L'expression primitifs italiens désigne les peintres de la période allant du . Ces peintres pratiquent aussi le dessin, par nécessité, voire la gravure, mais ils ont souvent d'autres activités artistiques, plus ou moins importantes. Sienne et Florence aux s ont favorisé un grand nombre de ces créations, mais le reste de la péninsule ne doit pas être oublié. Ce sont aussi les peintres de la Pré-Renaissance italienne (s), période qui est gothique jusqu'aux années 1400, puis le siècle suivant entre dans le Gothique international jusque vers 1450. Le est aussi celui de la Première Renaissance avec une première génération, celle de Filippo Brunelleschi, dans son œuvre peinte et de Masaccio par exemple, dans les années 1420-1430, puis les générations suivantes jusqu'à Botticcelli et tant d'autres. À la fin du , de nombreuses peintures ne relèvent pas des Primitifs italiens : des peintres tels que Léonard de Vinci, Andrea Mantegna, Giovanni Bellini sont étudiés comme des figures majeures de la Haute Renaissance. Mais certaines peintures, quels qu’en soient les auteurs, proches de la fin du siècle, relèvent encore des Primitifs italiens. Et, phénomène spécifique à cette période, le gothique international et la Première Renaissance se côtoient sur la première moitié du en Italie. Ce moment de l'art en vint à se penser comme Cristina Acidini dans .

Tous introduisent plusieurs nouveautés : l'humanisation des personnages, plus expressifs, l'imitation des formes, étudiées de manière plus naturaliste et l’espace construit, suivant la perspective linéaire. Cette période passe, ainsi, de formes dérivées du style italo-byzantin à des styles pré-Renaissance et de la Première Renaissance. On y rencontre des éléments provenant de l'étude de l'architecture gothique et de son décor, ainsi que de l'architecture romaine antique et de son décor, y compris la sculpture romaine qui, elle même, a largement emprunté à la sculpture grecque classique et hellénistique.

Si cet art invente de nouveaux modes de représentation, il se développe majoritairement en tant qu'art au service de l'Église. Cela dit, les principaux centres économiques de la péninsule (Milan, Venise, Florence, Rome, Naples) rayonnent alors sur de petits États, mais leurs élites - qui constituent les premières collections d'art, antique et moderne - s'affirment et rivalisent aux moyen de commande artistiques prestigieuses et font appel aux artistes les plus renommés. Des écoles (de peinture) se distinguent, attachées à telle ou telle région comme l'Ombrie ou les Marches, ou bien à telle ville comme les écoles de Ferrare, de Bologne ou de Rimini. Interférant avec cette diversité d'expériences locales, les déplacements des artistes eux-mêmes, de leurs commanditaires et des humanistes, viennent faire connaître hors de leur région des procédés, une sensibilité nouvelle, des concepts nouveaux.

On entre ainsi dans l'esprit de la Renaissance qui anime la Première Renaissance, au , et la Haute Renaissance, au .

Histoire et art

L’intérêt pour les « primitifs italiens » s’est développé en France à la fin du . Cette expression désignait les peintres ayant vécu avant Raphaël, l’artiste alors le plus estiméThomas Bohl. Grande galerie (revue). n° 55, Été 2021 : « Revoir le salon carré - Les Primitifs italiens ». Aussi : Corentin Dury, La redécouverte des Primitifs italiens entre fin . Société des amis du Musée des Beaux-Arts de Bordeaux. 2023. .. Parmi les peintres, cet intérêt a produit le Préraphaélisme, dans le Royaume-Uni et les Nazaréens en Allemagne dans la première moitié du .

Louis Hautecœur, en 1931 évoque dans « Les Primitifs italiens » une période qui couvre les s ainsi que la première moitié du , jusqu’à Piero della Francesca et La Naissance de Vénus de Botticelli. Daniel Arasse, en 1979, donne deux repères datés : la mort de Giotto en 1337 et la première œuvre de Vinci en 1472 . Michel Laclotte et Esther Mœnch, en 2012, reprennent cette liste et y ajoutent Crivelli, disparu en 1494/95 et Carpaccio disparu en 1525/26 mais dont l'œuvre essentielle est achevée en 1501-1503.

L'histoire de l'Italie à cette époque, du , peut être sommairement découpée : le , période de prospérité puis effondrement au - frappée indirectement par la Guerre de Cent Ans et très directement par la peste noire, en 1347-1348, - et enfin, le , où la république de Florence voit la montée en puissance des Médicis, puissance qui repose surtout sur la plus importante banque européenne de l'époque, la leur. La péninsule est, à cette époque, constituée d'une mosaïque de territoires ayant leur mode de gouvernement propre. Peintures

Avec la Renaissance florentine dans les arts figuratifs, toute l'Italie des cités est parcourue d'une intense activité intellectuelle, qui manifeste l'humanisme de la Renaissance. Cette activité intellectuelle redouble avec l'arrivée des textes antiques depuis l'Empire Byzantin, à la suite du concile de Florence (1438/39) et de la chute de Constantinople en 1453. De très nombreuses commandes architecturales et artistiques, dont la sculpture de la Renaissance, témoignent d'un esprit d'émulation et de rivalités aussi. La peinture se développe dans ce cadre.

Dessins, et peinture ou gravure La pratique du dessin, du moment où il a pu être conservé, nous renseigne sur le travail préparatoire à la peinture mais aussi comme moyen d'exploration du visible : où la nature est étudiée, à moins qu'il ne s'agisse d'études de conceptions géométriques, ou de réflexions graphiques détachées de tout projet de peinture. Leon Battista Alberti, dans son De pictura (1435), envisage le dessin pour poser les bases d'une construction architecturale. Ce qui peut donner lieu, ensuite, à sa mise en perspective. Peu de ces dessins ont survécu, et pour des raisons très diverses. L'esquisse vient du mot schizzo qui apparaît en Italie au dans les contrats entre artiste et commanditaire : c'est un dessin préparatoire qui donne un aperçu du projet. De telles esquisses sont mentionnées à partir du dans des contrats, au nord et au sud des Alpes.

La première idée d’une peinture a pu être murie graphiquement auparavant. Cette toute première étape va susciter d'autres formes de dessins. Mais avant cela, le dessin sert à apprendre à voir et à mettre en forme. Sous forme de dessins, Léonard a ainsi réalisé de nombreuses études de draperies au cours de ses années d'apprentissage dans l'atelier de Verrocchio (1469-1476), qui ont été conservées. Il utilisait, pour cela, des modèles en trois dimensions. On entend, dans ce cas précis, des modèles réduits en trois dimensions, utilisés déjà par Fra Bartolomeo et Pisanello. Il s'agit de figures en cire ou en argile, habillées de chiffons recouverts de terre pour observer les parties du corps modelées par le tissu.

L'esquisse, pour sa part, est la conséquence de cette phase préparatoire déterminée par le recours à différents modèles. La première esquisse conservée semble apparaître sur un feuillet de Pisanello, à la plume (conservé au Louvre) pour le retable Malaspina (perdu)Louvre Collections : .. La diffusion de ces esquisses sur feuillets autonomes apparaît dans l'atelier de Gentile da Fabriano et de Pisanello, vers 1420-1430. Après cela, de la phase finale de préparation de la peinture, certains cartons ont survécu. Le carton étant un grand modello au format de la peinture...

Les cahiers de modèles, disponibles dans l'atelier, contiennent souvent des copies de dessins existants, des détails de fresques ou des études de moulages en plâtre. Ces études, recopiées, étaient exécutées par les apprentis comme un exercice d’entraînement, afin de pouvoir reproduire les modèles du maître et de se les graver dans la mémoire. Ce type de travail a été réalisé par d'autres peintres, comme Pisanello : ce sont des pages de carnet de voyage.. Dans certains ateliers, notamment à Florence, des artistes comme Filippino Lippi privilégient l'étude du modèle sur le vif. Comme à la Renaissance, la fascination pour l'Antiquité et l'évocation plus ou moins directe de ses modèles sont palpables dans la majorité des dessins.

Sur toute cette période le dessin était, pour la fresque, reporté sur le mur préparé, en général, au blanc de Saint-Jean, comme le précise Cennino Cennini (1360-1440) dans son Libro dell'arte. Les panneaux de bois recevaient aussi un traitement en plusieurs couches dont l'enduit blanc. Le dessin pour la fresque - la sinopia - était réalisé avec une couleur liquide, un rouge d'oxyde de fer. À ce stade le peintre pouvait repenser son projet, mais en superposant les enduits. La peinture suivait assez scrupuleusement ce dessin ; les matières colorées jouant, comme une aquarelle sur ce fond blanc lumineux - pigments naturels pour la fresque, peinture, souvent à l'œuf, pour la peinture à tempera sur bois.

vignette|Combat d'hommes nus. Antonio Pollaiuolo 1465–1470. Gravure en taille douce, au burin, et niellage. . Si le papier est longtemps resté d'un emploi réservé aux spécialistes, en particulier au sein du milieu des artistes, au cours de la seconde moitié du il est moins rare et moins cher. Cette histoire du papier à la Renaissance est déterminante. De nombreuses études ont ainsi été conservées. Les livres d'ateliers semblent alors devenir une pratique répandue. Au cœur du phénomène, on rencontre l'invention de la gravure sur bois au début du , puis l'invention de l'imprimerie selon un système d’impression à caractères mobiles, vers 1440. Ce qui crée une forte demande de papier et favorise sa production à grande échelle. La première conséquence est l'usage de livres, dont ceux utilisés, précisément, par les humanistes. Pour les artistes, outre les livres d'ateliers, peu à peu se généralise l'usage des cartons à l'échelle 1:1, parfois sur de grandes feuilles comme le carton de Léonard, vers 1499, pour Sainte Anne, la Vierge, l'Enfant Jésus et saint Jean-Baptiste enfant de 1,41 x 1,06 m. Et cela favorise, dans le même temps, la production de gravures, dont l'inventeur florentin de l'estampe en taille douce, Maso Finiguerra (1426-1464) et son Couronnement de la Vierge (13,1 x 8,8 cm), du Bargello, une taille douce tirée ici au nielle en soufre. Le Combat d'hommes nus (1465–1470) étant considéré comme la première planche gravée en taille douce signée d'un grand maître de la Renaissance : Antonio Pollaiuolo. La nielle est ici remplacée par l'encre à graver. Dès lors, la circulation de modèles gravés est devenue une pratique courante. vignette|left|Trois nus masculins, de face, de dos, de profil ; deux études de bras. Antonio Pollaiuolo. Plume et encre brune, lavis brun, stylet. L. 35 cm. Les corps nus sont ainsi étudiés à la Renaissance selon une attente que reflète le De pictura d'Alberti (manuscrits dès 1435 et 1436). Celui-ci cite d'ailleurs comme unique novateur Masaccio qui procède déjà ainsi pour Adam et Ève chassés du Paradis dès 1424-1425. Leurs corps ressemblent, en effet, à des gens bien réels et non à des corps idéalisés. Pour les modèles, d'ailleurs, ce sont souvent les membres de l'atelier du peintre qui sont mis à contribution, le modèle nu féminin reste longtemps plus rare. Le Louvre conserve une planche d'étude de nus masculins (face, profil et dos.) attribuée à Antonio Pollaiuolo - l'auteur du Combat d'hommes nus - qui indique le désir de comprendre l'anatomie humaine au cours du . C'est un désir largement partagé dans le dernier quart du avec Léonard de Vinci, tout particulièrement, mais les autres peintres aussi. Le Nu, en Grèce antique, ayant été copié par les sculpteurs romains, ces sculptures ont commencé à être collectionnées et servir de modèles de corps idéalisés, plus "convenables" pour répondre à des commandes venant de notables. Les textes antiques pouvaient solliciter l'imagination des peintres ; ainsi, de Botticelli : La Calomnie d'Apelle (vers 1495) qui s'inspire du fameux De pictura.

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