L’assassinat de James A. Garfield, président des États-Unis, se produit le à Washington, D.C.. C'est à la , à du matin, que Charles J. Guiteau tire sur James A. Garfield, moins de quatre mois après le début de son mandat. Garfield meurt onze semaines plus tard, des suites de ses blessures et de soins médicaux inadaptés, le .
Guiteau, qui se dit inspiré par Dieu, est interné à la suite de l'attentat au St. Elizabeths Hospital dans le quartier sud-est de Washington. Son procès est l'un des premiers cas, aux États-Unis, où l'irresponsabilité pour cause de folie est examinée. Le jury le déclare cependant coupable de meurtre, le . Il fait appel, mais celui-ci est rejeté. Il est pendu le à Washington.
Contexte historique
La période qui précède l'arrivée au pouvoir de James A. Garfield fait partie de ce que les Américains nomment l'« Âge doré » (en anglais : Gilded Age), qui fait suite à la période de la Reconstruction et à la Grande Dépression de 1873. Elle se caractérise par des changements sociaux radicaux, comme l'apparition d'une classe de « super-riches » ; des « capitaines d'industrie » comme John D. Rockefeller qui fonde en 1870 la Standard Oil.
Depuis la présidence d'Andrew Jackson, règne aux États-Unis, le « système des dépouilles » (en anglais : spoils system).. Il repose sur le principe selon lequel un nouveau gouvernement doit pouvoir compter sur la loyauté partisane des fonctionnaires et donc remplacer ceux qui sont en place par des « fidèles ». Il considère que le peuple donne mandat au gagnant de choisir les fonctionnaires dans ses rangs. Il part de l'idée que le service public ne doit pas être réservé à une élite mais accessible à tous. L'apogée du système va des années 1850 au milieu des années 1880.
Garfield thumb|upright|Portrait de James A. Garfield.
James Abram Garfield est le vingtième président des États-Unis. Pendant la guerre de Sécession, il sert en tant qu'officier dans l'United States Army et est promu major-général après la bataille de Chickamauga. Simultanément, il est élu à la Chambre des représentants pour l'État de l'Ohio et quitte l'armée pour se consacrer à son mandat. À la chambre, il fait partie des « faucons » du Parti républicain qui sont impitoyables envers les États vaincus du Sud. En 1880, le législatif de l'Ohio, devenu majoritairement républicain, doit élire un remplaçant au sénateur Allen Granberry Thurman et c'est Garfield qui remporte ses suffrages. Cependant, lors de la Convention républicaine, cette même année, le parti est si divisé que les trois candidats les plus en vue, Ulysses S. Grant, James G. Blaine et John Sherman ne parviennent pas à emporter la nomination du parti pour la course à la présidence des États-Unis. C'est finalement Garfield qui au de scrutin est désigné comme candidat républicain. Il remporte ensuite l'élection, avec son colistier Chester A. Arthur, contre le démocrate Winfield Scott Hancock par seulement d'avance sur plus de neuf millions de bulletins valables. Il prête serment le et forme son Cabinet, composé entre autres de James Blaine au secrétariat d'État et de Robert Todd Lincoln à la Guerre.
Guiteau thumb|left|upright|Portrait de Charles Julius Guiteau.
Après avoir fait faillite dans différentes entreprises l'intérêt de Charles Guiteau se porte sur la politique. Il écrit un discours de soutien à Ulysses S. Grant intitulé Grant vs. Hancock (« Grant contre Hancock »), qu'il réintitule Garfield vs. Hancock après que Garfield remporte l'investiture républicaine pour l'élection présidentielle de 1880. Guiteau n'a jamais prononcé son discours en public, il ne l'a imprimé qu'à quelques centaines d'exemplaires, mais il est convaincu que son discours ainsi que les autres efforts qu'il a déployés sont en grande partie responsables de la victoire de Garfield à l'élection. Guiteau pense que son engagement pour Garfield doit lui valoir un poste d'ambassadeur et demande d'abord un poste à Vienne, puis à Paris. Il hante le siège de campagne républicain à New York, espérant, en vain, voir ses efforts reconnus. Ne se décourageant pas, il se rend à Washington le , le jour suivant l'investiture de Garfield. Il obtient même une entrevue avec le président le et lui remet une copie de son fameux discours. Il passe les deux mois qui suivent à Washington, faisant des navettes entre le département d'État et la Maison-Blanche, approchant divers membres du Cabinet et Républicains influents susceptibles de plaider sa cause, sans succès. Guiteau est de plus en plus démuni et négligé, portant les mêmes vêtements tous les jours, les seuls qu'il possède, mais il ne renonce pas. Le , il est expulsé de la salle d'attente de la Maison Blanche. Le , le secrétaire d'État James Blaine lui ordonne : .
thumb|upright|Portrait du Secrétaire d'État James G. Blaine. À la suite de cette rencontre, Guiteau décide qu'il a pour mission de tuer l'ingrat président. Il emprunte quinze dollars et achète un revolver. Il s'y connaît peu en armes à feu, mais il veut une arme de gros calibre. Il a le choix entre un Webley British Bulldog calibre .455 avec crosse en bois et un autre avec crosse en ivoire. Il achète le deuxième parce qu'il désire qu'il fasse impression dans la vitrine du musée qui l'exposera après l'assassinat (le revolver n'entrera cependant pas au musée, car il sera perdu après l'attentat). Il passe les jours qui suivent à s'entraîner au tir et à guetter le président. Il écrit également une lettre à Garfield, lui disant qu'il devrait limoger Blaine, ou . Elle est ignorée comme toute la correspondance que Guiteau a adressée à la Maison Blanche.
Guiteau poursuit méticuleusement la préparation de l'attentat : il écrit une lettre au général Sherman pour lui demander à l'avance d'assurer sa protection vis-à-vis de la fouleLettre originale in Georgetown Univ. collection, ainsi que d'autres lettres pour justifier le futur assassinat, dont il pense qu'il mettra fin aux dissensions entre les factions du Parti républicain. Il passe tout le mois de juin à suivre Garfield dans Washington. À une occasion, il le file jusqu'à la gare, alors que le président y accompagne son épouse qui part en convalescence pour une station balnéaire sur les côtes du New Jersey. Il décide cependant de ne pas tirer, en raison de la santé fragile de madame Garfield, qu'il ne souhaite pas accabler.
L'attentat thumb|left|upright|Les fils du président, James et Harry. Garfield a prévu de quitter Washington le pour ses vacances d'été. Ce même jour, Guiteau attend le président à la gare (aujourd'hui démolie) de la Baltimore and Potomac Railroad, au sud-ouest de l'intersection de la Sixième rue et de Constitution Avenue à Washington. Alors qu'il patiente, Guiteau fait cirer ses chaussures et demande à un cocher de l'attendre pour le conduire plus tard à la prison.
Le président se rend à la gare après s'être arrêté à son alma mater, le Williams College, où il vient de faire un discours. Garfield est accompagné de deux de ses fils, James et Harry, ainsi que du secrétaire d'État James Blaine. Le secrétaire à la Guerre Robert Todd Lincoln se trouve déjà à la gare. Garfield n'est accompagné d'aucun garde du corps ni d'aucune mesure de sécurité particulière ; à l'exception d'Abraham Lincoln, lors de la guerre de Sécession, les présidents américains ne disposaient d'aucune protection rapprochée. thumb|Illustration contemporaine représentant l'arme de Guiteau. Alors que Garfield pénètre dans la gare, Guiteau s'approche et presse la détente dans le dos du président à bout portant. Garfield s'écrie Guiteau tire à nouveau et Garfield s'effondre. Une balle touche Garfield au bras et l'autre se loge dans la première vertèbre lombaire sans toutefois léser la moelle épinière.
Guiteau remet son revolver dans sa poche et sort de la gare pour monter dans la calèche qui l'attend, mais c'est alors qu'il est appréhendé par l'agent de police Patrick Kearney. Ce dernier est si excité d'avoir arrêté l'homme qui a tiré sur le président qu'il n'a même pas confisqué l'arme de Guiteau avant leur arrivée au commissariat.. La foule qui croît rapidement crie () alors que Kearney entre déjà avec Guiteau dans le commissariat. En se rendant aux autorités, Guiteau prononce en exultant : .
Cette déclaration conduira à soupçonner brièvement Chester Arthur ou ses partisans d'avoir incité Guiteau à commettre son crime. Les Stalwarts sont une faction des Républicains fidèle à l'ex-président Grant ; ils se sont fermement opposés aux Half-Breeds qui ont eux soutenu Garfield. À l'instar de nombreux vice-présidents, Arthur a été choisi afin d'apaiser sa faction, plutôt que pour ses compétences ou sa loyauté à son colistier. Guiteau, dans son délire, s'est persuadé que son acte allait rassembler les deux factions du Parti républicain.
La lente marche vers la mort du président thumb|left|Médecins et infirmières changeant la literie du président. Garfield, conscient mais en état de choc, est transporté à l'étage de la gare. Le jeune Jim Garfield et James Blaine sont effondrés et en larmes. Robert Todd Lincoln, profondément bouleversé, repense à la mort de son père et déclare : .Le docteur , un afro-américain lui porte assistance à la gare.
Garfield est ramené à la Maison Blanche. Une balle est restée logée dans son corps, les médecins ne sont pas parvenus à la localiser. Ils ont prévenu leur patient qu'il risquait de ne pas passer la nuit, mais le président reste conscient et alerte. Le lendemain matin, ses signes vitaux sont bons et les médecins commencent à espérer un rétablissement. Une longue veille vient de commencer, les médecins de Garfield vont délivrer des bulletins de santé réguliers, que le public américain suivra attentivement tout au long de l'été 1881. Son état va dès lors fluctuer, les fièvres allant et venant. Garfield a du mal à garder les aliments solides et mange peu pendant la majeure partie de l'été, et uniquement des liquides.
thumb|Les médecins du président en plein colloque. Afin de soulager le blessé de la chaleur étouffante de l'été à Washington, des ingénieurs de la Navy mettent au point l'un des premiers dispositifs de climatisation. Des ventilateurs forcent la circulation de l'air à travers une caisse pleine de glace jusque dans la chambre du président. Le système fonctionne de manière satisfaisante et permet d'y abaisser la température de vingt degrés Fahrenheit (environ dix degrés Celsius). Les médecins, dont le docteur , ne cessent de fouiller la plaie de Garfield avec leurs doigts ou des instruments non stérilisés, tentant de trouver la balle alors que cette recherche n'est pas une nécessité absolue. Alexander Graham Bell met au point un détecteur de métaux afin de trouver la fameuse balle dans le corps du président, mais le lit à armature métallique de Garfield cause des interférences qui empêchent l'appareil de fonctionner.
Le , pour la première et unique fois après l'attentat, le Cabinet au complet rend visite au président. Les « ministres » ont reçu des médecins l'instruction formelle de ne pas aborder de sujets risquant d'énerver leur malade. L'état de Garfield empire en raison de l'infection qui gagne du terrain et affaiblit son cœur. Il reste alité à la Maison Blanche, assailli de douleurs et de fièvre. Garfield qui pesait plus de deux cents livres (environ quatre-vingt-dix kilogrammes), n'en pèse plus que cent trente-cinq (soixante kilos). Son organisme ne parvient plus à ingérer ni à digérer la nourriture. La septicémie s'installe et pendant une brève période le président souffre même d'hallucinations.
thumb|left|La dépouille mortelle du président exposée dans la rotonde du Capitole.