Le vignoble du Bugey est une région viticole française qui se situe dans le Bugey, dans le département de l'Ain. Entre le vignoble de Savoie et celui du Jura, il partage avec eux certaines caractéristiques climatiques et géologiques, mais il se démarque par une grande variété de cépages liée à sa situation de carrefour : gamay typique du beaujolais ; poulsard jurassien ; jacquère, altesse et mondeuse communs aux vins de Savoie ; chardonnay, aligoté et pinot noir (et gris) bourguignons ; et molette du seyssel.
Le vignoble produit des vins blancs, rouges et rosés, tranquilles comme pétillants, protégés depuis 2009 par une labellisation en appellation d'origine contrôlée bugey et roussette du Bugey, mais il propose aussi en indication géographique un marc du Bugey et une fine du Bugey, ainsi qu'un vin des coteaux de l'Ain sur l'ensemble du département.
Histoire Origine du vignoble Au Moyen Âge, les moines développèrent la culture de la vigne sur les territoires de leurs abbayes : l'histoire du vignoble bugiste commence avec les moines de l'abbaye cistercienne de Saint-Sulpice à Thézillieu en 1130 et ceux d'Ambronay en 1135. Au début , les archives de la Chartreuse de Meyriat conservent un titre d'achat de vins et de raisins issus de Cerdon par les moines remontant à 1209 et ayant reçu l'aval de Guillaume de Coligny..
gauche|vignette|Physiologie du goût de J.-A. Brillat-Savarin, inventeur de la gastronomie. En 1601, le Bugey devient français par le traité de Lyon. Le vignoble est déjà bien établi et décrit largement à l'époque, se distinguant les terroirs de Cerdon, de Virieu-le-Grand, de Belley et du Revermont. Brillat-Savarin, natif de Belley, gastronome et auteur de la Physiologie du goût, ., était propriétaire d'une vigne et de son grangeon dans le Bugey de la fin du au début du .
Le vignoble bugiste connut son apogée sous le Second Empire avec une superficie en vignes dépassant les et qu'il garde jusqu'à la fin du . Le docteur Jules Guyot, en 1868, enquêtant pour le gouvernement, releva que la vigne représentait 25 % du produit agricole du département.
Certaines familles vigneronnes toujours en activité aujourd'hui sont déjà mentionnées pour leurs activités liées à la viticulture comme la famille Bolliet du hameau de Bôches ou la famille Dubreuil au hameau de Préau, et même récompensées.
Le vignoble du Bugey produisait pour les marchés voisins reliés par la voie ferrée de Lyon à Genève. Le vin le plus reconnu est alors celui de Machuraz entretenu par les moines de Saint-Sulpice depuis le . C'est dans ce contexte que survint le phylloxéra à partir de 1875, anéantissant presque toutes les vignes.
La vigne a été replantée très lentement au , sur de nombreux éboulis caillouteux, des moraines glaciaires ou des plaques de molasse bien exposés. Le vignoble du Bugey s'est ainsi établi sur les sites les plus favorables, constituant un vignoble en îlots où surnagent les vins pétillants et mousseux.
En est fondé le Syndicat des vins du Bugey, chargé d'améliorer la commercialisation et d'organiser la promotion. Les deux appellations d'origine et sont reconnues par l'INAO comme vins délimités de qualité supérieure (VDQS) par le même arrêté du , publié au JORF du ., puis comme appellations d'origine contrôlée (AOC) par le décret du , décret du relatif aux appellations d'origine contrôlées « Saint-Pourçain », « Bugey », « Roussette du Bugey », « Morey-Saint-Denis », « Tavel » et « Châteauneuf-du-Pape »..
Cette montée des contraintes législatives, théoriquement accompagnées d'une augmentation de la qualité, s'accompagne d'une baisse des aires cultivées. En 1988, la superficie en exploitation est de , dont pour les vignes d'appellation et pour les autres vignes de cuve. En 2000, l'aire tombe à , dont en appellation et pour les autres vignes de cuveSource pour l'aire cultivée, pépinières et vignes-mères de porte-greffes exclues : .. gauche|vignette|Château de Machuraz du surplombant le vignoble du même nom.
L'antique appellation Machuraz, disparue avec le phylloxéra mais reconnue en VDQS dès 1958, abandonnée lors du classement en AOC en 2009 parce qu'inusitée (la parcelle ayant été laissée à l'abandon), a été ressuscitée depuis 2012 et primée, ramenant sur le devant de la scène le vin le plus prestigieux du vignoble durant le Moyen-âge et l'Epoque moderne.
À partir de 2016, un conflit oppose les producteurs du Bugey avec ceux de la plus célèbre clairette de Die quand ces derniers ont obtenu d'intégrer dans leur AOC une version rosée de leur vin.. Une solution de compromis s'est dessinée entre les deux partis qui ont signé un protocole. après que le Conseil d'État a donné raison aux vignerons du Bugey en 2018 pour exclure de l'AOC clairette de Die le rosé mais que l'Assemblée nationale a autorisé le Diois à produire d'autres vins (dont des rosés effervescents) hors AOC en 2020..
En 2023 près de 500 hectares de vigne sont cultivés dans le Bugey, dont plusieurs hectares sont centenaires, notamment autour de Montagnieu à l'image des vieilles vignes en échalas reprises par la maison Martin-Cocher.. Les grands domaines continuent à planter régulièrement et des petits s'installent aussi. Il règne une belle dynamique avec environ sur l'ensemble des trois îlots du Bugey (AOC) : Manicle, Cerdon, et Montagnieu.
Étymologie
Dès 1195, le terme de terra de beuzeis disparait pour se transformer en beugeys en 1372 puis en beugeis en 1613, pour enfin trouver sa forme actuelle en 1722.
Vignoble vignette|Une parcelle isolée près de Massignieu-de-Rives, typique du Bugey. Le vignoble du Bugey se trouve en France, dans la région Auvergne-Rhône-Alpes, plus précisément dans le département de l'Ain. Le Bugey correspond à la partie orientale du département (la partie occidentale étant composée de la Bresse et de la Dombes) à l'exception du pays de Gex. Le Bugey est une zone montagneuse, divisible en deux parties : au nord, le Haut-Bugey correspondant à l'arrondissement de Nantua ; au sud, le Bas-Bugey correspondant à l'arrondissement de Belley. Il s'agit du prolongement sud du massif du Jura.
Surfaces Le vignoble du département de l'Ain couvrait en 2004 une aire de , dont pour l'appellation seyssel et 197 ha pour les appellations bugey et roussette du Bugey .. Les vignes se regroupent en trois secteurs : celui autour de Belley, celui autour de Montagnieu et celui autour de Cerdon.. La superficie cultivée est tombée à en 2022 mais elle remonte régulièrement depuis le classement en AOC pour approcher désormais les 500 hectares.
Dans le département, la part des surfaces en vigne sur le total de la surface agricole utilisée est très faible : 0,3 % selon le recensement agricole 2020..
+ Superficies produisant du vin dans l'Ain, en hectares 2020. 2021. 2022. 2023. 2024. 2025. Surface en AOP 526 513 512 505 508 495 Surface en IGP 27 29 41 34 40 43 Surface en VSIG 174 175 178 183 172 173 Surface tout vins 728 717 731 723 720 711
Produits viticoles Le vignoble du Bugey produit deux appellations couvrant cinq dénominations géographiques, ainsi que deux IG et deux IGP : l'appellation bugey, avec trois : le cerdon ; le manicle ; le montagnieu ; l'appellation roussette du Bugey, avec deux DGC : le montagnieu ; le virieu-le-grand ; les deux IG fine et marc du Bugey ; une IGP départementale, le coteaux-de-l'ain, avec : le coteaux-de-l'ain « Pays de Gex » ; le coteaux-de-l'ain « Revermont » ; le coteaux-de-l'ain « Val de Saône » ; le coteaux-de-l'ain « Valromey » ; une IGP régionale, le comtés-rhodaniens.
Géologie vignette|Un grangeon bugiste, une cabane de vignerons au cœur des parcelles Le Bugey est composé d'un relief montagneux plissé, partiellement karstifié, qui est la prolongation méridionale du massif du Jura. La datation des roches calcaires du Bugey se situe entre le Jurassique pour les anticlinaux et le Crétacé pour les synclinaux. Les plissement sont bien visibles selon les affleurements et les falaises Notices des cartes du BRGM 651 (Bourg-en-Bresse) et 676 (Saint-Rambert-en-Bugey), 652 (Nantua) et 700 (Belley), sur le site http://ficheinfoterre.brgm.fr..
Les vignes sont plantées sur des coteaux pierreux calcaires et morainiques. Dans son îlot le plus septentrional du Haut-Bugey, les parcelles ont souvent une forte déclivité pour compenser la latitude et l'altitude (pouvant dépasser les 500 m) en termes d'exposition.
Climatologie Le Bugey connait des étés chauds propres à un climat semi-continentalSelon le WWF et la National Geographic, le climat semi-continental (appelé aussi climat océanique dégradé) correspond à l'écorégion terrestre Western European broadleaf forests (forêt de feuillus de l'Europe occidentale). Source : ., propices à la culture de certains cépages, mais avec des précipitations importantes. Les hivers sont marqués par l'influence montagnarde, un peu adoucis par les dernières influences océaniques venant buter sur les montagnes, apportant des précipitations importantes au pied des reliefs.
La station météorologique d'Ambérieu-en-Bugey (sur l'aérodrome, à d'altitude : ). se trouve à la limite occidentale des aires d'appellation (les moyennes 1961-1990 comparées à celles 1991-2020 montrent le réchauffement actuel).
Encépagement Sont cultivés principalement le chardonnay BLe code international d'écriture des cépages mentionne de signaler la couleur du raisin : B = blanc, N = noir, Rg = rouge, Rs = rose, G = gris. Cf. ., l'altesse B (appelé la roussette), le gamay N, le pinot noir N, la mondeuse N et le poulsard N. Accessoirement, on peut trouver des pieds de molette B, de jacquère B et d'aligoté B..
Rendements En 2004, les rendements moyens étaient de 66 hectolitres pour l'appellation bugey et de 67 hectolitres pour les vins de pays.
Vins En 2004, la production était de en VDQS (alors le cas des appellations bugey et roussette du Bugey) et en vin de pays.
En 2021, la production AOC et IGP du Bugey est remontée à dont près de 60 % correspond à des vins effervescents., et ce malgré des épisodes climatiques désastreux. Désormais la production se situe habituellement au-dessus des ., soit une nette augmentation liée en partie à la reconnaissance de l'AOC.
Vinification et élevage En blanc tranquille
À l'arrivée au chai, le raisin est foulé et pressé pour séparer le moût du marc de raisin. Le moût est mis en cuve en stabulation pour le dépôt des bourbes. Le soutirage du jus clair est le débourbage ; les bourbes peuvent être filtrées pour donner aussi un bon vin.
La fermentation alcoolique débute sous l'action de levures indigènes ou de levures sélectionnées introduites lors du levurage. Cette opération transforme le sucre du raisin en éthanol. La maîtrise de la température de fermentation par un système de réfrigération permet d'exprimer le potentiel aromatique du produit.
La fermentation achevée, le vin est soutiré afin d'éliminer les lies. La fermentation malolactique n'est généralement pas réalisée, bloquée par un sulfitage du vin. Ce dernier peut être stocké en cuve pour le préparer à l'embouteillage ou élevé en barrique ou foudres de bois de chêne.
Enfin, le vin est soutiré, filtré et stabilisé avant le conditionnement en bouteille.
En blanc ou rosé effervescent
Les vins effervescents sont faits selon la « méthode traditionnelle » : il faut une prise de mousse en bouteilles à partir de vins fruités. Un stockage de neuf mois sur lattes est obligatoire. Il est suivi d'un remuage sur pupitre et ensuite d'un dégorgeage. Blanc ou rosé, le bugey offre une palette variée de vins pétillants dont le cerdon, le montagnieu et le bugey brut. gauche|vignette|Une bouteille de mondeuse noire, un cépage caractéristique du Bugey.
En rouge tranquille
La coloration du moût nécessite une macération du grain de raisin dans le jus, notamment pour le gamay N et le pinot noir N qui sont des cépages noirs à jus blanc : seule la pellicule comporte les anthocyanes colorantes.