La république socialiste de Macédoine (macédonien : Социјалистичка Република Македонија, Socijalistička Republika Makedonija) est une ancienne république socialiste membre de l'ancienne république fédérative socialiste de Yougoslavie. Après la transition du système socialiste à un régime parlementaire en 1990, la République modifie son nom en 1991 pour devenir la république de Macédoine (aujourd'hui la Macédoine du Nord). Avec le début de la dislocation de la Yougoslavie, elle déclare sa pleine indépendance le .
La république a changé trois fois de noms : de 1944 à 1945, elle s'est appelée « Macédoine démocratique » (Демократска Македонија), puis elle est devenue la « république populaire de Macédoine » (Народна Република Македонија) en 1945. Elle a gardé ce nom jusqu'en 1963, date à laquelle le terme « populaire » fut remplacé par « socialiste ». Ce changement de terme s'est effectué dans toutes les républiques yougoslaves, et le pays lui-même a changé son nom de « république fédérative populaire de Yougoslavie » en « république fédérative socialiste de Yougoslavie » la même année, lors d'un changement de constitution.
Elle fut le premier État macédonien et son instauration a entraîné de nombreux progrès culturels pour les Macédoniens. Ainsi, la langue macédonienne a été standardisée et elle a été introduite dans les écoles, et de nombreuses institutions ont été fondées. L'existence de la république a aussi coïncidé avec un essor économique et une industrialisation sans précédent. La Macédoine est néanmoins demeurée la république yougoslave la plus pauvre, avec un niveau de vie très inférieur à celui des républiques riches comme la Slovénie et la Croatie.
Histoire Guerre et libération de la Macédoine thumb|left|Un monument aux morts de la Seconde Guerre mondiale près de Gostivar. Avant la Seconde Guerre mondiale, le territoire de la future république fait partie du royaume de Yougoslavie. Il est inclus dans la banovine du Vardar, l'une des neuf régions du royaume.
Le royaume de Yougoslavie entre en guerre en , lorsque les puissances de l'Axe envahissent le pays. Le pays est divisé entre divers États fascistes et la Bulgarie s'empare de l'essentiel de la Macédoine yougoslave le . L'extrême ouest du territoire, majoritairement albanais, est sous le contrôle de l'Albanie fasciste. Les Bulgares ne rencontrent pas de résistance sérieuse au début et les Macédoniens leur offrent souvent un bon accueil..
La domination bulgare, de plus en plus oppressive, réveille toutefois les sentiments autonomistes. Cette situation profite aux communistes, qui reconnaissent et défendent le peuple macédonien. Les Macédoniens sont alors divisés entre deux partis, le parti communiste yougoslave et le parti communiste bulgare. Ces deux partis soutiennent le droit d'auto-détermination pour les Macédoniens et envisagent une grande fédération balkanique au sein de laquelle la grande Macédoine réunifiée (incluant les Macédoine grecque et bulgare) serait autonome.. Le Comintern assigne finalement la Macédoine du Vardar au parti yougoslave.. Les Communistes macédoniens, appelés « Partisans », commencent à lutter dès 1941 en créant des unités de sabotage et des détachements basés à Skopje, Koumanovo et Prilep ..
thumb|left|Le monastère de Prohor Pčinjski, en Serbie, où s'est tenue la première séance de l'ASNOM. En 1942, la lutte s'intensifie et des soulèvements libèrent pour quelque temps certaines petites régions. Le deuxième Congrès du Conseil anti-fasciste de libération nationale de la Yougoslavie (AVNOJ) du constitue le parti communiste macédonien et prévoit pour la Macédoine le même statut d'entité fédérale que pour la Serbie, la Croatie, le Monténégro et la Bosnie-Herzégovine. L'Assemblée anti-fasciste pour la Libération du Peuple macédonien (ASNOM) est constituée et tient sa première session dans le monastère de Prohor Pčinjski le , date anniversaire de l'Insurrection d'Ilinden. Lors de cette session, la « Macédoine démocratique » est proclamée indépendante. Le même mois, les premières divisions macédoniennes de l'Armée populaire de Libération sont formées. En septembre, elles comptent Partisans, répartis en sept divisions et trois corps.. Au début du mois d'octobre, les Partisans contrôlent la plupart des zones rurales.
Les Bulgares perdent rapidement du terrain. Prilep, première ville libérée, est prise par les Partisans le et, avant le , ces derniers ont libéré Koumanovo, Chtip, Skopje, Resen, Bitola et Ohrid. Ils rencontrent une opposition sérieuse à Vélès, située dans la vallée stratégique du Vardar et il leur faut deux jours de combats acharnés avant d'entrer dans la ville le . Tetovo, qui tombe le , est la dernière grande ville libérée.. À la mi-novembre, les forces de l'Axe sont totalement expulsées et des représentants communistes sont placés dans les administrations.
Formation L'ASNOM organise ses premières élections en ; elles permettent la nomination des membres du premier gouvernement. Celui-ci est établi le et regroupe des personnalités du parti communiste macédonien ainsi que d'autres partis associés dans un « Front populaire », comme l'Alliance socialiste des Travailleurs de Macédoine, le Front des Femmes anti-fascistes et des syndicats ainsi que des organisations pour la jeunesse. Après la proclamation de la république fédérative populaire de Yougoslavie et la mise en application de sa constitution, la république populaire de Macédoine, ainsi renommée en 1945 et qui correspond à la Macédoine du Vardar, rejoint formellement la Yougoslavie communiste. Elle forme l'une de ses six entités fédérées, avec les républiques populaires de Bosnie-Herzégovine, de Croatie, du Monténégro, de Serbie et de Slovénie. La république adopte une langue officielle, le macédonien, un drapeau, un emblème, une citoyenneté macédonienne et se voit dotée d'organes politiques comme une Assemblée populaire, un gouvernement, un système judiciaire et administratif, etc..
Essor de la république En 1945, la situation de la Macédoine est catastrophique puisque tout reste à faire pour amorcer un développement économique et social. Il faut par exemple mettre en place une langue macédonienne standard, écrire un dictionnaire, ouvrir des écoles, favoriser une presse et une culture nationale, construire des usines, des centrales électriques, des routes goudronnées, etc.. La population est illettrée à 64 % en 1944 et l'ouverture d'écoles est un des premiers objectifs du nouveau régime. Alors qu'il n'y avait que 843 écoles en 1939, il y en a en 1951. Les lois communistes permettent aux enfants des minorités d'accéder à un enseignement dans leur langue maternelle et il y a donc pour la même année de langue macédonienne, 214 écoles albanaises, 112 écoles turques et 13 écoles serbes, qui regroupent en tout . En 1959, ce chiffre passe à et en 1973 à .. L'illettrisme baisse constamment : en 1953, 40,3 % de la population est encore illettrée, et en 1988, 10,9 %. Ce résultat est médiocre comparé à celui de républiques riches comme la Slovénie, mais il est meilleur que ceux de la Bosnie-Herzégovine (14,5 %) et du Kosovo (17,6 %), pour 1988..
La langue macédonienne standard voit le jour en 1945. Le dialecte de la capitale, Skopje, considéré trop proche du serbe, est délaissé au profit de celui de la région de Bitola et de Vélès ; l'alphabet cyrillique macédonien est adopté le de la même année et l'orthographe le .. L'instauration d'une Église macédonienne indépendante du patriarcat de Serbie est un autre moment fort pour la nation macédonienne et l'une des rares coopérations entre des autorités religieuses et un État socialiste. L'archevêché d'Ohrid, disparu au , est rétabli en 1958 et son autocéphalie est proclamée en 1967. L'Église serbe refuse toutefois de reconnaître cette indépendance. Les relations entre l'Église et les autorités macédoniennes restent toujours cordiales, surtout parce qu'elles doivent toutes deux faire face au nationalisme albanais et à l'islamisation du pays. L'Académie macédonienne des Sciences et des Arts, autre grande institution nationale, est fondée en 1967..
Le pays est renommé république socialiste de Macédoine en 1963.
Crise des années 1980
La république socialiste de Macédoine connaît au cours des années 1980, comme le reste de la Yougoslavie, une crise économique et sociale. La crise économique est amorcée par les chocs pétroliers des années 1970 et elle est amplifiée par l'énorme dette de la république, contractée pour développer l'économie., qui s'élève à vingt milliards de dollars. La république n'attire plus les investisseurs, sa croissance économique stagne et le niveau de vie baisse. En 1988, le taux d'inflation atteint les 250 % et 27 % de la population active est au chômage. Ce dernier chiffre est au-dessus de la moyenne yougoslave (16,2 %) et contraste très fortement avec le chiffre de la Slovénie, la république la plus riche, qui a un taux de chômage de seulement 1,7 %. La même année, le revenu net par habitant ne s'élève qu'à dinars pour la Macédoine, alors que la moyenne yougoslave atteint les dinars et celle de la Slovénie, dinars.
La crise sociale concerne les rapports entre les deux grandes communautés ethniques, les Macédoniens et les Albanais. L'amplification du nationalisme albanais entraîne le renforcement du nationalisme macédonien. Ainsi, en 1987, cent personnalités officielles albanaises de Tetovo sont démises de leur fonction pour « différence idéologique ». De grandes manifestations albanaises ont lieu en 1988 à Koumanovo et Gostivar. et en 1989 la constitution macédonienne est amendée. Alors qu'elle définissait la république comme , elle en fait désormais . La minorité albanaise réagit, notamment par des pétitions, mais la situation reste relativement calme..
Premières élections libres thumb|alt=Logo du VMRO-DPMNE, qui reprend un vieux symbole, le lion d'or sur fond rouge|Logo du VMRO-DPMNE, parti nationaliste qui remporte les premières élections multipartites. La mort de Tito en 1980 et l'effondrement du système communiste en Europe entraînent aussi une crise politique au niveau fédéral. En réponse, des élections parlementaires multipartites sont organisées dans les six républiques en 1990.. En Macédoine, plus de mille candidats se présentent pour les 120 sièges de l'assemblée. Ils sont répartis entre 16 partis politiques, parmi ceux-ci se distinguent le parti communiste, une alliance de six partis désirant conserver le système fédéral en le réformant et un parti nationaliste, l'Organisation révolutionnaire macédonienne intérieure - Parti démocratique pour l'Unité nationale macédonienne, abrégé en VMRO-DPMNE. Les communistes n'obtiennent que 30 sièges, l'alliance réformatrice, 19 sièges, et le VMRO-DPMNE remporte les élections avec 37 sièges.. Ce sont des partis nationalistes qui ont aussi remporté les élections en Bosnie-Herzégovine, en Croatie et en Slovénie, faisant ainsi front aux idées centralisatrices de Slobodan Milošević.
Les élections de 1990 permettent enfin la nomination de Kiro Gligorov au poste de président. Ce dernier a notamment travaillé pour la réforme économique fédérale des années 1960, a été membre du Comité central dans les années 1970 et a conseillé le premier ministre réformateur yougoslave Ante Marković en 1989.. Le VMRO-DPMNE n'a pas de majorité suffisante pour former le premier gouvernement multipartite macédonien et doit donc former une coalition avec l'Union sociale-démocrate de Macédoine (SDSM), le Parti libéral de Macédoine et le Parti pour la prospérité démocratique (PDP), parti ethnique albanais..
Indépendance thumb|alt=Drapeau du pays de 1992 à 1995, un soleil de Vergina en or sur fond rouge|Le drapeau de la Macédoine de 1992 à 1995