vignette|upright=1|Un exemple classique de l'économie de fonctionnalité est un fabricant ou loueur de pneus qui reste propriétaire de ses produits au lieu de les vendre.Il se charge de leur rechapage ou recreusage (s'il est prudent) et leur entretien ; l'utilisateur est facturé au kilomètre parcouru.
L’économie de fonctionnalité, économie de la fonctionnalité, économie servicielle ou encore économie de performanceL’apport de l’économie circulaire au regard d’autres approches et outils, Gabrielle van Durme, Luce Beaulieu et Manuele Margni, 2016 (Consulté le 25 avril 2020), est l'offre ou la vente (à des entreprises, individus ou territoires), de l'usage. d'un bien ou d'un service… et non du bien lui-même. Le fabricant a donc tout intérêt à faire durer le produit, ce qui devrait favoriser un moindre gaspillage des ressources naturelles, dans une perspective d'économie circulaire ainsi qu'.
C'est une innovation stratégique de rupture, qui vise à substituer à la vente d’un bien, d’un service ou d’une solution associée « biens + services », la mise à disposition de solutions intégréesVoir : intégration verticale et intégration horizontale. C’est le passage à l’approche intégrée qui crée les conditions de performance accrue. À titre d'exemple, lorsque vous achetez une voiture chez un concessionnaire, vous avez la possibilité d’y associer un service de financement ou d’assurance. Refuser de souscrire ces deux services chez le concessionnaire ne dégrade en rien la performance du véhicule acheté. Nous sommes ici dans le cas d’une solution associée. Imaginez maintenant une solution de mobilité intégrée qui coordonne trains et bus à travers un système de communication en temps réel. Si ce système tombe en panne, la performance du système est dégradée. L’intégration consiste donc en la mise à disposition de manière indissociable de biens et de services pour atteindre le niveau de performance escompté, de biens et de services répondant à des attentes essentielles dans la société contemporaine, dans une perspective de développement durable : habiter, cultiver sa santé/son bien-être, s’alimenter, s’informer et connaître, améliorer la mobilité des biens et des personnes
Ces solutions cherchent à réduire des externalités négatives environnementales et sociales et/ou à conforter des externalités positives. Elles visent par ailleurs à engager une décroissance des facteurs matériels engagés dans la production et la consommation de la solution, tout en compensant cette baisse par une croissance des facteurs immatériels, aussi bien en matière de valeur d'usage que de valorisation financière de l'offre.
Pour engager cette dynamique d'intégration, l’offre de solutions regroupe, généralement, des acteurs issus de filières et de secteurs d’activité différents et appelle à de nouvelles formes de coopération entre ces acteurs.
Souvent associée à un simple passage à la location d'un bien, l'économie de la fonctionnalité dépasse ce modèle. Ainsi, c’est la recherche normative de gains environnementaux et sociaux qui distingue l’économie de la fonctionnalité de la servicisation (économie des services) classiqueC'est-à-dire un simple passage à une logique servicielle. Dans cette optique, le passage d’un modèle de vente de produits à un modèle de location est une forme de servicisation pouvant ne pas répondre aux caractéristiques de l’économie de la fonctionnalité (c’est d’ailleurs le plus souvent le cas).
Trajectoires d'évolution vers l'économie de la fonctionnalité Dans sa vision classique, limitative, l'économie de la fonctionnalité est souvent associée à un modèle fondé sur le fait de ne plus vendre un bien, mais de le mettre à disposition de ses clients cibles moyennant facturation à l’usage. Ce passage au modèle de service permet d’envisager d’une nouvelle manière le cycle de vie de l’équipement, ainsi que les conditions d’accessibilité à son usage.
Les gains environnementaux et sociaux liés à cette approche peuvent relever de deux dimensions : ils peuvent, d’une part, être liés à une organisation circulaire des flux de matières (passage à un modèle relevant de « l’économie circulaire »Voir La Fondation Ellen MacArthur pour de nombreuses ressources sur l'économie circulaire (en anglais).), ce qui rend avantageux le recours à l’écoconception et à l’éco-efficience ; ils peuvent, d’autre part, conduire à améliorer l’usage et étendre les gains environnementaux aux gains sociaux tant internes qu’externes à l’entreprise.
Exemple 1 : la société Xerox a décidé depuis de nombreuses années déjà de ne plus vendre de photocopieurs mais de les mettre à disposition de leurs clients moyennant une facturation à l’usage. Restant propriétaire des appareils, ces derniers ont été reconçus sur le principe de la « démontabilité - réparabilité - récupérabilité » de telle sorte que les nouvelles générations de machines sont aujourd’hui composées de 70 à 90 % des composants des anciennes machines. Cela génère d’importants gains environnementaux traduits par d’importants gains financiers (un gain net de plus de 250 millions de dollars annuellement)Voir pour une présentation détaillée de ce cas d'école. Exemple 2 : en passant d’un modèle de vente de pneumatiques aux transporteurs routiers professionnels, à un modèle de mise à disposition de pneumatiques facturés aux kilomètres parcourus par les camions, Michelin a multiplié par 2,5 la durée de vie des pneus tout en augmentant son chiffre d’affaires et ses bénéfices.
Si cette approche est incontestablement vertueuse, elle présente néanmoins quelques limites : elle se focalise essentiellement sur les enjeux environnementaux sans intégrer de manière claire les enjeux sociaux ; la décroissance des facteurs matériels - éminemment souhaitable - n'est pas compensée par une reconsidération du contenu de la croissance.
De ce fait, un modèle plus ambitieux, qualifié d'économie de la fonctionnalité et de la coopération, émerge. Il peut relever de l'un des deux stades suivants.
Stade 1 : la solution intégrée centrée sur une performance d'usage
Le modèle de la solution intégrée fondé sur une performance d’usage désigne l’offre de solutions qui intègrent des produits et des services de telle manière que c’est désormais le résultat de l’usage classique du bien ou du service initialement vendu qui est désormais apporté en direct au système clients (solution de confort lumineux versus vente d’ampoule, vente d’une solution de protection intégrée des cultures versus la vente de pesticides).
Cette perspective nouvelle engendre le plus souvent un changement du périmètre d’activités de l’entreprise ainsi que des acteurs engagés dans la réalisation de cette solution intégrée. Ce nouveau périmètre est défini d’une manière telle qu’il puisse mieux prendre en charge les externalités environnementales et sociales qui étaient préalablement subies de manière négatives par le système d’acteurs initial. Par ailleurs, la dynamique productive engagée s’appuie désormais sur une logique servicielle fondée sur des facteurs immatériels et a tendance à réduire les ressources matérielles mobilisées et à augmenter les ressources immatérielles. Par ailleurs, de nouvelles formes de coopération transversale deviennent centrales dans la capacité à déployer ces solutions intégrées.
Exemple : pesticides versus protection intégrée des cultures Imaginons un instant concevoir, fabriquer et vendre des produits phytosanitaires à destination des agriculteurs. Herbicides, fongicides, défoliants, insecticides font partie de la gamme mise en marché. En facturant les produits à la quantité vendue, difficile — pour ne pas dire impossible — de concilier une réussite économique avec une amélioration environnementale et sociale/sanitaire notable.
Une autre voie est pourtant possible. En interrogeant la fonction du produit et le besoin de l’agriculteur, il est question de protéger les cultures des nuisibles et des maladies. Ne serait-il dès lors pas envisageable de vendre à l’agriculteur, en lieu et place des bidons de produits chimiques, un service intégré de protection de ses cultures facturé à l’hectare ? Ce faisant, la quantité de pesticides introduite dans les champs n’est plus le moteur du revenu, mais un coût qu’il est désormais avantageux de réduire. La recherche et développement va donc désormais s’évertuer à trouver des solutions moins gourmandes en produits, voire des solutions de substitution moins coûteuses à mettre en œuvre.
Ainsi, le piégeage sexuel des parasites ou l’introduction d’insectes prédateurs des nuisibles deviennent des solutions avantageuses à déployer, tout en pouvant désormais monétiser ces services écologiques rendus. Ce faisant, le bilan environnemental et social de l’entreprise peut s’améliorer en même temps que la réussite économique et financière. En passant d’une logique volumique à une logique centrée sur la valeur « servicielle » des produits initialement vendus, la dynamique de création, de production et de capture de la valeur devient radicalement différente.
Elle permet de créer un rapport totalement renouvelé avec l’agriculteur, en fondant désormais la relation sur la co-création et la coopération, la capacité à construire avec lui les solutions les plus appropriées au contexte spécifique des parcelles à protéger devenant stratégique. Dans ce contexte, la confiance, la pertinence des solutions déployées, la connaissance dans des domaines non plus seulement agronomiques et chimiques mais aussi biologiques et entomologiques… deviennent des ressources clés dans l’efficacité des solutions déployées. Soit autant de ressources immatérielles qui sont de facto placées au cœur de ce nouveau modèle économique et dont la qualité influe directement sur la « performance » de la solution.
Stade 2 : la solution intégrée centrée sur une performance territoriale La solution intégrée centrée sur la dynamique territoriale désigne la mise en œuvre d’une solution intégrée où la dynamique entrepreneuriale portée par une ou plusieurs entreprises est étroitement couplée à une logique de développement territorial.
Beaucoup d’enjeux ne peuvent en effet pas trouver de réponses pertinentes en dehors d’une logique territoriale affirmée. Les questions de mobilité, de santé, d’éducation, d’aménagement du territoire…sont intimement liées au contexte d’un territoire donné, aux ressources et contraintes propres, aux forces mobilisables localement… La solution intégrée vise donc ici à apporter un résultat contribuant directement à la mise en place d’une dynamique territoriale nouvelle, source de qualité accrue pour les parties prenantes visées du territoire.
Réponse aux enjeux du développement durable L'économie de la fonctionnalité est un des moyens de réconcilier l'économie et le développement durable, car : Elle a un bénéfice environnemental, social et économique : moindre pollution et moindre consommation de ressources naturelles à service égal ou amélioré, prise en charge d'externalités environnementales ou sociales négatives, création d'externalités environnementales ou sociales positives, gains économiques, impact positif sur la relocalisation de l'emploi. Elle découple - normativement - la génération de revenu de la consommation de ressources et d'énergie. Toutefois, si les possibilités de découplage sont réelles, il s'agit ici d'un découplage relatif et non absoluVoir pour une excellente discussion sur ce point.. Elle met à mal le principe d'obsolescence programmée. Une économie et des modèles d'entreprise fondés sur un volume de produits à vendre, à fortiori dans des économies saturées tirées par les marchés de remplacement, ne valorisent pas les produits qui durent longtemps. Dans un tel contexte, un produit doit durer suffisamment longtemps pour être compétitif face à ses concurrents, mais pas trop car il retarde le rachat de remplacement. Aucun incitant donc à faire durer les produits le plus longtemps possibles.