées de la faculté de théologie de l'université de Paris. vignette|François-Nicolas Martinet, Le collège de Sorbonne, XVIII siècle (Bibliothèque interuniversitaire de la Sorbonne, NuBIS).
Reconstruction des bâtiments sous le provisorat de Richelieu (1622-1642) thumb|left|Élévation de la chapelle de Richelieu.
Le collège en 1622 Le cardinal de Richelieu, évêque de Luçon, élève au collège de Sorbonne en 1606-1607 en devient le proviseur le à la suite du décès du cardinal de Harley. Le nouveau proviseur est confronté des bâtiments vétustes, devenus nettement insuffisants et mal commodes au cours des deux derniers siècles.
Le rôle du collège a en effet évolué : d'un simple hébergement à l'attention d'une vingtaine de pensionnaires, il est devenu le siège d'une importante bibliothèque et un lieu d'enseignement, tandis que l'acquisition de terres et de rentes a permis d'accroître le nombre de pensionnaires.
Premier projet et début du chantier Richelieu, devenu principal ministre de Louis XIII en 1624, lance un vaste programme de rénovation, en commençant par intégrer deux collèges voisins, le collège de Calvy (au sud) et le collège des Dix-Huit.
Il charge son architecte, Jacques Lemercier, de reconstruire l'ensemble afin de répondre aux exigences et au goût de l'époque. Le premier projet consiste à raser les bâtiments gothiques du collège et du collège de Calvy, sauf la chapelle, qui, modernisée et agrandie, devant servir de séparation entre deux cours de taille égale.
Les travaux de démolition commencent en 1629. Mais à la suite de la journée des dupes (), conforté dans sa situation de premier ministre, Richelieu fait reprendre le projet avec plus d'ambition.
Travaux selon le second projet (1631-1642) On abandonne le système des deux cours jumelles au profit d'une seule grande cour s'étendant au nord d'une nouvelle chapelle. Celle-ci prend des proportions monumentales, recouvrant tout l'espace jusque-là occupé par le collège de Calvi. Les travaux de reconstruction commencent en mai 1635 et le gros œuvre est presque achevé à la mort du cardinal en décembre 1642.
Après la mort de Richelieu (décembre 1642) Seule la chapelle, aujourd'hui considérée comme un chef-d'œuvre de Lemercier et de l'architecture classique parisienne reste inachevée. C'est la duchesse d'Aiguillon, Marie-Madeleine de Vignerot de Pontcourlay (1604-1675), héritière et exécutrice testamentaire de Richelieu , qui dirige la fin des travaux. Richelieu lègue une partie de sa bibliothèque et de sa fortune à l'institution.
Le nouveau collège a une superficie double par rapport à l'ancien. Il est doté d'une grande chapelle destinée à recevoir le tombeau du cardinal.
vignette|264x264px|Pierre Aveline, Vue et perspective de la cour intérieur de Sorbonne, XVII siècle (Bibliothèque de la Sorbonne).
Période de la Révolution française Durant la Révolution française, les bâtiments furent fermés aux étudiants en 1791 et la société sorbonique fut dissoute en même temps que les universités de Paris et de province, en conséquence de la loi Le Chapelier supprimant les corps intermédiaires. La chapelle, désaffectée et transformée en temple de la déesse Raison fut saccagée en décembre 1794, les sépultures furent profanées. Plusieurs projets élaborés pour utiliser les bâtiments du Collège échouèrent<ref>Parmi les projets non réalisés figure celui de l'installation de l'École normale de l'an III (1795), dont les cours furent finalement dispensés dans un amphithéâtre du Muséum. Cf. L'Université de Paris, la Sorbonne et la Révolution, Sorbonne, 1989, .</ref>. Sous le Consulat, Napoléon Bonaparte transforma le site en ateliers d'artistesChristian Hottin, « Naissance d’une architecture spécifique », dans Christian Hottin (dir.), Universités et grandes écoles à Paris : les palais de la science, Paris, Action artistique de la ville de Paris, 1999 , p. 37-44, spécialement p. 38., sous la dénomination « Musée des Artistes » (An VIII-1822).
La Sorbonne au , siège des facultés des sciences, des lettres et de théologie thumb|La place de la Sorbonne au début du .
À partir de 1806, Napoléon réorganisa l'ensemble du système d'enseignement français en créant l'Université impériale. Elle regroupait tous les niveaux d'enseignement et comportait à ses niveaux les plus élevés les écoles spéciales et des facultés de cinq types : Faculté des sciences, Faculté des lettres, Faculté de théologie, Faculté de droit et Faculté de médecine. Les deux dernières retrouvèrent leurs locaux d'Ancien Régime, place du Panthéon et rue de l'école de Médecine, tandis que les trois autres s'installent dans les bâtiments de l'ancien collège du Plessis, puis en 1821 dans l'ancienne Sorbonne de Richelieu. Le bâtiment devenait en outre le siège du rectorat de l'Académie de Paris. vignette|Ernest Munier-Chalmas, L'ancienne Sorbonne : les jardins, 1893 (Bibliothèque interuniversitaire de la Sorbonne, NuBIS).