L'ordre des Chartreux (en latin : Ordo Cartusiensis), appelé aussi Ordre cartusien, est un ordre religieux catholique contemplatif à vœux solennels français, de type semi-érémitique, fondé en 1084 par Bruno le Chartreux et six compagnons (quatre clercs et deux laïcs).
Il prend son nom du massif de la Chartreuse, au nord de Grenoble. Depuis 2014, le ministre général de l'ordre est Dom Dysmas de Lassus.
La communauté de la Grande Chartreuse
La vie, les coutumes et l'histoire de l'ordre sont indissociables de celles de sa maison-mère, le monastère de la Grande Chartreuse situé dans les environs de Saint-Pierre-de-Chartreuse dans le département de l'Isère en France. Le prieur, chef de l'ordre, et la communauté jouent un rôle essentiel dans la vie et l'évolution de l'ordre. Le Père général est son supérieur. Elle l'élit de concert avec les membres du chapitre général. Ses membres peuvent être élus au définitoire du chapitre général ; ils assistent directement le Révérend Père dans l'administration de l'ordre. Ils jouent surtout à l'égard de l'ordre un rôle exemplaire tacite. Jusqu'à une période relativement récente, la communauté de Chartreuse ne faisait pas l'objet de visites canoniques.
Histoire
Devise, blason, sigle vignette|gauche|Emblème et devise de l'Ordre des Chartreux. vignette|Chartreux. La devise informelle de l'ordre des Chartreux, apparue tardivement, est « Stat Crux dum volvitur orbis » (« La Croix demeure tandis que le monde tourne »). Elle n'a aucun caractère officiel.
Le blason de l’ordre, attesté dans des documents dès le , est beaucoup plus ancien que la devise. Il comporte un globe surmonté d’une croix entourée de sept étoiles. Par humilité, les étoiles sont parfois placées sous le globe. Elles symbolisent saint Bruno et ses six compagnons dont l’arrivée à Grenoble fut annoncée par un songe prémonitoire où l’évêque saint Hugues rapporte avoir vu sept étoiles.
L'abréviation O.Cart. pour Ordo cartusiensis est utilisée par les personnes étrangères à l'Ordre pour désigner l'ordre cartusien ou ses membres. Cet usage, venu d'Amérique au cours du , est contraire à la tradition diplomatique de l'Ordre des Chartreux qui signe simplement « fr. N. Chartreux » en toutes lettres. La diplomatie ecclésiastique du Saint-Siège l'ignorait encore en 1965Cf. .. L'Annuario pontificio de l'année 2000 emploie le double sigle : « Certosini » et « O. C. ».
Gouvernement de l'ordre vignette|Le monastère de la Grande Chartreuse. vignette|Entrée principale de la Grande Chartreuse. L'ordre cartusien est, avec celui de Cîteaux, un des premiers ordres centralisés de l'histoire de l'Église catholique. Il est gouverné par le chapitre général qui se réunit actuellement tous les deux ans (tous les ans au Moyen Âge et à la période moderne).
Le prieur de la Grande Chartreuse a reçu — ou pris — divers titres au cours de l'histoire : Prior Cartusiae (Prieur de Chartreuse) : d'après les cartes (décisions) du chapitre général au Moyen Âge ; Donnus Cartusiae (Monsieur de Chartreuse) : cartes du chapitre général au Moyen Âge ; Orateur de Chartreuse (du latin orare, prier) : Dom Innocent Le Masson, prieur de la Grande Chartreuse au ; Révérend Père ou (Révérendissime) Père général, sans autre qualificatif ; par exemple : comme l'a dit le Révérend Père, … (sous entendu : général).
Assisté d'un Conseil (ou Conseil privé, composé de moines de la Grande Chartreuse et de quelques prieurs), il gouverne l'ordre au nom du chapitre général, qui lui délègue ses pouvoirs entre les sessions. La tradition est qu’il ne quitte pas les limites du désert de la Grande-Chartreuse pour donner à l'ordre l'exemple de la stabilité monastique. Il est assisté par un conseil et des Visiteurs qui visitent en son nom chaque maison de l'ordre, une année sur deux, entre les chapitres. Depuis 1376, il est représenté auprès du Saint-Siège par un procureur général dont le lieu de résidence, après avoir été Avignon (chartreuse Notre-Dame-du-Val-de-Bénédiction) puis Rome À la Chartreuse de Rome, à partir de 1797, puis à la suppression de la chartreuse, en 1884, le procureur général vit avec une petite communauté dans une maison bourgeoise, via Palestro jusqu’à la fin de la Seconde Guerre mondiale ; ensuite à Tomba di Nerone, et plus tard à Montopoli di Sabina., est actuellement à la Chartreuse de Serra San Bruno (Calabre).
Règle, coutumes, statuts
Les Chartreux ne suivent pas la règle de saint Benoît, ils appliquent les dispositions d'un corpus coutumier évolutif, qualifié de Statuts. Seule l'organisation de la liturgie des Heures suit d'assez près la règle bénédictine.
Mises par écrit pour la première fois par Guigues vers 1127, les Consuetudines Cartusiae ou Coutumes de Chartreuse furent adaptées au fil des chapitres généraux et des exigences du droit canonique et rééditées sous des formes et avec un contenu différents, à plusieurs reprises.
La version actuelle des Statuts de l'ordre cartusien fut approuvée par le Chapitre général de 1987.
Les Statuts de l'ordre des Chartreux sont composés traditionnellement de deux parties : Le Statut proprement dit qui décrit le propos cartusien, son mode de vie, le gouvernement de l'ordre ; L'Ordinaire qui décrit tous les rites et la liturgie de l'ordre.
Traits fondamentaux de la Chartreuse vignette|Moine des Chartreux par Wenceslas Hollar. Cet ordre est l'un des plus austères : les religieux observent une clôture perpétuelle, un silence presque absolu, de fréquents jeûnes et l'abstinence complète de viande. Ils ne reçoivent la visite de leur famille que deux jours par an. Ils portent une robe de drap blanc, serrée avec une ceinture de cuir, et un scapulaire avec capuce du même drap, appelé cuculle. Ils portent en permanence le cilice maintenu à la taille par une corde appelée lombar. À l'extérieur des limites des maisons, ils portent une chape noire avec capuchon pointu, identique à celle que portent les novices pour les exercices conventuels.
La famille cartusienne Dès 1084, le groupe des fondateurs était composé de prêtres et de laïcs qui donnèrent naissance à deux formes distinctes et complémentaires de vie cartusienne qui se sont perpétuées jusqu'à nous. Des familiers clercs ou laïcs leur furent rattachés à certaines périodes de l'histoire de l'ordre. La tendance du gouvernement de l'ordre a toujours été de les assimiler progressivement à l'un ou l'autre des groupes initiaux. Les Chartreux peuvent donc être soit moines, soit frères.
Les moines du cloître Ce sont les Pères qui sont tous prêtres ou appelés à le devenir. Aujourd'hui, tout chartreux est prêtre ou appelé à le devenir. Au Moyen Âge, tout moine du cloître était clerc ou appelé à le devenir. Jusqu'au début du au moins, ce statut n'impliquait pas nécessairement la réception du sacrement de l'ordre par tous et encore moins la célébration régulière de la messe par tous. Jusqu'à cette période, les Chartreux étaient connus pour célébrer la messe moins souvent que les séculiers et religieux des autres ordres (voir Jacques de Vitry).
Les frères Ce sont les frères laïcs, répartis aujourd'hui en deux catégories. Les frères convers, depuis les origines, ils font une profession de type monastique. Jusqu'aux réformes postérieures au concile Vatican II, ils portaient tous la barbe. Leur habit est le même que celui des Pères. Les frères donnés, leur vie est la même que celle des convers, mais ils portent un habit plus simple (habit de chœur blanc, sans bandes pour relier les pans de leur cuculle, autrefois brun avec un scapulaire plus court); ils ont le visage rasé ; leurs jeûnes sont moins sévères que ceux des convers ; ils ne sont pas astreints au lever de nuit quotidien.
S'y ajoutaient autrefois deux autres catégories de religieux qui furent supprimées avant la Révolution française Des prébendiers : pensionnaires qui, en récompense de leurs services, étaient placés là par les rois ou les princes afin d'y trouver, sans qu'il en coûte à la cassette royale (budget accordé à un souverain) .. Des clercs rendus : les frères de cette catégorie (que l'on rencontre dès le ) étaient des religieux tonsurés, certains pouvant accéder à la prêtrise, qui n'étaient pas liés par la profession monastique, mais menaient une existence intermédiaire très proche de celle des Pères du grand cloître. Ils se distinguaient surtout par une obligation moins stricte à la solitude qui permettait de leur confier des missions à l'extérieur des limites des maisons. Cette forme de vie plus souple fut supprimée à cause des abus qu'elle entraîna inévitablement. Il ne faut pas oublier les services insignes qu'elle rendit à l'ordre et surtout le secours spirituel qu'elle permit d'apporter à des tempéraments épris de la vie cartusienne, trop actifs pour la garde stricte et permanente de la cellule, ou encore doués pour des activités utiles à l'ordre incompatibles avec la stricte stabilité de la cellule.
Un érémitisme accompagné
La vie des Chartreux est la recherche de l'équilibre entre l’érémitisme et le cénobitisme. Dans leur monastère, les pères partagent leur vie entre la solitude d'une maisonnette appelée cellule où ils dorment, prennent leurs repas, travaillent et prient seuls, et des moments de vie commune consacrés à la célébration du culte divin et à certains moments de détente. Ils se rassemblent tous les jours pour la messe et les vêpres ainsi que pour l'office des matines chanté au milieu de la nuit. Les dimanches et jours de fête, ils déjeunent ensemble à midi seulement et ont une récréation commune. Une fois par semaine, ils ont une promenade communautaire durant laquelle ils cheminent deux par deux et parlent librement.
La solitude face à Dieu et à soi-même requiert des dispositions peu communes, une grande abnégation et un équilibre psychologique approprié. Les moines frères s'adonnent essentiellement aux travaux manuels nécessaires à l'entretien du couvent et à la subsistance matérielle des pères. Ils participent également à une liturgie adaptée à leur état.
Tendu vers Dieu seul, le moine chartreux mène une vie contemplative à l'écart du monde. Intégralement ordonné à la prière d'intercession, d'adoration et de louange, il ne prêche pas et refuse les correspondances spirituelles ou l'accompagnement spirituel des personnes de l'extérieur. Il s'abstient même de toute activité pastorale, sociale et intellectuelle autre que la prière et ce qui y conduit. Ces éléments ne sont pas des fins en soi, ils forment le revers d'un attachement privilégié à Dieu. Par son détachement du monde et par son union à Dieu, le moine entend proclamer sa foi en un Dieu tellement transcendant qu'Il peut appeler des hommes à ne vivre que pour Lui. Il se veut ainsi signe et moyen d'une communion avec tous par l'union avec Celui qui est créateur et sauveur de tous.
Autrement dit, la vie cartusienne est l'expression, radicale et quelque peu marginale, d'une certaine conception chrétienne des rapports du monde avec Dieu qui insiste plus sur la foi en la transcendance et en la toute-puissance du divin que sur l'implication temporelle du croyant. Elle ne peut se comprendre indépendamment de la complémentarité des vocations et des formes de vie qui s'équilibrent dans l'organisme du corps tout entier de l'Église.
Activités individuelles