Le temple de Preah Vihear, (en , Prasat Preah Vihear) est un temple du Cambodge érigé durant l'Empire khmer au sommet d'une colline des monts Dângrêk, à plus de d'altitude. Dédié au dieu hindou Shiva, et aujourd'hui temple bouddhiste, il se compose d'une série de sanctuaires reliés par un système de chaussées et d'escaliers s’étendant sur un axe nord-sud de . Le temple actuel date de la première moitié du , bien que le site ait été occupé par un ermitage dès le .

Le site a été inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO le pour son ..

L'UNESCO considère ce temple comme ayant « une valeur universelle exceptionnelle » et lui attribue ainsi le critère suivant : https://whc.unesco.org/fr/list/1224/

Situé près de la frontière entre le Cambodge et la Thaïlande dans la province cambodgienne de Preah Vihear qui lui donne son nom, il est depuis 1953 la source d'un . Ce qui explique la présence discrète, mais visible, de l'armée cambodgienne sur l'ensemble du site.

Dénominations et étymologies

Le mot khmer, prasat (ប្រាសាទ) est dérivé du pali pâsâda et, dans le cas présent, il signifie « temple ancien ou temple sur site historique».

Le mot preah (ព្រះ) signifie une haute distinction temporelle ou spirituelle et , dans le cas présent , une "divinité" . Le mot vihear (វិហារ) est dérivé du pali vihâra et il signifie "temple ou monastère bouddhiste" .

Le langage khmer est toujours très concret , prasat preah vihear peut se traduire par "temple ancien/site historique , dédié à une divinité , et temple/monastère bouddhiste" .

Architecture

vignette|Plan du site.

Situation générale Le temple est un ensemble architectural khmer exceptionnel composé de plusieurs gopuras reliés entre eux par des voies et des escaliers sur environ dans un environnement naturel grandiose.

Certains prétendent même qu’il s’agit de la construction la plus spectaculaire de tous les temples construits pendant les six siècles que dura l’Empire khmer. En tant qu’élément clé de la vie spirituelle, il a été modifié par les rois successifs, ce qui lui permet de faire cohabiter des éléments de plusieurs styles architecturaux. Contrairement aux autres temples khmers, Preah Vihear est construit sur un axe nord-sud qui le démarque des plans conventionnels rectangulaires tournés vers l’est.

Le site consiste essentiellement en une chaussée et des marches à gravir pour accéder au sanctuaire qui trône au sommet d’une falaise de la chaine des Dângrêk au sud du site, à au-dessus de la partie nord, 525 de la plaine cambodgienne et à du niveau de la mer.

Ce temple est situé environ à mi-chemin entre Vat Phou et Angkor. Il n’est pas, contrairement à tous les autres grands monuments khmers le centre d’une cité agraire (pas de douves, un petit Baray, pas de rizières…) mais un vaste centre de pèlerinage, de retraite… Peut-être d’échanges commerciaux vu sa situation au centre de l’ex Empire khmer incluant à l’époque non seulement le Cambodge actuel, mais aussi le nord-est de la Thaïlande et le sud du Laos. Néanmoins, même si sa structure diffère de celle des temples montagnes que l’on trouve à Angkor, ils ont la même fonction, à savoir une représentation du mont Meru, la demeure des dieux.

Les accès aussi bien du Cambodge que de la Thaïlande se rejoignent au bas du site où un moyen de visiter est de grimper, mais il existe un accès par la route 221 à partir de la Thaïlande..

Description

Le parcours débute par une rampe de grès puis un escalier de 162 marches agrémenté d’énormes nāgas. Certains prétendent que la balustrade date du règne de et serait la première œuvre d’art khmère représentant des nâgas.

L’allée débouche sur le premier des quatre gopuras qui agrémentent le site. Chaque gopura comprend des marches qui le mettent à un niveau plus élevé que le précédent. Les gopuras empêchent aussi le visiteur de voir la partie suivante du temple tant qu’il n’a pas passé le portail. Il est ainsi impossible de voir l’ensemble du site depuis un point quelconque.

Le premier gopura, de style Koh Ker, garde des traces de la peinture rouge qui le décorait à l’origine, alors que le toit de tuiles a maintenant disparu. Il s’agit d’un petit bâtiment cruciforme avec quatre portes donnant chacune sur un préau composé uniquement de piliers. La porte sud s’ouvre sur une nouvelle allée de menant au deuxième gopura. On remarquera aussi, à l’est, un petit réservoir d’eau (Baray).

Le deuxième gopura est juché sur une pyramide tronquée d’une vingtaine de gradins. Érigé à l’époque du Baphûon, le bâtiment diffère du précédent. Son fronton extérieur sud comporte un des chefs-d’œuvre de Preah Vihear, une représentation du barattage de la mer de lait. Une nouvelle allée, plus courte que les précédentes s’ouvre au sud et conduit au gopura suivant.

Le troisième gopura est installé sur un soubassement similaire au second, mais avec des dimensions et un volume beaucoup plus importants, car il soutient aussi les vastes ailes construites à l’est et à l’ouest du bâtiment cruciforme. Il ré-adopte le style de frontons triangulaires du premier gopura abandonné sur le second. Il contient aussi la première des cours du site.

Le quatrième gopura mène directement au grand mandapa (littéralement : « vestibule »).

Enfin, comparé aux autres bâtiments du site, le sanctuaire central est de dimensions relativement modestes. Il est composé d’une tour centrale ouvrant sur un petit mandapa, et entourée par une galerie muraille dans laquelle on ne peut entrer que par les fenêtres. centré|vignette|Plan du site

Histoire Ermitage au Les premières constructions sur le site sont attestées par des éléments gravés qui font état d’un ermitage bâti au début du depuis un lingam rapporté de Vat Phou au Laos. À ce moment-là et dans les siècles qui suivront, le temple est dédié au dieu hindou Shiva. Les inscriptions attribuent la fondation de cet ermitage à l'un des fils de Jayavarman II, le prince Indrâyadha, agissant sur l'injonction de Shiva lui-même.

Temple shivaïte au La plus ancienne partie encore visible date de l’époque de Koh Ker et plus précisément du règne de , au début du . D’autres éléments de style Banteay Srei (fin du ) peuvent être admirés, mais la majeure partie du temple date des règnes de (1002-1050) et Suryavarman II (1113-1150).

Temple bouddhiste À la fin du , alors que l’hindouisme est en plein déclin, le temple est converti et dédié, comme la plupart de ses homologues, au bouddhisme theravāda.

Contentieux frontalier

Constat géographique À l’endroit où est situé le temple, la frontière entre le Cambodge et la Thaïlande est délimitée par la ligne de crête des monts Dângrêk, sauf en ce qui concerne Preah Vihear, qui apparaît comme une enclave sur le versant nord-ouest. Cette position khmère puis siamoise a été une source de nombreux litiges et le temple a souvent changé de nationalité.

Province khmère puis siamoise Le temple fut construit au par l’Empire khmer. Celui-ci, après avoir atteint son apogée, amorça à partir du son long déclin alors que le royaume de Sukhothaï à l’ouest démarrait son ascension qui allait aboutir à la création du Siam puis de l’État actuel de Thaïlande. Dans le même temps, à l’est, le Vietnam s’étendait vers le sud. Ces deux expansions territoriales se sont faites au détriment de l’Empire khmer. Quand au milieu du les Français s’installèrent dans la région, le Cambodge actuel était passé sous suzeraineté siamoiseFrançois Ponchaud, Une Brève Histoire du Cambodge, Siloë, 13 septembre 2007 .

Frontière sous le Protectorat français vignette|Divinité féminine du Préah Vihéar, musée national des Arts asiatiques - Guimet, Paris. Style de Baphuong, , Grès. En 1867, le traité franco-siamois de Bangkok est signé par lequel le Siam renonce à sa suzeraineté sur le Cambodge en échange de la reconnaissance du protectorat français et de la pleine souveraineté siamoise sur les provinces de Battambang, Siem Reap, Banteay Mean Chey et Otdar Mean Cheay.

Toutefois, la perte de ces quatre provinces est remise en cause, notamment en 1903 où lors de la visite en France du roi Rama V, il est proposé de les échanger contre celle de Trat et le district d’Amphoe Dan Sai annexés entre-temps par la France et de créer une commission mixte chargée de régler de manière définitive les problèmes de frontière.

Le , la commission est créée et officiellement chargée de délimiter la frontière entre les deux états. Il fut convenu par les deux gouvernements que la rédaction des cartes serait confiée à la France, le Siam ne disposant pas alors des moyens techniques suffisants pour le faire, et que près du temple, le groupe s’efforcerait de prendre la ligne de crête des Monts Dângrêk comme frontière, ce qui aurait placé le temple du côté thaïlandais.

En 1907, après un travail sur le terrain, des fonctionnaires français dressèrent les cartes qui établiront la frontière entre le Cambodge et la Thaïlande, et qui seront approuvées par les deux parties. Le lendemain de la signature du traité de 1907, le journal The Siam Observer, organe officiel du gouvernement thaïlandais, déclara : « Si la balance des échanges territoriaux semble pencher en faveur de la France [le Cambodge étant alors sous protectorat français], l'équilibre sera rétabli par les concessions faites par la France en ce qui concerne la juridiction sur les sujets et protégés asiatiques. »

Les relevés topographiques, qui furent envoyées aux autorités siamoises et sur lesquels s’appuiera la décision de la Cour internationale de justice en 1962, montraient que la frontière s’éloignait de la ligne de crête dans le secteur de Preah Vihear et mettaient le temple du côté cambodgien : sur la carte correspondante, le temple était visible et la frontière était clairement dessinée au nord de celui-ci. Malgré cela, le Siam utilisa ces cartes, ce qui lui sera reproché plus tard.

Durant la Seconde Guerre mondiale, profitant de la défaite de la France face à l'Allemagne, la Thaïlande récupéra, le , les provinces qu’elle avait perdues au début du . Même si elle les rendit en , cela montra qu’elle n’avait en rien abandonné l’espoir de retrouver un jour le terrain perdu sur les puissances coloniales.

Revendication à l'indépendance du Cambodge, en 1953 En 1953, après l’indépendance du Cambodge et le départ des Français, l’armée thaïe investit le temple. Le Cambodge protesta, et le problème devint politiquement sensible dans les deux pays. Les relations diplomatiques se tendirent et des menaces d’interventions militaires furent évoquées dans les deux camps.

En 1959, le Cambodge porta l’affaire devant la Cour internationale de justice. Pour rendre son arrêt, la cour ne s’appuya pas sur les questions d’héritage culturel, ni de savoir qui était le véritable successeur de l’Empire khmer, mais sur des points techniques relatifs aux travaux de délimitation entrepris au début du et sur la façon dont le Siam puis la Thaïlande avaient avalisé les résultats de ces travaux.

À La Haye, le Cambodge fut défendu par l’ancien secrétaire d’État américain Dean Acheson, alors que l’équipe de juristes thaïlandais était assistée par Sir Frank Soskice, ancien procureur général britannique. Le Cambodge soutint que la carte montrant le temple comme lui appartenant était un document officiel, alors que la Thaïlande prétendit qu’il n’émanait pas de la commission mixte et qu’il en violait le principe qui veut que la frontière suive la ligne de crête et place ainsi la majeure partie du temple du côté thaï. Si les officiels thaïlandais n’avaient pas jusqu’alors émis de protestations, c’est parce qu’ils n’avaient pas vu que la carte était incorrecte et qu’en réalité c’était eux qui jouissaient du temple, vu que l’accès par le Cambodge était rendu malaisé par l’escalade de la falaise. L'accès n'est en effet possible qu'au moyen de véhicules tout terrain spéciaux.