Jean Baptiste Édouard Delpeuch le à Bort-les-Orgues et mort le à ParisFiche d'Édouard Delpeuch sur le site de l'Assemblée nationale, consulté le 4 mai 2015 (cliquer sur Biographie)., est un agrégé de lettres, professeur de rhétorique et homme politique français.
Biographie
Édouard Delpeuch naît à Bort-les-Orgues le .
En 1877, Édouard Delpeuch obtient le de version grecque au concours général des lycées et collèges de Paris et Versailles. Il est élève au lycée Charlemagne, à Paris.
Élève de l’École normale supérieure, il en sort en 1879.
Édouard Delpeuch prononce trois conférences devant le Cercle Olivaint : le darwinisme (), compte-rendu sur l'art d'écrire d'Antonin Rondelet (), les dialogues de Platon ().
Licencié es lettres en 1880. Agrégé de lettres en 1882.
Professeur de rhétorique à Châteauroux (1882), Bourg-en-Bresse (1882-1883), Brest (1883-1884), au Prytanée militaire de la Flèche (1884), à Caen, et enfin à Paris aux lycées Charlemagne (1886) et Condorcet (1889).
Chef de cabinet du président de la Chambre des Députés en 1885.
Nommé chef de cabinet du ministre de l'Instruction Publique, des Cultes et des Beaux-Arts, Eugène Spuller, puis, de à , Léopold Faye. Le , il représente la France à l'inauguration du musée Alaoui, actuel musée du Bardo, à Tunis, à la réalisation duquel il a veillé. Il quitte son poste en 1888.
Chef de cabinet du ministre des Affaires Étrangères, Eugène Spuller, qui le rappelle auprès de lui, puis Alexandre Ribot, de 1889 à 1890.
Élu député de la Corrèze en dans la circonscription de Tulle. Il est apparenté aux républicains « modérés ».
Réélu député en dans la même circonscription, il est battu lors des élections législatives de .
Comme député, il fait partie des commissions de l'enseignement, des chemins de fer, des crédits, du budget. Il est rapporteur de la loi sur le traitement et le classement des instituteurs en 1893. Il est rapporteur du budget de l'instruction publique en 1895.
Conseiller général du canton de Seilhac de 1890 à 1898.
Sous-secrétaire d'État au Commerce, à l'Industrie et aux Postes et Télégraphes du au dans le gouvernement Méline.
En 1896, à son initiative, les élèves des maisons d'éducation de la Légion d'honneur sont admises, par une décision du , à prendre part au concours des dames employées des Postes et Télégraphes, au même titre que les aides et filles des agents de cette administration. Il répondait ainsi à une préoccupation partagée cette même année avec le grand chancelier de la Légion d'honneur, le général Léopold Davoust, duc d'Auerstaedt (1829-1904), pour le sort des élèves de la Légion d'Honneur se trouvant dans une situation modeste.
En 1897, il décide la désignation des correspondants téléphoniques par leur numéro, et non plus par leur nom.
Le , il inaugure à Ussel, au nom du gouvernement français, le monument dédié à Marcel Treich-Laplène, explorateur et administrateur de la Côte d'Ivoire.
Receveur - percepteur du arrondissement de Paris de 1898 à 1910.
En 1910, Édouard Delpeuch fonde la Caisse de prévoyance des employés des recettes et perceptions de la Seine, dont il devient président. Il en sera ensuite le président d'honneur.
Parallèlement, il se consacre à la défense des idées de Gambetta et Waldeck-Rousseau. Il est président de l'association gambettiste jusqu'en 1899.
Il est également correspondant des journaux Le Matin et La Petite Gironde.
Administrateur des lycées Carnot, dont il est président de l'association des parents d'élèves, et Pasteur, à Paris.
Administrateur de la Prévoyance, société d'assurances, et de la Société Générale des constructions mécaniques.
Président de la Société des Amis du Luxembourg, créée en 1903 pour acquérir des œuvres au profit du musée royal du Luxembourg, créé par le roi Louis XVIII en 1813 pour exposer des artistes vivants, et devenue en 1946 la Société des Amis du Musée national d'art moderne, puis en 2017 les Amis du Centre Pompidou. En 1905, il préside l'assemblée générale au cours de laquelle fut créée la Société des Artistes peintres et sculpteurs, sur le modèle de la Société des Gens de Lettres et des Auteurs Dramatiques.
Vice-président du Parti Républicain Démocratique, président de la section de Neuilly-sur-Seine.
Candidat à la mairie de Neuilly-sur-Seine en 1908, en tête de la liste d'union républicaine opposée à la liste nationaliste sortante.
Vice-président de l’œuvre des "frères et sœurs de guerre" pendant la Première Guerre mondiale.
Fait chevalier de la Légion d'honneur le puis officier le .
Il meurt le à son domicile, 4 rue Galilée, à Paris. Sa messe d'enterrement est célébrée en l'église Saint-Pierre-de-Chaillot (l'ancienne église, dont la façade donnait sur la rue de Chaillot), à Paris. L'absoute est donnée par le chanoine Pasquier, curé de la paroisse. Il est enterré au cimetière du Père-Lachaise ( division). bordure|centré|sans_cadre|Portrait d'Edouard Delpeuch
Famille Édouard Delpeuch nait à Bort-les-Orgues le de Pierre Émile Delpeuch, docteur en médecine, et son épouse Marie-Caroline Ronzel.
Il est le neveu du père Léon François Delpeuch, oblat de Marie-Immaculée (1827-1897).
Son frère Armand (Armand Léon Joseph Delpeuch, 1856 - 1901), médecin des hôpitaux de Tenon et Cochin à Paris, est le gendre du neurologue Fulgence Raymond, successeur de Jean-François Charcot à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière.
Son frère Camille, ingénieur de l’École Centrale des Arts et Manufactures, fera carrière au sein de la Compagnie des chemins de fer de l'Est.
Sa sœur Émilie épouse Henri Doliveux, agrégé d'histoire, inspecteur général honoraire de l'instruction publique, officier de la Légion d'honneur, chevalier de l'Ordre de Léopold de Belgique, chevalier de la Croix de Charité de Serbie, Grand-croix du Nichan Iftikhar. Henri Doliveux meurt d'une crise cardiaque dans la gare de Marseille Saint-Charles.
Édouard Delpeuch épouse en premières noces, à Nîmes, Alice Spuller, née en 1864, fille de François Auguste Spuller, successivement préfet de Haute-Marne, du au , du Vaucluse, et de la Somme, trésorier-payeur général du Gard puis de la Côte-d'Or, dont : Madeleine Leroy (1889-1973)
Par sa mère, Alice Spuller est apparentée au docteur Gérard Piogey, 1820-1894, ami et médecin de Théodore de Banville et Charles Baudelaire, que Sainte-Beuve qualifiait de "véritable médecin d'hommes de lettres", dans une lettre à Baudelaire du .
Après le décès d'Alice Spuller, Edouard Delpeuch épouse le Marthe Marie Salomé Mühlbacher, fille du carrossier Louis Gustave Mühlbacher, née le , dont : Pierre Delpeuch, École Alsacienne, École Centrale des Arts et Manufactures (1900-1944) mort pour la France Françoise Landron (1901-1993) Jacques Delpeuch (1903-1995) Catherine Boutfol puis Deléage (1904-1994) Jean Delpeuch (1907-1965) gauche|vignette|Édouard Delpeuch gauche|vignette|220x220px|Marthe Delpeuch, née Mühlbacher gauche|vignette|Marthe Delpeuch, née Mühlbacher gauche|vignette|Édouard Delpeuch et ses 6 enfants, dans son jardin de Neuilly-Sur-Seine, en juillet 1914. De droite à gauche : Édouard Delpeuch, Madeleine, Françoise, devant son frère Jean, Pierre, Catherine, Jacques.
Témoignages Voici le portrait que fait Hubert Bourgin d’Édouard Delpeuch en 1938:
"De ces honnêtes, de ces purs normaliens, de ces Athéniens de la république polie, je n'en n'ai connu qu'un, après la Guerre.
C'était un survivant, un témoin d'une époque évanouie, celle de la République libérale, patriotique, académique et diserte, celle où le régime s'organisait en mettant en pratique les institutions qui devaient fatalement l'incliner puis le pousser et le précipiter à l'effroyable et trop ressemblante caricature de lui-même.
La figure d’Édouard Delpeuch (promotion 1879) est une figure typique et historique, en dépit de l'effacement où elle a disparu, et auquel elle semblait vouée.
Quand je fis sa connaissance en 1919, il n'appartenait plus au Parlement. Il avait été député et sous-secrétaire d’État. Il pouvait apparaître comme la preuve vivante qu'on pouvait, dans ce temps-là, faire partie de la Chambre, ou du Sénat, et du gouvernement, sans perdre ses qualités d'esprit ni ses forces morales. Il pouvait aussi suggérer l'opinion confirmée par bien d'autres indices, que ces qualités et ces forces ne restent pas longtemps compatibles avec l'exercice du mandat législatif et du pouvoir gouvernemental, et qu'on est exposé, un jour ou l'autre, au risque d'avoir à choisir entre ceci et cela.
Pour sa part, il avait choisi.
Il était resté honnête homme et galant homme. Il était resté universitaire et normalien. Il avait même conservé la coupe de figure et l'allure de ses camarades de l’École et de l'Université.
Il était blond, il avait le teint clair, les yeux lumineux et doux, la bouche fine et aimable, le geste mesuré et la démarche calme. Toute sa personne exprimait la courtoisie et la bonté. Il avait une exquise aménité, une distinction affable, et la parfaite simplicité de manières et de langage à laquelle prédispose une nature sincère, et que confirme une forte culture. Édouard Delpeuch était un lettré raffiné, à la fois savant et connaisseur. Il ne faisait jamais étalage de son érudition littéraire et il n'en prodiguait pas les trésors; mais ceux qui avaient mérité sa sympathie et sa confiance n'étaient pas privés des plaisirs délicats que sa conversation et sa mémoire fidèle réservaient à ses intimes. Il avait gardé pendant toutes ses années d'activité politique, plus propice à d'autres jeux, toute la fraîcheur de ses impressions et toute l'ardeur de ses goûts, comme il avait gardé sa probité, sa pudeur, et tout cet assemblage de qualités aristocratiques et de vertus bourgeoises qui devraient continuer à distinguer les hommes parvenus à l'honneur de gouverner la France, et qui sont devenus quasi incompatibles avec l'exercice du pouvoir dans la démocratie.
Édouard Delpeuch avait donc tout naturellement été éliminé par des mœurs, des pratiques, des conceptions, des besoins qui n'étaient pas de l'ordre des siens. Pour tenir contre cette boueuse marée montante, il lui aurait fallu une énergie, un entêtement, une violence même et une brutalité contraire à sa nature et son éducation.
Il a donc, après tant d'autres, sinon faibli, du moins cédé, devant l'assaut d'ambitions dépourvues des scrupules qu'il conservait et armées de moyens qu'il n'eût jamais consenti à employer.
Ainsi faisait-il figure de retraité, d'homme politique retiré des affaires, ou mis en disponibilité, à titre définitif ; et il mettait avec bonne grâce son expérience, son jugement, le reste constamment amoindri de son influence, à la disposition des associations qui croyaient encore utile d'y recourir.
À l'époque où je fis sa connaissance, il exerçait cette fonction de conseiller bénévole, [...], à l'Alliance démocratique, dont il était vice-président, et au Bloc National Républicain, où il la représentait en cette qualité. L'Alliance démocratique jouait alors son rôle habituel de comité électoral de rassemblement et d'arbitrage, placé au centre des partis parlementaires, et orienté à gauche. Au temps de l'affaire Dreyfus, elle avait servi à la formation du Bloc de Défense et d'Action républicaines qui s'était parlementairement réalisé dans le ministère Waldeck-Rousseau, si fortement incliné à gauche qu'il allait bientôt céder la place, préparée par lui, au Combisme. En 1919 elle hésitait à concourir à la formation du Bloc National Républicain, qui, sous la direction de M. Alexandre Millerand, s'orientait à droite."