Les ordres militaires sont des ordres religieux chrétiens. Leurs membres se consacraient à la défense des lieux saints et des pèlerins, ainsi qu'à la restauration des pratiques religieuses conformes aux « Saintes Écritures ». Les plus anciens ordres militaires chrétiens sont les chevaliers de Saint-Pierre, les Templiers, les Hospitaliers de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem, l'ordre de Santiago, l'ordre de Calatrava et les Teutoniques. Apparus au Moyen Âge en lien avec les croisades et les États croisés, tant en Terre sainte que dans la péninsule ibérique, ils sont les prédécesseurs des ordres chevaleresques.

La plupart des membres des ordres militaires étaient des chevaliers laïcs qui prononçaient des vœux religieux, tels que pauvreté, chasteté et obéissance, conformément aux idéaux monastiques. Les ordres possédaient chacun un réseau de lieux de vie, maisons fortes, exploitations agricoles et résidences communautaires appelées commanderies, dispersées dans toute l'Europe. Ces ordres avaient une structure hiérarchique avec, en général, un grand maître à leur sommet.

Nés pour répondre aux impératifs militaires suscités par la lutte contre l'Empire islamique, en Espagne et en Orient, les ordres militaires combinaient modes de vie religieux et militaires. Certains d'entre eux, comme les Hospitaliers, les chevaliers de Saint Thomas et l'ordre des Saints-Maurice-et-Lazare, avaient également des buts caritatifs et s'occupaient des malades et des pauvres. Ces ordres n'étaient pas des institutions purement masculines, puisque des religieuses pouvaient s'attacher aux couvents des ordres et y servir.

thumb|right|redresse|Illuminure d'un livre biélorusse de 1443 consacré aux croisades contre les hussites.

Contexte historique

Péninsule Ibérique Le territoire qui vit la première confrontation fut la péninsule Ibérique. Avec l'invasion musulmane en 711 et la bataille du Guadalete, presque toute la péninsule tombe sous la domination maure en moins de cinq ans. La Reconquista (reconquête) commence en 718 lorsque les musulmans sont défaits à la bataille de Covadonga par Pélage, noble d'origine wisigothe. Seule la frange nord de l'Espagne, correspondant aux actuels Pays basque, Cantabrie, Asturies et Galice, reste sous domination chrétienne, au sein du royaume des Asturies.

Terre sainte Les lieux saints de Terre sainte font partie de l'Empire byzantin jusqu'à la conquête du Levant par les Sassanides en 610. L'Empire perse est à son tour vaincu lors de l'expansion du califat arabe et de la naissance de l'Empire islamique, d'abord sous la dynastie omeyyade puis sous le gouvernement abbasside. La domination musulmane fait perdre au christianisme sa position privilégiée au Proche-Orient, mais elle est finalement assez bien vécue par les courants minoritaires du christianisme, implantés localement, Église de l'Orient et Églises orthodoxes orientales. Ces dernières sont assez largement admises à partager les lieux saints avec le clergé grec orthodoxe tout en les laissant accessibles aux pèlerinages. Mais la pression militaire sur l'Empire byzantin et la destruction du Saint-Sépulcre, en 1009, par le calife fatimide du Caire, al-Hakim, engendre un ressentiment progressif dans l'Occident latin. La montée des tensions au sujet de la liberté de circulation, d'accès aux lieux saints, et de pèlerinage, incite les barons chrétiens et les chefs de l'Église latine à mobiliser une vaste expédition armée vers Jérusalem. Cette première croisade fait suite à l'appel de Urbain II, en 1095, pour la reconquête de la Terre sainte et la création des états latins d'Orient.

Prusse orientale

Les puissances germaniques et scandinaves christianisées se lancent au dans la conquête des territoires bordant la mer Baltique. Les chrétiens d'Europe occidentale, à l'appel de Célestin III, vont leur venir en aides en lançant en 1193, les croisades baltes permettant la christianisation des peuples païens du Nord-Est de l'Europe et également les habitants originels de la Prusse-Orientale désignés sous le nom de Vieux-Prussiens (ou Borusses).

Historiographie La question de l'origine de ces ordres a été sujette à débat : Joseph von Hammer compara dès 1818 les ordres militaires chrétiens (en particulier les Templiers) avec certains modèles islamiques tels que les Assassins chiites. En 1820, José Antonio Conde suggéra qu'ils étaient créés sur le modèle du ribat, une institution religieuse fortifiée qui combinait mode de vie religieux et combat contre les ennemis de l'islam. Aucune de ces opinions, ne sont aujourd'hui retenues, Jean de Joinville, biographe de saint Louis rapporte la visite du Vieux de la Montagne, chef des Nizâriens, à Acre après la création des Templiers, comme d'ailleurs aucun ribat ne soit apparu en Palestine avant la fondation des ordres militairesAlain Demurger, « L'origine des ordres religieux militaires », site Clio, avril 2002.

Origine des ordres militaires Il faut peut être rechercher la création des « moines-soldats » dans les chevaliers de Saint-Pierre (milites Sancti Petri), milice créée en 1053 par le pape Léon IX pour lutter contre les Normands d'Italie du Sud, à la bataille de Civitate ou dans la mise en place de l'ordre canonial régulier du Saint-Sépulcre, après la prise de Jérusalem en 1099, par Godefroy de Bouillon. L'Ordre avait pour mission d'aider le patriarche de Jérusalem dans ses diverses tâches. Un certain nombre d'hommes d'armes, issus de la croisade, se mirent alors au service du patriarche afin de protéger le Saint-Sépulcre. Ces hommes chargés d'assurer la protection des biens du Saint-Sépulcre ainsi que de la communauté des chanoines étaient appelés . Ces chevaliers étaient des laïcs n’ayant pas prononcé de vœux religieux, et pas des moines-soldats : à cette époque, il n’existe pas d’ordre militaire du Saint-Sépulcre.

Ordres militaires en Terre Sainte La création de l'ordre du Temple, démontre l'utilité de chevaliers dévoués à la sécurité des pèlerins en chemin vers Jérusalem. Les « hostelleries », en même temps, hôpital et auberge, créées par les ordres hospitaliers et installées sur les routes de pèlerinage, vont aussi nécessiter protection. Les ordres hospitaliers les plus importants vont pour beaucoup se transformer à l'image des Templiers en ordre militaire. Création de l'ordre du Temple

Depuis la prise de Jérusalem, un semblant de paix existe en Palestine. Des bandes de « grands ou petits chemins », des incursions sarrasines, font régner une insécurité constante. Une grande partie des croisés étaient rentrés au pays après la conquête, il existe bien une soldatesque, mais trop souvent limitée aux villes, les chemins nécessitaient des déplacements en groupe. L'augmentation des dispensaires et leur dispersion étaient un problème pour les pèlerins malades et pour les Hospitaliers.

Suivant Guillaume de Tyr, Hugues de Payns, un baron champenois, faisant très certainement partie des chevaliers du Saint-Sépulcre dès 1115, propose à Baudouin II, roi de Jérusalem, la création d'une communauté des « Pauvres Chevaliers du Christ » pour assurer la sécurité des routes. Lors du concile de Naplouse, en 1120, ces « chevaliers » sont invités à reprendre les armes. La nouvelle confrérie est installée par Baudouin et Gormond de Picquigny, patriarche de Jérusalem, sur l'ancienne mosquée al-Aqsa, dite aussi, temple de Salomon. Ils tiennent de là leur nom de miles Templii, les chevaliers du Temple, les Templiers.

Très vite ces chevaliers, qui prononcent les vœux d'obéissance, de pauvreté et de chasteté, mais qui combattent efficacement les infidèles, posent problème au regard des principes de l'Église ; ces « chevaliers du Christ » sont en état de péché les armes à la main. Hugues fait appel à son parent, l'abbé de Clairvaux, pour intercéder auprès du pape. Bernard de Clairvaux compose son « Éloge de la nouvelle chevalerie », De laude novae militiae dans laquelle il développe l'idée de malicidium, de non homicide en tuant le mal en l'homme et non l'homme. Hugues reprend ces propos dans sa lettre Christi militibus qu'il soumet, en , au concile de Troyes qui approuve le nouvel ordre. Le premier ordre militaire est officiellement créé. Ordre de Saint-Jean de Jérusalem

En 1080, le Frère Gérard crée une nouvelle « hostellerie » (hôpital) de Jérusalem. C'est en 1099, que les armées croisées de Godefroy de Bouillon prennent Jérusalem et Gérard se met au service des croisés en soignant avec ses servants tous les blessés. Pour services rendus, Godefroy offre aux « moines noirs » de Gérard le casual (village fortifié) de Hessilia en Palestine et son fief de Montboon en Brabant ainsi que deux fours banauxacte conservé à la Bibliothèque nationale de Malte, . Gérard fait alors construire près de l’hostellerie de Jérusalem une église dédiée à saint Jean Baptiste. La reconnaissance officielle de l'Église vient en 1113 par le pape Pascal II qui impose, en plus des vœux de pauvreté, obéissance et chasteté, un quatrième vœu, celui d'hospitalitéActe conservé à la Bibliothèque nationale de Malte, .. Le premier ordre hospitalier est officiellement créé.

Le rôle militaire des Hospitaliers commence réellement en 1137 quand Foulques , roi de Jérusalem leur cède le castel Bath-Gibelin à l'est de Gaza. Ils construisent en 1140 Margat au nord de Tripoli, ils achètent la même année Belvoir au nord de Naplouse. Puis ils détiennent Sare, Chastel Rouge, Gibelacar, Belmont et font construire à Jérusalem, Saint-Jean-d'Acre, Antioche, et Tortosa. En 1142, Raymond II, comte de Tripoli, leur cède la forteresse d'Homs et surtout le krak des Chevaliers ainsi que toutes les terres perdues à charge pour eux de les reconquérir.

L'Église proteste contre cette militarisation de l'ordre de Saint-Jean et ne voit dans les Hospitaliers, justement, que des hospitaliers. Le concile de Troyes n'a entériné le statut de « moine-soldat » que pour l'ordre du Temple, mais d'aucune façon il n'a été question de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem. La règle de Raymond du Puy vers 1130, ni celle de Roger de Moulins en 1182, ne font état d'un quelconque statut de chevalier. Mais après la bataille de Hattin, en 1187, l'Église reconnaît en eux le meilleur rempart de la chrétienté comme Saladin a reconnu en eux ses pires ennemis. Le statut de « moine-soldat »Galimard Flavigny cite expressément le terme de « moine-soldat » en page 30 de Histoire de l'ordre de Malte n'est confirmé, qu'en 1205 dans la forteresse de Margat, lors du chapitre général de l'ordre qui se tient sous le magistère d'Alphonse de Portugal.

Ordre Teutonique

Frédéric Barberousse, venu, lors de la troisième croisade, à la tête d'une forte armée de chevaliers germaniques, se noie en Turquie en traversant le Saleph (aujourd'hui le Göksu) le . Si ses troupes se dispersent immédiatement après sa mort en rentrant en Europe beaucoup restent sous les ordres du fils de Frédéric, Frédéric de Souabe. Ils rejoignent Antioche où le prince Bohémond III d’Antioche tente de les entraîner dans une opération sur Alep, mais finalement ils préfèrent rejoindre les croisés français et anglais à Saint-Jean-d'Acre. Après le retour en France de Philippe Auguste, la prise de Chypre par Richard Cœur de Lion et le traité de paix de ce dernier avec Saladin le , les chevaliers germaniques qui restent en Terre sainte se regroupent avec des hospitaliers chevaliers germaniques pour former l’ordre Teutonique.