La fourragère française est une décoration portée en uniforme par les membres d'une unité militaire (régiment, navire, etc.) décernée par la France à l'occasion de faits de guerre.
La fourragère est portée par les membres de l'unité exclusivement durant leur temps de service au sein de cette unité. La fourragère étant l'attribut signifiant une décoration collective, elle n'est que rarement portée à titre individuel. (cf ci-dessous).
Elle récompense les unités citées au moins deux fois à l'ordre de l'armée.
thumb|right|200 px|Fourragères du RICM et du 3ème REI
Origine
Les origines de la fourragère française sont assez vagues en raison de la confusion faite par la plupart des auteurs entre la fourragère et les aiguillettes. La fourragère, elle, dérive du souvenir de la corde à fourrage que le soldat enroulait autour de son épaule. Elle n'avait pas de ferrets. C'était une simple corde avec de gros nœuds, de grosses tresses à ses extrémités, qu'on appelait raquettes.
Il n'est cependant pas niable que les aiguillettes ont pu par la suite rappeler le souvenir des cordes à fourrage et de celles servant à lier les malfaiteurs et à les pendre au besoin.
C'est de là que dérive l'anecdote suivante, si souvent racontée mais dont la source demeure totalement inconnue et qu'il est impossible de contrôler. À la fin du , le duc d'Albe qui fut nommé par Philippe II d'Espagne gouverneur des Pays-Bas, ayant eu à se plaindre d'un corps de Flamands, aurait décidé que toutes les fautes commises à l'avenir par ce corps seraient punies de la corde. Les Flamands, voulant prouver qu'ils n'avaient rien à redouter, n'hésitèrent pas à porter sur l'épaule une corde et un clou pour rendre plus facile l'exécution de l'ordre. Leur conduite devant l'ennemi fut si brillante que le duc d'Albe transforma la corde en passementerie et en fit une marque honorifique pour ce corps d'élite.
Si l'aiguillette est aussi ancienne que la chevalerie, la fourragère, en revanche, ne remonte pas aussi loin dans le passé. Bardin, dans son Dictionnaire de l'Armée de Terre dit, au mot aiguillettes : "Les dragons de la milice autrichienne, dans le siècle de leur création, portaient la corde à fourrage à la place et de la manière dont on porte aujourd'hui l'aiguillette sur l'habit". Or, les costumes hongrois furent adoptés en France, avec un véritable engouement, à la fin du . De même qu'en Hongrie, la mode s'introduisit, dès lors dans nos nouveaux régiments de hussards de porter la corde à fourrage autour des épaules.
Telle est l'hypothèse généralement admise et, de fait, assez acceptable ; elle n'est cependant pas toujours corroborée par les dessins ou gravures du temps.
Cette première fourragère subsistera avec quelques modifications jusqu'après la guerre de 1870. À ce moment, elle disparut. Mais il importe de remarquer qu'elle ne fut jamais portée que par des troupes à cheval et par celles seulement qui étaient coiffées du shako, du colback ou du chapska.
Description et port
thumb|right|150 px|Port de la fourragère "en bataille" sur la tenue de cérémonie Il s'agit d'une cordelette tressée qui se porte à l'épaule gauche de l'uniforme. Une des extrémités de la tresse a la forme d'un trèfle, l'autre extrémité porte un ferret, c'est-à-dire une pièce métallique conique, selon un texte du , le ferret de la fourragère est en métal uni, il existe des ferrets ciselés de motifs aux armes ou emblèmes militaires. Au-dessus du ferret se trouve un nœud à quatre tours et une cordelette.
La fourragère se porte autour du bras gauche (bouton de fixation sous la patte d'épaule, à de la couture d'épaule). Lors des prises d’armes et des défilés, le port de la fourragère est dit "en bataille" et la partie qui est avant le ferret et le nœud à quatre tours, au lieu d’être fixée sur le bouton sous la patte d’épaule, est attachée sur l’un des boutons de plastron de l’uniforme.
Le droit au port de la fourragère est accordé à tous les militaires comptant à l’effectif et inscrits sur les contrôles des corps, compagnies ou unités auxquels elle a été attribuée. Elle est remise solennellement aux recrues lors de la présentation du drapeau. La fourragère est retirée aux militaires qui ont changé de corps, mais toutefois, ceux qui se sont acquis des titres au port individuel peuvent continuer à la porter. En effet lorsqu'un individu (civil ou militaire) a participé à toutes les opérations, tous les faits d'armes ou de bravoure qui ont permis l'attribution de la décoration de l'unité, il conserve le droit de porter cette fourragère "à titre individuel" (et avec l'autorisation du chef de sa nouvelle unité) même lorsqu'il a quitté l'unité d'origine. Il doit alors arborer sur sa fourragère un écusson portant le numéro de l'unité qui a obtenu la fourragère.
Types de fourragère
La fourragère telle que nous la connaissons apparaît en 1916. La circulaire de création en date du de la même année spécifie : "Il est créé un insigne spécial destiné à rappeler d'une façon permanente les actions d'éclat de certains régiments et unités formant corps cités à l'ordre de l'armée. Cet insigne sera constitué par une fourragère aux couleurs de la croix de guerre". En fait dès 1916 de nombreux corps avaient déjà été cités au moins une fois à l'ordre de l'armée. Ils se virent donc attribuer la fourragère nouvellement créée. Par la suite, certains régiments accumulant les actions d'éclat devaient obtenir plusieurs citations à l'ordre de l'armée. Dans le but de susciter l'émulation et de fortifier l'esprit de corps, le commandement sentit la nécessité d'établir une distinction basée sur le nombre de citations obtenues. Cette distinction devait se traduire par l'adoption de fourragères de couleurs et de formes différentes. Ces dispositions nouvelles furent officialisées par une circulaire en date du .
Le , une fourragère aux couleurs de la Croix de guerre des Théâtres d'opérations extérieurs (T.O.E.) est créée pour les unités citées plusieurs fois. La circulaire de création est complétée en 1926 : la fourragère spéciale aux T.O.E. sera aux couleurs de la médaille militaire lorsque les unités auront mérité au moins quatre citations. Pour éviter toute confusion avec la fourragère de 1914-1918, une olive aux couleurs de la croix de guerre des T.O.E. sera, dans ce cas, placée au-dessus du ferret. Le , une circulaire réglemente la documentation et précise qu'elle est destinée à rappeler d'une façon apparente et permanente les actions d'éclat accomplies par certaines unités citées plusieurs fois à l'ordre de l'armée, au cours d'opérations de guerre effectuées sur les différents théâtres d'opérations extérieurs depuis le . Elle sera portée en tenue de sortie et en tenue de campagne dans les mêmes conditions que celles instituées pour les guerres 1914-1918 et 1939-1945.
Sur décision du Président de la République, Monsieur Jacques Chirac, une fourragère aux couleurs de l’Ordre de la Libération a été créée, par arrêté, le . Elle est destinée à pérenniser l’Ordre de la Libération et à préserver de l’oubli le souvenir des Compagnons de la Libération. Les chefs de corps de 17 unités et bâtiments décorés de la Croix de l’Ordre de la Libération se sont vu remettre cette nouvelle fourragère, des mains du Président de la République, lors d’une importante cérémonie au Mont Valérien le .
Fourragères février 1918
alt=Les fourragères février 1918
Verte rayée de rouge
thumb|left|50px|Ruban de la Croix de guerre 1914-1918 Aux couleurs de la Croix de guerre 1914-1918. thumb|right|150px|Le trèfle et la cordelette sont passés dans un bouton cousu sous la patte d'épaule de l'uniforme (côté gauche), la tresse passant sous l'aisselle Cette fourragère est portée par les unités citées à 2 ou 3 occasions à l'ordre de l'armée. Si ces citations ont été attribuées lors de la Première Guerre mondiale, la fourragère est simple. Si les citations ont été accordées lors de la Seconde Guerre mondiale, la fourragère porte une olive rouge rayée de vert. Le , le 3e régiment d'infanterie de marine reçoit cette fourragère..
Jaune rayée de vert
thumb|left|50px|Ruban de la médaille militaire Lorsqu'elle est aux couleurs de la Médaille militaire. Cette fourragère est portée par les unités citées à 4 ou 5 occasions à l'ordre de l'armée. Si ces citations ont été attribuées lors de la Première Guerre mondiale, la fourragère est simple. Si les citations ont été attribuées sur des théâtres d'opérations extérieurs, la fourragère porte au-dessus du ferret une "olive" bleue et rouge. Si les citations ont été accordées lors de la Seconde Guerre mondiale, la fourragère porte une olive à moitié jaune rayée de vert et à moitié rouge rayée de vert.
Rouge
thumb|left|50px|Ruban de chevalier de la légion d'honneur Aux couleurs de la Légion d'honneur. Cette fourragère est portée par les unités citées à 6, 7 ou 8 occasions à l'ordre de l'armée. Si ces citations ont été attribuées lors de la Première Guerre mondiale, la fourragère est simple. Si les citations ont été attribuées sur des théâtres d'opérations extérieurs, la fourragère porte au-dessus du ferret une "olive" bleue et rouge. Si les citations ont été accordées lors de la Seconde Guerre mondiale, la fourragère porte une olive à moitié rouge et à moitié rouge rayée de vert.
À l'issue de la Première Guerre mondiale, seuls 22 régiments ou bataillons sont titulaires de la fourragère rouge, sur plus de 800 régiments de toutes les armes qui ont été engagés (586 régiments ou bataillons d'infanterie, 150 régiments d'artillerie, 92 régiments de cavalerie et 11 régiments du génie).
Fourragères doubles
Au-delà de 8 citations à l’ordre de l’Armée, la hiérarchie de la fourragère a prévu :
- la double fourragère Légion d’Honneur et Croix de Guerre pour 9, 10 ou 11 citations,
- la double fourragère Légion d’Honneur et Médaille Militaire pour 12, 13 ou 14 citations,
- la double fourragère de la Légion d’Honneur à partir de 15 citations.
Ces 3 doubles fourragères ont à partir du trèfle une petite bride appelée "tour de bras" à la couleur de la Légion d’Honneur.
Actuellement, la double fourragère Légion d’Honneur et Médaille Militaire ainsi que la double fourragère de la Légion d’Honneur n’ont été attribuées à aucun régiment ou formation, car aucun d’eux n’a obtenu plus de 11 citations à l’ordre de l’armée au cours d’une même guerre. La double fourragère Légion d’Honneur et Croix de Guerre est portée uniquement par le REI ( étranger d'infanterie) et le RICM (Régiment d'infanterie chars de marine). Le REI, héritier du régiment de marche de la Légion étrangère qui a obtenu 9 citations à l'ordre de l’armée au cours de la Première Guerre mondiale, a obtenu deux citations au cours de la Seconde Guerre mondiale, ainsi que 4 dans des Théâtres d'opérations extérieurs, ce qui fait un total de quinze citations à l'ordre de l'armée. Le RICM, héritier du régiment d'infanterie coloniale du Maroc qui a obtenu 10 citations à l'ordre de l’armée au cours de la Première Guerre mondiale, 2 au cours de la Seconde Guerre mondiale et 5 dans des Théâtres d'opérations extérieurs, a obtenu depuis 1958 2 autres citations, ce qui en fait le régiment le plus décoré de l'armée française, avec un total de 19 citations à l'ordre de l'armée.
Fourragères de la Croix de guerre des Théâtres d'opérations extérieurs (T.O.E.)
alt=Les fourragères TOE1
Rouge et bleu pâle
thumb|left|50px|Ruban de la Croix de guerre des Théâtres d'opérations extérieurs
Cette fourragère est portée par les unités citées à 2 ou 3 occasions à l'ordre de l'armée pour des actions sur les Théâtres d’Opérations Extérieurs. Elle est tressée aux couleurs de la croix de guerre des théâtres d'opérations extérieurs rouge et bleu pâle.
Jaune rayée de vert avec olive rouge rayée de bleu pale
thumb|left|50px|Ruban de la médaille militaire