Un marsannay est un vin français d'appellation d'origine contrôlée, produit sur les communes de Chenôve, Marsannay-la-Côte et Couchey, dans le département de la Côte-d'Or.
Il s'agit de l'appellation communale la plus septentrionale du vignoble de la côte de Nuits, entre Dijon au nord (où est produit le montrecul) et l'AOC fixin au sud. Elle a la particularité d'être produite dans les trois couleurs, en rouge (majoritairement, 76 % de la production en 2023), blanc (18 %) et rosé (cette dernière se faisant rare avec 6 % de la production).
L'appellation marsannay ne comprend, jusqu'à présent, aucun premier cru. Une requête a été déposée auprès de l'INAO pour que plusieurs de ses climats puissent le devenir..
Histoire Développement du vignoble On attribue à la période romaine l'implantation de la viticulture dans l'actuelle Bourgogne ; plusieurs fouilles archéologiques la prouvent pour la fin du , notamment celle à Gevrey-Chambertin en 2008-2009 (au lieu-dit « Au-dessus de Bergis », interprétée comme étant les restes d'une vigne en pergolette sur plaine argileuse).. Ce vignoble de plaine se serait implanté sur le coteau seulement à partir du haut Moyen Âge, avec aménagement progressif d'un parcellaire délimité par des haies, des murs, des murgers et des chemins.. La première mention de Marcennacum (Marsannay) et de Cocheianum (Couchey) remonterait au , .. La chronique de l'abbaye Saint-Pierre de Bèze indique que des vignes de Cochoiacum (Couchey) ont été données par Amalgaire en 630Antiquum Besuensis Abbatiae chronicon (Chronique de l'abbaye Saint-Pierre de Bèze), folio 15, verso.. En 653, l'évêque Léger d'Autun lègue ses biens aux chanoines de son chapitre ; son don comprend notamment une terre familiale à Canavis villa (Chenôve), à condition qu'ils y construisent une habitation et la mettent en culture. En l'an mil, le domaine comprend un clos de (), ceinturé d'un mur de pierres sèches, ainsi que quelques parcelles dispersées sur le finage, pour un total de ().. Copiacum (Couchey) figure sur une charte de l'abbaye Saint-Étienne de Dijon à la fin du .. En 882, Aubert donna au prieur de Saint-Étienne de Dijon Chapitre cathédral de Dijon, ancienne abbaye de Saint-Étienne, Cartulaire du , folio 9 (AD21, cote G 125, cart. 21) : donation de vignes à Marsannay (in line Longoviacense (de Longvic) et in pago Oscarense) faite par Aubert à l'église de Saint-Étienne en la personne d'Helgaud, son prévôt (881-882)..
Les ducs de Bourgogne possédaient un vaste domaine à Chenôve (estimé à ), avec une cuverie équipée de deux pressoirs reconstruite au début du , qui a été utilisé jusqu'à 1926. En , le duc Philippe le Hardi décida d'améliorer la qualité des vins en interdisant la culture du gamay au profit du pinot noir sur ses terres. : cet ordre est renouvelé plusieurs fois, ce qui fait douter de son efficacité. En 1422, d'après les archives, les vendanges eurent lieu en côte de Nuits au mois d'août« Le Millésime 2003 en Bourgogne », La Revue du vin de France, , .. À la mort de Charles le Téméraire, le vignoble de Bourgogne fut rattaché au royaume de France, sous le règne de Louis XI : le domaine ducal à Chenôve devient le « clos du Roi ».
Fin , la Description du duché de Bourgogne de l'abbé Courtépée décrit rapidement Chenôve , Marsannay-la-Côte (appelée alors aussi Marcenay-la-Montagne) et Couchey , sans mentionner aucun climat, .. En 1791 et 1793, le clos du Chapitre puis le clos du Roi (et ses pressoirs) sont vendus comme biens nationaux. En 1816, André Jullien, dans sa Topographie de tous les vignobles, met deux climats de Chenôve parmi les vins rouges de troisième classe (avec les crus de Gevrey, Chassagne, Alox, Savigny, Blagny et Santenay) : ,
Spécialisation en vin de soif En 1831, le vignoble de Chenôve (couvrant alors ), Marsannay-la-Côte () et Couchey () est considérée comme intégralement planté en gamay, ., pour produire du vin ordinaire, à destination des cabarets de Dijon. Ce type de vins, beaucoup moins onéreux à produire et immobilisant moins de capital lors de l'élevage, rapporte : le revenu imposable moyen pour toutes les vignes du canton est alors de par ouvrée (produisant alors environ ), alors qu'il est de pour un chambolle.. Les auteurs de l'époque n'incluent d'ailleurs pas ces vignobles parmi ceux de la côte de Nuits, mais dans la « côte de Dijon ». (avec les vignes de Perrigny-lès-Dijon, Longvic, Fleurey-sur-Ouche, Corcelles-les-Monts, Lantenay, Talant, Plombières, Fontaine-lès-Dijon, etc.). En 1855, le docteur Lavalle écrit dans son Histoire et statistique de la vigne et des grands vins de la Côte-d'Or : .. Idem pour Marsannay et Couchey. En conséquence, le classement de 1861 ne cite aucun climat de ces deux dernières communes, mettant tout de même sur Chenôve dans sa le Chapitre (6 hectares et 7,94 ares), En Sélencourt (9 ha et 79,8 a), la moitié haute du clos du Roi (14 ha et 76,7 a) et une petite partie des Chenevary ; sont en Valandons, la moitié basse du clos du Roi (12 ha et 31,6 a), la majeure partie des Chenevary et les Vignes du Piquon, pour un total de 62 hectares de , ..
vignette|Le phylloxéra, tueur de vigne. Dans les décennies 1830 et 1840, la pyrale se multiplie et ses chenilles dévorent les feuilles de la vigne. Elle est suivie à partir de 1850 d'une maladie cryptogamique, l'oïdium., un champignon qui se développe sur les feuilles : les viticulteurs luttent contre lui depuis 1854 en aspergeant les vignes de soufre utilisé contre fongicide (soufrage). Le millésime 1865 a donné des vins aux teneurs naturelles en sucres très élevées et des vendanges assez précoces. Puis arrive le phylloxéra, un puceron venu d'Amérique du Nord, qui touche la Côte-d'Or à partir de 1878 (repéré à Meursault, puis la même année au jardin botanique de Dijon et à Norges-la-Ville), se répandant ensuite, entraînant à terme la mort de la totalité des vignes. La seule parade trouvée fut de replanter avec greffage sur des pieds américains, autorisé en Bourgogne à partir de 1887.. En 1878, une nouvelle maladie cryptogamique, le mildiou, est identifiée dans le Bordelais, venant elle-aussi d'Amérique du Nord et contaminant rapidement tous les vignobles européens ; le traitement avec du sulfate de cuivre (la bouillie bordelaise) est proposé en 1885. Enfin, en 1886, c'est au tour du black rot (la pourriture noire) d'arriver ( de la Société française de phytopathologie, « Les Vendanges du Savoir » le 20 mai 2025 à Talence)., traité au fongicide. La crise phylloxérique transforme le vignoble : le provignage est abandonné, les plantations sont faites en rangs avec désormais un palissage sur fils de fer, et non plus en foule sur piquets., d'où une densité plus faible, et la possibilité d'y faire passer un cheval (pour traiter et labourer). Le mildiou provoqua un désastre considérable en 1910.
La création des appellations d'origine par la loi du oblige les producteurs et le commerce à donner aux vins des noms conformes à leur origineLoi du 6 mai 1919 relative à la protection des appellations d'origine, publiée au Journal officiel du page 4726., ce qui entraine la limitation par décision de justice du . de l'appellation bourgogne (qu'on pouvait compléter d'un nom de commune) aux seuls vins réalisés avec du pinot noir ou du chardonnay, rejetant le gamay, l'aligoté et les hybrides considérés comme de moindre qualité. Une cave coopérative est fondée à Marsannay-la-Côte en 1929 (ce qui n'est alors pas une exception en côte de Nuits : Morey, Chambolle puis Brochon ouvrent la leur en 1911, Gevrey et Nuits en 1912 ; la côte de Beaune est plus tardive avec Pommard en 1920 et Beaune en 1957).. En 1936-1938, l'essentiel des appellations communales de la côte d'Or sont créées par décret., mais sans Marsannay et ses deux voisines.
Remontée en gamme La fête de la Saint-Vincent tournante est organisée en 1950 et 1975 à Marsannay-la-Côte, ainsi qu'en 1982 à Couchey, alors que l'appellation spécifique n'existe pas encore (furent proposés à la dégustation du bourgogne produit localement). Le gamay disparaît progressivement de l'encépagement local. À partir de 1961, au nom de l'appellation bourgogne (complété ou non par la mention « rosé » ou « clairet ») peut être adjoint la dénomination géographique « Marsannay ». En 1965, une première demande de création de l'appellation est bloquée en justice ; le rattachement des trois communes à l'aire d'appellation du côte-de-nuits-villages est refusé en 1979 et 1983 (opposition des vignerons de Corgoloin et de Comblanchien)..
Les appellations « marsannay » (en rouge et en blanc) ainsi que « marsannay rosé » sont finalement créées le , avec une aire concernant Chenôve, Couchey et Marsannay-la-Côte ; les cépages autorisés sont comme aujourd'hui les pinot noir et pinot beurot (pour le rouge et le rosé), ainsi que les chardonnay et pinot blanc (pour le blanc), publié au JORF du .. Les techniques en viticulture et œnologie évoluent pendant les cinquante années suivantes : l'enjambeur (remplaçant le cheval), vendange en vert, table de triage, cuve en inox, pressoir électrique puis pneumatique, etc. En 1993, Marsannay-la-Côte organise pour la troisième fois la Saint-Vincent tournante.. Avec la canicule de 2003, les vendanges débutèrent pour certains domaines cette année-là à la mi-août, soit avec un mois d'avance, des vendanges très précoces qui ne s'étaient pas vues depuis 1422 et 1865 d'après les archives.
Le cahier des charges de l'appellation est modifié en 2009 (passage en AOP et réunion des trois couleurs), publié au JORF du ., 2011 (augmentation des rendements, qui passent de 40 à en rouge, de 45 à 57 en blanc et 60 en rosé, et de la richesse en sucre), homologué par le décret du publié au JORF du ., puis en 2019 (nouvelles délimitations), modifié par l’arrêté du publié au JORF du et au BO Agri du .. La reconnaissance de premiers crus au sein de l'appellation est en débat, avec demande de classement depuis 2012, en cours d'instruction auprès de l'INAO. Le cahier des charges autorise toutefois la mention du lieu-dit cadastré sur l'étiquette.
Les 28 et , la fête de la Saint-Vincent tournante est organisée à Couchey, proposant à la dégustation des cuvées communes (élevées à partir des dons de ) de bourgogne aligoté 2020, de marsannay blanc 2018 et 2020, de marsannay rosé 2022, de marsannay rouge 2016 et 2017, ainsi que de marsannay rouge Champs Perdrix 2016 et 2018..
Étymologie
L'appellation a repris le nom de la commune de Marsannay-la-Côte (« la-Côte » pour la différencier de Marsannay-le-Bois, près d'Is-sur-Tille). L'ancien nom Marcenniacus (mentionné en 630 dans la chronique de l'abbaye de Bèze) viendrait du nom « Marcianus » avec le suffixe « -acus » utilisé pour le domaine dont il était propriétaire. Une autre forme est Marcennaium in monte (en 1268 dans les archives de Saint-Bénigne de Dijon), d'où « Marsannay-en-Montagne » jusqu'à la fin du ..
Vignoble Aire d'appellation Le vignoble s'étend sur les communes de Marsannay-la-Côte, Chenôve et Couchey, qui se situent dans le département de la Côte-d'Or, en Bourgogne. Au nord, Chenôve est limitrophe de Dijon et de ce qui reste de son vignoble (en appellation bourgogne, avec la particularité de la dénomination bourgogne montrecul), tandis que la limite méridionale de Couchey est à au nord de Nuits-Saint-Georges et borde Fixin et son AOC le fixin.
À noter que le climat du Chapitre à Chenôve peut prétendre soit à l'appellation marsannay, soit à la dénomination bourgogne le chapitre ; cette dernière n'est actuellement plus revendiquée en pratique (aucun volume répertorié dans les données des Douanes ces dernières années)., alors que cette dénomination géographique est toujours présente dans le cahier des charges de l'appellation « bourgogne » dans son édition de 2023..